Archives pour novembre, 2011
S.EX.E Soutien, EXistence, Égalité
30/11/11
Mon titre est un peu mensonger… car la nudité ne nous ramène pas systématiquement à la sexualité. « L’homme et sa femme étaient tous deux nus, mais sans éprouver aucune gêne l’un devant l’autre » (Gn 2, 25). On associe à tort nudité et sexualité.
Il y a quelques semaines, Centraide a entamé sa campagne de financement, ayant pour thématique En dessous, on est tous pareils.
En apparence, les affiches nous semblent provocatrices, dans le sens où elles font émerger une réaction, un cheminement en nous. Prenons le temps de répondre aux sentiments qui naissent en nous, en voyant cette publicité.
Poser nu est associé à une attitude hors de la norme, à une marginalité. Alors, qu’est-ce que ces affichent évoquent pour vous?
Je crois sincèrement qu’elles nous livrent un message. Sous nos par-dessus, nous avons tous le même cœur, la même sensibilité : nous sommes tous nés égaux en dignité humaine.
Ces artistes osent aller au-delà des apparences et d’eux-mêmes. Ils se sont donnés pour une grande cause, à ce même désir du Christ d’agir en faveur des pauvres de la société. N’ont-ils pas posé pour nous faire réaliser la présence des gens dépouillés autour de nous ? Pour nous faire saisir que sous nos apparences, nous avons un bagage de vie ? Ou encore simplement pour manifester leur acceptation de se donner corps et âme pour l’égalité fondamentale que porte tout être humain ?
Dieu nous a désirés bien avant notre naissance (Jr 1, 5), au-delà de notre apparence. Ce que nous sommes devenus résulte de choix, de contextes sociaux et familiaux, de chance ou de malchance parfois.
Être nu, c’est ce que nous sommes. Et voilà vers quoi Centraide voulait probablement amener les gens : se conscientiser aux fondements de l’être humain, sous une forme elle-même marginalisée.
Choquer pour fâcher ou provoquer pour amorcer un mouvement et une réflexion ? « Favoriser l’intégration de tous […] et accueillir la diversité », voilà deux valeurs de Centraide qui ne cesse d’avoir en tête que le souci des pauvres. N’ayons pas peur d’assumer notre propre humanité pour tendre la main vers notre prochain.
Céline Wakil
En veux-tu? En vlà!
28/11/11
J’ai reçu une pelletée de demandes de dons de charité. J’en ai compté 53 depuis janvier dernier. Il m’est arrivé de payer ma dîme deux fois. Maintenant, j’empile les enveloppes pour tout traiter d’un coup; cela me permet d’avoir vue d’ensemble et de pondérer les demandes. Ce déferlement se produit depuis deux ans. Je soupçonne qu’il y a eu coulage de listes de donateurs sur lesquels mon nom apparaît. J’ai reçu des petits cadeaux dont 6 fois des autocollants avec mon adresse.
Que faire : augmenter mes dons? Saupoudrer sur toutes les demandes? Pendant deux heures, j’ai classé la paperasse répandue sur la table, et noté mes priorités jusqu’à hauteur de 25 dons, chéquier et carte de crédit en main. Pas facile d’éliminer des causes humanitaires, après avoir mis de côté la cause animalière.
Le matin, j’avais lu Matthieu 25, en ce dimanche du Christ Roi de l’Univers. Rien dans ce texte pour se retenir la générosité. « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous…; j’étais un étranger, et vous… ; j’étais nu, et vous …; j’étais malade, et vous …; j’étais en prison et vous …» Après tout, je veux devenir un « juste » pour m’entendre dire à moi aussi: « Venez les bénis de mon Père. » Puis je regardai la pile de mes refus. Et résonna l’autre versant du texte : « Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne… et vous ne… et vous ne… »
Ombre et lumière sont bien le lot de notre cœur, ivraie et bon grain, parure de notre champ. Et limitées nos ressources personnelles. « Dieu saura bien m’accueillir » me dis-je en ramenant mon regard sur la première pile de lettres. « M’accueillir », mais selon ce texte, non en raison de ma foi.
« La réponse de Mt 25 à l’enjeu du devenir humain est que tout se joue dans le rapport aux laissés pour compte de la société. Le statut social ne sert à rien. La richesse accumulée ne sert à rien. La science apprise ne sert à rien. La performance religieuse, politique, sportive ne sert à rien. La grandeur d’un être humain se mesure au soin qu’il ou elle a pris des plus petits. »[1]
Déroutant ce Dieu qui n’absolutise pas la foi en Lui, mais qui ne tolère pas qu’on ne reconnaisse pas concrètement la dignité de tout Humain!
