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Article par dsjl

La Marche pour la dignité.

marche-pour-la-digniteLe 8 mai dernier, j’ai marché avec quelques centaines de personnes dans les rues de Montréal. Nous voulions souligner ainsi la 40ième Marche pour la dignité durant la Semaine des personnes assistées sociales. Le comité organisateur avait choisi comme point de départ l’Église Saint-Pierre Apôtre, sur René-Lévesque en face de l’édifice de Radio Canada. Tant qu’à moi ce choix n’est pas innocent. En plein cœur du quartier gai de Montréal, cette église dite « ouverte » est le parfait symbole de la lutte contre les préjugés sociaux.

Cette année, la Marche pour la dignité fut l’occasion de dénoncer les coupes annoncées à l’aide sociale. Les changements proposés par la ministre Agnès Maltais et qui doivent entrer en vigueur le 1er juin, prévoient entre autres la disparition d’une allocation de 129 $ (en sus de la prestation de base mensuelle de 604 $, ce qui représente donc une coupe nette de plus de 17% du revenu) pour la contrainte à l’emploi des prestataires de 55 à 57 ans, et des familles comptant un enfant de moins de cinq ans.¹ Comment réagiriez-vous si on amputait votre revenu de 17%?

Quand on pense que cette nouvelle arrive en même temps que des enquêtes journalistiques dévoilant un énorme scandale international à propos des évasions fiscales. Selon les informations recueillies à ce jour les sommes ainsi perdues pour l’impôt au Canada seulement atteindrait environ 7 milliards de dollars annuellement.² Et plus près de nous, le président de l’Agence de revenu du Québec, Jean Saint-Gelais, estimait en 2012 que les fraudes fiscales entraînaient un manque à gagner pour le gouvernement du Québec de l’ordre de 3,5 milliards de dollars annuellement. Une évaluation « très conservatrice » selon ses dires.³

Si l’on considère que l’aide sociale au Québec coûte annuellement 2,8 milliards de dollars, 4 ça laisse à penser que si nos gouvernements réussissaient à récupérer l’argent perdus à cause de la fraude et de l’évasion fiscale, la ministre Maltais ne se trouverait pas en situation d’affamer les plus pauvres de notre société. En tout cas, ça serait plus gênant. Dans une société qui a choisi le capitalisme comme mode d’organisation socio-économique, dépossédant ainsi chacun de ses membres des outils de son autosuffisance, il est juste de revendiquer que toutes et chacun ait au minimum l’assurance d’un revenu pouvant combler leurs besoins de bases.

Dans ce contexte, la 40ième marche annuelle pour la dignité des personnes assistées sociales c’est comme 40 ans passées dans le désert à réclamer justice pour les personnes exploitées, à dénoncer les préjugés qui tuent et à espérer un revenu minimum garanti comme d’une terre promise, celle de la dignité pour toutes et tous.

Daniel Pellerin

Aux égoïsmes excessifs, l’amour excessif.

égoïsme excessif, amour excessifL’évangile de dimanche, quatrième de Pâques, peut nous entrer par une oreille et sortir par l’autre.  «Aimons-nous les uns les autres.» une rengaine? On le répète trois fois en deux versets de moins de cinquante mots. (Jean 13, 34-35) Pas nouveau si on passe par-dessus le «comme je vous ai aimés». Voilà la jauge! La mesure de notre amour se calibre à la manière d’aimer de Jésus. Le neuf du commandement maintient une brèche dans la zone  de confort de notre bonne conscience. Excessive la demande de Jésus qui nous dit d’aimer les désagréables comme nos ennemis et ceux qui nous haïssent, de donner à ceux qui ne pourront jamais rien nous donner en retour, de pardonner soixante-dix sept fois! Jésus s’est fait proche de ceux qui avaient le plus besoin d’amour : ceux qui étaient méprisés, humiliés, rejetés par la société correcte, pêcheurs, malades, voleurs, prostituées, femmes, enfants, mendiants : les exclus de son temps.

