Quand Amnistie International s’en mêle…

Nous en sommes à une 12e semaine de grève et les étudiants sont toujours dans la rue à clamer la justice et l’accessibilité universelle de ce droit qui est l’éducation. Ça fait plus d’une fois que j’écris sur notre blogue à ce sujet et je considère, encore plus aujourd’hui que ma foi et mon espérance me propulse dans cet engagement où sévit un conflit. Mon espérance au dialogue réciproque et ajusté est forte. Le débat est beaucoup plus grand que celui de frais de scolarité, il s’agit d’un projet de société que notre État n’a pas.

Notre gouvernement n’agit pas en faveur du bien commun, il semble avoir une tendance à la réélection. Comme chrétiens, nous avons le devoir et la responsabilité d’agir pour l’épanouissement du bien commun et celui-ci n’a pas une durée de vie limitée ! Il est pour toutes les générations, celles à venir et celles présentes. Celles qui ont passées avant nous ont su profiter d’un système mis en place pour l’épanouissement de la nation. Il n’y a aucune raison que cette avancée doive reculer !

Agir au nom de sa foi est mettre en place la vérité, la justice, la liberté et la charité. Quand des policiers brisent des manifestations de manières violentes, quand des jeunes (étudiants ou non) procèdent pour créer le trouble, nous ne servons pas la justice. Je dis nous, car cela nous concerne tous, jeunes comme moins jeunes, vieux comme moins vieux.

« Amnistie internationale Canada francophone reconnait le droit des manifestants de vouloir protéger pacifiquement le droit à l’éducation. Amnistie rappelle sa préoccupation face à la hausse des frais de scolarité, qui porterait atteinte à la progressivité vers une accessibilité à tous et toutes au cursus universitaire, telle que l’entendent des observations générales sur le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels auquel le Canada est partie » (http://amnistie.ca/site/index.php?option=com_content&view=article&id=17539%3Aconflit-etudiant–amnistie-internationale-canada-francophone-est-serieusement-preoccupee-par-les-atteintes-au-droit-de-manifester-pacifiquement-&catid=27%3Acommuniqulocaux&Itemid=73).

Vous pouvez être pour ou contre la hausse des frais de scolarité, pour ou contre la grève, mais vous ne pouvez pas être contre le bien commun : c’est l’avenir que nous mettons en péril, le nôtre et celui de nos enfants. Un pays où l’éducation est minée est un chemin qui se pave vers l’ignorance.

Soyons responsables, soyons au courant de ce que le gouvernement et les étudiants font et posent comme acte, car l’ignorance d’une situation est une porte ouverte à la manipulation.

Céline Wakil

Aux mal aimés du travail

Aujourd’hui, 1er mai, à l’occasion de la fête internationale des travailleuses et travailleurs, le Comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques du Québec publie sa traditionnelle lettre. Cette année elle s’intéresse particulièrement  aux situations qui menacent l’accès à un travail de qualité qui mette à l’abri de la pauvreté. http://www.eveques.qc.ca/documents/2012/20120501f.html

La lettre des évêques arrive à point dans un contexte où une large partie de la population revendique un gel des frais de scolarité. Bien que cela puisse être interprété comme un appui directe à la lutte étudiante, il est intéressant de constater que la lettre du 1er mai situe cette lutte dans un contexte beaucoup plus large. Oui à l’accès à l’éducation, mais oui aussi, à un salaire « minimum » digne de ce nom qui assure une sortie de la pauvreté, ce qui est loin d’être les cas présentement. [1]

Oui à l’intégration des jeunes et des minorités dans le monde du travail. Et oui à des conditions de travail décentes.  Globalement, c’est une vision sociale très inclusive de tout notre monde, un appel lancé à nos leaders politiques et économiques pour que comme société nous soyons davantage préoccupés du bien commun.

