Adam et Eve ! Tu crois encore à ça ?
Comme je l’évoquais dans mon blogue précédent, bien des chrétiens se sentent dépourvus devant certains de leurs contemporains qui se considèrent débarrassés d’une religion aliénante et qui les relancent parfois en disant : Tu crois encore à ça, toi? ».
Le récit du jardin d’Eden représente, pour plusieurs québécois, l’emblème d’une religion infantilisante à laquelle on se sent mal à l’aise de s’associer.
Dernièrement, en faisant de l’animation catéchétique auprès de jeunes parents, je me suis rendue compte à quel point, la mémoire collective est porteuse de vieilles images déformées sur ce récit fondateur. Les plus courantes sont sans contredit celles de la pomme mangée par Eve, et du méchant Dieu qui chasse Adam et Eve du jardin merveilleux. Cette histoire de désobéissance, où la faute de tous nos malheurs se retrouve sur le dos de la femme, continue de hanter notre inconscient collectif et alimenter l’humour macho.
Je proposais à ces parents de faire le ménage dans leurs vieilles représentations, d’abord pour faire honneur à leur intelligence et ensuite pour éviter de léguer leurs bibittes à leurs enfants. Comment relier l’intelligence et la foi pour retrouver dans ce récit, une source de sens et de sagesse pour notre vie actuelle et pour notre avenir ?

Je suggère tout d’abord que le lecteur ou lectrice de ce blogue aillent relire le texte dans une bible (Genèse chapitres 2 et 3) ou bien sur un site internet où le texte est accessible. http://www.bibledespeuples.org/ . Je propose cette bonne traduction biblique, pour ceux et celles qui veulent s’apprivoiser à la lecture qui met en lien les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, en harmonique. Cela évite une lecture fondamentaliste qui ne tiendrait pas compte de l’esprit dans lequel les textes ont été écrits.
Lorsque l’on parle du récit d’Adam et Eve, on peut concevoir facilement que ce récit ne soit pas à prendre au pied de la lettre. Entre les blagues de premier degré et les savantes études exégétiques, peut-on retrouver une approche du texte qui puisse nourrir la vie spirituelle des croyants d’aujourd’hui? Puisque la Bible a d’abord été transmise pour léguer un héritage spirituel, il convient de les approcher en tant que paraboles sur notre vie, en nous demandant constamment, pourquoi on nous dit ceci ou cela, en utilisant telle ou telle image? En approchant le récit du jardin d’Eden en se demandant, qu’a-t-il à nous révéler sur notre condition humaine, puisque c’est de cela dont il est question, le dialogue avec le texte peut commencer. En réalité, quand on accepte d’entrer dans ce dialogue, Dieu lui-même se retrouve notre interlocuteur. Il nous cherche en même tant que nous nous cherchons et cherchons à nous comprendre à travers le texte. « Où es-tu Adam » ? Dans ce jardin, qui est bel et bien à l’intérieur de nous, Dieu nous cherche pour nous apporter sa Vie.
L’Adam (du mot hébreu « adama » qui veut dire terreux) représente « l’être humain » en tant qu’homme ou femme. Par cette image d’un être fait de poussière, c’est la fragilité de notre condition humaine qui nous est présentée. Cette expérience de vulnérabilité est inhérente à notre condition d’être créé et mortel. De cette conscience naît le questionnement sur notre origine et notre relation à cet Origine qu’on appelle Dieu. Le récit du jardin d’Eden est porteur de cette question lancinante de l’être humain en quête de plénitude, du fait qu’il ressente si douloureusement sa finitude. Le sentiment de fragilité (ou de « nudité » en langage biblique) sera plus ou moins bien vécu selon le type de rapport que l’on entretient avec soi-même, avec l’autre et avec le Tout Autre.
