Dans un excellent article paru sur Cyberpresse, Stéphane Laporte commente le comportement nostalgique des québécois face à Noël.   Comme il sait si bien le faire, il met le doigt sur le vide spirituel qu’a créé la sécularisation.   Son article intitulé « Noël corrompu », montre combien notre course effrénée, aux préparatifs de Noël, est à cours de sens.  Tous se précipitent dans la cohue sans trop savoir pourquoi.

« C’est pour ça qu’on est si nostalgiques des Noëls de notre enfance. Des Noëls blancs, des Noëls purs. Tout avait un sens. On fêtait le petit Jésus né dans une étable, à minuit, la nuit de Noël. On avait tous une crèche dans la tête. Et on voyait la scène comme si les caméras de CNN avaient été là. Le petit bébé dans la paille, sa maman vierge qui le contemple, le père bienveillant qui les surveille, l’haleine du boeuf, de l’âne et de l’agneau qui les réchauffe et l’étoile qui brille tout en haut servant de GPS aux rois mages qui accourent porter des cadeaux.

Et il était né pourquoi, le petit Jésus? Pour sauver le monde. Ça, c’était du sens! Fêter Noël, c’était fêter notre Sauveur. Méchante bonne raison de décorer et de faire cuire la dinde. Un sauveur, ça ne naît pas tous les jours. Bon d’accord, il ne nous avait pas sauvés au complet encore mais il était censé revenir finir la job. » Stéphane Laporte

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/stephane-laporte/201011/27/01-4346983-noel-corrompu.php

Pour la majorité des québécois, la magie de Noël, telle que présentée par Stéphane Laporte joue le rôle d’un  rempart contre le désenchantement du monde.  C’est ainsi que  certains  se retrouvent à la messe de minuit pour séjourner quelques minutes dans le monde fabuleux leur enfance.  Le vide laissé par la désertion de la religion ne semble laisser d’autre alternative que la nostalgie.

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Récemment, j’ai eu l’occasion de revisiter le sens de la fête de Noël avec des adultes parents d’enfants inscrits en catéchèse.  Je les abordais en les préparant à vivre une sorte de désinstallation de leur vision enfantine de Noël.  Je leur proposais de dire à voix haute tout ce qu’ils ne pouvaient plus croire de cette histoire, s’ils acceptaient de l’aborder avec leur intelligence d’adulte.  En réalité, ce que je les invitais à faire, c’était de quitter la magie pour entrer dans le mystère de Noël.  Pour moi, la voie du ré-enchantement de Noël doit passer par une découverte à nouveaux frais de ce mystère de l’incarnation qu’il représente.

Le récit de cette naissance doit franchir un saut qualitatif pour proposer, encore aujourd’hui, un sens qui éclaire et ouvre un avenir à notre histoire humaine, telle qu’elle se présente, avec tous ces enjeux bien réels.

Le premier degré des mots et des images du récit de Noël qui semble vouloir nous enfermer dans un souvenir magique, doit pouvoir faire place à un second regard sur ce mystère de Dieu qui s’incarne dans notre histoire chaque fois qu’un cœur vierge consent à se laisser féconder par l’Esprit.  Comme le dit Stéphane Laporte :   Dieu n’a pas fini sa job.   Il a voulu avoir besoin de nous pour nous sauver.  En Jésus, il a fait irruption dans notre histoire pour nous révéler notre origine et notre destinée, qu’il partage avec nous.  Ce Dieu humble et fragile comme un enfant, n’a pas voulu s’imposer et il continue de chercher refuge là où la porte s’ouvre.  Il ne peut nous sauver que par le consentement de notre liberté.  Le mystère de Noël continue de se réaliser chaque fois que l’amour naît au cœur du monde en manque de cette nourriture essentielle.   L’image d’un enfant couché dans une mangeoire peut devenir si parlante lorsqu’on sait y reconnaître le mystère de Dieu qui se donne pour nourrir son peuple.

« Un bœuf connaît son propriétaire. Un âne connaît la mangeoire où son maître lui apporte à manger. Mais Israël ne connaît rien, mon peuple ne comprend rien. » (Is 1,3)

En retrouvant une lecture symbolique de la Bible, on apprend à développer un nouveau regard sur la vie en y reconnaissant la présence d’un mystère qui nous dépasse.  Ce mystère qui nous relie, par delà des races et des cultures, nous appelle à la communion.

Encore aujourd’hui Dieu naît incognito dans nos relations.  Le reconnaître comme étant la source de tout amour apporte sens et espérance.  Mais il me semble encore plus important de répondre à l’appel de l’amour que chacun peut entendre en son existence et auquel il peut donner naissance.  Ce n’est qu’en exerçant notre liberté d’aimer que notre histoire prend son sens et que le mystère de l’incarnation de l’amour vient réenchanter nos vies.

Joyeux Noël!

Colette Beauchemin