Un Dieu inutile?
Où est-il ton Dieu? Que fait-il, quand le mal et la souffrance abondent? Le silence de Dieu n’est-il pas l’épreuve suprême de la foi?
Lorsque Dieu s’avère inutile, pourquoi mettrait-on sa foi en lui? Pourquoi ne pas investir plutôt ses énergies dans des réalités tangibles, sur lesquelles nous estimons avoir le contrôle? L’autonomie semble nous engager sur ce chemin de lucidité froide où la raison invite à quitter la foi, comme on quitte le monde merveilleux des contes de fées.
Aujourd’hui, la foi ne semble pas pouvoir rimer avec intelligence et lucidité. Comme si le dernier mot sur le silence de Dieu appelait nécessairement la réponse de sa non-existence.
Lorsque la question demeure ouverte, il arrive parfois que la foi s’épure et s’approfondisse.
Des prières inutiles
Les inévitables prières non exaucées sont bien souvent les déclencheurs de ce combat de la foi. À quoi ça sert? Dieu ne répond pas. Je suis mieux de me débrouiller seul. La confiance abîmée, voir même rebutée, provoque la distance qui peut mener jusqu’au rejet complet. Le plus souvent, nous conservons une petite sortie de secours, au cas où. Mais nous vivons comme si nous étions seuls. La question de Dieu est reléguée au niveau métaphysique. Si Dieu a créé le monde, il semble l’avoir quitté ensuite. L’idée que Dieu puisse être le maître d’oeuvre du big bang peut paraître acceptable, mais cela semble n’avoir aucun impact sur la vie réelle et les choix au quotidien.
Par contre, si le malheur frappe, il ne sera pas rare de voir réapparaître le marchandage religieux. Les neuvaines ou les sacrifices, pourraient-ils influencer ce Dieu que j’avais oublié? Ou bien devrais-je plutôt utiliser de nouvelles pratiques qui semblent avoir plus de pouvoir sur les forces cosmiques (anges, cristaux, incantations, etc.)? Alors, on fait des promesses, des rites et des gestes, avec l’espoir de réveiller Dieu de son sommeil et récupérer ses faveurs. La fièvre du hockey nous en a montré de multiples manifestations pendant les séries éliminatoires, où l’on voit des pratiques superstitieuses resurgir, en vue de récupérer les faveurs des dieux. Bien que l’on change d’allégeance en matière de croyances, cela ne modifie pas en profondeur le rapport utilitaire que l’on entretient avec l’Ultime(1), qu’on l’appelle Jésus, Allah, l’Énergie universelle ou les forces cosmiques…
L’abandon de la foi magique
La foi, qui s’expérimente dans ce rapport utilitaire et magique, a de plus en plus de mal à tenir le coup dans la mentalité scientifique actuelle. La remise en question devient inévitable. Paradoxalement, il faut perdre la foi (la foi primaire) pour pouvoir découvrir une autre forme de relation à Dieu qui soit digne de l’autonomie de l’être humain. Actuellement, la grande majorité des québécois se retrouvent dans un « no mans land » de la foi, parce qu’ils ont quitté une représentation infantile de la foi sans pouvoir faire le passage vers une autre forme du croire.
Le passage le plus difficile de la foi
Comme société, nous serions, en quelque sorte, dans une crise d’adolescence en regard de la foi. Cela expliquerait le peu d’intérêt pour le religieux, perçu comme infantilisant. Pour bien des gens, la pratique religieuse se résume à des observances qui riment avec obéissance. Dès lors, il est normal pour eux de vouloir se libérer de ces exigences extérieures, brimant leur liberté. Par ailleurs, l’intérêt pour le spirituel gagne du terrain. Personnellement, je mets beaucoup d’espoir dans la quête de sens actuel. Lorsqu’elle se fonde sur une recherche d’authenticité, la quête spirituelle peut ouvrir le passage vers une foi plus adulte.
De l’extérieur à l’intérieur
La recherche de sens qui s’enracine dans le désir d’authenticité prend la mesure de la fragilité humaine. C’est sur ce terrain de notre vulnérabilité qu’une nouvelle rencontre de Dieu peut se réaliser, à nouveaux frais. Ne cherchant plus à l’extérieur de lui-même un Dieu Tout-puissant capable de lui épargner la souffrance ou la prise en charge de sa vie, le chercheur sincère se retrouve face à sa vérité intérieure où il peut vivre une rencontre inattendue. Et si Dieu était là, à l’intérieur, comme Celui qui est la Vie de ma vie?
Saint Augustin nous témoigne si admirablement de cette merveilleuse découverte. « Tard je t’ai aimée, Beauté si antique et si nouvelle, tard je T’ai aimée et pourtant Tu étais dedans, c’est moi qui étais dehors, où je Te cherchais en me ruant vers ces beautés que Tu as faites … Tu étais avec moi, c’est moi qui n’étais pas avec Toi. » (Confessions, livre 10ème, ch. 27)
Cette redécouverte de Dieu peut transformer radicalement la vision de la vie en lui donnant une saveur inespérée.
Parmi les auteurs spirituels contemporains qui nous parlent de ce passage dans la foi, Maurice Zundel est sans contredit un des plus inspirants. Vous pouvez aller lire sa magnifique homélie intitulée « Tu étais dedans, moi dehors ».
