Le scientisme est né vers le milieu du 19e siècle, mais il s’enracine lui-même dans une tradition intellectuelle beaucoup plus ancienne : le matérialisme philosophique, dont les origines historiques remontent à l’époque de la Grèce antique.  Un des fondateurs et des représentants les plus illustres de ce courant de pensée est le philosophe Démocrite (~460-~370).  Le premier, il a défendu l’idée que la nature n’était faite que de minuscules particules (les atomes) et de vide.

Depuis lors, les tenants du matérialisme ont défendu, sous des modalités qui ont bien sûr variées au cours des âges, l’idée que le monde, la réalité et tout ce qui existe dans l’univers n’est composé que de matière.  Avec pour corolcouv7452g_130laire que ce qui est généralement présenté comme distinct de la matière, à savoir l’esprit, n’est jamais qu’une émanation plus diffuse, plus légère et plus éthérée de cette même matière.

Les implications théoriques de la thèse matérialiste sont nombreuses.  Si tout est matière, Dieu n’existe pas.  Du moins, pas tel que l’Église nous l’enseigne, puisque celle-ci affirme que Dieu est pur esprit.  Si tout est matière, l’âme humaine n’est qu’une chimère, et la vision chrétienne de l’homme est fausse, puisque celle-ci reconnaît l’âme comme principe spirituel au fondement de l’unité et de la singularité absolue de chaque personne.  Or, si l’homme n’a pas d’âme, il n’est que matière et il partage le sort de la matière, vouée à la dégradation inévitable.

Le matérialisme a aussi des implications pratiques.  Si l’homme n’est que matière, le présent de la vie est son seul horizon, son seul royaume, puisqu’au-delà des limites biologiques du corps, il n’est plus rien.  Il n’est qu’un amas de poussières.  Or, quelle raison y aurait-il de prendre soin des choses et des personnes de ce monde si on sait que de toute façon tout est voué à la ruine et que la mort et la corruption nous attendent?  Si tout finit toujours par se délabrer ou se décomposer, quelle différence y a-t-il entre détruire ou construire, aimer ou haïr, donner la vie ou donner la mort?  Aucune.  Le matérialisme conduit logiquement au nihilisme, c’est-à-dire à la négation absolue de la valeur de toute personne et de toute chose.

Depuis la fin de l’Antiquité jusqu’à l’aube des Temps Modernes, la culture occidentale a été préservée des principales erreurs et des plus funestes conséquences sociales du matérialisme philosophique par la pensée chrétienne, qui a défendu avec les armes de la foi et de la raison l’idée que l’homme possède une âme immatérielle et que cette âme a été créée pour l’éternité par un Dieu qui est pur esprit et pur amour.  Une des plus belles pages écrites par l’Église pour défendre et illustrer la réalité spirituelle de l’homme se trouve dans la constitution pastorale Gaudium et spes, composée lors du Concile Vatican II, et dans laquelle il est dit (au numéro18) :

« C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet. L’homme n’est pas seulement tourmenté par la souffrance et la déchéance progressive de son corps, mais plus encore, par la peur d’une destruction définitive. Et c’est par une inspiration juste de son cœur qu’il rejette et refuse cette ruine totale et ce définitif échec de sa personne. Le germe d’éternité qu’il porte en lui, irréductible à la seule matière, s’insurge contre la mort. »

À suivre…