Archives pour février, 2010

Des romans chrétiens?

Voici donc mon deuxième article sur ce nouveau médium.

Cette fois-ci, j’ai envie de vous parler de roman…Eh oui, de roman.

Vous savez que dans mon domaine, les livres religieux, il y a aussi des livres de fictions. Il y a plusieurs auteurs qui se spécialisent dans ce domaine et je suis portée à croire que ces sujets sont très populaires. Nous connaissons tous des best-sellers dont l’histoire tourne autour du Vatican, autour de groupes secrets, autour de légendes sacrées. Au fil des siècles, les écrivains ont toujours été intéressés par ce qui ne s’explique pas facilement et c’est là que l’imagination prend le relais. La religion comporte plusieurs faits inexpliqués qui incitent à la fabulation. Peut-être est-ce pour cela que ces sujets sont si populaires.

RomansJe suis d’accord avec ceux qui disent que ces livres sont invraisemblables. Je dis toujours qu’un roman n’est toujours qu’un …roman ! Une invention ! Quand, sur une page titre il est inscrit « roman », il faut savoir que ce qui y est décrit n’est pas la vérité. Ce peut être une version arrangée de l’histoire ou tout simplement de la pure invention.

Les romans sont faits pour nous distraire, nous changer les idées. Bien sûr, certains d’entre eux comportent une part de réalité, une réalité souvent historique. Je suis « fan finie » des romans historiques justement. C’est une lecture de ce genre qui m’incite à me renseigner sur certains sujets décrits dans le livre. Après avoir fini le roman, je réalise des recherches sur les évènements racontés. C’est fascinant.

Ici, à la bibliothèque du diocèse, nous possédons plusieurs titres de ce genre. Je viens de terminer la série sur Moïse de Gérald Messadié. Quel plaisir de reconnaître les personnages et de comprendre la vie en ces temps reculés. Mais, comme mentionné plus haut, c’est un roman. Un autre auteur, Marek Halter, s’est inspiré des femmes de la Bible pour écrire une série. Il nous parle de Sarah, Tsippora, Lilah et de la reine de Saba. Ces femmes côtoyaient les grands noms de la Bible et l’histoire qui s’y rapporte. Un troisième écrivain, Max Gallo, raconte dans une grande fresque en trois volumes la naissance de la France chrétienne avec trois figures : Martin, Clovis et Bernard. Quel divertissement. Rien de trop difficile, de trop ardu et pourtant, on apprend quand même.

Je suis persuadée que la lecture de roman incite le lecteur à aller voir plus loin. C’est un passe-temps agréable et qui ne demande pas de trop grandes connaissances techniques. Ce sont souvent à partir de ces lectures que la curiosité est éveillée. Il faut ensuite aller plus loin et qui sait, peut-être se lancer dans l’étude plus poussée d’un sujet en particulier.

Je vous donne les références des livres mentionnés :

- MOÏSE. Tome 1. Un prince sans couronne. – Gérald Messadié. – JC Lattès.
- MOÏSE. Tome 2. Le prophète fondateur. – Gérald Messadié. – JC Lattès.

- LES CHRÉTIENS. Tome 1. Le manteau du soldat. – Max Gallo. – Fayard.
- LES CHRÉTIENS. Tome 2. Le baptême du roi. – Max Gallo. – Fayard.
- LES CHRÉTIENS. Tome 3. La croisade du moine. – Max Gallo. – Fayard.

- SARAH. – Marek Halter. – Robert Laffont.
- TSIPPORA. – Marek Halter. – Robert Laffont.
- LILAH. – Marek Halter. – Robert Laffont.
- LA REINE DE SABA. – Marek Halter. – Robert Laffont.

Alors voilà, à bientôt. J’attends vos commentaires et peut-être vos suggestions de lecture.

Johanne Lefebvre

Es-tu judéo-chrétien?