On arrive de temps en temps à cet amour d’altérité où l’égo se trouve heureux en s’oubliant. Cet amour devient nécessité en réponse de vie à l’égoïsme excessif. Le pape François disait récemment: « L’appel que nous adresse Jésus aujourd’hui trouvera-t-il un écho en nous? Il faut reconnaître que la réalité de la vie en société est diamétralement opposée à ce commandement de l’amour. (…)  Regardez ce qui motive la plupart de nos contemporains : une incroyable volonté de puissance, un appétit de pouvoir, un désir de possession, et même de possession de l’autre. Sur le plan individuel comme sur le plan des entreprises et des nations. Il faut être compétitif, il faut être gagneur. Il y aura donc des perdants.»

Au Bangladesh, des perdants, il y en a des milliers, bas salariés, et surtout récemment les centaines qui ont perdu la vie dans l’écroulement de l’édifice mal foutu où ils travaillaient. Des perdants qui ont fabriqué des vêtements vendus chez nous et que nous portons, achetés chez WalMart, ou ailleurs sous la marque Joe Fresh. J’ai rêvé que les communautés chrétiennes recueillaient des fonds pour venir en aide aux familles de ces victimes et qu’elles demandaient à WalMart et Joe Fresh d’être les émissaires de cette générosité auprès de ces populations. Ce serait une belle histoire de «vérité et réconciliation» pour nous tous. «Pouvons-nous nous dire chrétiens? (demande François le pape). Oui, si nous refusons d’accepter ce vieux monde, où règne la domination de ceux qui ont le pouvoir, la richesse, l’intelligence, ou simplement la force physique. L’enjeu est de taille. Il est même vital. Essentiel. À nous de commencer.»

Rémi Bourdon  

«Dis-moi ce que tu sens, je te dirai qui tu es.»

messe-chrismaleCette expression m’est venue en lisant l’homélie du pape François à l’occasion de la messe chrismale. «Dis-moi ce que tu sens..» peut être compris dans les deux «sens». Je sens la rose … que je tiens dans ma main … ou parce que je me suis versé de l’eau de rose sur les mains et j’exhale ce parfum. Le pape François invite les pasteurs à flairer l’odeur des brebis pour aller vers elles et en prendre soin. «Dis-moi ce que tu sens, je te dirai qui tu es.» Si tu sens les blessures, les détresses des brebis, tu es de compassion et de tendresse.

Si tu es de compassion et de tendresse, tu vas dégager ce parfum qui fait du bien. Les brebis vont le sentir et le ressentir. Tu seras la bonne odeur du Christ comme l’exprimait le pape :

«L’huile sainte versée sur la tête d’Aaron dégageait son parfum non seulement pour lui seul, mais se diffusait tout autour de lui, sans frontières. Le Seigneur le dira clairement : cette onction d’où émane cette bonne odeur est à l’intention des pauvres, des prisonniers et des malades, de toute personne meurtrie et seule. Sa fragrance est un envoi vers eux. Ce parfum n’est pas d’abord pour nous, pas plus qu’il ne doit rester dans les urnes. Sinon, cette huile deviendra rance … et les cœurs resteront dans l’amertume.»[1]

Par ailleurs, à fréquenter les brebis, à les soigner et à les mettre sur ses épaules, on s’imprègne de leur odeur. Le berger finit par sentir la brebis. Les autres perçoivent ce mélange des odeurs. «Dis-moi ce que tu sens, je te dirai qui tu es.»

Le pape, au titre d’évêque de Rome, a  invité les prêtres de son diocèse à «être des bergers qui ont l’odeur des brebis. (…) Les bergers ne sont pas les brebis, et personne ne bénéficie de l’oubli de la différence. Mais un berger qui ne dégage pas une petite odeur de mouton  a probablement besoin de retourner dans le troupeau, pour son propre bien et celui des autres.»

Rémi Bourdon



[1] Traduction libre de l’anglais

La Nouvelle Évangélisation, qu’est-ce que c’est?

nouvelle évangélisationVoilà une expression que l’on entend de plus en plus dans les communications d’Église, chacun ayant un peu sa propre idée de ce que ça représente pour l’Église et pour le monde.

M. Gilles Routhier[1], un éminent théologien de l’Université Laval, traite de la question en montrant comment cette Nouvelle Évangélisation prend sa source dans le Concile Vatican II[2]. Il explique entre autres, que la nouveauté évoquée par l’expression Nouvelle Évangélisation ne cherche pas à rompre avec les élans issus du Concile, mais plutôt à prendre appui sur son inspiration, en poussant plus loin les interpellations auxquelles l’Église n’a peut-être pas encore suffisamment répondu.

