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Article par dsjl
S.EX.E Soutien, EXistence, Égalité
30/11/11
Mon titre est un peu mensonger… car la nudité ne nous ramène pas systématiquement à la sexualité. « L’homme et sa femme étaient tous deux nus, mais sans éprouver aucune gêne l’un devant l’autre » (Gn 2, 25). On associe à tort nudité et sexualité.
Il y a quelques semaines, Centraide a entamé sa campagne de financement, ayant pour thématique En dessous, on est tous pareils.
En apparence, les affiches nous semblent provocatrices, dans le sens où elles font émerger une réaction, un cheminement en nous. Prenons le temps de répondre aux sentiments qui naissent en nous, en voyant cette publicité.
Poser nu est associé à une attitude hors de la norme, à une marginalité. Alors, qu’est-ce que ces affichent évoquent pour vous?
Je crois sincèrement qu’elles nous livrent un message. Sous nos par-dessus, nous avons tous le même cœur, la même sensibilité : nous sommes tous nés égaux en dignité humaine.
Ces artistes osent aller au-delà des apparences et d’eux-mêmes. Ils se sont donnés pour une grande cause, à ce même désir du Christ d’agir en faveur des pauvres de la société. N’ont-ils pas posé pour nous faire réaliser la présence des gens dépouillés autour de nous ? Pour nous faire saisir que sous nos apparences, nous avons un bagage de vie ? Ou encore simplement pour manifester leur acceptation de se donner corps et âme pour l’égalité fondamentale que porte tout être humain ?
Dieu nous a désirés bien avant notre naissance (Jr 1, 5), au-delà de notre apparence. Ce que nous sommes devenus résulte de choix, de contextes sociaux et familiaux, de chance ou de malchance parfois.
Être nu, c’est ce que nous sommes. Et voilà vers quoi Centraide voulait probablement amener les gens : se conscientiser aux fondements de l’être humain, sous une forme elle-même marginalisée.
Choquer pour fâcher ou provoquer pour amorcer un mouvement et une réflexion ? « Favoriser l’intégration de tous […] et accueillir la diversité », voilà deux valeurs de Centraide qui ne cesse d’avoir en tête que le souci des pauvres. N’ayons pas peur d’assumer notre propre humanité pour tendre la main vers notre prochain.
Céline Wakil
En veux-tu? En vlà!
28/11/11
J’ai reçu une pelletée de demandes de dons de charité. J’en ai compté 53 depuis janvier dernier. Il m’est arrivé de payer ma dîme deux fois. Maintenant, j’empile les enveloppes pour tout traiter d’un coup; cela me permet d’avoir vue d’ensemble et de pondérer les demandes. Ce déferlement se produit depuis deux ans. Je soupçonne qu’il y a eu coulage de listes de donateurs sur lesquels mon nom apparaît. J’ai reçu des petits cadeaux dont 6 fois des autocollants avec mon adresse.
Que faire : augmenter mes dons? Saupoudrer sur toutes les demandes? Pendant deux heures, j’ai classé la paperasse répandue sur la table, et noté mes priorités jusqu’à hauteur de 25 dons, chéquier et carte de crédit en main. Pas facile d’éliminer des causes humanitaires, après avoir mis de côté la cause animalière.
Le matin, j’avais lu Matthieu 25, en ce dimanche du Christ Roi de l’Univers. Rien dans ce texte pour se retenir la générosité. « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous…; j’étais un étranger, et vous… ; j’étais nu, et vous …; j’étais malade, et vous …; j’étais en prison et vous …» Après tout, je veux devenir un « juste » pour m’entendre dire à moi aussi: « Venez les bénis de mon Père. » Puis je regardai la pile de mes refus. Et résonna l’autre versant du texte : « Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne… et vous ne… et vous ne… »
Ombre et lumière sont bien le lot de notre cœur, ivraie et bon grain, parure de notre champ. Et limitées nos ressources personnelles. « Dieu saura bien m’accueillir » me dis-je en ramenant mon regard sur la première pile de lettres. « M’accueillir », mais selon ce texte, non en raison de ma foi.