J’aime bien cette émission radio des «aurores» où il est question de tout et de rien, de sérieux et de futile, dans l’odeur du café et des toasts. Ce matin-là, au départ de l’émission, l’animateur jasait avec les chroniqueurs, des photos radar et des revenus substantiels qu’ils génèrent pour l’État. Quelqu’un rappelait que la visée de l’exercice était la sécurité routière, un objectif éducatif et éthique plutôt que financier. L’un d’eux évoqua le souvenir des contrôles de vitesse sur la longue route 175 qui traverse le parc des Laurentides. Les arrêts obligatoires aux barrières permettaient de chronométrer le temps entre l’entrée et la sortie. Tout véhicule qui arrivait avant son temps était immobilisé pour un temps, pour ramener la durée de la traversée au temps minimum permis. «Quelle attitude judéo-chrétienne!» clama alors un chroniqueur. Les oreilles me dressèrent. «Judéo-chrétien veut dire : tatillon! faiseur de petite morale!» Qui peut oser se dire judéo-chrétien après cela. L’émission passa à autre chose, mais pas moi, pas tout de suite. Dans ma bulle, comme un écho «Suis judéooooo-chrééééétien? »

onairLa gang se mit à parler d’Haïti, de la force d’âme de ces gens qui chantaient et qui priaient, et de la générosité étonnante des québécois. Aucun chroniqueur n’a dit qu’il y avait peut-être là une attitude judéo-chrétienne de part et d’autre. Puis, est venue sur le tapis l’affaire du coup de coude au hockey, avec ses conséquences graves pour la victime : convulsions et traumatisme crânien. «Trop violent le hockey, il faut que ça change!» clama-t-on. L’imposition de sanctions plus sévères est réclamée. Tiens! tiens! l’éthique et la morale se montrent le bout du nez. Serait-ce un réflexe …judéo-chrétien, que d’exiger réparation pour le tort commis, et changer la culture de la violence dans ce sport? Puis on est revenu sur les victimes des bandits à cravate… encore la morale qui affleure inévitablement, peut-être inspirée de la tradition jud…je présume.

Puis vint le tour de la critique de théâtre de faire sa chronique. Elle résume l’histoire de la pièce ou du film: un imposteur fait souffrir plein de monde, mais finit par se transformer en un être de bonté à travers la déchéance dans laquelle il est plongé. Elle termine en disant : «C’est une histoire de rédemption!». Oh! Qu’est-ce que je viens d’entendre? Mais personne des chroniqueurs n’a relevé cette expression on ne peut plus «culture judéo-chrétienne». Difficile de ne pas avoir des petits airs de famille, même quand on veut s’en dissocier.

Puis je me suis dit qu’il y a de ces expressions qui ont peut-être besoin de rédemption au regard des personnes qui ont un contentieux avec leur passé religieux. Cela m’engage à contribuer humblement à changer une certaine perception négative de notre héritage spirituel québécois.

Judéo-chrétien : Se dit des croyances et des valeurs morales communes au judaïsme et au christianisme Larousse Pratique. © 2005 Editions Larousse.

Rémi Bourdon

Science et foi : pour aller au-delà des oppositions simplistes (1ère partie)

Dans la culture médiatique de masse, qui domine et oriente aujourd’hui l’opinion, circulent nombre d’idées reçues sur la religion chrétienne.  Une des plus vivaces, qui refait périodiquement surface au gré des nouveautés du cinéma et de la littérature, présente la foi comme contraire à la raison, et plus spécifiquement, à la démarche scientifique.

La raison et la science ont dans la culture d’aujourd’hui un statut ambivalent.  Pendant longtemps, elles ont été  perçues de façon très positive par les penseurs, les politiques et les savants.  On fait généralement remonter cette réputation positive de la raison et de la science, et plus spécifiquement de la raison scientifique, au 17e siècle, à l’époque où  la méthode expérimentale s’est imposée dans les esprits (grâce à Bacon et son Novum Organum, Descartes et son Discours de la méthode) comme dans les faits (Galilée confirmant l’héliocentrisme, Torricelli découvrant la pression atmosphérique).  À cette époque, on a fait table rase des a priori philosophiques et théologiques de la tradition et on a fait de la méthode par observation et par expérimentation le critère du vrai en sciences naturelles.  Devant la splendeur des découvertes nouvellement acquises, il n’y avait plus à douter : le genre humain était engagé sur la voie de la connaissance vraie et du progrès, grâce à la science.

galaxie - AndromedeDepuis le milieu du 20e siècle cependant, science et raison ont connu une baisse de prestige.  Avec l’industrialisation du meurtre (Auschwitz) et la multiplication presque infinie de la puissance de destruction des armes (Hiroshima), les hommes ont compris, contrairement à ce qu’ils pensaient auparavant, que la route du véritable progrès ne s’ouvrait pas devant eux comme un large boulevard rectiligne, sur lequel il n’y aurait qu’à avancer librement, sans rencontrer d’autres obstacles que les propres limites de la raison humaine.  Aujourd’hui, 65 ans plus tard, nous sommes encore plus conscients que l’accroissement des capacités scientifiques et techniques de l’homme a son revers, et qu’il se conjugue avec l’accroissement de notre capacité de détruire l’environnement et d’aliéner économiquement l’homme, quand tout est soumis, y compris l’homme lui-même, à la logique marchande et au rythme inhumain du machinisme.

