Quand la question surgit
Je faisais ma tournée du nouvel an. «Pourquoi il laisse faire ces atrocités, s’il (Dieu) existe?» me demande mon frère. Il y a de ces questions qu’on porte toute sa vie, qu’on ait soixante-quinze ans, ou à peine douze comme le petit-fils de l’autre frère chez qui je me trouve une heure plus tard. On cherche à comprendre ce Dieu qui nous fait parfois douter.
Confirmé il y a un an, Simon lui aussi commence à se questionner. Il retrousse le nez de derrière son portable et lance : «Moi, je crois pas que Dieu existe». Des regards inquiets se portent sur lui «l’agnostique», et aussi sur moi, le grand oncle qui, plus, est prêtre.
La grand’ mère n’en revient pas : «Il faut pas avoir des idées comme ça, quand on a la foi.» Elle s’attendait à ce que j’appuie sa mise en garde. J’ai plutôt demandé à Simon d’expliquer ce qu’il voulait dire. «Comment prouver que Dieu existe? Lance-t-il. Comme personne ne peut le prouver, je crois qu’il n’existe pas.» Je lui demande s’il …sait, ou s’il … croit que Dieu n’existe pas. J’essaie tant bien que mal de lui faire comprendre la distinction entre savoir et croire. Il écoute attentivement. Peut-être ai-je ébranlé sa conclusion sur la non-existence de Dieu, fruit d’un esprit critique qui commence à s’exercer. On poursuit un peu l’échange et je finis par lui dire que c’est une bonne chose de se poser des questions. Puis j’ai dû continuer ma tournée en laissant en plan l’amorce de conversation.
Je suis parti insatisfait. Insatisfait d’abord de la manière dont j’avais éclairé la première question du frère sur la souffrance et le mal. Comment en quelques minutes faire comprendre ce que François Varonne déploie longuement dans son livre Ce Dieu sensé aimer la souffrance? Insatisfait de mon dialogue inachevé avec le petit-neveu. Insatisfait d’avoir un peu déstabilisé ma belle-sœur.
J’aurais aimé dire à chacun : « Je connais un groupe où tes questions sur Dieu et la foi peuvent être débattues.» Que faire de ces interrogations qui surgissent en faisant du bruit dans la tête et le cœur de tant de chrétiens, puis redeviennent silencieuses sans avoir été éclairées? Je rêve de communautés chrétiennes où des baptisés de tous âges sauront qu’il existe des groupes de partage prêts à les accueillir pour cheminer dans la foi. Après tout, les AA et autres anonymes savent bien s’organiser en réseaux de proximité pour ensemble se soigner l’âme.
Rémi Bourdon

about 3 months ago
Allo Remi,
Je ne sais pas si vous vous rappelez de moi. J’ai travaille au diocese voila 9 ans (pendant 14 ans). Je juste un commentaire, plutot une question: Evidemment, il n’y a pas de facon d’expliquer l’existence de Dieu. Il est tres facile de dire, regarde autour toute la beaute, l’amour, qui nous entoure et que Dieu est vivant dans chacun et chacune… Mon fils de 27 ans le croyait quand il etait petit, sa vision a change depuis et il n’y a pas une raison, quelque chose que je puis lui dire pour qu’il croit. Quoi lui dire? Quoi faire? Il a une petite maintenant… qu’est-ce que deviendra de ma petite-fille? si meme son pere ne croit pas que Dieu existe????????
Je vous salue tres cordialement!!!!
about 3 months ago
Allô Ursula,
Ton commentaire vient confirmer que la crise du croire chrétien traverse toutes les familles. L’éveil à la foi dans la famille, et la catéchèse à l’enfance ne prémunissent pas contre les crises à l’adolescence et à l’âge adulte. Les remises en question font grandir. Quand il s’agit de la foi, elles font quitter la naïveté première… et elles laissent un vide, un non-croire par rapport au Dieu de l’enfance. Et souvent aujourd’hui, ce vide n’est pas l’occasion d’une reconstruction immédiate, un peu comme ces bâtisses d’un centre-ville qu’on démolit et qui laissent des trous entourés de palissades pendant des années. Les trous sont des appels permanents à la reconstruction sur de nouvelles assises, celles acquises lors du passage à la vie adulte. Ces assises c’est d’abord la foi en la vie, reçue et donnée, la confiance en l’avenir. Quand et comment cette foi humaine va-t-elle reconnaître sa source en Dieu qui nous promet la Vie en plénitude, c’est le mystère de chaque existence singulière. Dieu n’attend pas qu’on croit en Lui pour croire en nous. Il frappe toujours à notre porte. Quoi dire? Témoigner que Dieu laisse libre, qu’Il nous aime libres, dans ou sans la foi en Lui. Quoi faire? Poser des gestes qui font vivre, en espérant qu’on nous pose la question: qu’est-ce qui te fait tant vivre? Et j’ajoute: prier l’Esprit qui souffle, qui parle à notre esprit, en temps opportun.
Paz!
Rémi Bourdon