« La réponse de Mt 25 à l’enjeu du devenir humain est que tout se joue dans le rapport aux laissés pour compte de la société. Le statut social ne sert à rien. La richesse accumulée ne sert à rien. La science apprise ne sert à rien. La performance religieuse, politique, sportive ne sert à rien. La grandeur d’un être humain se mesure au soin qu’il ou elle a pris des plus petits. »[1]
Déroutant ce Dieu qui n’absolutise pas la foi en Lui, mais qui ne tolère pas qu’on ne reconnaisse pas concrètement la dignité de tout Humain!
L’éveil à la spiritualité par les bébés
21/11/11
J’ai lu un article fascinant dans la Presse d’un samedi d’octobre intitulé : « Accouchement et spiritualité »[1]. Marie-Noëlle Bélanger-Lévesque, étudiante à la maîtrise de l’université de Sherbrooke a émis une hypothèse pour son mémoire de recherche : Entre les multiples contractions, l’innommable douleur et ce col qui prend une éternité à se dilater, se pourrait-il que les nouveaux parents perçoivent tout de même un je-ne-sais-quoi de spirituel dans la naissance de leur enfant? « La spiritualité lors de l’accouchement », dit-elle, « n’est pas nommée de nos jours, elle n’est jamais abordée à voix haute. Or la majorité des gens vivent des expériences importantes. » Et elle continue en disant : « Il y a quelque chose de plus que l’expérience purement physique qui se vit pendant l’accouchement. »
Pour avoir accouché moi-même de deux belles filles, je peux vous dire que, particulièrement à la naissance de Marie-Hélène, l’aînée, il s’est passé en moi quelque chose de très profond. Je tenais dans mes bras une petite boule de vie délicieusement belle, et je recevais en même temps les larmes de mon mari sur mon front, comme le baptême d’une nouvelle vie tous les trois ensemble. La naissance d’un enfant me réconcilie avec la vie. Elle me permet de m’émerveiller encore et encore devant la puissance de vie qui est cachée en chacun de nous. J’ai expérimenté l’amour inconditionnel, le don de soi, la gratuité, à l’arrivée de chacun de mes enfants, et petits enfants. La naissance d’un enfant, c’est un souffle de vie qui apporte sur son passage un élan d’amour et de générosité. C’est peut-être cela, la spiritualité, parce qu’il y a un peu beaucoup de Dieu là-dedans.
Au catéchuménat, cette année, 75% des personnes qui demandent de cheminer vers un sacrement et de boucler ainsi leur initiation spirituelle, entreprennent cette démarche à cause d’un enfant. Ils ont donné naissance à un enfant et la grandeur de cet événement les a reconnectés avec leur Créateur, un Dieu d’amour et de tendresse. Ou encore, ils ont été demandés pour être parrain d’un nouveau-né et cette nouvelle responsabilité, ils veulent la vivre à plein, sérieusement. Ou encore, leur frère, leur sœur, leur conjoint, leur cousin, entreprend une démarche parce qu’ils sont parents ou futurs parrains, et ils décident d’y aller eux aussi, par solidarité, pour donner un sens chrétien à leur vie. Il n’est pas rare de voir à la même rencontre la maman de bébé Julie, la marraine de bébé Julie, le parrain de bébé Julie, la tante de bébé Julie.
Un enfant a rejoint un adulte sur le chemin de sa vie, et tout a soudain basculé. Son cœur, son âme, son emploi du temps a été bouleversé, et rien ne sera plus jamais pareil. « Laissez venir à moi les petits enfants » disait Jésus, « et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. »[2]
Travailler, c’est trop dur …
14/11/11
Ces paroles de la chanson de Zacharie Richard sont bien imprégnées dans notre mémoire collective. Elles nous rappellent combien le travail peut être vécu comme un cruel fardeau que l’on voudrait éviter. Comme si le travail n’était qu’un mal nécessaire pour se procurer ce que l’on veut « avoir ».
