Archives pour décembre, 2011

La cathédrale des indignés

Le 19 novembre dernier, une semaine avant que la Ville de Montréal demande à son service de police de vider le Square Victoria, j’ai participé à une célébration interreligieuse en appui au mouvement des indignées d’ « Occupons Montréal »[1].  L’ensemble des priantes et des priants, debout, côte à côte autour du campement, regardaient vers l’intérieur comme pour attirer l’attention du monde sur le cœur du quartier des affaires, transfusé d’un sang neuf. La chaîne humaine ainsi formée, à la manière des « Green Peace », semblait se porter à la défense de la conscience sociale comme d’une espèce en péril.

Après la cérémonie, la vigile a laissé place à des échanges plus informels entre militantes et  militants venus de divers horizons. Puis avec d’autres, je suis allé me recueillir dans la basilique Saint-Patrick en passant à travers les ruines du St Bridget’s Refuge créé par les Sœurs Grises pour venir en aide aux démunies. [2]  En entrant dans la nef de la basilique, j’ai été frappé par le nombre imposant de représentations de saintes et de saints qui nous plongent dans le patrimoine spirituel des catholiques irlandais. J’ai été encore plus frappé par le fait qu’elles étaient toutes alignées autour de la nef et du chœur, le regard tourné vers l’assemblée croyante.

Je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement entre les deux scènes : d’un côté, cette « chaîne humaine » spirituelle veillant sur la basilique et de l’autre celle qui, quelques minutes plus tôt, entourait les indignées d’ « Occupons Montréal ». Quel lien pouvons-nous faire entre elles? Au delà des deux communautés de saintes et de croyantes formant le cercle, symbole d’unité et de communion, autour de quoi celles-ci sont-elles rassemblées?  Et quels liens pouvons-nous faire entre les indignées occupant la rue et les croyantes réunis dans la basilique? Y a-t-il une parenté spirituelle entre celles et ceux de l’intérieur de nos églises et celles et ceux qui ont choisi de se tenir debout dehors, que se soit dans le St Bridget’s Refuge des Sœurs Grises ou au cœur du quartier des affaires.

Si la basilique est un lieu reconnu de pèlerinage et de retour aux sources de notre foi,  le rassemblement des indignées,  est pour moi une véritable cathédrale[3] dans la rue du fait qu’il est le siège d’un mouvement prophétique au nom de la dignité, de la solidarité, de l’égalité et de la communion entre les humains. Et que dire de toute cette communauté croyante veillant sur  les protestataires comme sur un lieu sacré où la Vie a choisi de s’incarner à nouveau?

J’espère que les ruines du St Bridget’s Refuge créé par les sœurs Grises au XIXième siècle resteront là encore longtemps. Elles nous rappellent que les indignées d’aujourd’hui, reprennent le cri des indignées d’hier et que nos pèlerinages aux sources de notre foi n’ont de sens que s’ils nous retournent sur des chemins de compassion, de justice et de solidarité.

Daniel Pellerin



[2] file:///Users/danielpellerin/Documents/COMMUNICATION/Site%20internet%20du%20diocèse/Blogue/2011-2012/11-12-24/Série%20dans%20le%20Devoir:%20Montréal%20avant-après,%20témoignage%20photographique%20de%20l’évolution.webarchive

Minuit chrétiens!

Les plus grandes voix d’opéra l’ont chanté, à « se petter » les cordes vocales. « Peuple à genoux …Peuple debout… Noëeeeel !» Pour une émotion un peu moins martiale, vous pouvez aussi l’écouter sur You Tube,  interprété par Ginette Reno ou  Marie-Élaine Thibert.

J’aime bien l’ampleur musicale de cette hymne, j’avoue. Mais certains mots grincent toujours dans mon oreille, notamment : « Et de son Père arrêter le courroux. ». Dieu ne peut s’apaiser qu’en faisant rembourser la dette. « Œil  pour œil, dent pour dent ». Dieu Justicier ne fait qu’appliquer la loi du Talion.

Je n’ai pas envie d’accuser le Minuit chrétiens  de me rappeler l’image d’un Dieu en colère. Car chaque jour, le premier psaume qui m’est proposé dans la Liturgie des heures, se termine avec ces paroles de Dieu à l’adresse de son peuple à la tête dure: « Dans ma colère, j’en ai fait le serment : jamais ils n’entreront dans mon repos » (Ps 94, 11).

Pendant un certain temps, j’ai décidé d’escamoter ces lignes bibliques qui me présentaient un Dieu courroucé. J’ai même collé par-dessus une version évangélisée : « Dans ma tendresse et miséricorde, j’enverrai mon Fils qui parlera à leur cœur et les conduira à la plénitude de la vie. » Puis finalement j’ai opté pour dire les deux, à la suite.

Pourquoi dénier que mon (notre?) inconscient est toujours hanté par un Dieu punitif et vengeur que je dois toujours évangéliser? Après tout, si notre culpabilité peut nous le faire craindre, on peut, par contre, compter sur lui pour qu’il tourne sa colère contre tous ceux qu’il devrait punir pour se (nous) venger.

J’ai besoin de refaire régulièrement le chemin de révélation du vrai visage de Dieu dans le Premier et le Nouveau Testament, car mon âme tient des deux. Il nous faut constamment passer de « Et de son Père arrêter le courroux. » à « Et de son Père incarner l’amour fou.

« Quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois dois-je lui pardonner? Jusqu’à sept fois ? »  Jésus répondit à Pierre: « Pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 21-22). Ça finit par épuiser toute colère, la nôtre, puisqu’il n’y en a pas en Dieu.

Joie et paix de Noël!