En ce sens, la lettre des évêques rejoint le message du Mouvement international des travailleuses et travailleurs chrétiens, qui, lui aussi est préoccupé par la dégradation des conditions de travail et de revenus http://www.mmtc-infor.com/m/index.php/fr/communiques/24-upremier-mai-2012-precarite-au-travail-chomage-et-injustice-sociale.html : « La précarité au travail est l’une des causes premières de l’appauvrissement de beaucoup d’hommes et de femmes, de jeunes et d’adultes, issus de pays du Nord comme du Sud. Elle a un impact absolument négatif sur la vie de ces personnes et de leur famille. Nous ne voulons pas d’un système se caractérisant par de très bas salaires, des rythmes de travail accélérés, des horaires irréguliers, une compétitivité effrénée, la flexibilité exigée au travail, le harcèlement moral et sexuel et les formes d’esclavage au travail auxquelles sont surtout soumis les migrants. Notre défi consiste à dénoncer ces situations et à nous engager en permanence avec les plus pauvres et les plus démunis ».

Daniel Pellerin

[1] Seuil de faibe revenu: document du Collectif pour un Québec sans pauvreté http://www.pauvrete.qc.ca/IMG/pdf/111017-_Argumentaire_action_17_octobre_2011.pdf , p.2

Quand des catholiques font le SEDER … quelle foi célèbrent-ils au juste?

Imaginez un rabbin avec sa kippa sur la tête, vêtu de l’aube et l’étole du prêtre catholique et par-dessus, son châle de prière, le talith. La kippa est un signe d’affirmation et de fierté d’être juif, et le talith, l’expression de sa volonté d’être fidèle aux 613 prescriptions légales (mitsvot). Mais que ferait un rabbin avec une étole, signe du ministère qui apporte le salut en Jésus Christ? Yechoua! Peut-être prophète, mais pas le Messie, ni …. Fils de D.ieu!!!

Non! Je n’ai pas vu de rabbin se couvrir ainsi d’un tel  amalgame de vêtements liturgiques dont la fonction première est justement de différencier les Crédos, les identités et les appartenances. Mais j’ai vu une photo d’un prêtre catholique ainsi revêtu pour célébrer un SEDER suivi de l’Eucharistie. Moi aussi, j’ai présidé des célébrations eucharistiques «revues et augmentées» avec des éléments du SEDER que j’avais par ailleurs christianisés.

Suite à la lecture de cet article : http://seletlumieretv.org/blogue/non-classe/les-catholiques-et-le-repas-de-seder-au-cours-du-careme, j’ai compris qu’une telle fusion de célébrations menait à la confusion des affirmations de foi tant juives que chrétiennes, et au non-respect d’une liturgie juive fondatrice de leur identité. J’ai compris qu’un juif se sentirait offensé d’assister à un tel événement.

Cette réflexion ne m’est pas venue de moi-même. Je l’ai élaborée pour répondre à une interrogation de la part de l’équipe pastorale de la paroisse La Visitation qui remettait en question le projet de refaire le SEDER. Ainsi, le lundi saint de cette année, les gens ont été invités à une catéchèse intergénérationnelle sur le SEDER et l’Eucharistie à partir des objectifs suivants : – Faire comprendre comment le peuple juif célèbre la Pâque par le Seder en faisant mémoire de sa libération par Dieu de l’esclavage des Égyptiens, et en continuant de le bénir et lui demander d’être avec eux toujours pour leur apporter la paix sur la terre, la vie en harmonie. – Et faire comprendre comment le peuple  chrétien, l’Église, célèbre le repas du Seigneur Jésus, l’Eucharistie qui tire son origine de la pâque juive, que Jésus a transformée en mémorial de sa mort et de sa résurrection qui libèrent l’humanité du péché, du mal et de la mort : Bonne Nouvelle qu’il nous envoie annoncer.

Nous avons construit cette activité en nous demandant si un juif se sentirait respecté dans sa foi s’il y participait. Nous n’avons pas célébré le SEDER, ni l’Eucharistie, mais entre autres, nous avons visionné sur Youtube, une famille juive en train de célébrer leur Pâque. (http://www.youtube.com/watch?v=m5BIE7Log0o&feature=related) Et nous avons fait des rapprochements et des distinctions à l’aide d’un diaporama, et par une mise en scène de la première Pâque, et celle vécue après la destruction du Temple qui est devenue le SEDER au septième siècle.

Le mot SEDER veut dire «mise en ordre d’un enchaînement de rites». Je crois qu’en ne célébrant pas le SEDER, nous avons «mis en ordre», en les distinguant, les articles fondamentaux de la foi juive et ceux de notre foi  chrétienne.

