Question Facebook – Quand sera-t-il possible d’ordonner prêtre un homme marié?
Il y a quelques temps, nous avons reçu cette question adressée à Monseigneur Berthelet sur notre Facebook. Notre évêque étant très occupé, nous avons proposé à notre blogueur Rémi de répondre à la question.
Je ne puis répondre à la place de notre évêque, mais je peux dire ce que j’en pense en partant de ce que je connais sur le sujet. Une recherche me permettrait certainement d’ajouter plus de précision à mon propos, mais au bout du compte, n’apporterait pas de réponse plus précise à votre question spécifique.
Votre question porte bien sur le «quand» c’est-à-dire le moment où cela adviendra, ou plutôt reviendra, puisque l’ordination d’hommes mariés était chose courante durant le premier millénaire de l’histoire de l’Église. Cette tradition s’est d’ailleurs maintenue dans les Églises orientales, même celle réunifiées à l’Église catholique romaine. Cette pratique des premiers siècles a été aussi restaurée chez nos frères anglicans et protestants quand l’Église d’Occident a connu ses divisions.
Saviez-vous qu’aujourd’hui il y a déjà des prêtres mariés, de rite catholique romain, exerçant un ministère pastoral? Ils proviennent des Églises anglicane ou protestantes. Dans le cas des prêtres anglicans, ils sont intégrés suite à une reconnaissance de la validité de leur ordination; pour les pasteurs protestants, on procède à l’ordination au presbytérat.
On peut donc constater que l’Église catholique autorise actuellement l’ordination d’hommes mariés à condition de venir d’une autre confession chrétienne et d’y avoir exercé un ministère équivalent à celui de prêtre.
La question plus pointue serait donc : quand le Vatican va-t-il rendre possible l’ordination presbytérale d’un homme catholique marié, comme c’est le cas pour l’ordination au diaconat d’un homme catholique marié?
La première percée, dit-on, pourrait se faire chez les peuples autochtones, là où aucune tradition culturelle ne valorise le célibat permanent. Être marié et père de famille est même requis pour attester de la maturité de tout homme et de sa capacité à exercer un leadership dans sa communauté.
Poussons plus loin la réflexion sans chercher à établir un calendrier précis. Si je vous demande : «quand l’eau devient-elle glace?» vous pourriez me dire : «à moins 0 C» ou «dans environ 1 heure» si vous venez de mettre le bac à glaçons au congélateur. Autrement dit, à quelles conditions, un jour, Rome décidera-t-il d’élargir l’accès au ministère presbytéral?
J’en vois spontanément deux : la raréfaction des candidatures acceptables selon la discipline actuelle et la pression de plus en plus grande des communautés chrétiennes en faveur de l’ordination d’hommes mariés.
Rappelons que les évêques qui ont la gouvernance pastorale de l’Église, tout en ayant la fonction de définir les conditions d’accès aux ministères ordonnés, ont aussi l’obligation de fournir aux communautés chrétiennes des pasteurs qui actualisent en plénitude la présence sacramentelle du Christ vivant dans l’aujourd’hui du monde pour le sauver.
Si la culture occidentale gréco-romaine des premiers siècles de l’Église (période de pré-chrétienté) favorisait la coexistence et la collaboration fraternelle de prêtres mariés et célibataires, je ne vois pas en quoi la période de post-chrétienté dans laquelle nous sommes plongés, n’appelle pas d’elle-même cette ouverture, comme elle l’appelle pour bien d’autres dimensions de la vie en Église.
Je sais qu’au Québec, l’eau gèle certainement en décembre et qu’il y a toujours un dégel au printemps. Quant à la première ordination presbytérale d’un homme marié, je ne sais pas, sinon que ce sera un jour de printemps.
Voici deux liens pour poursuivre la réflexion sur le sujet:
http://www.rfj.ch/rfj/Actualite/Regionale/10810Soutien-a-l-ordination-d-hommes-maries-dans-l-Eglise-catholique.html
http://www.dimanche.be/Liege-couronne-urbaine.html

about 2 years ago
Il y a déjà des hommes mariés ordonnés prêtres:
- des hommes dont les enfants sont majeurs.
- les melchite, maronites et autres communautés orientales rattachées à Rome.
- des anglicans, pasteurs ou orthodoxes mariés et ordonnés qui ont rejoint Rome.
Après c’est bien beau de lancer l’idée, mais un prêtre marié et père de famille peut-il faire vivre sa famile?
Que serait la réaction des curés les plus anciens qui n’ont pas eu le choix?
about 2 years ago
Prétendre que l’ordination d’hommes mariés serait LA solution au problème de la raréfaction des vocations sacerdotales me semble relever d’une compréhension tronquée de la question.
Doit-on résoudre la problématique comme le font si souvent nos gouvernants ? « Il y a un déficit budgétaire ? Comblons-le par une hausse des impôts ! ».