Ainsi, lorsqu’ils regardent le chemin parcouru depuis l’essor de la science moderne au 17e siècle, les habitants des sociétés techniquement avancées éprouvent un sentiment mitigé, qui explique le statut ambivalent qu’ont la raison et la science dans l’opinion.  Le récent développement du génie génétique, qui permet à l’homme de manipuler le vivant de façon absolument inouïe et qui permettra peut-être un jour de redéfinir les frontières de l’humain, ne fait que poser avec plus d’acuité le problème du développement scientifique.  Les horizons nouveaux qui se déploient sous nos yeux s’ouvrent parfois sur des perspectives extraordinairement prometteuses, mais des pans entiers de l’avenir restent couverts d’un épais brouillard, et ce brouillard masque peut-être l’écueil sur lequel l’humanité ira s’échouer, si, dans sa quête de la connaissance et du bonheur, elle n’agit pas avec assez de prudence.

Cela étant, tous ne s’encombrent pas de ces nuances lorsqu’il s’agit de traiter de l’épineuse question des relations entre science et foi.  Nous examinerons cela de plus près dans un prochain article.

À suivre…

Alex La Salle

La spiritualité avec ou sans Dieu?

J’ai assisté dernièrement à une conférence qui avait lieu au Centre Culturel Chrétien de Montréal www.centreculturelchretiendemontreal.org. Le sujet de la spiritualité avec ou sans Dieu, était abordé par trois témoins : Mme Rose Dufour, anthropologue, M. Bernard Émond, cinéaste et Mgr Gilles Lussier, évêque du diocèse de Joliette.

Les trois témoignages étaient forts intéressants et différents. Ils laissaient bien voir les contrastes et positions variées qui habitent dorénavant notre paysage québécois. Cela peut avoir l’avantage de provoquer chacun à se positionner et à inventer son propre chemin de sens et de vie. Mais je constate, également, que ce nouvel éclatement des croyances laisse bien des jeunes et des adultes dans une sorte de confusion qui les porte à remettre toujours à plus tard, la question du sens de la vie et de la spiritualité. On se laisse mener par l’urgence et on en oublie le sens du voyage.

De mon point de vue Mme Rose Dufour a livré un témoignage éloquent. Sa sensibilité et son authenticité traversaient ses paroles. Une femme intense qui travaille avec les femmes de la rue, les prostituées. Voici un extrait de son témoignage qui laisse transparaître l’essentiel de son propos.

Rose DufourComme anthropologue, ma profession m’amenait à l’étude de l’autre et je me suis sentie appelée à travailler avec les plus pauvres, au centre-ville de Québec. Je me suis mise à accompagner des femmes prostituées. Pour pouvoir les rejoindre, j’ai dû aller chercher ma pauvreté au fond de moi. C’est là que la parole du Christ m’a rejointe profondément : « Les prostituées vous précéderont dans le Royaume des cieux ».

En accompagnant ces femmes dans la recherche de ce qui les avaient menées là, j’ai eu accès à leur âme. En essayant de les aider à faire le point dans leur vie, j’assistais à leur métamorphose. C’était elles qui me reflétaient le plus précieux en moi. J’avais besoin d’elles avant qu’elles aient besoin de moi. Je comprenais que ce n’était pas le repentir qui leur donnait accès au Royaume, mais ce qu’elles étaient intérieurement. Ces femmes ont été façonnées pour devenir ce qu’elles sont. J’ai été éblouie devant la grandeur de l’être humain, enfouie sous la misère. J’avais la mission de les aider à se voir comme elles étaient vraiment. « Si tu voyais ce que je vois. Je voyais la vraie Lucie, Nancy, … Tu as le devoir de devenir qui tu es ».

