Dans la culture médiatique de masse, qui domine et oriente aujourd’hui l’opinion, circulent nombre d’idées reçues sur la religion chrétienne.  Une des plus vivaces, qui refait périodiquement surface au gré des nouveautés du cinéma et de la littérature, présente la foi comme contraire à la raison, et plus spécifiquement, à la démarche scientifique.

La raison et la science ont dans la culture d’aujourd’hui un statut ambivalent.  Pendant longtemps, elles ont été  perçues de façon très positive par les penseurs, les politiques et les savants.  On fait généralement remonter cette réputation positive de la raison et de la science, et plus spécifiquement de la raison scientifique, au 17e siècle, à l’époque où  la méthode expérimentale s’est imposée dans les esprits (grâce à Bacon et son Novum Organum, Descartes et son Discours de la méthode) comme dans les faits (Galilée confirmant l’héliocentrisme, Torricelli découvrant la pression atmosphérique).  À cette époque, on a fait table rase des a priori philosophiques et théologiques de la tradition et on a fait de la méthode par observation et par expérimentation le critère du vrai en sciences naturelles.  Devant la splendeur des découvertes nouvellement acquises, il n’y avait plus à douter : le genre humain était engagé sur la voie de la connaissance vraie et du progrès, grâce à la science.

galaxie - AndromedeDepuis le milieu du 20e siècle cependant, science et raison ont connu une baisse de prestige.  Avec l’industrialisation du meurtre (Auschwitz) et la multiplication presque infinie de la puissance de destruction des armes (Hiroshima), les hommes ont compris, contrairement à ce qu’ils pensaient auparavant, que la route du véritable progrès ne s’ouvrait pas devant eux comme un large boulevard rectiligne, sur lequel il n’y aurait qu’à avancer librement, sans rencontrer d’autres obstacles que les propres limites de la raison humaine.  Aujourd’hui, 65 ans plus tard, nous sommes encore plus conscients que l’accroissement des capacités scientifiques et techniques de l’homme a son revers, et qu’il se conjugue avec l’accroissement de notre capacité de détruire l’environnement et d’aliéner économiquement l’homme, quand tout est soumis, y compris l’homme lui-même, à la logique marchande et au rythme inhumain du machinisme.

Ainsi, lorsqu’ils regardent le chemin parcouru depuis l’essor de la science moderne au 17e siècle, les habitants des sociétés techniquement avancées éprouvent un sentiment mitigé, qui explique le statut ambivalent qu’ont la raison et la science dans l’opinion.  Le récent développement du génie génétique, qui permet à l’homme de manipuler le vivant de façon absolument inouïe et qui permettra peut-être un jour de redéfinir les frontières de l’humain, ne fait que poser avec plus d’acuité le problème du développement scientifique.  Les horizons nouveaux qui se déploient sous nos yeux s’ouvrent parfois sur des perspectives extraordinairement prometteuses, mais des pans entiers de l’avenir restent couverts d’un épais brouillard, et ce brouillard masque peut-être l’écueil sur lequel l’humanité ira s’échouer, si, dans sa quête de la connaissance et du bonheur, elle n’agit pas avec assez de prudence.

Cela étant, tous ne s’encombrent pas de ces nuances lorsqu’il s’agit de traiter de l’épineuse question des relations entre science et foi.  Nous examinerons cela de plus près dans un prochain article.

À suivre…

Alex La Salle