Quel sens prend aujourd’hui le travail? J’ai la chance d’adorer ce que je fais et cela me donne le sentiment d’être privilégiée. Quand je pense à tous ceux qui ploient sous le fardeau d’un travail qui ne donne pas de sens à leur vie et où ils n’ont pas l’impression de se réaliser, je me demande comment le travail peut devenir plus qu’une obligation nécessaire à la survie. Je rencontre beaucoup de gens qui ne semblent trouver d’utilité à leur travail que pour amasser de l’argent pour pouvoir s’acheter le dernier gadget électronique ou le voyage qui les fera s’évader du métro-boulot-télé-dodo. Les médias nous créent des besoins qui n’en sont pas toujours et réussissent souvent à nous convaincre que la finalité du travail est la consommation.
Peut-il en être autrement? Peut-on trouver un sens plus noble au travail? Je viens de lire un texte qui m’a beaucoup touchée et qui m’a fait réaliser à quel point la foi peut donner du sens au travail, quel qu’il soit.
« Travailler de ses mains, de façon à pouvoir faire le bien »
http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20111104
Je crois fermement qu’il est nécessaire de dénoncer et de combattre l’exploitation des personnes là où on abuse d’eux dans les milieux de travail et que cela doit aller de paire avec une conscience de la finalité humanisante du travail.
« Travailler de façon à pouvoir faire le bien ». Cela m’inspire et dépasse, à mon avis, la question de la réalisation de soi dans un optique de choix de carrière que tous n’ont pas la chance d’avoir accès. La mentalité individualiste a poussé très loin la conception du travail comme lieu de réalisation de soi jusqu’à enfermer le sens du travail dans la sphère du privé. Quelles sont les compagnies qui envisagent leur mission en termes de service du monde et de contribution au bien commun? Quels sont les leaders d’entreprise qui réussissent à fonder le travail de leurs employés sur autre chose que la compétition et le profit? La réalité des ressources limitées de la planète nous oblige à nous poser des questions de fond en regard de la finalité de notre raison d’être sur cette belle planète bleue et sur le sens de nos œuvres humaines.
Si chacun retrouvait ce sens noble du travail, qui consiste à vouloir faire concourir ses moindres gestes vers le bien, afin d’embellir le monde, il me semble que le travail, aussi humble soit-il, revêtirait un sens lumineux.
« Les hommes ont besoin du pain de la terre pour se nourrir, mais aussi du pain du ciel pour illuminer et réchauffer leur cœur. » Saint José Maria Escriva de Balaguer (1902-1975) extrait du texte en référence plus haut.
Il me semble que cela donne un sens nouveau à la prière du Notre Père, que l’on enferme peut-être trop souvent dans le premier degré des mots : Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Donne-nous le pain qui illumine et réchauffe le cœur, mais aussi et surtout, rends-nous assez généreux pour le donner aux autres, comme on offre un sourire. Amen.
Pour aller plus loin, voir le compendium sur la doctrine sociale de l’Église, sur le sens du travail (chapitre 6) http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/documents/rc_pc_justpeace_doc_20060526_compendio-dott-soc_fr.html
Colette Beauchemin
Êtes-vous indignés?
7/11/11
C’est ce que titrait la chronique de Patrick Lagacé dans la Presse du mercredi 19 octobre 2011 : http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201110/18/01-4458581-je-mindigne-tu-tindignes-etes-vous-indigne.php Difficile de répondre non à cela. En effet, il y a pleins d’événements, de discours, de gestes qui développent chez moi un sentiment de colère ou qui heurtent ma conscience morale et « titillent » ma compréhension de la justice. Pour n’en nommer que quelques uns, je dirais que :
- La maltraitance des personnes âgées m’horripile au plus au point. Je ne peux comprendre qu’on veuille du mal à des personnes qui ont souvent donné de leur temps avec une énorme générosité pour nourrir leur famille, « rejoindre les deux bouts », apporter la sécurité à leurs enfants, apporter bonheur et amour autour d’eux. En fin de vie, ils sont souvent très seuls. Si on les maltraite en plus, c’est inacceptable!