L’éveil à la spiritualité par les bébés
21/11/11
J’ai lu un article fascinant dans la Presse d’un samedi d’octobre intitulé : « Accouchement et spiritualité »[1]. Marie-Noëlle Bélanger-Lévesque, étudiante à la maîtrise de l’université de Sherbrooke a émis une hypothèse pour son mémoire de recherche : Entre les multiples contractions, l’innommable douleur et ce col qui prend une éternité à se dilater, se pourrait-il que les nouveaux parents perçoivent tout de même un je-ne-sais-quoi de spirituel dans la naissance de leur enfant? « La spiritualité lors de l’accouchement », dit-elle, « n’est pas nommée de nos jours, elle n’est jamais abordée à voix haute. Or la majorité des gens vivent des expériences importantes. » Et elle continue en disant : « Il y a quelque chose de plus que l’expérience purement physique qui se vit pendant l’accouchement. »
Pour avoir accouché moi-même de deux belles filles, je peux vous dire que, particulièrement à la naissance de Marie-Hélène, l’aînée, il s’est passé en moi quelque chose de très profond. Je tenais dans mes bras une petite boule de vie délicieusement belle, et je recevais en même temps les larmes de mon mari sur mon front, comme le baptême d’une nouvelle vie tous les trois ensemble. La naissance d’un enfant me réconcilie avec la vie. Elle me permet de m’émerveiller encore et encore devant la puissance de vie qui est cachée en chacun de nous. J’ai expérimenté l’amour inconditionnel, le don de soi, la gratuité, à l’arrivée de chacun de mes enfants, et petits enfants. La naissance d’un enfant, c’est un souffle de vie qui apporte sur son passage un élan d’amour et de générosité. C’est peut-être cela, la spiritualité, parce qu’il y a un peu beaucoup de Dieu là-dedans.
Au catéchuménat, cette année, 75% des personnes qui demandent de cheminer vers un sacrement et de boucler ainsi leur initiation spirituelle, entreprennent cette démarche à cause d’un enfant. Ils ont donné naissance à un enfant et la grandeur de cet événement les a reconnectés avec leur Créateur, un Dieu d’amour et de tendresse. Ou encore, ils ont été demandés pour être parrain d’un nouveau-né et cette nouvelle responsabilité, ils veulent la vivre à plein, sérieusement. Ou encore, leur frère, leur sœur, leur conjoint, leur cousin, entreprend une démarche parce qu’ils sont parents ou futurs parrains, et ils décident d’y aller eux aussi, par solidarité, pour donner un sens chrétien à leur vie. Il n’est pas rare de voir à la même rencontre la maman de bébé Julie, la marraine de bébé Julie, le parrain de bébé Julie, la tante de bébé Julie.
Un enfant a rejoint un adulte sur le chemin de sa vie, et tout a soudain basculé. Son cœur, son âme, son emploi du temps a été bouleversé, et rien ne sera plus jamais pareil. « Laissez venir à moi les petits enfants » disait Jésus, « et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. »[2]
Travailler, c’est trop dur …
14/11/11
Ces paroles de la chanson de Zacharie Richard sont bien imprégnées dans notre mémoire collective. Elles nous rappellent combien le travail peut être vécu comme un cruel fardeau que l’on voudrait éviter. Comme si le travail n’était qu’un mal nécessaire pour se procurer ce que l’on veut « avoir ».
Quel sens prend aujourd’hui le travail? J’ai la chance d’adorer ce que je fais et cela me donne le sentiment d’être privilégiée. Quand je pense à tous ceux qui ploient sous le fardeau d’un travail qui ne donne pas de sens à leur vie et où ils n’ont pas l’impression de se réaliser, je me demande comment le travail peut devenir plus qu’une obligation nécessaire à la survie. Je rencontre beaucoup de gens qui ne semblent trouver d’utilité à leur travail que pour amasser de l’argent pour pouvoir s’acheter le dernier gadget électronique ou le voyage qui les fera s’évader du métro-boulot-télé-dodo. Les médias nous créent des besoins qui n’en sont pas toujours et réussissent souvent à nous convaincre que la finalité du travail est la consommation.
Peut-il en être autrement? Peut-on trouver un sens plus noble au travail? Je viens de lire un texte qui m’a beaucoup touchée et qui m’a fait réaliser à quel point la foi peut donner du sens au travail, quel qu’il soit.
« Travailler de ses mains, de façon à pouvoir faire le bien »
http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20111104
Je crois fermement qu’il est nécessaire de dénoncer et de combattre l’exploitation des personnes là où on abuse d’eux dans les milieux de travail et que cela doit aller de paire avec une conscience de la finalité humanisante du travail.
« Travailler de façon à pouvoir faire le bien ». Cela m’inspire et dépasse, à mon avis, la question de la réalisation de soi dans un optique de choix de carrière que tous n’ont pas la chance d’avoir accès. La mentalité individualiste a poussé très loin la conception du travail comme lieu de réalisation de soi jusqu’à enfermer le sens du travail dans la sphère du privé. Quelles sont les compagnies qui envisagent leur mission en termes de service du monde et de contribution au bien commun? Quels sont les leaders d’entreprise qui réussissent à fonder le travail de leurs employés sur autre chose que la compétition et le profit? La réalité des ressources limitées de la planète nous oblige à nous poser des questions de fond en regard de la finalité de notre raison d’être sur cette belle planète bleue et sur le sens de nos œuvres humaines.
