Êtes-vous essoufflés?
Avez-vous l’impression de courir plus qu’avant sans pour autant améliorer votre sort, de ne pas avoir le temps de bien faire votre travail ou de négliger votre vie personnelle ou votre vie familiale au profit de votre temps passé au travail, de finir vos journées sur les genoux et de vous coucher le soir heureux d’enfin pouvoir « débrancher »? Ouf!
Si vous avez répondu oui à toutes ces questions, vous correspondez au profil des travailleurs décrits dans l’étude produite par l’IRIS (Institut de recherche et d’information socio-économique) qui révèle que « en 30 ans, la moitié des familles québécoises ont travaillé 13 semaines de plus par année et ont vu leur salaire reculer de 10 % » (« Travailler plus pour gagner moins », Le Devoir 10-05-20).
Mais la situation n’est pas la même pour tout le monde. En effet, je ne vous apprends rien en vous annonçant que certains d’entre nous s’en tire mieux que d’autres. Bien que l’économie ait connu une croissance de 71% en 30 ans, « les familles québécoises appartenant à la moitié la plus pauvre au Québec ont travaillé en moyenne 12,8 semaines de plus par année entre 2003 et 2006 qu’elles le faisaient entre 1976 et 1979. Leurs salaires et autres revenus de marché ont néanmoins reculé de 10,1 % durant la même période. Par contre, l’étude peut établir que les 10 % les plus riches ont, quant à elles, eu le loisir de réduire un peu leur temps de travail (-5,7 %) tout en augmentant leurs revenus de 24 %. Donc, cette étude, en plus de confirmer l’accroissement de l’écart entre les plus bas et les plus hauts revenus, nous indique aussi un écart dans le temps qui reste aux individus pour des activités personnelles et familiales.
Évidemment, 12,8 semaines de plus par année cela semble invraisemblable à première vue. On peut comprendre que cette moyenne est due, entre autres, à l’augmentation de la participation des femmes au marché du travail. Il y a de plus, « la baisse du chômage, mais aussi l’allongement de la semaine de travail au prix, parfois, de l’ajout d’un emploi à temps partiel pour arrondir les fins de mois ».
L’étude attribue cette situation à la stagnation, sinon au recul des revenus engendrés par l’affaiblissement des syndicats (c’est drôle, j’entends dire souvent que « les syndicats sont trop forts » ; je me demande qui a bien pu nous mettre cette idée dans la tête), à la concurrence des pays étrangers et à des entreprises dont les gains de rendement ne sont pas venus de la main-d’oeuvre locale, mais de la technologie, de leurs investissements et des délocalisations. Ah ??!! Et dire que bien des gens craignent que nos gouvernements exigent trop de taxes et d’impôts des grandes corporations de peur qu’elles n’aillent s’établir à l’étranger ; on dirait bien qu’une bonne partie d’entre elles n’ont pas attendu ça pour aller faire des affaires ailleurs.
La bonne nouvelle, selon les chercheurs qui on produit cette étude, est que l’intervention de l’État aide à amoindrir les inégalités. On constate, en fait, que l’ensemble des familles québécoises a légèrement amélioré ses revenus depuis 30 ans, si l’on tient compte de l’effet redistributif des impôts et des transferts gouvernementaux. C’est pourquoi « ces derniers se montrent particulièrement inquiets devant plusieurs des mesures annoncées dans le dernier budget du ministre des Finances, Raymond Bachand. Une hausse des tarifs et des taxes, des réductions de services, un désengagement de l’État sont autant de gestes qui vont frapper d’abord et avant tout ceux dont le niveau de vie est déjà sérieusement mis à mal par les tendances du marché ». Selon eux, le gouvernement du Québec pourrait atteindre l’équilibre budgétaire par l’ajout de plusieurs paliers à l’impôt sur le revenu des particuliers pour le rendre plus progressif, ainsi qu’une hausse de l’impôt sur les entreprises et le rétablissement de la taxe sur le capital. Ça nous permettrait peut-être de souffler un peu.
Daniel Pellerin