- L’indifférence, passez tout droit sans s’arrêter pour ne pas voir, parce que nous n’avons pas le temps de voir, parce que la vie de l’autre a aucune importance.
- La barbarie qui se passe dans certains pays, le massacre du Rwanda, les crimes pour l’honneur, les personnes incarcérées pour avoir dit les vraies affaires, les dictateurs qui sont drogués au pouvoir et à l’argent, les milliards d’êtres humains qui souffrent de la faim parce que les dirigeants ne pensent qu’à leur bien-être et à leur richesse, etc.
- Les enfants qui n’ont pas la possibilité de vivre leur vie d’enfant, et qui sont chargés de responsabilités qui les dépassent.
- Les financiers véreux qui ruinent l’avenir des petits épargnants en abusant de leur confiance.
- Les enveloppes brunes, les sommes exorbitantes qui sont dépensées en double et en triple du prix réel pour financer une quelconque Mafia, les irrégularités dans le domaine de la construction pour ne citer que celui-ci.
À New York, Boston, Chicago, et Washington, des « indignés » ont manifesté contre les excès de la finance. Ils étaient des centaines à être venus crier leur ras-le-bol. Ils ont plantés des tentes sur l’esplanade du centre névralgique de la finance et scandaient des slogans électriques pour sensibiliser les dirigeants à leur réalité au quotidien, afin que ceux-ci assument leur part de responsabilités du merdier dans lequel ils les ont plongés.
De Madrid à l’Angleterre, en passant par la France, plusieurs personnes se sont également levées, pacifiquement pour la plupart, pour crier également leur indignation contre le système. Ils envoient des appels à changer ce monde usé jusqu’à la corde par tant de mensonges, d’injustices et de violences accumulées depuis la nuit des temps. « Nous ne voulons plus du mensonge des guerres justes ou des printemps révolutionnaires orchestrés par la CIA et ses valets. Nous ne voulons plus du mensonge des politiques qui protègent les lobbies empoisonneurs de la terre, de l’eau et de l’air. Nous ne voulons plus du mensonge de ces dettes illégitimes au travers desquelles les élites financières rendent les foules citoyennes comme les nations esclaves des gangs banques. »
Depuis la mi-octobre, 300 « indignés » campent au square Victoria pour protester contre le système, une cause qui est gérée dans la dignité, dans le respect des lieux et des personnes, sans violence. « Nous sommes ulcérés du système bancaire actuel. Je gagne bien ma vie, mais je veux plus d’espoir pour vous, pour mes enfants qui ont à peu près votre âge », explique un Montréalais de 68 ans.
Ce n’est pas vrai que les choses vont bien. Il y a de la corruption, de l’indifférence, de la malhonnêteté, du je-m’en-foutisme, partout! Que pouvons-nous faire pour ouvrir à la solidarité, la compassion, la vraie justice, la coopération, l’équité? C’est beau et noble de s’indigner, mais quel est l’avenir que je réserve moi aussi à mes enfants, et nous collectivement?
Francine Vincent
Portons le coquelicot… blanc.
31/10/11
Le 11 novembre, Jour du souvenir, de quoi nous souviendrons-nous au juste ? Le Collectif Échec à la guerre www.echecalaguerre.org vient de lancer une campagne particulière en nous proposant de porter le coquelicot blanc. Mais qu’est-ce encore que cette nouvelle patente et d’où ça sort ?