Dans le récit on dit que Dieu lui façonne une aide qui lui vient du dedans (os de son ossature) (Gn 2,23). Dès lors, l’Adam se mettra en chemin vers l’unification de son être. L’Adam sera mis en relation avec son intériorité (femme) en vue de s’unir à elle pour trouver son harmonie. Tous deux ne feront plus qu’un (Gn 2,24). Chacun, chacune a besoin de se reconnaître dans cette quête de l’unification de son être (extérieur-intérieur) pour bien saisir l’enjeu présent dans la relation mise ne scène entre l’Adam et sa femme.
On dit dans le récit que l’Adam et sa femme étaient nus et n’éprouvaient aucune honte (Gn 2,25) mais voilà qu’ayant manger de l’arbre de la connaissance ils s’aperçoivent qu’ils sont nus et en éprouvent de la honte et de la peur. Ils se cachent. (Gn 3,10) Attribuer une connotation sexuelle à cette scène est très éloignée de l’expérience que le récit cherche à mettre en lumière. Cette image de nudité cherche plutôt à nous mettre en contact avec l’expérience de fragilité que nous éprouvons tous face à la souffrance et la mort qui caractérisent notre condition humaine. N’est-ce pas cette expérience viscérale de se sentir vulnérable dans l’existence, qui nous fait douter de Dieu, allant même jusqu’à le percevoir comme malveillant ou bien rival ? La voix du serpent reflète bien celle de notre insécurité qui déforme notre perception de la réalité, de nous-mêmes et de Dieu.
La suite de cet article sera publiée jeudi.
Colette Beauchemin

about 3 years ago
« Faire honneur à l’intelligence » … Que j’aime ça !!!
Vous le faites merveilleusement bien dans votre article.
Ouvrir les fenêtres pour dépoussiérer et laisser entrer l’air frais disait l’humble Jean XXIII en initiant Vatican II … le chantier se doit de rester ouvert car il y a toujours du ménage à faire.
Un vent de fraicheur vos propos Colette …
Merci bien !
about 3 years ago
Merci pour votre commentaire que je reçois comme un encouragement à poursuivre en ce sens. Il y a effectivement beaucoup de ménage à faire dans nos représentations de Dieu et nos manières d’approcher la Bible. Cette dernière est une source à laquelle nous ne savons plus comment puiser. Nos temps de désert semblent nous amener à la redécouvrir.
Au plaisir de vous relire,
Colette
about 3 years ago
Bonjour Colette,
J’ai lu votre article au sujet d’Adam et Ève. C’était vraiment à couper le souffle! J’ai lu, que dis-je, j’ai bu cet article en deux parties comme une assoiffée dans le désert!
Encore bravo et merci pour ces clarifications! En passant, vous avez une super belle plume!
Au plaisir de vous lire bientôt!
about 3 years ago
Je suis heureuse de savoir que ce texte vous ait fait du bien, comme une source rencontrée au coeur du désert.
« Comme une biche soupire après l’eau du ruisseau,
moi aussi, je soupire après toi, ô Dieu. J’ai soif de Dieu, du Dieu vivant. » (Ps 42, 2-3)
Pour moi, la Bible est une source intarissable à laquelle on ne peut apprendre à s’abreuver sans chercher à entendre, de l’intérieur, la Parole qu’elle nous adresse.
C’est à ce moment que l’on expérimente cette surprenante rencontre de Dieu qui nous cherche en même temps que nous le cherchons.