Le vent nouveau, issu du Concile Vatican II (dans les années 60), nous avait ouvert les portes du dialogue avec le monde et la modernité jusqu’à se laisser évangéliser par l’Esprit à l’œuvre dans notre temps.

Pour ma part, j’en comprends que le mouvement de la Nouvelle Évangélisation n’a rien d’une nouvelle offensive pour convertir les autres. Elle est bien plutôt un mouvement de transformation qui vise d’abord l’Église de l’intérieur. Une évangélisation renouvelée peut prendre son sens, entre autres, quand on pense à tous les baptisés qui n’ont pas encore vécu une rencontre transformante avec le Christ. Bon nombre de chrétiens perpétuent des traditions religieuses sans avoir goûté à la joie de la rencontre du Christ ressuscité, présent au cœur de leur vie. Enfermés dans une religion frileuse ou dans une distance soupçonneuse, ils n’ont pas encore été rejoints par les interpellations de l’Évangile qui poussent à la rencontre de l’autre, sans méfiance ni prosélytisme.

Cette Nouvelle Évangélisation des baptisés passe, notamment. par la prise de parole des chrétiens qui se mettent à parler la Bible en relation avec la vie. Dans cette redécouverte de la Parole vivante qui traverse les Écritures, c’est Dieu lui-même qui se révèle à ceux et celles qui le cherchent et c’est Lui qui transforme notre regard sur le monde.  Si nous prenons au sérieux la Présence du Ressuscité dans notre monde, si sa rencontre nous dynamise et nous pousse au don de soi, c’est la Vie de Dieu qui illuminera toutes nos relations ainsi que notre regard sur ce monde que Dieu aime.  Peut-être alors que l’Église ne sera plus perçue et vécue comme la gardienne d’un passé révolu mais plutôt comme une réalité spirituelle solidaire de toute l’humanité dans sa marche vers son accomplissement.

L’Église actuelle relèvera-t-elle le défi de cette conversion? Et si chaque chrétien, chrétienne se posait la question en cherchant comment l’Esprit l’appelle à se convertir…



[1] Il était le conférencier invité lors d’une récente journée pastorale dans le diocèse de Saint-Jean-Longueuil. De plus, une table de réflexion à l’Institut de pastorale des dominicains (TRICEF) a publié un blogue suite à son échange sur un texte de Gilles Routhier.

Pâques, heureux commencement de l’achèvement final

Pâques, heureux commencement de l’achèvement finalPour nous chrétiens, l’histoire de l’humanité est jalonnée de commencements et d’achèvements initiés par Dieu. «Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre» Ensuite, la Bible nous raconte le grand chantier des six jours en enchaînant sur le septième : «Dieu, après avoir achevé son œuvre, se reposa le septième jour de tout son travail.  Il fit de ce septième jour un jour béni, un jour qui lui est réservé, car il s’y reposa de tout son travail de Créateur.» (Genèse 1,1; 2, 1-3)

Mais cette histoire n’allait pas être de tout repos pour Dieu. On connaît la suite : le soupçon s’installe dans le cœur humain. Le péché de méfiance fait tout déraper en une surenchère d’injustices et de violences.  Rien ne vient à bout de ce mal : ni  peuple élu … ni Alliance au Sinaï… ni Moïse… ni prophètes …

«Et le Verbe s’est fait chair», le même qui a créé toutes choses au commencement. L’heureux commencement de la nuit de Noël mènera le Fils au grand chantier de sa mission vers l’âge de trente ans : trois ans comme les «six jours» sur les chemins de la Palestine. «Heureux les pauvres, artisans de paix et autres assoiffés de justice, à vous le Royaume»

Et encore, le péché de méfiance fait tout déraper. Jésus est arrêté, condamné, crucifié. Et pourtant cette fois, Dieu a réussi. « Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l’esprit.» Le Fils fit de ce septième jour un jour béni, un jour qui lui est réservé, car il s’y reposa de tout son travail de Recréateur. Puis après ce sabbat, une lumière, un cri de joie des disciples, d’abord des femmes : «Il est ressuscité, il est vivant!» Pâques, heureux commencement de l’achèvement final. «Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez le Saint-Esprit. (Jean 20, 22)

Nous vivons encore aujourd’hui de ce souffle de Pâques, de cet esprit d’espérance qui verra le  Jour de l’éradication définitive du mal. «Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’était plus.  Et celui qui était assis sur le trône dit : Voici, je fais toutes choses nouvelles. (…)  C’est fait ! Je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin.»  (Apo 21, 1. 5-6)

Entendez-vous le vent qui souffle l’ultime promesse?