Rémi Bourdon

Les deux temples de la rédemption

Durant l’Avent et le temps de Noël, on entend le mot Rédempteur dans les textes liturgiques. Par exemple le prophète Isaïe : « Tu es, Seigneur, notre Père, notre Rédempteur : tel est ton nom depuis toujours. »

Le rédempteur, c’est celui qui rachète les dettes de ceux qui sont pris à la gorge. Ils sont encore nombreux les racheteurs, aujourd’hui.

Ils ont pignon sur rue, et site sur la toile. Vous n’avez qu’à taper « rachat de dettes », et on vous parlera de votre étouffement.  Puis on vous proposera de vous sauver en rapaillant toutes vos créances, pour en faire la consolidation et vous proposer un emprunt unique. Puis le dernier mot tombe, mensualités, avec le papier à signer.  Parmi de nombreuses définitions que j’ai trouvées dans l’Internet, en voici une : « Le rachat de dettes se résume à regrouper ou consolider toutes vos dettes en un seul et même prêt et d’en payer les mensualités.»

Imaginons un moment que celui  qui a racheté et consolidé vos dettes vous fasse venir et vous dise : « Ta dette, qui m’appartient maintenant, je ne veux pas en tirer profit,  je te charge aucun intérêt sur ton emprunt. » Le croiriez-vous? Imaginons même qu’il vous dise: « Ta dette, je l’efface, je te la remets. Voici! J’ai signé une quittance en ta faveur. » Impossible! Excessif! Utopique!

Pourtant, dans l’ordre de la foi, par rapport à toutes les injustices, les saloperies des humains les uns envers les autres, une Parole nous appelle à espérer que toutes ces dettes réciproques seront effacées, remises. Ce qu’aucun créancier ne peut raisonnablement faire, Dieu promet qu’il le fera par l’avènement de son règne.  Dieu, Rédempteur de toutes les dettes de l’humanité, par une quittance finale signée du sang du Fils. « Prenez et buvez, ceci est mon sang pour la rémission des péchés. »  Tout ça nous dépasse tellement.

Car mes pensées ne sont pas vos pensées,
et vos voies ne sont pas mes voies.

(Isaïe 55,8)

Un jour, il n’y aura plus le temple de la mensualité, mais que celui de la mansuétude.

Rémi Bourdon

Dieu est un SDF

Sans domicile fixe… Pourquoi Dieu serait-il sans domicile fixe ? Le 3e dimanche de l’Avent nous propose une lecture du second livre de Samuel et l’Annonciation comme Évangile.

Le texte de Samuel débute sur une note humoristique : « David était ENFIN installé dans sa maison » ! Une maison de cèdre nous dit-il, alors que Dieu est relégué à une tente… Mais Dieu invite David à lui construire une maison où il fixera son peuple.

Une maison sans fin; une maison où Dieu nous interpelle, comme il l’a fait auprès de Marie.

Dieu est sans domicile fixe tant que nous ne lui répondons pas « oui  » ! Un oui comblé de grâce…

Dieu avec nous, l’Emmanuel, c’est un Dieu de relation. De David avec sa maison tout à fait matériel jusqu’à Marie qui dit oui pour accueillir le Dieu qui se fait chair, nous sommes maintenant inclus dans l’histoire de la Nativité ! Dieu attend notre « oui » pour continuer son œuvre !

Céline Wakil

Avons-nous assez parlé de la violence envers les femmes ?

Décembre 2011, en manchettes le « procès Shafia ». Peut-on oublier que Zainab, 19 ans, Sahar, 17 ans, Geeti, 13 ans, ainsi que Rona, 53 ans, qui avaient déjà demandé de l’aide pour violence, ont péri tragiquement ?  Pensons-nous encore à Emmanuelle et sa fille Laurie assassinées le mois dernier à Longueuil ?  Avions-nous oublié Mme. Diane Grégoire ?  Assassinée elle aussi. Nous rappelons-nous de toutes ces autres victimes anonymes ou qui ont fait la Une de nos quotidiens le temps d’une journée… En avons-nous vraiment assez parlé ?

Crime d’honneur, drame familial, tragédie mortelle… quelle réalité cache ces grands titres ?

Une seule réalité qui fait partie du quotidien, qu’on regarde sans voir, qu’on entend sans comprendre : Une réalité qui se fond dans l’oubli collectif.  Peut-être préférons-nous oublier… D’ailleurs, vous souvenez-vous du « Je haïs les féministes » craché en décembre 1989 ? Et ces trois jours de deuil national pour Geneviève, Hélène, Nathalie, Barbara D, Anne-Marie E, Maud, Barbara K, Maryse L, Maryse L, Anne-Marie L, Sonia, Michèle, Annie S, Annie T ?

Difficile d’admettre que la violence envers les femmes fait partie de notre société.  Difficile de ne pas détourner le regard comme on tourne la page d’un journal… Pourtant, le bilan des femmes assassinées nous le prouve d’année en année depuis 21 ans. Heureusement, la campagne du ruban blanc qui revient comme un leitmotiv visuel nous oblige à contempler notre malaise, nous rappelle, nous invite à faire mémoire ensemble du massacre de ces quatorze femmes, mais aussi de toutes nos sœurs dénigrées, battues, tuées…  « …Selon l’Organisation des Nations Unies, les violences envers les femmes constituent l’un des  dix sujets dont le monde n’entend pas assez parler, … Cette violence représente un problème social grave dans le monde et il est essentiel de poursuivre activement nos actions pour tenter de l’enrayer. »[1]

Dans un pays où la devise est : « Je me souviens », de quoi voulons-nous nous souvenir ?

 

Christiane Lafaille

Répondante diocésaine à la condition des femmes



[1] (CRI-VIFF, communiqué : Montréal accueille le premier colloque international sur les violences faites aux femmes, octobre 2006) http://www.criviff.qc.ca/colloque/pdf/cri_viff_communique_presse.pdf