Rémi Bourdon

Votre présence fait la différence!

La Semaine de l’Action Bénévole 2012, donne l’occasion encore cette année de souligner l’œuvre inestimable de nombreux bénévoles qui s’impliquent de multiples manières dans notre société.

La symbolique[1] mise de l’avant pour exprimer cette présence qui fait la différence est bien représentative. Cette présence est illustrée par des mains ouvertes.

Dans un regard chrétien, cela me révèle la présence de Dieu qui s’exprime par nos mains, par nos corps, par notre vie offerte comme un don.

Il m’arrive souvent de rencontrer, chez les personnes qui cherchent à comprendre les récits bibliques, un questionnement concernant les intermédiaires que Dieu choisit et à qui Il confie une mission. « Pourquoi Dieu envoie Moïse pour libérer le peuple esclave en Égypte? Pourquoi Dieu ne libère pas lui-même le peuple esclave? Pourquoi se sert-il d’intermédiaires? »

Pour les chrétiens, Dieu n’est pas un être solitaire qui choisirait d’agir sans l’acquiescement de notre liberté. Dans le Christ, Il s’est révélé complètement lié à notre humanité, à nos choix, à notre agir. C’est pourquoi on dira de Lui qu’Il est l’Amour incarné. Saint Paul ajoutera que cet « Amour a été répandu en nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous est donné ». (Rm 5,5) Chaque fois que cet Amour est manifesté par nos actes, c’est le mystère de l’incarnation qui se poursuit. C’est Lui qui porte tout être, comme la racine porte l’arbre qui produira du fruit[2]. Ainsi, la présence devient nourriture.

Que l’on soit croyant ou non, n’est-ce pas cette présence nourrissante qui fait la différence dans la vie? Dans ma foi, j’y reconnais la présence de Dieu qui appelle encore et toujours les humains à collaborer à son œuvre d’humanisation. Et dans la reconnaissance, je m’émerveille devant toutes ces personnes bénévoles qui acceptent de répondre à des appels et qui changent le monde, geste après geste.

Merci! Votre présence fait la différence!

Colette Beauchemin



[2] Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. (Jn 15,16)

La fin du monde en 2012 : Les Mayas se bidonnent…

2012. La fin du monde ou l’apocalypse serait prévue pour le 21 décembre 2012 ! Il paraît, en effet, que dans l’un des plus anciens calendriers de l’histoire, le 21 décembre de l’an 2012 indique un changement radical et global à l’échelle mondiale. D’après les traditions du peuple Maya, il y aurait, au solstice de l’hiver 2012, une « fin du monde » tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Ce sujet apocalyptique fait bien parler dans le monde entier. Faut-il paniquer devant une telle éventualité ? Faut-il arrêter d’avoir des projets ou, au contraire, tâcher de les réaliser le plus vite possible, puisque nos jours sont comptés ?

D’une part, il sera facile de croire à la possibilité d’une fin du monde avant la fin de l’année 2012 : les pays s’entretuent, le fossé entre les riches et les pauvres augmente, la corruption sous toutes ses formes bat son plein, des aînés sont abandonnés, des parents tuent leurs enfants, des milliers de personnes crèvent de faim tandis que d’autres s’empiffrent sans fin, on investit des milliards dans l’armée et on est frileux à investir un million dans l’éducation, les indignés font des sit-in sur les places publiques à travers le monde, des grandes compagnies ferment leur porte sans avertissement laissant 2,000 travailleurs en chômage, etc. Les valeurs qui étaient jusque là essentielles, sont rejetées du revers de la main dans bien des cas. On met l’accent sur le profit, la rentabilité, l’efficacité, le pouvoir.