Rémi Bourdon

Dieu serait-il un caillou dans votre chaussure?

Dieu serait-il un caillou dans votre chaussure?

Oui pour ces jeunes londoniens qui se rassemblent un dimanche  par mois dans une église désaffectée. Non pas qu’ils rejettent Dieu, mais ils ne sentent pas le besoin de s’y référer dans leur quête communautaire de sens et d’éthique personnelle et sociale.

Cette «Assemblée du dimanche» fait salle comble, tellement qu’on a du fermer la porte au nez de nouveaux adeptes. L’expérience va faire des petits. Même des australiens voudraient l’implanter chez eux.

La chaussure-Église (entendons son idéal humaniste, ses valeurs et sa dimension communautaire), ils sont prêts à l’enfiler, mais sans Dieu et ses ministres. Pourquoi? Certains participants se disent athées ou agnostiques. La question de Dieu n’est pas à l’ordre du jour. Mais qu’arrivera-t-il si un participant crédible et influent  la soulève?

Des personnes qui se disent non-croyantes sentent le besoin de faire «Assemblée du dimanche» sans Dieu. Comment notre Église pourrait-elle le dimanche, rassembler des baptisés encore croyants que la messe dominicale n’intéresse plus?

Parmi tous ces croyants à la foi plus ou moins désactivée, y en aurait-il qui vibreraient eux aussi à l’idéal humaniste, aux valeurs et à la dimension communautaire de l’expérience chrétienne, si des rassemblements dominicaux tablaient avant tout sur ces aspects?

Le caillou dont il est question dans la vidéo, ce Dieu qui blesse le pied du marcheur, n’est probablement pas le seul caillou à faire sortir de la chaussure. Sortir ce qui blesse l’une ou l’autre, l’exprimer dans la communauté m’apparaît un passage obligé, non pour accuser mais se réconcilier avec le grand récit de notre passé religieux.

Le Dieu de la Bible n’est pas un caillou mais le rocher duquel sort la source qui étanche toutes nos soifs. La Parole toute nue, dépouillée au maximum de nos paroles institutionnelles, peut encore révéler le vrai visage de Dieu, dans le partage, dans  la célébration autrement, et la fraternité.  «Ils buvaient en effet au rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher était le Christ.» (1 Corinthiens 10,4)

Et au lieu d’être un caillou dans la chaussure, le Seigneur sera une lampe sur nos pas, une lumière sur notre route. (Ps119, 105)

Rémi Bourdon

Jean XXIV, Jean-Paul III, Benoît XVII ou Étienne X?

Pape ÉtienneEn cinquante ans, ma vie a été traversée par cinq papes : Pie XII, que j’ai très peu connu, Jean XXIII, Jean-Paul I, Jean-Paul II et Benoît XVI. J’ai été touchée par l’audace, la liberté et le prophétisme de Jean XXIII, par l’être de relation qu’était Jean-Paul II,  par la bonne théologie et l’accueil de Benoit XVI. Suite à la renonciation de Benoît XVI, nous vivrons prochainement l’élection d’un nouveau pape. Qui aimerions-nous à la tête de l’Église? un Jean XXIV? un Jean-Paul III? un Benoit XVII?

À la dernière catéchèse auprès des catéchumènes et des confirmands adultes, je les ai invités à réfléchir sur l’avenir de l’Église, et particulièrement sur le profil espéré du futur pape.  À quoi cela pourrait-il ressembler? À ma grande surprise, aucun d’entre eux n’a exigé des connaissances théologiques, ecclésiologiques ou bibliques du futur pape. Mais ils s’entendaient tous à espérer un pape plus jeune, entre cinquante et soixante ans, un être relationnel, proche des personnes, qui parle simplement de Dieu, de Jésus Christ, de l’Esprit,  quelqu’un de son temps, qui comprend les défis rencontrés par le monde au quotidien, un être humble, sincère, qui susciterait la paix entre les nations et dans le cœur des gens, quelqu’un qui nous amènerait au-delà de nous mêmes, qui vivrait vraiment les valeurs évangéliques promues par le Christ. Idéalement, une femme pourrait être élue… ils ont quand même le droit de rêver!

