Les plus grandes voix d’opéra l’ont chanté, à « se petter » les cordes vocales. « Peuple à genoux …Peuple debout… Noëeeeel !» Pour une émotion un peu moins martiale, vous pouvez aussi l’écouter sur You Tube,  interprété par Ginette Reno ou  Marie-Élaine Thibert.

J’aime bien l’ampleur musicale de cette hymne, j’avoue. Mais certains mots grincent toujours dans mon oreille, notamment : « Et de son Père arrêter le courroux. ». Dieu ne peut s’apaiser qu’en faisant rembourser la dette. « Œil  pour œil, dent pour dent ». Dieu Justicier ne fait qu’appliquer la loi du Talion.

Je n’ai pas envie d’accuser le Minuit chrétiens  de me rappeler l’image d’un Dieu en colère. Car chaque jour, le premier psaume qui m’est proposé dans la Liturgie des heures, se termine avec ces paroles de Dieu à l’adresse de son peuple à la tête dure: « Dans ma colère, j’en ai fait le serment : jamais ils n’entreront dans mon repos » (Ps 94, 11).

Pendant un certain temps, j’ai décidé d’escamoter ces lignes bibliques qui me présentaient un Dieu courroucé. J’ai même collé par-dessus une version évangélisée : « Dans ma tendresse et miséricorde, j’enverrai mon Fils qui parlera à leur cœur et les conduira à la plénitude de la vie. » Puis finalement j’ai opté pour dire les deux, à la suite.

Pourquoi dénier que mon (notre?) inconscient est toujours hanté par un Dieu punitif et vengeur que je dois toujours évangéliser? Après tout, si notre culpabilité peut nous le faire craindre, on peut, par contre, compter sur lui pour qu’il tourne sa colère contre tous ceux qu’il devrait punir pour se (nous) venger.

J’ai besoin de refaire régulièrement le chemin de révélation du vrai visage de Dieu dans le Premier et le Nouveau Testament, car mon âme tient des deux. Il nous faut constamment passer de « Et de son Père arrêter le courroux. » à « Et de son Père incarner l’amour fou.

« Quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois dois-je lui pardonner? Jusqu’à sept fois ? »  Jésus répondit à Pierre: « Pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 21-22). Ça finit par épuiser toute colère, la nôtre, puisqu’il n’y en a pas en Dieu.

Joie et paix de Noël!

Rémi Bourdon