« La Première Guerre mondiale avait entraîné la mort de 10 millions de soldats et d’un million et demi de civils. Quinze années plus tard, devant une nouvelle montée des tensions au niveau international, la première campagne du coquelicot blanc fut lancée en Angleterre, en novembre 1933, par la Co-operative Women’s Guild (CWG). Cette organisation – composée de mères, de sœurs, de veuves et d’amoureuses d’hommes tués lors de la Première Guerre mondiale – menait un travail d’éducation sur les conditions sociales, économiques et politiques favorisant la montée de la guerre et s’opposait activement au commerce des armes… Par sa campagne, la CWG voulait non seulement commémorer toutes les victimes de la guerre, mais également proclamer son rejet de la guerre et se dissocier des commémorations faisant subtilement l’apologie de la force militaire ». http://www.cjf.qc.ca/userfiles/file/AP_Nouvelles/Portons-un-coquelicot-blanc.pdf
Le Collectif Échec à la guerre qui comprend environ deux cents membres (groupes, mouvements, regroupements et associations diverses), dont plusieurs sont d’inspiration chrétienne, http://www.echecalaguerre.org/index.php?id=14 a décidé de s’impliquer activement dans cette campagne ici au Québec en devenant le pôle de diffusion de l’information et du matériel et de campagne.
Pourquoi devrions-nous nous associer à cette campagne qui risque de déclencher des discussions, des débats et peut-être provoquer des frictions entre personnes et groupes? Simplement par amour et par respect pour la vie? En tout cas, c’est toujours plus facile de savoir pourquoi on tient à la vie que pourquoi on irait en guerre.
Pour vous approvisionner :
http://www.echecalaguerre.org/index.php?id=234
Dépôts :
- Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)
1001, rue Sherbrooke Est, bureau 540, 5e étage
(entre St-André et Amherst : métro Sherbrooke)
De 9 h à 17 h
Personne-contact : Amélie Nguyen
Téléphone : 514-871-1086 poste 210
- L’Entraide missionnaire (EMI)
433, boul. St-Joseph Est
(métro Laurier, sortie boul.St-Joseph)
De 9 h à 17 h
Personne-contact: Micheline Malboeuf
Téléphone : 514-270-6089
Daniel Pellerin
L’Évangile est-il crédible aujourd’hui?
24/10/11
Lors du passage au Québec, de Mgr Albert Rouet, dans le cadre d’un colloque organisé par Centre Culturel Chrétien de Montréal http://centreculturelchretiendemontreal.org/index.html, sous le thème « L’Avenir de l’Évangile au Québec », j’ai pu l’entendre dans une excellente conférence qu’il a livrée sur la question de la crédibilité de l’Évangile aujourd’hui et que nous avons la joie de pouvoir réentendre sur You Tube http://www.youtube.com/watch?v=ccyf0ZmNTkc.
Son propos nous aide à comprendre l’état actuel des lieux et pourquoi, ce qu’on appelle couramment la « transmission de la foi » est devenue une opération qui ne va plus de soi. Mon intervention comme panéliste, dans le cadre de ce colloque, m’a donné la chance de témoigner de ce que je constate sur le terrain et ce que cela m’amène à percevoir comme voies d’avenir. Étant donné que je suis impliquée à plusieurs niveaux en catéchèse, j’ai l’occasion d’intervenir dans une paroisse du diocèse où des parents, comme bien d’autres parents, se retrouvent confrontés à un langage empreint de quiproquo.
En réalité, je ne crois plus que l’on puisse parler de la foi en termes de « transmission », puisque nous nageons en plein « malentendu ». La foi ne se transmet pas. Seul le langage peut être transmis. Et c’est justement ce langage qui fait problème aujourd’hui. La non-crédibilité du langage biblique, entre autres, est liée au fait qu’il n’est pas recevable lorsqu’il n’est pas entendu au bon niveau. Bon nombre de parents qui demandent la catéchèse pour leur enfant le font sur un restant de culture chrétienne qu’il leur semble important de transmettre mais avec laquelle ils entretiennent un rapport ambiguë. Ce langage avec lequel ils ne sont pas au clair, les garde à distance tant qu’ils n’ont pas l’occasion d’en parler en vérité. À mon avis, c’est là que tout se joue. Si l’on approche ce langage, dans le même registre concret que celui de la vie courante, on se rend vite compte qu’il nous cause problème, dû à notre précompréhension du monde qui considère comme vrai, ce que notre culture actuelle induit et accepte comme « crédibles disponibles ».