Puis, il y a eu ce jeune homme de vingt ans qui a affirmé avec beaucoup de convictions : « Moi, c’est Étienne que je veux! » « Étienne? », lui ai-je répondu.  « Oui Étienne, celui qui m’a reçu quand je me suis présenté à l’église pour faire ma demande afin d’être confirmé.  Il m’a accueilli comme j’étais. Il a été bon avec moi. Il m’a reçu comme un ami et depuis ce temps, il m’accompagne dans ma démarche de foi. C’est le seul qui a fait ça de toute ma vie. »  Je lui répondis : «  Si je comprends bien, tu veux un pape bon, qui soit capable de recevoir les gens tels qu’ils sont, un être de relation… »  « Non, moi c’est Étienne que je veux! »  La conviction de ce jeune homme m’a rappelé combien l’accueil et l’accompagnement d’un catéchumène est important.

Personnellement, j’aimerais que le prochain pape soit un être prophétique, c’est-à-dire quelqu’un qui rappelle aux chrétiens leur foi en Dieu, à toute l’humanité qu’elle est aimée de Dieu, quelqu’un qui nous invite à préférer l’attention aux pauvres au strict respect de la Loi et fasse de sa vie une parole pour le peuple. Il devra être un homme du présent qui, fort des expériences passées, nous aide à traverser les épreuves du temps et à vivre dans l’espérance d’un monde meilleur et plus humain.

Francine Vincent

Tuer n’est pas un soin

J’ai écouté avec grand intérêt le point de presse du Collectif des médecins sur le refus médical de l’Euthanasie.

Je suis préoccupée par cette question, car je crois fermement que nous sommes face à un choix très important pour notre société québécoise. Le Collectif des médecins qui s’oppose à la Loi que le gouvernement s’apprête à présenter au printemps, devrait nous sensibiliser sur les enjeux liés à la pratique de l’euthanasie.

Parmi les arguments qui sont mis de l’avant du côté du gouvernement pour vouloir rendre applicable ce qu’il appelle « l’aide à mourir », on laisse entendre que cette question fait l’objet d’un large consensus dans la société québécoise. Est-ce bien la réalité, quand on pense à toutes les confusions sur les termes et les faussetés véhiculées?

Le Collectif des médecins déconstruit l’un après l’autre les arguments avancés par le gouvernement, en insistant sur le fait que l’euthanasie ne peut être reconnue comme un soin même si on essaie d’embellir le vocabulaire. Introduire cet acte dans la pratique médicale n’est ni plus ni moins obliger les médecins à tuer ou à devenir complice de meurtre, par une loi civile, avance le Dr Beauchamp.

Dr Vinay anticipe les impacts négatifs qu’entraînerait la pratique de l’euthanasie dans le milieu hospitalier. Le fait d’introduire un acte donnant la mort dans un lieu jusqu’alors reconnu pour apporter des soins visant le mieux-être du patient, créera de l’insécurité et de la méfiance chez les gens. Bien que le gouvernement nous parle de balises pour bien encadrer cette pratique, dans les faits, l’expérience des pays[1] où s’exercent l’euthanasie, montre que ces balises demeurent floues et trop sujettes à la subjectivité.

Je suis très sensible aux revendications des médecins, car je ne voudrais pas me retrouver dans leur situation si une telle loi devait les obliger à mettre fin à la vie de leur patient ou à diriger celui-ci vers un autre médecin qui aurait à appuyer sur la seringue fatale.