En février dernier, je suis allée au Mexique.  Je me suis dit : « Quelle belle occasion pour s’informer auprès du peuple Maya de la véracité des faits à venir. La fin du monde arrivera-t-elle en 2012 ou non ? » À Ek-Balam, un site archéologique situé à 250 km de Riviera Maya, j’ai rencontré des Mayas à qui j’ai posé directement la question. Tous ont affirmé croire qu’à cette date fatidique se passerait quelque chose de phénoménal… mais tous s’entendent pour dire que ce sera le temps d’un Renouveau, quelque chose de neuf, de radicalement neuf, se produira.  De toute façon, la terre tremble…

Louise Paradis, professeure au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal et spécialiste des civilisations méso-américaines, explique très clairement la situation dans un article signé de Daniel Baril. « C’est la fin d’un cycle long du calendrier maya qui nous conduit à la date fatidique du 21 décembre 2012 (selon d’autres calculs, ce serait le 28 octobre 2011 ou encore quelque part en l’an 2220). Quoi qu’il en soit, «aucun codex maya ne dit que la fin du cycle long signifiait pour eux la fin du monde. La fin de ce cycle devait en annoncer un autre.» http://www.nouvelles.umontreal.ca/recherche/sciences-humaines-lettres/fin-du-monde-en-2012-les-mayas-lavaient-predit.html

Cela étant dit, si le 21 décembre 2012 devait être le début d’un cycle nouveau, d’un temps neuf, j’aurais quelques améliorations à apporter au monde actuel.  Nous avons le droit de rêver…

Francine Vincent

J’ai-tu ben compris ?

Dimanche dernier, à l’émission Tout le monde en parle, la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Line Beauchamp, est venue s’entretenir avec Guy A. Lepage.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui est surtout le propos tenu par Mme la Ministre concernant le système de votation en assemblée générale.

Dans ses paroles, Mme Beauchamp parle de l’alliance entre les professeurs, les syndicats et les étudiants. Je vous invite à visionner cette vidéo, de la minute 6,34 sec. à la minute 8,10 en attirant votre attention sur la question de M. Lepage[1] (7 min. 35 sec.) et la réponse de Mme Beauchamp[2]. http://www.youtube.com/watch?v=qfPuyf9CNp8

Cette dernière laisse planer le doute de la légitimité démocratique du vote à main levée des assemblées générales régies par le code Morin, code qui est en place un peu partout au Québec, dans les conseils d’administration (CA). Le code Morin met d’office le vote à main levée[3], car il est « le plus expéditif » et donne un accès plus simple à la démocratie. http://www.gallimardmontreal.com/catalogue/livre/code-morin-procedure-des-assemblees-deliberantes-morin-victor-9782761605434

Ai-je bien compris Mme Beauchamp? Les consignes ne seraient pas bien respectées en particulier quand un vote est tenu à main levée ? Vous laissez croire à la population, qui ne maîtrise pas nécessairement toutes subtilités de ce code, que les professeurs ont le droit de réfuter un vote qui est démocratique, car << les consignes ne seraient pas bien respectées >>.

Mme la Ministre Line Beauchamp, je vous donne l’occasion, ici dans ce blogue, de clarifier vos propos qui mettent en jeu une base fondamentale de notre système démocratique de nos milieux où des choix sociaux sont pris (CA de CPE, d’associations étudiantes, organismes à but non lucratif, etc.).

Les étudiants, à majorité, ont fait leur choix de refuser une hausse des frais de scolarité. Vous n’êtes pas au gouvernement pour avoir le pouvoir sur la population, mais bien pour faire grandir un peuple, avec ce peuple.

Céline Wakil



[1] Question de Guy A. Lepage : << Mais c’est une façon de contrer le mouvement étudiant en faisant ça quand même [permettre aux professeurs de donner leur cours malgré le vote démocratique étudiant] ? Quand il y a une décision démocratique, des étudiants qui disent ‘’on ne va pas au cours’’, mais en théorie, ça doit être suivi comme n’importe quelle décision démocratique ou syndicale >>.

[2] Réponse de Line Beauchamp : << Je pense que, franchement, je pense que la réalité est que quand l’établissement où il y a eu un vote démocratique, lorsque notamment le vote est pris non pas à main levée, mais est pris à vote secret, lorsqu’il y a eu de l’espace suffisant pour permettre à tout le monde de participer au débat, etc. etc., je pense que les consignes sont pas mal respectées. >>

[3] Morin, Victor. Procédure des assemblées délibérantes, Montréal, Beauchemin, 1969, p. 83-84.

Quand le doute et la peur prennent les rênes!

Je viens de lire le blogue de Thierry Bizot, http://bizot.blog.croire.com/, nouveau converti, qui essaie du mieux qu’il en est capable de partager sa foi naissante et ce qu’elle lui fait vivre.

