Adam et Eve ! Tu crois encore à ça ? 2ème Partie.
Voici la deuxième partie de l’article mis en ligne lundi.
Si Dieu est bon, pourquoi le manque, le mal et la mort existent-ils? Ce pourrait-il que Dieu soit malveillant?
“Vraiment ! Dieu a dit : Vous ne mangerez d’aucun des arbres du jardin ?” (Gn 3,1) Cette réplique du serpent, mais en scène cette voix trompeuse qui s’immisce en nous jusqu’à nous faire douter de la bienveillance de Dieu. Le manque sur lequel le serpent appui, jusqu’à l’amplifier, est le rappel douloureux de notre condition de manque. Nous avons beau nous raisonner, mais voilà le doute introduit dans le jardin, comme un point noir sur la feuille blanche, jusqu’à nous obséder complètement. Pourquoi, souffrir le manque de quelque chose? Nous aimerions être tout, avoir tout, connaître tout, pour éviter de ressentir ce manque.
Ce désir de toute-puissance semble bien être originel, puisque dès son entrée dans le monde le nouveau-né part de ce sentiment du « tout », pour réaliser graduellement qu’il n’est pas tout et que malgré ses cris, il n’obtient pas tout. Dans le mouvement même de vouloir s’accaparer ce qu’il croit pouvoir faire sa sécurité et combler son manque il prend conscience de ses limites et de sa fragilité (sa nudité). On n’a beau vouloir se cacher et couvrir sa nudité (Gn 3,7), le désir de perfection demeure toujours présent.
L’origine du mal et de notre propre malheur semble bien venir de ce désir de complétude mal géré. En voulant colmater la faille de sa finitude en cherchant à se suffire à lui-même, l’Adam se « dé-crée ». En niant son besoin de l’autre, autrement qu’en l’utilisant comme objet pour combler son manque, l’Adam se réduit à « posséder » plutôt qu’à « être ». « Prendre » au lieu d’accueillir et se recevoir de l’Autre, voilà notre penchant (péché) originel qui nous entraîne vers notre propre malheur et notre destruction.
Pourquoi cette tentation de toute-puissance est-elle présente au cœur de notre vie? Cette dangereuse possibilité semble bien être la garantie de notre liberté. La liberté dans laquelle Dieu nous a créés nous met dans la situation de choisir la voie de notre accomplissement. Nous pouvons écouter la voix de notre Jardinier intérieur ou celle du serpent, c’est à dire celle de l’Esprit ou bien celle de la chair (nos pulsions primaires). Vous serez comme des dieux, dit le serpent (Gn 3,5). Vous serez tout, sans limites et sans failles. Nos pires réalisations humaines ne sont-elles pas liées à ce désir de s’élever au-dessus de tout, en se croyant rois et maîtres de tout ? En se coupant de sa Source, l’Adam connaît les conséquences de ses choix. A la fin du récit de la Genèse, les malédictions qui suivent la désobéissance (Gn 3, 14-24) (trop souvent interprétées comme la punition d’un Dieu vengeur) ne sont-elles pas plutôt les conséquences désastreuses de nos abus de pouvoirs, sur notre corps, sur l’autre, sur la nature ? En voulant jouer aux dieux nous devenons pires que des bêtes.
Pourtant ce statut divin auquel nous aspirons, nous est offert gratuitement. Notre rédemption procède de l’accueil de la Vie de Dieu qui nous est donnée, sans s’imposer à nous. C’est seulement en accueillant cette Vie divine et en acceptant d’y collaborer par le don de soi-même, que l’Adam est recréé à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’Alliance intérieure entre Dieu-notre-Source et l’Adam que nous sommes, peut nous recréer chaque fois que nous y consentons. Le Christ (nouvel Adam), en nous montrant le chemin du Don, est venu nous rétablir dans cette Alliance de l’humain et du divin.
L’arbre de Vie est toujours accessible, au milieu de notre jardin intérieur. La Vie de Dieu est offerte à quiconque accepte d’ouvrir la porte, vers l’intérieur, pour retourner au jardin, là où l’Amour vivifiant de Dieu nous attend toujours. Cependant, le passage à travers le feu (les anges de feu postés à la porte du jardin (Gn 3,24)) s’avère être la voie obligée. Mourir à notre suffisance pour vivre de la Vie de Dieu, voilà un chemin de croix devenu chemin de Vie, en Jésus Christ.
Ce récit d’Adam et Eve possède la faculté de révéler bien plus encore, lorsqu’on accepte d’y entrer de l’intérieur, dans une rencontre en face à face avec soi-même, en vérité. A chacun d’y puiser comme à une source.
A celui ou celle qui m’interpelle en disant : Adam et Eve, tu crois encore à ça ? Je peux répondre, en vérité : oui, j’y crois, mais de l’intérieur.
Pour en savoir plus sur une approche symbolique de la Bible on peut consulter entre autre le site de catéchèse biblique symbolique qui nous apprend à renouer avec l’antique pédagogie des Pères de l’Église. http://catechese.free.fr/
Colette Beauchemin