Comme éventuelle patiente, je ne voudrais pas non plus qu’une telle pratique soit possible et qu’elle puisse m’être destinée. Évidemment, comme tout le monde, je ne veux pas souffrir inutilement et je désire pouvoir compter sur la science médicale capable de contrôler la douleur. Mais je ne voudrais pas que s’insinue sournoisement dans notre conscience collective qu’il soit possible de mettre fin à la vie de quelqu’un si facilement. Nous savons combien certaines situations de fin de vie peuvent rendre les gens vulnérables et sujets à se sentir un fardeau pour leur famille. À l’âge de 18 ans, j’ai vécu de près la fin de vie de mon père décédé du cancer. Je n’aurais pas voulu que notre famille se retrouve dans ce genre de dilemme. Je suis reconnaissante d’avoir pu vivre avec lui ces derniers moments de vie, riches de sens et d’occasions de croissance. La fin de vie nous offre un espace où se vit tellement d’inattendus. Des pardons donnés, des rapprochements et des libérations inespérés, etc.

J’ai du mal à croire que l’on soit rendu si loin comme êtres humains, dans notre prétention à vouloir tout contrôler. En tant que chrétienne, j’y reconnais le désir de toute-puissance à l’origine de notre condition de créature. La tentation de se prendre pour Dieu, remonte à la nuit des temps. (Gn 2-3) Elle nous rejoint dans les situations où le manque se fait sentir comme un non-sens. Alors, en fils d’Adam on se donne le droit de décider de ce qui est bien ou mal.  N’est-ce pas notre manque de sens à la vie jusqu’au bout qui se profile à travers ce projet de loi qui nous confond sur ce que signifient « la compassion » et « mourir dignement »?

En ce temps de carême où nous sommes invités à visiter notre vulnérabilité en consentant volontairement au manque et à la privation en vue de nous attacher plus résolument à l’essentiel, puissions-nous redécouvrir l’importance de la fragilité de notre condition humaine, non pas comme une tare mais comme une occasion de grandir en humanité. Sur ce chemin, Jésus nous a précédé et son Esprit nous accompagne encore aujourd’hui.

N.B. : Il est possible d’appuyer l’initiative du Collectif des médecins, comme citoyen(ne), en signant en ligne le Manifeste du Refus Médical de l’Euthanasie.

 Colette Beauchemin


[1] Dre Catherine Dopchie, cancérologue et responsable d’une unité hospitalière de soins palliatifs en Belgique, dans une conférence intitulée : « La fin de vie humainement assistée : Un contrepoids argumentaire dans le débat sur l’euthanasie et le suicide assisté »

Appel décisif : « Veux-tu le suivre? »

« Veux-tu le suivre? » Cette question nous est posée à tous en ce temps de Carême. Comme me disait Charles, un adolescent qui est en cheminement vers la confirmation de sa foi, « suivre Jésus, porter une croix à son cou, c’est signifier que je suis prêt à porter le fardeau de l’humanité avec Lui. C’est prendre conscience que le Royaume de Dieu c’est maintenant, si avec le Christ, je lutte contre les injustices, les souffrances, les inégalités, les servitudes de ce monde ».

Cette question est également posée aux catéchumènes qui font une démarche vers leur baptême. En effet, samedi le 23 février prochain, à la célébration eucharistique de 16h30 à la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue, 12 personnes vivront le rite de l’appel décisif et de l’inscription du nom. Ils sont douze, comme le nombre d’apôtres qui suivaient Jésus : Neuf adultes et trois adolescents, provenant de différentes paroisses de notre diocèse.

La célébration de l’appel décisif et de l’inscription du nom est « l’articulation de tout le catéchuménat ». Ce rite inaugure le temps de la purification et de l’illumination des catéchumènes. Nous savons que le catéchuménat est essentiellement un parcours dont l’objectif est de vivre en disciple de Jésus. Or, l’appel décisif est la célébration qui affirme en quelque sorte cette réussite : Ils sont maintenant prêts à vivre en disciples de Jésus. L’Église procède à l’appel décisif c’est-à-dire à l’admission des catéchumènes « jugés aptes », à participer à l’initiation sacramentelle au cours des prochaines fêtes pascales. Cette admission est fondée sur une élection ou un choix opéré par Dieu, au nom duquel agit l’Église. Les candidats, en signe de fidélité à l’appel, inscriront leur nom au registre des futurs baptisés.