J’admire cet homme qui partage humblement les aléas de son histoire de foi, sans l’embellir ou sublimer les doutes qu’il rencontre. Cette fraîcheur du témoignage vrai et lucide me rejoint et me renvoie aux enjeux de ma foi, bien que plus ancienne, mais toujours aussi mouvante.

La foi n’a rien d’un état de stabilité. Le doute fait bel et bien partie de la foi. Quand le doute vient, il est habituellement suivi de la peur. La foi déstabilisée et remise en question semble alors chanceler. Passera-t-elle l’épreuve? Trouvera-t-on la force de continuer? C’est bien l’expérience coutumière qui fait partie de mon chemin de foi, mais n’est-ce pas également l’expérience de nos ancêtres dans la foi? Lorsque le doute se profile et que la peur s’installe, qu’arrive-t-il alors?

Si je sais relire ces moments où le doute et la peur veulent prendre les rênes de ma vie, je peux reconnaître les petits éclats de lumière qui arrivent de part et d’autres, comme un clin d’œil divin qui vient me relever, me remettre en marche, donner réponse à la question qui me ronge : pourquoi continuer?

Je vous souhaite, je nous souhaite de revivre ce miracle de la « manne » qui arrive juste au moment où l’on croit défaillir. (Ex 14)  La Grâce vient du ciel, de la Parole qui nourrit et qui nous rejoint bien souvent par la bouche de nos frères et sœurs. N’est-ce pas extraordinaire d’apprendre, par exemple, que quelqu’un pense à nous et nous porte dans sa prière?  Comme un lien invisible qui nous relie, quel que soit l’endroit où l’on se trouve sur cette petite planète, cette solidarité n’est-elle pas déjà un miracle et bien souvent le pain qu’il fallait pour poursuivre la route?  Parfois, la manne vient sous la forme d’une rencontre, d’une lecture, d’un événement inattendu.  « Les fils d’Israël regardèrent et se dirent l’un à l’autre : « Mân hou? » (« Qu’est-ce que c’est? »), car ils ne savaient pas ce que c’était.  Moïse leur dit : « C’est le pain que le SEIGNEUR vous donne à manger. » (Ex 16,15)  Puisque je ne suis pas arrivée en Terre Promise, j’ai toujours à reconnaître et à me nourrir de la manne qui vient du ciel et qui me donne la force de continuer.  Rien n’est jamais acquis. Ne dit-on pas de la manne, qu’on ne pouvait pas en faire de réserve?  (Ex 16, 19-20)

Pour poursuivre votre méditation à partir de l’image du « désert » qui symbolise cette expérience que nous fréquentons tous, je vous invite à visiter la très belle animation proposée par la revue Croire, pour le temps du Carême.

http://www.croire.com/article/index.jsp?docId=2296003&rubId=238

Colette Beauchemin

 

Pour quoi avoir la boule?

«Ne touchez pas à mon église, elle n’en plus pour bien longtemps.» Quand la boule de la grue s’acharne à percuter les murs vénérables du temple, elle finit par les réduire en un amas de poussière. Toute la litanie des saintes et des saints va y passer au fil de la démolition ou de la conversion de ces édifices sur notre territoire. Plusieurs ont «la boule» à voir s’écrouler ces clochers de campagne ou de ville.

Moi aussi je m’attriste quand je regarde cette vidéo:http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/la-capitale/201002/21/01-953750-le-clocher-et-les-tours-de-leglise-st-vincent-de-paul-cedent.php

C’est avec un pincement de nostalgie que je vois partir en poussière des pages d’histoire de village ou de quartier. Mais je m’attriste encore plus de la dégénérescence de la vie chrétienne communautaire. L’Église-communauté n’engendre plus, plus besoin d’église-édifice. Les générations des 25-50 ans s’en inquiètent-il? Ils sont peu présents dans cette autre vidéo: http://www.youtube.com/watch?v=AHHZp_6u1hc. Et vous?