about 3 years ago
Merci Colette de nous initier au regard intérieur et spirituel à poser sur l’Écriture afin qu’elle devienne pour nous Parole Dieu et Parole de Vie.Ta question est très bonne, car notre foi doit être intelligible et porteuse de sagesse pour favoriser notre croissance. Une lecture littérale de la Bible entraîne les hommes et les femmes dans une guerre. Mais, si mon Eve intérieure, siège de mes options de vie, entre dans le désir de Dieu de m’offrir sa Vie en plénitude; je réaliserai en moi l’Alliance que m’offre le Christ et mon Adam-corps ne cherchera plus dans le pouvoir, le savoir et l’avoir à colmater ses manques indépassables. La corporéité nous inscrit dans un espace-temps et donc dans des limites infranchissables, il serait donc immature de blâmer Dieu de nous avoir fait entrer dans l’aventure de la Vie qui est belle tout-de-même si nous savons y accueillir sa tendresse. Adam prends conscience de ses limites, l’appel de Dieu le fait fuir, car il se méfie maintenant de lui. Mais, s’il était resté dans une attitude confiante il se serait dit: »Quelle Joie que mon Seigneur s’intéresse à moi, comme il doit m’aimer, me désirer pour me porter tant d’attention! » La société, mon intériorité, mon Eve est attirée par le culte de la performance et entraîne mon corps-Adam dans le culte de la beauté extérieure, la course au meilleur emploi,etc. avec le stress et les maladies qui en résulte. Il suffirait que j’accueille ma beauté, lue dans le regard du Christ porté sur moi, pour cesser ma quête des citernes lézardées que m’offre le monde et ses mirages. Entrer dans mon jardin intérieur et y cueillir la fleur de l’Amour que m’y porte le Christ est la voie de l’accomplissement. Tendre les bras vers cette Présence qui m’attend est Source de Vie. Je dois passer par le feu, purifier cette quête de perfection insensé qui me fait courir vers l’extérieur de mon jardin et entrer dans l’intimité de la rencontre qui est chemin de sainteté, chemin où je retrouve mon origine, le vrai sens de mon être et où dans un élan d’Amour, l’Esprit me fait naître à cette ressemblance que je ne pouvais atteindre de moi-même. Le serpent représente le dieu Baal, du culte de fertilité. La tentation, c’est d’employer la magie pour avoir des enfants sans douleurs, de cultiver dans la facilité. C’est le refus des limites inhérentes à la vie. L’autre voie, c’est d’accueillir ma vie comme un cadeau de Dieu.
about 3 years ago
C’est beau de vous lire.
On y ressent la vérité de cette rencontre intérieure qui vous fait vivre. Le jardin de l’Adam est vraiment habité et le regard aimant que nous y rencontrons nous permet de croire en notre dignité et en la beauté de cette vie.
Merci pour ce beau témoignage que j’accueille de la même manière que vous nous l’offrez: comme un cadeau.
Colette
about 3 years ago
Merci Mme Colette,
J’aime la profondeur de votre réflexion. Le jardin d’Éden parle du Tigre et l’Euphrate, la région de provenance d’Abraham. Le serpent était une divinité paienne. Ce qui est intéressant c’est l’arbre au milieu, l’arbre de la connaissance du bvien et du mal. Pour un jouif c’est la Torah, les dix parole ( commendements) : Aimer Dieu…le créateur et son prochain comme soi-même. Vous serez comme des dieux c’est faire des choix allant à l’encontre de la Loi de Moïse; c’est se venger, c’est voler son prochain, c’est prendre la femme d’un autre, c’est faire de faux témoignage: Prendre une décision à partir de ses pulsion et non de la loi de l’amour. C’est se faire Dieu et se Croire aux dessus des autres.
Merci
Nicole
about 3 years ago
Merci, Nicole, pour votre commentaire.
La tradition juive nous rappelle effectivement que la Torah est le lieu de connaissance du bien et du mal. La Torah représente du même coup l’arbre de vie auquel tout juif se nourrit quotidiennement afin de permettre à la Vie de Dieu de grandir en lui.
Pour les chrétiens, cet arbre de Vie est la Parole faite chair en Jésus Christ. Cette Parole prend la forme de l’arbre de la croix qui porte le fruit de la Résurrection. Se nourrir à cet arbre de Vie qu’est le Christ, c’est goûter déjà la Vie de Dieu, à travers nos chemins de croix quotidiens.
Juifs et chrétiens font cette même expérience, que la Parole de Dieu donne la Vie.