Cette célébration exige naturellement une préparation intérieure, un discernement réel et profond afin de poser un regard rétrospectif sur le parcours réalisé. À partir de cette célébration, il n’y a plus aucune référence, dans le rituel, à une quelconque formation à venir. C’est donc dire que, à partir de ce moment, « ceux qui ont été jugés aptes », ont terminé leur catéchèse initiatique. Ils ne seront dorénavant plus des catéchumènes mais des appelés.

Les appelés recevront les sacrements du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie à la prochaine Veillée pascale, ou à la Pentecôte dans le cas des adolescents.  En ce temps de Carême, monseigneur Gendron procèdera à l’élection de ces personnes qui depuis plusieurs mois cheminent avec d’autres dans la foi. Leur bonheur de croire et leur désir de vivre en Église les ont conduits progressivement et librement  à  donner place à Jésus Christ dans leur vie.

L’invitation est lancée à tous les chrétiens et chrétiennes de prendre part à cette grande fête pascale qui de joie remplit le cœur des nouveaux comme des anciens. Ainsi nous pourrons dire : « Heureux celui qui entend l’appel de Dieu ».

Francine Vincent

Quand ça fait trop mal et que nous le reprochons à Dieu.

Reprocher à DieuIls s’aimaient encore comme aux premiers jours. Les deux dans la soixantaine, des jours de bonheur devant eux, espéraient-ils, entourés de leur famille augmentée d’une nouvelle génération.

Le diagnostic tombe : «Vos poumons sont … Il va falloir une transplantation.» Et ensemble, ils sont entrés dans l’attente du donneur compatible, un jour…  puis un autre. Le temps s’essoufflait. En dernier recours, G.  fut plongé dans un coma artificiel pour prolonger ses chances. Le don de poumons n’est pas arrivé à temps.

Désarmé, j’ai écouté le fils me raconter l’histoire de G. en présence de sa mère silencieuse.  Ces rencontres pastorales pour préparer des funérailles vous font partager instantanément l’essentiel d’une vie familiale. On écoute la douleur  exprimée par le corps plus que par les mots. Puis dans un climat de confiance, se dit, se crie, le refus face à cette violente absurdité d’une vie arrachée. L’épouse dit : «J’en veux à Dieu, il est injuste.» puis elle ajoute : «Je me sens coupable, j’espère qu’il me pardonne». «Moi aussi, il m’arrive d’engueuler Dieu»,  lui dis-je. Notre échange a continué sur le mal et le silence de Dieu. Ce fut le contenu de mon homélie:

Pourquoi permet-il la mort? Pourquoi ne fait-il rien devant le mal qui nous atteint? Et quand ce mal absolu nous blesse dans nos amours, on a le sentiment d’une injustice qui nous frappe, et que Dieu y est pour quelque chose. Et on a envie de l’engueuler, de lui reprocher de ne pas intervenir quand notre existence est gravement touchée.

Moi aussi, je me la pose cette question. Et je la pose à Dieu. Et je dirais que ça fait longtemps que les croyants la posent à Dieu. Déjà, dans l’Ancien Testament, on s’indignait devant le silence et l’inertie de Dieu  au moment d’un grand malheur. Comme par exemple Moïse (Ex 5,22-23) ou dans les psaumes 9 et 12 : «Pourquoi Seigneur es-tu si loin? Pourquoi te cacher au jour d’angoisse?  Combien de temps Seigneur vas-tu m’oublier? Combien de temps, me cacher ton visage? Combien de temps aurais-je l’âme en peine? »

Cette même question Jésus lui-même, sur la croix, l’a posée à son Père : «Père, pourquoi m’as-tu abandonné?» Et c’est ainsi qu’il meurt, qu’il rend son dernier souffle, selon l’évangile de Marc. Mais l’Évangile ne s’arrête pas là. Jésus a eu une réponse : son Père lui a redonné le souffle, redonné la vie, il l’a ressuscité. Dieu n’a jamais créé la mort nous affirme la Bible, il est le Dieu de la vie.

Avant de plonger dans le coma, G. a fait don de ses organes. C’est lui qui a sauvé une vie par la transplantation d’un de ses organes. J’entends maintenant cette parole de Jésus sur fond de mystère pascal : «Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » (Actes 20,35) Mais G. dans la lumière du Ressuscité doit en percevoir toute la densité.

Rémi Bourdon