J’ai la vraie boule en pensant à l’avenir des communautés chrétiennes.  Mais j’ai aussi l’espérance des recommencements. Du temple de Jérusalem, Jésus, admirant sa beauté, disait qu’il n’en resterait pas pierre sur pierre. L’essentiel n’est pas dans la brique et le béton mais dans le cœur, le cœur habité de la présence du Vivant. «Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?» (1 Corinthiens 3:16)

Voyons la boule du démolisseur comme un signe des temps. Est venu le temps d’une Église qui va probablement ressembler à ce qu’en prédit ce jésuite français de 95 ans, Joseph Moingt : «…Église ouverte à la communication de la parole entre tous, aux échanges des relations fraternelles, à la mise en commun des sentiments, des besoins, des appels, des projets que fera naître la méditation de l’Évangile. La primauté accordée à la mission évangélique amènera à organiser la vie d’Église en communautés de disciples, qui seront le tremplin du départ pour la mission. […] Elle appellera aussi un nouveau type de rapports entre les fidèles et le clergé, dont la présence ne sera pas toujours requise. On peut présumer que ce nouveau style de vie en Église ne conviendra pas à tous les fidèles, et ne sera pas de nature à satisfaire tous leurs besoins religieux ; cela obligera à diversifier et à alterner différents types de réunions d’Église pour des participants différents. Bref, remettre l’Église en état de marche pour la mission, c’est la réinventer, retrouver le souffle, l’élan créateur de l’origine.» (http://www.culture-et-foi.com/texteliberateur/joseph_moingt_2.htm) Et vous, vous sentez-vous disciples à sa façon?

Rémi Bourdon

Grâce à elles…


« …
La règle était de boire sans contrainte, car le roi avait ordonné à tous les maîtres d’hotêl d’agir selon le bon plaisir de chacun.… Le septième jour, le roi était gai, à cause du vin.  Il dit à Mehoumàn, Bizta, Harbona, Bigta et Avagta, Zétar et Karkas – les sept eunuques au service du roi Xerxès – de faire venir Vasti la reine, devant le roi, avec le diadème royal, pour montrer aux peuples et aux ministres sa beauté : c’est qu’elle était belle à regarder! Mais la reine Vasti refusa de venir selon l’ordre du roi transmis par les eunuques. Alors le roi se mit dans une grande colère et s’enflamma de fureur… » (Est. 1, 8-12)[1]

Le roi se mit dans une grande colère… « Car la conduite de la reine filtrera jusqu’à toutes les femmes, les poussant à mépriser leurs maris… » (Est.1, 17)[2]

La parole qui dérange, le non qui refuse, la reconnaissance de sa propre dignité humaine… Voilà ce que m’inspire la journée internationale de la femme; les luttes de nos mères qui nous permettent aujourd’hui d’exister, de dire JE, de se penser. Les luttes de nos mères indignées criant à la Libération… dénonçant les injustices, les violences faites aux femmes, leur invisibilité imposée. Les luttes de nos mères malmenées. Mal perçues. Non reçues, mais toujours vivantes parce que vivifiantes…

Porteuses de vie, accoucheuses de vie nous sommes les héritières de ces femmes, de nos sœurs qui ont dit non. « Ne tuons pas la beauté du monde… »[3] car « nous portons un trésor dans des vases d’argile… »[4]

Rendons grâce. Pour ces militantes du cœur qui ont choisi, malgré une terre hostile, de dénoncer un modèle de société producteur d’exclusions. Rendons grâce.  Pour ces défricheuses volontaires qui ont travaillé sans relâche à libérer de ses pierres le chemin d’humanité.  Rendons grâce.  À leur parole bouleversante qui a permis que la femme ne soit plus le complément, l’objet du sujet mais plutôt sujet du Verbe. Sujet du Verbe prenant conscience de sa valeur car elle a du prix à Ses yeux, sujet du Verbe qui se verbalise, qui re-naît de la parole, de sa parole qui se dé-voile, qui se proclame, qui se projette « Un peu plus haut, un peu plus loin …»[5] Voilà ce que m’inspire ce 8 mars qui s’enracine dans un mouvement ayant germé à Copenhague en 1910 alors qu’une confédération de femmes socialistes de tous les pays militaient pour se mettre au monde en revendiquant leur droit de vote. Au Québec, c’est en 1940 que nos mères pourront ré-inscrire leur marque dans la société. Elles re-deviendront citoyennes à part entière, telles qu’elles l’étaient avant la loi de 1849. Par contre, on continuera de nous infantiliser jusqu’en 1964. L’article 177 du code civil stipulera désormais la « capacité juridique de la femme mariée » tandis que « la primauté du mari dans l’exercice de l’autorité parentale sera abolie en 1977 »[6]

Refuser le pouvoir mortifère… Se défaire de notre conditionnement social n’est-ce pas s’ouvrir à une société juste ? Être féministe n’est-ce pas dire oui à l’intégrité et à la dignité de la personne ?  Comment comprendre alors que la promotion des droits humains soit toujours perçue comme une menace ou une perte de privilèges pour certains ?