Tant et aussi longtemps qu’on aborde les récits bibliques comme des observateurs extérieurs, ces histoires nous apparaissent non crédibles puisque nous les entendons dans le registre des faits divers comme s’ils étaient des reportages journalistiques d’un passé ennuyeux ou comme des récits fabuleux qui réclameraient notre crédulité. Dans un cas comme dans l’autre, comment ces récits peuvent-ils apparaître crédibles? En fait, pour que la parole biblique soit entendue et comprise sur la même longueur d’onde qu’elle nous a été communiquée, c’est nous qui devons changer de registre. Ces récits nousinvitent à un plongeon vers l’intérieur, puisque les auteurs s’adressent à nous, d’un point de vue intérieur, qui nécessite un langage symbolique pour exprimer les réalités les plus importantes et les plus universelles. C’est ainsi que le langage symbolique concilie le monde matériel et spirituel, en une alliance qui donne sens et profondeur à la vie.
Mais ce plongeon ne va pas de soi non plus. Notre rythme de vie actuel nous garde constamment à la surface de nous-mêmes alors que le langage de la Bible nous convoque à porter un regard intérieur sur notre vie afin d’entendre une Parole qui se murmure à l’intime de nous-mêmes. Sans ce niveau d’intériorité, la Bible demeure de l’ordre de l’information, sans rejoindre son but qui est celui de la rencontre avec soi-même et avec Dieu, dans une relecture de sa vie, en vérité.
Pour illustrer cela, j’aimerais vous partager une expérience vécue avec les parents que j’accompagnais l’hiver dernier, lors d’une catéchèse sur le récit de l’Exode, où ceux-ci s’étonnaient de cette image forte de la mer qui s’ouvre et encore plus de ces Égyptiens noyés dans la mer. Comment Dieu pouvait-il sauver les uns et faire périr les autres? Puis revenant sur leurs expériences précédentes vécues en catéchèse, les parents se rappelaient qu’à chaque fois que les expressions bibliques leur paraissaient impossibles de l’extérieur, une autre vérité jaillissait, lorsque leur regard se tournait vers l’intérieur. Reprenant alors la recherche dans cette direction, un parent témoigna soudain avec émotion, de sa révélation intime en disant : « J’y reconnais mon histoire! C’est ce passage que j’ai vécu l’an dernier et je peux reconnaître aujourd’hui ce que représentent ces corps gisants sur le rivage. Finalement, j’ai vécu la libération d’une forme d’esclavage, à travers ce passage. »
Chez les enfants, le passage vers ce type de parole en intériorité, se déploie sur plusieurs années, mais peut se produire plus rapidement chez l’adulte. Reconnaître et accepter cette réalité, ce délai, oblige à ajuster notre accompagnement catéchétique. Cela nous invite à retrouver la sagesse catéchétique qui accompagne ce passage, cette transformation.
Voilà pourquoi il nous faut envisager la catéchèse comme une expérience de transformation plutôt qu’une simple opération de transmission de contenus. La personne qui reçoit le langage doit se transformer pour l’entendre au bon niveau. La crédibilité de l’Évangile est à ce prix. Et si l’on parle en termes de transformation, il nous faut également envisager le rapport au temps puisque cette transformation ne peut s’opérer que dans la durée. À notre époque du « prêt à porter » et de l’immédiateté, la crédibilité de l’Évangile ne peut se conjuguer avec rapidité. Comment concilier les attentes des parents qui réclament une « transmission religieuse » expéditive, alors que l’enjeu est dans l’ordre de la transformation qui doit nécessairement se conjuguer avec le temps et l’implication intérieure? Voilà un dilemme qui est loin d’être résolu. Qu’en pensez-vous?
