J’ai lu un article fascinant dans la Presse d’un samedi d’octobre intitulé : « Accouchement et spiritualité »[1]. Marie-Noëlle Bélanger-Lévesque, étudiante à la maîtrise de l’université de Sherbrooke a émis une hypothèse pour son mémoire de recherche : Entre les multiples contractions, l’innommable douleur et ce col qui prend une éternité à se dilater, se pourrait-il que les nouveaux parents perçoivent tout de même un je-ne-sais-quoi de spirituel dans la naissance de leur enfant?  « La spiritualité lors de l’accouchement », dit-elle, « n’est pas nommée de nos jours, elle n’est jamais abordée à voix haute. Or la majorité des gens vivent des expériences importantes. » Et elle continue en disant : « Il y a quelque chose de plus que l’expérience purement physique qui se vit pendant l’accouchement. »

Pour avoir accouché moi-même de deux belles filles, je peux vous dire que, particulièrement à la naissance de Marie-Hélène, l’aînée, il s’est passé en moi quelque chose de très profond. Je tenais dans mes bras une petite boule de vie délicieusement belle, et je recevais en même temps les larmes de mon mari sur mon front, comme le baptême d’une nouvelle vie tous les trois ensemble. La naissance d’un enfant me réconcilie avec la vie. Elle me permet de m’émerveiller encore et encore devant la puissance de vie qui est cachée en chacun de nous. J’ai expérimenté l’amour inconditionnel, le don de soi, la gratuité, à l’arrivée de chacun de mes enfants, et petits enfants. La naissance d’un enfant, c’est un souffle de vie qui apporte sur son passage un élan d’amour et de générosité. C’est peut-être cela, la spiritualité, parce qu’il y a un peu beaucoup de Dieu là-dedans.

Au catéchuménat, cette année, 75% des personnes qui demandent de cheminer vers un sacrement et de boucler ainsi leur initiation spirituelle, entreprennent cette démarche à cause d’un enfant.  Ils ont donné naissance à un enfant et la grandeur de cet événement les a reconnectés avec leur Créateur, un Dieu d’amour et de tendresse. Ou encore, ils ont été demandés pour être parrain d’un nouveau-né et cette nouvelle responsabilité, ils veulent la vivre à plein, sérieusement.  Ou encore, leur frère, leur sœur, leur conjoint, leur cousin, entreprend une démarche parce qu’ils sont parents ou futurs parrains, et ils décident d’y aller eux aussi, par solidarité, pour donner un sens chrétien à leur vie.  Il n’est pas rare de voir à la même rencontre la maman de bébé Julie, la marraine de bébé Julie, le parrain de bébé Julie, la tante de bébé Julie.

Un enfant a rejoint un adulte sur le chemin de sa vie, et tout a soudain basculé. Son cœur, son âme, son emploi du temps a été bouleversé, et rien ne sera plus jamais pareil.  « Laissez venir à moi les petits enfants » disait Jésus, « et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. »[2]