Maintenant reconnues à part entière, où en sommes-nous réellement en 2012 ?

De quoi nos filles seront-elles les héritières ?

 

Christiane Lafaille

Répondante diocésaine à la condition des femmes

 


[1] Bible de Jérusalem, éditions du cerf, Paris 1955,

[2] Idem

[3] L’hymne à  la beauté du monde, Paroles: Luc Plamondon. Musique: Christian St Toch

[4] Nous portons un trésor ( 2 cor. 4,7), paroles et musique Robert Lebel

[5] Un peu plus haut, un peu plus loin, paroles Jean-Pierre Ferland

[6] Site internet: gouvernement du Québec, http://www.revolutiontranquille.gouv.qc.ca

 

Chassez le religieux… il revient en vélo!

J’ai mis la main aujourd’hui sur une publicité du Tour de l’Ile de Montréal qui aura lieu le premier week-end de juin. Fascinant! Un jeune homme est photographié sur un fond de ciel bleu, avec une auréole représentant une roue de vélo; sur le pneu est écrit les noms de plusieurs rues de Montréal qui portent le nom d’un saint ou d’une sainte. Le texte publicitaire dit :

« Un week-end au paradis. Pour des milliers de cyclistes, le premier week-end de juin à Montréal, c’est un peu rêver au paradis : une ville sans autos, où il fait bon pédaler librement, sans souci.  Cela prend des allures d’une grand-messe du vélo : un moment de rassemblement, quasi sacré, où le temps peut s’arrêter… »

C’est fascinant de voir qu’au moment où de toutes parts on essaie de retirer du tableau urbain tout ce qui touche de près ou de loin à la religion, ici nous avons une pub qui s’en inspire considérablement.  Chassez le religieux et il revient au galop… en vélo! En lisant cette publicité, j’ai pris connaissance que les références religieuses sont encore très présentes dans notre univers. Le discours religieux, les images religieuses, font encore partie des cordes sensibles des québécois. Dans cette pub, on utilise un vocabulaire qui fait appel à de belles valeurs chrétiennes : la liberté; le rassemblement, cette grand-messe qui se veut un moment de communion; un temps d’arrêt pour se déposer et se refaire; le paradis, ce grand jardin d’Eden vers lequel on essaie de tendre.  La publicité fait des parallèles avec des thèmes religieux, à la blague sans doute, et ce, sans aucune méchanceté ou sarcasme.

Il y a comme un rapprochement qui se fait entre le monde dit religieux, et le monde tout court. On n’arrive plus à se parler en face à face, alors on prend d’autres chemins pour donner notre opinion. Ça se fait d’une manière très « smooth »; on en rit dans un premier temps, on fait circuler l’information, et on réagit de façon aussi « smooth » et amicale, tout en faisant valoir son point de vue. Par exemple, il y a quelques semaines, un enseignant de Sorel enlevait la dernière ligne de la belle chanson l’Hymne popularisée par Edith Piaf : « … Dieu réunit ceux qui s’aiment! ». L’Église de Montréal a réagi rapidement en faisant paraître, pendant un court moment, une publicité qui reprenait que ce petit bout de phrase mais en y donnant toute son importance.

Dans la publicité sur le tour de l’île en vélo, c’est comme si j’y lisais qu’il y a bien des façons de se rassembler le dimanche et de faire communion. Nous avons un besoin viscéral de nous ressourcer, de nous nourrir spirituellement, de prendre le temps de nous arrêter, de nous retirer du monde de la vitesse et de la concurrence pour vivre de belles expériences avec la famille et les amis tout en créant des liens avec la collectivité. C’est peut-être une façon de faire Église autrement?

Francine Vincent