Aujourd’hui Mme Dufour ressent deux grandes obligations dans sa vie : amener ces femmes à elles-mêmes et témoigner de ce qu’elle découvre à leur contact. C’est de cela dont elle témoigne dans son livre intitulé Je vous salue Marie… Éd. MultiMondes, 2005.

Lors de son intervention, M. Bernard Émond a d’abord senti le besoin de signifier son inconfort à parler de spiritualité. Il se présente comme un agnostique.

Bernard ÉmondJe crois, dit-il, que la vie est Mystère que l’on ne peut épuiser dans nos concepts et nos représentations.

Je me réclame plutôt d’une approche théologique qu’on appelle « apophatique » qui reconnaît l’indéfinissabilité de Dieu et qui insiste davantage sur ce que Dieu n’est pas, plutôt que sur ce que Dieu est. Si Dieu existe, comment expliquer la souffrance? Je sais que pour les croyants le silence de Dieu est la place de notre liberté mais pour moi son silence me crée problème.

Croire ce serait peut-être écouter le silence. Sous un tableau de Giorgio Morandi, je suis en présence du Mystère. L’austérité de l’œuvre, tout en dégageant une beauté poignante, nous met devant la question : Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien? La beauté du monde et la musique de Bach, donnent le sentiment d’une présence ou du moins le sentiment du précieux; sentiment qui nous invite à sortir de nous-mêmes et à aller vers l’autre. Sortir de soi, c’est aussi s’extasier. Je me limite à cela, car je ne saurais en dire plus. J’écoute et j’essaie d’être attentif. Au nom de la religion, il y a eu des horreurs. Pour moi la question éthique est centrale, peu importe les croyances. Pour moi les croyances ne sont, à la limite, que des décorations. C’est le résultat qui compte. C’est le message central que j’ai voulu livrer dans mon dernier film : « Je crois qu’il faut servir » (La Donation).

Mes trois films sur les vertus théologales laissent voir que je suis tout de même attaché aux décorations que la religion m’a laissées. Je me sens chez-moi dans une église. J’y suis attaché à cause de sa beauté, de ses métaphores qui peuvent orienter la vie. J’ai la certitude de la nécessité des traditions car je vois les ravages de la déculturation. Tradition et transmission sont des éléments d’une vie riche. Anton Tchekhov a écrit : « Ce qui a eu lieu il y a 2000 ans a quelque chose à voir avec le présent. Le passé est lié au présent par une chaîne ininterrompue remplie d’une haute signification ».

Je ne peux conclure sur le sujet de la spiritualité « avec » ou « sans » Dieu. Si la vie est vécue sans le sentiment du plus grand que nous, la vie est vide. Ce qui compte pour moi, c’est de s’engager dans quelque chose qui nous dépasse et qui donne de la valeur à la vie.

De son côté, Mgr Gilles Lussier a témoigné principalement de l’importance de la parole de Dieu dans son cheminement et en quoi elle donne sens à tous ses engagements.

Gilles LussierAu début de ma quête spirituel, comme Samuel le prophète, j’étais à l’écoute de mon appel : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute. » Je demandais au Seigneur : « que veux-tu que je fasse de ma vie? »

Dans mon enfance, les films que je voyais sur les colonies éveillaient mon désir missionnaire. Comme l’appel de Moïse au buisson ardent, je me sentais appelé à m’engager auprès de ceux qui souffrent.

En écho à cet appel de Dieu au buisson ardent, une parole de Teilhard de Chardin a donné sens à tous mes engagements : « Je crois en l’homme comme Dieu y croit ». Cette parole a marqué ma manière d’être avec les autres et ma manière de prier.

La parole de Dieu me permet de relire ma vie, la vie de l’Église, du monde, et m’aide à m’ouvrir avec confiance et sérénité à plus de Vie.

Je suis persuadé que la quête spirituelle peut emprunter plusieurs voies. Au?delà des structures confessionnelles, nous pouvons nous sentir solidaires d’une spiritualité commune où l’on se rejoint dans le renoncement à l’égoïsme et dans le don de soi.

Dans l’amour, c’est le mystère de l’être humain qui est en jeu. Pour moi, c’est Dieu lui-même que l’on expérimente dans l’amour.

Ces témoignages ont été suivis de questions de la part des participants. Cela a permis de pousser plus loin certains points abordés par les témoins.

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