Un surplus indispensable
À ce niveau d’intériorité, Dieu n’est plus éprouvé comme étant de l’ordre de l’utile mais plutôt du « surplus indispensable ». Avant cela, on pouvait vivre sans avoir conscience de sa présence mais voilà que cette nouvelle conscience d’une Présence au coeur de soi, illumine l’existence.
Le Dieu de la grâce et du surplus n’a rien de contraignant, bien qu’Il nous appelle inlassablement à offrir le meilleur de nous-même. Sa source intarissable est appelée à irriguer notre cœur et notre intelligence jusqu’à transformer notre vie en une œuvre d’art.
Colette Beauchemin
(1) Selon la théorie du développement du jugement religieux, le stade du donnant-donnant est le plus répandu et le plus difficile à franchir. L’homme, son développement religieux, étude de structuralisme génétique, par Fritz Oser, Paul Gmünder, Louis Ridez; traduit de l’allemand par Louis Ridez, Éditions du Cerf, 1991, 348 p.

about 1 year ago
Merci de cette mise au point concernant les étapes de la foi. Il est vrai que pendant longtemps la majorité du peuple québécois s’était soumis à une foi infantile. Un foi du donnant-donnant. Il faut un certain courage et une vive curiosité pour désirer entrer en soi pour éventuellement y trouver la Lumière de Dieu. La découverte du dedans/dehors de St-Augustin relate bien le long cheminement de la conscientisation humaine pour comprendre d’où l’on vient et qui l’on est. Un peu comme le principe philosophique de Descartes « je pense donc je suis ». Aussi, j’existe au dehors bien sûr mais surtout au dedans et je ne suis pas seul. Je suis en compagnie de l’Éternel. Encore merci pour cette clarification.
about 1 year ago
Bonjour Colette
Il est toujours intéressant de vous lire. Vous savez redonnez vit au anciens texte en les adaptant à la réalité d’aujourd’hui. Ça permet de s’arrêter et de voir dans nos propre vit quel chemin on veut prendre, quel sont nos priorités. Prendre le temps de s’intérioriser de prendre contacte avec nous même et de réaliser que l’on est jamais seul dans le fond car, qu’on lui donne le nom que l’on voudras (Jésus, l’énergie, Bouda ou autre) on sait qu’il y a plus grand à qui on à besoin de parler.
about 1 year ago
Extraordinaire cet article Colette
about 1 year ago
Vos propos m’inspirent particulièrement par les temps qui courent.
Il faut vraiment chercher Dieu au plus profond de nos coeurs et miser sur l’intelligence de la foi, sans quoi nous allons jeter le bébé avec l’eau du bain comme plusieurs l’ont fait déjà.
Vous nous y aidez grandement. Merci colette !
about 1 year ago
Il nous faut beaucoup de foi et de volonté bienfaisante pour recourir à la prière de l’amour inconditionnel afin de résoudre ou de nous libérer de nos conflits, éloigner ou surmonter nos obstacles. La prière lumineuse est pourtant le bâton de la délivrance.
Tous les chemins mènent à Rome, et particulièrement celle de l’expérience car elle laisse entrevoir qu’il est grand le mystère de la foi.
Une chance que nous avons des gens, comme Colette, qui savent allumer cette étincelle en nous.
about 1 year ago
Merci Colette pour ce texte inspirant et interpellant.
Pour accéder à la foi véritable, il est nécessaire de faire un grand ménage qui prend souvent des années à se faire. Au fond, on peut l’appeler une conversion
« Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » lit-on dans l’Évangile. La Bonne nouvelle, c’est que Dieu est présent au coeur de notre vie, ce n’est pas un Dieu extérieur à qui nous devons rendre des comptes ou mériter des faveurs mais un Dieu mystérieusement caché au coeur de nos désirs profonds, de la recherche de sens à la vie, de nos projets, de nos deuils, de notre questionnement et même au coeur de nos fragilités et de notre incomplétude.
Quand nous faisons cette découverte, nous nous sentons libérés, réconciliés et enveloppés d’une grande tendresse.
C’est une grâce que chacun(e) peut vivre à son rythme, au moment où il s’en attend le moins… Personne n’en est exclu! Je la souhaite à tous et toutes.
about 1 year ago
Bonjour Colette. Dire: »Dieu ne m’exauce pas, merci mon Dieu ». Cela paraît étrange, mais c’est peut-être une chance. Oui, une chance de grandir, en mourant à une idole, à une image de Dieu que je m’étais faite, reflet de ma toute-puissance, celle que mon ego aurait aimé posséder. Le serpent dit dans la Genèse 3,4: »Vous serez comme des dieux ».
En mourant à cette vision, à cet écran de fumée, j’aperçois un ami, un compagnon de route qui est toujours présent dans mes peines comme dans mes joies; dans mes moments de grandeur comme dans mes moments de petitesse et de rupture avec Lui pour m’inviter à renouer avec Lui, pour m’inviter à la danse à afin de bâtir l’harmonie dans le monde à la manière de Jésus: Amour, pardon, justice, paix, partage, attention aux petits et aux exclus.
Les aléas de la fortune nous font découvrir que l’essentiel est à l’intérieur et qu’il faut soigner nos relations, car nos proches et nous-mêmes ne sommes pas immortels.