Autre question : croyez-vous que l’ordination des hommes mariés dans les églises dites orientales leur permet de passer au travers de la crise vocationnelle ? La réponse est non. Les éparques sont mêmes envieux de la situation de l’Église catholique romaine de rite latin. Ne nous cachons pas derrière des solutions structurelles qui ne résoudraient pas la question essentielle : croyons-nous que le Christ continue d’appeler au Sacerdoce ? Que faisons-nous pour favoriser une écoute attentive, et une réponse libre à cet appel ? Avoir des prêtres mariés aujourd’hui, c’est courir le risque demain d’avoir des prêtres divorcés, et pourquoi pas divorcés et remariés ! Il ne viendrait à personne l’idée de proposer la vie religieuse à des femmes mariées !
Le célibat sacerdotal est un signe prophétique pour notre monde. Je suis moi-même marié et père de famille. Je sais que le Seigneur s’est engagé à mes côtés il y a bientôt 20 ans lorsque j’ai prononcé mon oui pour la vie. Et je crois qu’aujourd’hui, l’engagement pour la vie, qu’il soit dans le célibat sacerdotal, ou dans le mariage, est un signe prophétique par excellence. Dans notre société du « tout, tout de suite », je réponds à la suite de la petite Thérèse : « je veux tout », moi aussi, mais pour la Vie éternelle ! La crise de notre monde est une crise de l’engagement.
Prions donc le Maître de la Moisson. Acceptons par avance qu’Il appelle au sein même de nos familles et pas seulement chez nos voisins ! Ne soyons pas comme nos contemporains qui veulent tous des autoroutes, pourvu qu’elles ne passent pas dans leur cour !
Le Seigneur nous le dit à travers sa Parole « Je vous donnerai des pasteurs selon mon Coeur ». Le véritable printemps sera lorsque nous aurons compris en profondeur ce qu’est un prêtre (comme disait le Curé d’Ars donné en modèle l’année dernière pour l’année sacerdotale : « Que le prêtre est quelque chose de grand !… Dieu lui obéit : il dit 2 mots et notre Seigneur descend du Ciel »), et que nous aurons retrouvé le goût du Ciel, des Sacrements. Alors nous serons tellement assoiffés que le Seigneur ne pourra pas ne pas répondre à nos prières !
Commençons donc déjà par prier pour nos pasteurs (le Pape, notre évêque, nos prêtres). Aimons-les, défendons-les, protégeons-les des tentations que véhicule notre monde, du relativisme ambiant. Et travaillons concrètement à la relève sacerdotale. Encourageons les initiatives novatrices, comme celle du cardinal Ouellet avec la refondation du Petit Séminaire Diocésain de Québec. Le PSDQ rassemble cette année 42 jeunes garçons du secondaire, désireux d’évoluer dans un milieu favorable pour se rendre disponibles et écouter le plan d’amour du Seigneur pour eux. Encourageons la venue de communautés nouvelles, l’éclosion des mouvements ecclésiaux. Ils sont des réponses au sécularisme ambiant, en permettant d’entretenir et même de raviver la flamme, et en dynamisant nos assemblées dominicales.
about 2 years ago
Il ne faut pas prétendre que « l’ordination d’hommes mariés serait LA solution ». Cependant, elle a été une coutume traditionnelle, historique, dans toutes les Églises chrétiennes y compris l’Église catholique romaine. Ensemble, ministres mariés et célibataires, surtout des moines, chacun selon son état de vie, assuraient la vie pastorale des communautés.
« Avoir des prêtres mariés aujourd’hui, c’est courir le risque demain d’avoir des prêtres divorcés » dites-vous. Le risque est déjà là, puisqu’il y a aujourd’hui des prêtres mariés dans l’église catholique comme je l’ai rappelé. Et depuis Vatican II, l’Église a déjà pris ce risque en ordonnant des hommes mariés au diaconat permanent. Peut-être serait-ce moins grave un diacre divorcé qu’un prêtre? Dieu a choisi ce qui est fragile et pécheur pour porter sa mission, des humains et non des anges, voilà le risque que son Fils a pris et prend toujours. Alors, n’y a-t-il eu aucun risque à ordonner prêtres des célibataires?
Comme vous le soulignez et vous le reconnaissez pour vous-même comme laïque marié, tout état de vie est témoignage, prophétie de l’Alliance Nouvelle, du Royaume de Dieu à venir. C’est la diversité et la complémentarité des états de vie et des vocations qui ensemble annoncent cette Terre renouvelée. Si la combinaison de l’état de vie marital et du ministère diaconal est prophétique, j’aimerais connaître un théologien de renom qui peut faire la démonstration théologique de l’incompatibilité entre état marital et ministère presbytéral.
Oui, il y crise vocationnelle dans toutes les grandes dénominations chrétiennes, y compris crise de vocation au mariage sacramentel. Il y a une crise plus fondamentale, celle de la vocation de baptisés appelés à être ensemble le Peuple de Dieu, de sa Parole qui transforme le monde. Prions donc le Maître de la Moisson aussi pour cela.
