J’ai mis la main aujourd’hui sur une publicité du Tour de l’Ile de Montréal qui aura lieu le premier week-end de juin. Fascinant! Un jeune homme est photographié sur un fond de ciel bleu, avec une auréole représentant une roue de vélo; sur le pneu est écrit les noms de plusieurs rues de Montréal qui portent le nom d’un saint ou d’une sainte. Le texte publicitaire dit :

« Un week-end au paradis. Pour des milliers de cyclistes, le premier week-end de juin à Montréal, c’est un peu rêver au paradis : une ville sans autos, où il fait bon pédaler librement, sans souci.  Cela prend des allures d’une grand-messe du vélo : un moment de rassemblement, quasi sacré, où le temps peut s’arrêter… »

C’est fascinant de voir qu’au moment où de toutes parts on essaie de retirer du tableau urbain tout ce qui touche de près ou de loin à la religion, ici nous avons une pub qui s’en inspire considérablement.  Chassez le religieux et il revient au galop… en vélo! En lisant cette publicité, j’ai pris connaissance que les références religieuses sont encore très présentes dans notre univers. Le discours religieux, les images religieuses, font encore partie des cordes sensibles des québécois. Dans cette pub, on utilise un vocabulaire qui fait appel à de belles valeurs chrétiennes : la liberté; le rassemblement, cette grand-messe qui se veut un moment de communion; un temps d’arrêt pour se déposer et se refaire; le paradis, ce grand jardin d’Eden vers lequel on essaie de tendre.  La publicité fait des parallèles avec des thèmes religieux, à la blague sans doute, et ce, sans aucune méchanceté ou sarcasme.

Il y a comme un rapprochement qui se fait entre le monde dit religieux, et le monde tout court. On n’arrive plus à se parler en face à face, alors on prend d’autres chemins pour donner notre opinion. Ça se fait d’une manière très « smooth »; on en rit dans un premier temps, on fait circuler l’information, et on réagit de façon aussi « smooth » et amicale, tout en faisant valoir son point de vue. Par exemple, il y a quelques semaines, un enseignant de Sorel enlevait la dernière ligne de la belle chanson l’Hymne popularisée par Edith Piaf : « … Dieu réunit ceux qui s’aiment! ». L’Église de Montréal a réagi rapidement en faisant paraître, pendant un court moment, une publicité qui reprenait que ce petit bout de phrase mais en y donnant toute son importance.

Dans la publicité sur le tour de l’île en vélo, c’est comme si j’y lisais qu’il y a bien des façons de se rassembler le dimanche et de faire communion. Nous avons un besoin viscéral de nous ressourcer, de nous nourrir spirituellement, de prendre le temps de nous arrêter, de nous retirer du monde de la vitesse et de la concurrence pour vivre de belles expériences avec la famille et les amis tout en créant des liens avec la collectivité. C’est peut-être une façon de faire Église autrement?

Francine Vincent