Faut-il ou non porter un signe, ou bien le devenir?
Si vous portez une croix ou un voile, il s’agit probablement pour vous d’un signe ostensible (apparent). Mais pour les tenants de la laïcité stricte, ce serait plutôt un signe ostentatoire (qui vise à attirer l’attention). Un chroniqueur de C’est bien meilleur le matin semble ostensiblement privilégier ostentatoire quand il parle de signe religieux dans la fonction publique.
On va probablement clore le débat par une loi. Mais comme croyant chrétien, qui lit certaines pages d’Évangile, je suis incité à me demander : où est le plus important: avoir un signe chrétien sur soi ou être soi-même signe de Jésus Christ?
La croix portée au cou est un code, un langage largement compréhensible en Occident, associée d’abord au christianisme. Se faire identifier par ce signe aujourd’hui n’attire pas les mêmes réactions qu’au temps de la chrétienté. Certains ressentiront du harcèlement dans des attitudes ou des paroles de désapprobation.
Rappelons-nous que les premières communautés chrétiennes avaient entre eux un signe non ostensible, qui permettait à chaque membre de reconnaître en un chrétien étranger un frère en Jésus ressuscité. Le poisson dessiné furtivement sur la terre battue devenait signe de reconnaissance discret, dans une Rome cosmopolite, terre de passage devenue hostile aux disciples du Galiléen crucifié.
Les lettres du mot grec ICTUS (poisson), ont fonction d’acrostiche : Jésus Christ, de Dieu fils, Sauveur
Cette page fondatrice de l’histoire chrétienne me rend libre quant au port de tout signe ostensible de ma foi. Mais cette histoire et de nombreuses pages d’Évangile m’interpellent tout autrement quant à être moi-même signe, témoignage vivant d’une Parole d’amour, d’un Royaume de justice et de paix. Je retiens trois phrases du Nouveau Testament, que je pourrais glisser dans ma poche pour orienter toute parole et tout geste au quotidien :
Au fond d’une poche comme au fond du cœur
Rémi Bourdon

about 1 year ago
C’est sûr que son comportement est plus important que le signe de notre foi.
Mais la tenative de bannir des signes religieux découle d’un désir d’effacer notre témoignage de la place publique, d’imposer un conformisme idéologique. C’est sûr qu’on n’est pas obliger de « se montrer ». Cependant, il faut résister cette tentative et affirmer notre liberté. L’employé n’est pas juste un représentant de l’État. Il est aussi un individu avec ses croyances et ses appartenances à lui. L’État n’a pas le droit de s’attendre à ce que le croyant mets TOUT de côté au nom d’une prétendue neutralité qui n’est pas, en fait, neutre. La laïcité stricte équivaut à un athéisme pratique, un athéisme que tous les croyants devraient rejeter en tant qu’êtres libres.
about 1 year ago
Affirmer notre liberté dit Suzanne…
Je cite Yolande Geadah,Québécoise d’origine égyptienne, vit au Québec depuis quarante ans: » Le respect de la liberté religieuse implique que nul ne doit, en raison de ses croyances religieuses, subir de persécution ni de discrimination dans l’accès à tous les services publics et à tous les emplois disponibles selon ses compétences, mais cela n’inclut pas le droit de mettre en application toutes les pratiques découlant de ses propres convictions religieuses en tout lieu et en tout temps. »
* Extrait de son essai : Accommodements raisonnables, droit à la différence et non différences de droits.
Dernièrement elle déclarait: » « L’histoire nous montre que l’envahissement du religieux dans l’espace public est porteur de conflits sociaux sans fin. C’est ce qui me pousse aujourd’hui à défendre avec conviction les principes de la laïcité qui permet de garantir la neutralité de l’État et d’assurer la non-discrimination à l’endroit des minorités religieuses. » Elle a ajouté plus loin : « Étant moi-même issue de l’immigration, j’ai opté, comme bon nombre d’immigrants, pour le modèle de l’intégration… Je reste sceptique devant certaines revendications religieuses qui tendent à ériger des barrières au lieu de jeter des ponts entre les communautés. »
Voilà pourquoi je souhaite personnellement que les chrétiens mettent plus d’énergie « à glisser trois phrases du Nouveau Testament dans leur poche pour orienter toute parole et tout geste au quotidien plutôt » qu’à défendre le port de signes religieux dans la fonction publique.
Merci Rémi pour ce pertinent partage !