À quelles conditions peut-on prendre un objet symbolique d’une culture autre que chrétienne et en faire un objet symbolique chrétien? La question m’a été posée parce que, dans le parcours catéchétique Mène-nous vers Jérusalem, j’ai transformé le capteur de rêve amérindien en capteur de rêve chrétien. Je ne crois pas avoir perverti le sens de cet objet si je me fie à ce qu’un artiste amérindien, Nick Huard, dit des capteurs de rêve qu’il fabrique. Pour lui, ils rappellent, entre autres,  «à chacun de nous de poursuivre le rêve que le Créateur a mis dans notre cœur.» (voir ici)

Il n’est pas étonnant que les diverses cultures utilisent souvent des objets semblables pour exprimer leur vision du monde et la destinée humaine, les désirs et les «rêves» communs à tous les peuples à travers les temps. Ce qui montre bien l’unité profonde de l’humanité, son âme religieuse. Et le rêve est une activité psychique universelle qui souvent nous branche sur des questions vitales, à travers des images, des «vidéos-clips» surgissant de notre inconscient pour nous secouer. Je trouve fascinant que la culture amérindienne ait été la seule à produire un tel objet symbolique, pour signifier qu’il faut prendre ses rêves au sérieux.

Dans la culture judéo-chrétienne aussi, les rêves, ou songes, ont de l’importance : la Bible les considère comme une façon pour Dieu de se révéler. Les livres bibliques racontent  de nombreuses histoires de rêves célèbres, ou de visions nocturnes, qui manifestent la présence active de Dieu. J’en ai répertorié une quinzaine. Jacob a un songe qui va le marquer pour la vie : une échelle qui relie le ciel et la terre. Quand il se réveille, il dit : «Vraiment le Seigneur est ici, mais je ne le savais pas.» (Genèse 28, 10-16). L’évangile de Matthieu raconte les rêves de Joseph et des mages et mentionne celui de la femme de Pilate.

Oui Dieu a des rêves sur nous! Mais comment nous les fait-Il connaître et comment fait-on pour les capter? Un des symboles porteur du message divin est la colombe qui représente l’Esprit saint. Comme l’échelle de Jacob, elle établit la liaison entre le ciel et la terre. Saint Paul affirme : «L’Esprit parle à notre esprit.» Oui nous pouvons capter des rêves quand nous nous réveillons subitement : notre esprit peut les mémoriser et les interpréter. Mais pour capter le rêve de Dieu, il faut l’aide de l’Esprit en nous. Voilà ce que j’ai voulu représenter symboliquement, en remaniant le capteur de rêve amérindien, et en plaçant au centre le symbole de la colombe, déjà largement utilisé comme symbole chrétien.

Je n’ai rien fait de nouveau en prenant un objet symbolique non chrétien pour le transformer. Rappelons-nous que Noël est une fête païenne transformée en fête chrétienne au 4ième siècle. (voir ici). Et que dire de la croix? Marc Girard, un bibliste, écrit dans son livre (Les symboles dans la bible p.613): «Étonnamment riche, le mystère de la croix! Et – phénomène trop peu connu- les chrétiens sont loin d’en avoir le monopole : le symbole fait partie du patrimoine culturel et religieux de toute l’humanité.»

Tout objet, ou geste symbolique, révèle son sens particulier par la parole qui l’accompagne, parole dite, ou implicite dans la mémoire individuelle ou collective. Le fait de verser de l’eau sur la tête d’une personne ne signifie pas qu’on est en train de la baptiser. Il faut les paroles qui en donnent la signification : «Je te baptise au nom du Père….»

Merci à nos sœurs et frères amérindiens qui se tournent vers le Grand Esprit !

Rémi Bourdon, prêtre