Et si les pasteurs selon le cœur de Dieu sont des hommes justes, attentifs et bienveillants envers les petits, qu’ils soient célibataires ou mariés, j’accepterai sereinement ce retour à un état de fait millénaire de l’histoire de notre Église.
Continuer de prier pour les vocations, toutes les vocations, est vital, et toujours terminer sa prière en disant : Que ta volonté soit faite. « Si tu as prié longtemps et que tu n’es pas exaucé, peut-être faut-il changer ta prière? » disait un malicieux à la blague.
Rémi Bourdon
about 2 years ago
M. Bourdon écrit: « l’ordination d’hommes mariés (…) a été une coutume traditionnelle, historique, dans toutes les Églises chrétiennes y compris l’Église catholique romaine. »
En fait, il semblerait qu’une connaissance plus approfondie de l’histoire de l’Église des origines doive nous conduire à nuancer, si ce n’est à remettre en cause, cette opinion répandue.
benoit-et-moi.fr/2010-II/0455009d6b0fa2a05/0455009d9a0fba81c.html
about 2 years ago
M. Albisetti écrit: « Autre question : croyez-vous que l’ordination des hommes mariés dans les églises dites orientales leur permet de passer au travers de la crise vocationnelle ? La réponse est non. Les éparques sont mêmes envieux de la situation de l’Église catholique romaine de rite latin. »
J’aimerai bien avoir sur quelle source vous vous appuyez pour tenir un tel propos. Pourquoi la réponse serait-elle nécessairement un non ? Il faudrait nuancer. Je crois qu’il serait sage d’être ouvert à un tel dialogue et d’apprendre des autres rites qui ont les même racines riches et, pour certaines, apostoliques, que celles des catholiques de rite latin.
Et si je prends l’exemple des quelques prêtres catholiques (leur nombre est tout de même minime, mais cela n’enlève rien à la gravité de leurs actes) qui sont passés par des crises vocationelles extrèmement graves que l’ont a beaucoup (trop) entendu parlé cette année:
En quoi les « éparques [seraient-ils] mêmes envieux de la situation de l’Église catholique romaine de rite latin »?
Et puis une autre nuance: pas tous les prêtres de rites orientals sont nécessairement mariés…et donc faudrait pas généraliser…
Le vrai débat est dans ce qu’a écrit Olivier « Après c’est bien beau de lancer l’idée, mais un prêtre marié et père de famille peut-il faire vivre sa famile? » et j’ajouterai « vivre pleinement son ministère? »
about 2 years ago
Quand vous dites «opinion», j’entends « avis personnel » qui peut, à la limite, ne pas être fondé solidement. Voici alors quelques fondements dans le Nouveau-Testament :
- concernant le mariage des épiscopes
« Elle est sûre cette parole : celui qui aspire à la charge d’épiscope désire une belle œuvre. Aussi faut–il que l’épiscope soit irréprochable, mari d’une seule femme, qu’il soit sobre, pondéré, courtois, hospitalier, apte à l’enseignement, ni buveur ni batailleur, mais bienveillant, ennemi des chicanes, détaché de l’argent, sachant bien gouverner sa propre maison et tenir ses enfants dans la soumission d’une manière parfaitement digne. » (1 Timothée 3, 1-4)
- et celui des presbytres
« Si je t’ai laissé en Crète, c’est pour y achever l’organisation et pour établir dans chaque ville des presbytres, conformément à mes instructions. Chaque candidat doit être irréprochable, mari d’une seule femme, avoir des enfants croyants, qui ne puissent être accusés d’inconduite et ne soient pas insoumis. » (Tite 1,5-6)
Et pour ce qui est de la suite de l’histoire, je me fie à ce qu’affirme cet article du site infocatho, hébergé par le serveur l’Eglise catholique en France :
« L’Église ordonnait dans les premiers siècles des hommes mariés à la prêtrise et même à l’épiscopat. Première inflexion à cet usage: le concile d’Elvire, vers l’an 300, a demandé l’abstinence rituelle (la veille de l’eucharistie) au clergé marié, mais non la séparation des époux.
L’influence de Cluny qui non seulement réformait la vie monastique, mais aussi étendit progressivement cette vie monastique au clergé diocésain, dont la conduite parfois faisait souhaiter cette mesure. Avec le temps l’influence des moines se fit de plus en plus grande comme on le vit avec la réforme cistercienne. En 1139, le concile Latran II a introduit une mesure disciplinaire interdisant le mariage des clercs. »
(http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/archives/deuxmilledeux/semaine50/22nx50eglisec.html)
La suite de l’article rend compte des difficultés à être prêtre marié et père de famille.
Les épitres et les conciles ne sont pas de l’ordre de « l’opinion répandue ». Ils sont des documents qui attestent d’une réalité historique.
Rémi Bourdon