Colette Beauchemin
1Photo de Mgr Albert Rouet
Jésus à votre porte à l’Halloween
17/10/11
Fantôme, momie, Batman ou Cendrillon, des milliers de personnages à incarner pour plein de sensations. Vous les verrez bientôt, dans la soirée du 31, toutes ces beautés éphémères et créatures étranges.
Depuis la mi-septembre, la publicité s’acharne dans notre boîte aux lettres[1], à offrir sa garde-robe de costumes. Et parmi eux, il y a Jésus, les mains et le regard tournés vers le ciel. Il y a aussi le pape, un évêque, un curé et un moine. Après tout, nous sommes encore un peu en terre catholique. Alors on peut comprendre qu’il n’y ait pas de déguisements d’iman, d’ayatollah, de juif hassidique, ou de moine bouddhiste. Voilà, d’après les sociologues, nous sommes entrés dans une époque de postchrétienté.
Quand j’étais enfant, il aurait été inimaginable, sacrilège de me déguiser en Jésus. Puis il ya eu la révolution tranquille : « la religion a pris le bord ». C’était le début de ce qu’on a appelé la sécularisation. Dans les années 70, le mot sécularisation voulait dire que la religion avait perdu sa place prédominante. Elle avait une place mais pas toute la place. Depuis les années 90, le phénomène de sécularisation serait entré dans une nouvelle phase, c’est-à-dire que la religion est devenue presqu’invisible dans l’espace public culturel: « la religion n’est plus dans le décor ». Pour beaucoup, ce n’est pas plus qu’un reliquat du passé, du folklore. Si bien qu’on en vient à banaliser la figure centrale de la tradition religieuse québécoise.
Quand vous avez regardé le contenu du sac-à-pubs, vous êtes-vous étonné de voir Jésus dans l’alignement des personnages halloweenesques? Jésus est un costume parmi d’autres. Faut-il s’en offusquer? Pas trop! Mais ça nous questionne comme croyants : si Jésus Christ est au cœur de notre existence comme Parole de Vie qui donne sens au devenir de l’Humanité, que faisons-nous pour faire connaître cette Bonne Nouvelle à notre monde qui en a tant besoin?
Je ne sais pas combien de « Jésus » vont frapper aux portes de votre quartier pour demander des bonbons. Mais je crois que le vrai Jésus, le Vivant, frappe toujours à notre porte, celle de notre demeure intérieure. « Voici : je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi. » (Apocalypse 3, 20)
Tendez l’oreille, le soir, à l’heure du souper!
Rémi Bourdon
Ps. : Jésus a déjà été pris pour un fantôme : « Quand ses disciple, dans la barque, le virent marcher sur la mer, ils pensèrent que c’était un fantôme, et ils poussèrent des cris. » (Marc 6, 49)
Ne m’oubliez pas!
12/10/11
Hélène a 98 ans. La belle Hélène, comme l’appelait autrefois son époux Rolland. Depuis le 1er septembre, sa maison c’est l’hôpital Charles-Lemoyne. Elle a eu un accident vasculo-cérébral, elle qui n’avait jamais été vraiment malade de toute sa vie. Elle qui a dansé jusqu’à l’âge de 90 ans avec une souplesse extraordinaire, elle est aujourd’hui alitée, passablement lucide malgré tout, et angoissée…
Hélène, c’est ma belle-mère. Une femme extraordinaire, dévouée, généreuse, patiente… Quand je me présente à la porte de sa chambre avec son fils, mon mari, c’est un cri de joie qui s’échappe de son corps tout entier. Enfin! Elle prend ma main, la tient dans la sienne de toutes les forces de sa main droite, parce que son côté gauche est paralysé. Elle me regarde au fond de mon être, de son regard perçant et me redit encore une fois: « Enfin te voilà! Je croyais que tu m’avais oubliée! » Ça me déchire le cœur chaque fois. Et chaque foi, je me découvre une immense patience pour lui réexpliquer l’état de sa situation et répondre encore à ses mille questions : Où suis-je? Qui m’a amenée ici? Que m’est-il arrivé? Pourquoi est-ce que je ne peux pas habiter avec vous? Je veux vivre avec vous! Qui va s’occuper de moi? Pourquoi est-ce que c’est arrivé à moi?