Si chacun retrouvait ce sens noble du travail, qui consiste à vouloir faire concourir ses moindres gestes vers le bien, afin d’embellir le monde, il me semble que le travail, aussi humble soit-il, revêtirait un sens lumineux.
« Les hommes ont besoin du pain de la terre pour se nourrir, mais aussi du pain du ciel pour illuminer et réchauffer leur cœur. » Saint José Maria Escriva de Balaguer (1902-1975) extrait du texte en référence plus haut.
Il me semble que cela donne un sens nouveau à la prière du Notre Père, que l’on enferme peut-être trop souvent dans le premier degré des mots : Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Donne-nous le pain qui illumine et réchauffe le cœur, mais aussi et surtout, rends-nous assez généreux pour le donner aux autres, comme on offre un sourire. Amen.
Pour aller plus loin, voir le compendium sur la doctrine sociale de l’Église, sur le sens du travail (chapitre 6) http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/documents/rc_pc_justpeace_doc_20060526_compendio-dott-soc_fr.html
Colette Beauchemin
Êtes-vous indignés?
7/11/11
C’est ce que titrait la chronique de Patrick Lagacé dans la Presse du mercredi 19 octobre 2011 : http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201110/18/01-4458581-je-mindigne-tu-tindignes-etes-vous-indigne.php Difficile de répondre non à cela. En effet, il y a pleins d’événements, de discours, de gestes qui développent chez moi un sentiment de colère ou qui heurtent ma conscience morale et « titillent » ma compréhension de la justice. Pour n’en nommer que quelques uns, je dirais que :
- La maltraitance des personnes âgées m’horripile au plus au point. Je ne peux comprendre qu’on veuille du mal à des personnes qui ont souvent donné de leur temps avec une énorme générosité pour nourrir leur famille, « rejoindre les deux bouts », apporter la sécurité à leurs enfants, apporter bonheur et amour autour d’eux. En fin de vie, ils sont souvent très seuls. Si on les maltraite en plus, c’est inacceptable!
- L’indifférence, passez tout droit sans s’arrêter pour ne pas voir, parce que nous n’avons pas le temps de voir, parce que la vie de l’autre a aucune importance.
- La barbarie qui se passe dans certains pays, le massacre du Rwanda, les crimes pour l’honneur, les personnes incarcérées pour avoir dit les vraies affaires, les dictateurs qui sont drogués au pouvoir et à l’argent, les milliards d’êtres humains qui souffrent de la faim parce que les dirigeants ne pensent qu’à leur bien-être et à leur richesse, etc.
- Les enfants qui n’ont pas la possibilité de vivre leur vie d’enfant, et qui sont chargés de responsabilités qui les dépassent.
- Les financiers véreux qui ruinent l’avenir des petits épargnants en abusant de leur confiance.
- Les enveloppes brunes, les sommes exorbitantes qui sont dépensées en double et en triple du prix réel pour financer une quelconque Mafia, les irrégularités dans le domaine de la construction pour ne citer que celui-ci.
À New York, Boston, Chicago, et Washington, des « indignés » ont manifesté contre les excès de la finance. Ils étaient des centaines à être venus crier leur ras-le-bol. Ils ont plantés des tentes sur l’esplanade du centre névralgique de la finance et scandaient des slogans électriques pour sensibiliser les dirigeants à leur réalité au quotidien, afin que ceux-ci assument leur part de responsabilités du merdier dans lequel ils les ont plongés.
De Madrid à l’Angleterre, en passant par la France, plusieurs personnes se sont également levées, pacifiquement pour la plupart, pour crier également leur indignation contre le système. Ils envoient des appels à changer ce monde usé jusqu’à la corde par tant de mensonges, d’injustices et de violences accumulées depuis la nuit des temps. « Nous ne voulons plus du mensonge des guerres justes ou des printemps révolutionnaires orchestrés par la CIA et ses valets. Nous ne voulons plus du mensonge des politiques qui protègent les lobbies empoisonneurs de la terre, de l’eau et de l’air. Nous ne voulons plus du mensonge de ces dettes illégitimes au travers desquelles les élites financières rendent les foules citoyennes comme les nations esclaves des gangs banques. »
Depuis la mi-octobre, 300 « indignés » campent au square Victoria pour protester contre le système, une cause qui est gérée dans la dignité, dans le respect des lieux et des personnes, sans violence. « Nous sommes ulcérés du système bancaire actuel. Je gagne bien ma vie, mais je veux plus d’espoir pour vous, pour mes enfants qui ont à peu près votre âge », explique un Montréalais de 68 ans.
Ce n’est pas vrai que les choses vont bien. Il y a de la corruption, de l’indifférence, de la malhonnêteté, du je-m’en-foutisme, partout! Que pouvons-nous faire pour ouvrir à la solidarité, la compassion, la vraie justice, la coopération, l’équité? C’est beau et noble de s’indigner, mais quel est l’avenir que je réserve moi aussi à mes enfants, et nous collectivement?
Francine Vincent