Ma belle-mère est une femme remarquable. Sa vie, elle l’a mise au service de sa famille prioritairement, de ses voisines, de ses amies, de son Église. Elle a partagé ses talents de cuisinière, de couturière, avec beaucoup de tendresse. C’était une grande organisatrice d’événements. A quelques minutes d’avis, elle pouvait préparer du chocolat chaud pour une troupe de scouts que son fils amenait à la maison, et ce, sans émettre une seule parole de mécontentement. Elle accueillait ces garçons avec un grand sourire. Elle était heureuse de rendre service et d’être entourée de monde. J’ai toujours admiré chez elle sa grande générosité, son don de soi, son esprit de service, sa fidélité.
Aujourd’hui, presque en fin de vie, c’est un petit ange que je retrouve chaque fois dans un grand lit blanc, presque trop grand pour elle. Depuis hier, elle est au septième étage de l’hôpital, au septième ciel. Elle est entourée de personnes extraordinaires, les préposés aux bénéficiaires, qui font un travail exigeant, harassant parfois, mais avec tellement d’amour. « Elle me fait penser à ma mère », me dira l’une. « Je me suis attachée à elle », me confiera une autre. Malgré les appels incessants de chacun, « j’ai peur toute seule », « je veux la bassine », « j’ai faim », avec une immense patience, ils sont là, toujours là, à toute heure du jour et de la nuit, pour apaiser, consoler, aider. Je leur lève mon chapeau! Ce sont les anges du septième ciel.
Nous visitons la belle Hélène tous les jours. C’est ma belle-mère, c’est une mère, qui nous a consacré sa vie, par amour.
Avez-vous visité votre mère récemment?
Je vous en prie, ne l’oubliez pas!
Francine Vincent
3D
3/10/11
La semaine passée, je voulais bloguer à propos du film Pour l’amour de Dieu. Malheur ! Il ne jouait plus dans aucun cinéma de la rive sud… qu’à cela ne tienne, j’ai trouvé un aussi bon film, et j’en suis certaine : Jean XXIII, le pape du peuple.
http://fr.gloria.tv/?media=103440
http://gloria.tv/?media=103447
Romancé, mais fidèle à vie de Guiseppe Roncalli, ce film propose les gestes les plus marquant de sa vie : déroutement d’un train juif pour éviter le camp de concentration, soutien de travailleurs en grève recherchant la justice, fraternité avec les chrétiens non catholiques et surtout, mise en place du Concile Vatican II.
Le 22 septembre dernier, la CECC a diffusé une lettre aux jeunes catholiques portant sur la justice sociale. Elle se veut encourageante envers une jeunesse qui met en pratique l’Évangile et qui rend l’amour de Dieu visible et concrète.
Le mot clef de Jean XXIII : Dialogue, Dialogue, Dialogue… En parlant, en communiquant, il est possible de paver le chemin à la justice, la vérité, la liberté et la charité; quatre piliers qui mènent à la paix et qui seront les fondements de l’encyclique sociale de Jean XXIII, Pacem in terris.
Jean XXIII a voulu laisser en héritage un message de paix et de justice au monde. Le 11 octobre prochain, non seulement nous serons à la veille du 50e anniversaire (11 octobre 2012) d’ouverture du Concile, mais ce fera déjà 48 ans et demi (11 avril 1963) que Pacem in terris aura été donnée au monde.
Jeunes et moins jeunes, prenez le temps de lire cette lettre, courte, simple et accessible, et à regarder ce film. Ils sont porteurs d’espérance, pour le monde dans lequel nous vivons.
Céline Wakil


