Colette Beauchemin

Par ton souffle Créateur!

Voilà le thème de la Semaine de la Parole 2012, qui se tiendra du 27 janvier au 5 février dans les paroisses du diocèse Saint-Jean-Longueuil.

Cette belle initiative d’une Semaine de la Parole est née, il y a maintenant 10 ans, dans la paroisse la Résurrection de Brossard.  C’est une collègue et amie, Francine Vincent agente de pastorale, qui a eu la lumineuse idée de lancer une sorte de festival de la Parole qui se déroulerait sur une période d’une semaine, où seraient offertes de multiples activités en lien avec la Parole de Dieu.

Cette initiative s’est élargie depuis 2008 pour devenir un projet diocésain, dont je suis maintenant responsable.  L’an dernier, Francine et moi avons eu l’occasion d’enregistrer une émission à Radio Ville-Marie où nous avons pu relater l’historique de ce projet et présenter son concept.    http://www.officedecatechese.qc.ca/prod/radio_quau/2011/20110118.htm

Plusieurs paroisses participantes offrent désormais des activités, et grâce à la diffusion d’un programme diocésain, toutes les activités deviennent accessibles à tous, en favorisant un décloisonnement qui enrichit l’ensemble.

Il y en a pour tous les goûts et tous les âges : cinéma-échange, contes bibliques, partages bibliques, conférences, ateliers créatifs, spectacles… De multiples manières de se ressourcer à la Parole de Dieu et de partager sa foi avec d’autres.

Cette année, le thème nous amène à découvrir le Souffle divin qui nous habite et nous fait vivre.  Je suis fière de collaborer à offrir cet espace de Parole et de paroles où chacun puisse y trouver du Souffle.

Bienvenue à tous !

Vous pouvez télécharger le programme en ligne

Colette Beauchemin

Si c’était vrai!

La chanson de France d’Amour joue à la radio.

« Si c’était vrai, si c’était vrai, qu’est-ce qu’on en ferait?

Si c’était vrai, si c’était vrai, est-ce qu’on y croirait? »[1]

 

En écoutant ces paroles, je me dis que c’est de plus en plus de cette manière que se pose aujourd’hui la question de la foi.

Rien d’une évidence, comme au temps de nos grands-parents. Aujourd’hui, la question de la foi est précédée d’un « si » qui ouvre une interrogation sur la vérité de la foi, qu’elle soit chrétienne ou autre.

Aujourd’hui, chacun est à la charge de trouver et d’assumer sa vérité et de la vivre. Ce que l’on croit fondamentalement devient en quelque sorte ce que l’on en fait, ce que l’on incarne personnellement et collectivement.

La vérité de la foi ne peut plus s’imposer d’un lieu d’autorité, comme ce fut le cas à l’époque de la chrétienté, car chacun choisi dorénavant ce qui fera autorité dans sa vie. Je ne peux que me réjouir de cette perte d’autorité de l’Église qui se retrouve ramenée à simplement proposer la vérité qui la fait vivre. Comme l’a fait Jésus de Nazareth, à travers ses paroles et ses gestes, la vérité de la foi chrétienne ne peut être que de l’ordre de la proposition de sens et d’espérance; de l’ordre du pari. Sur quoi mises-tu ta vie? Qu’est-ce qui lui donne sens et consistance? La vérité que la foi nous propose est appelée à être éprouvée et non pas prouvée. Le langage de foi n’aura de poids que dans la mesure où son sens sera expérimenté. Le « si » qui précède le « vrai » oblige la proposition de foi à passer au creuset de l’expérience, pour pouvoir s’affirmer avec crédibilité, jusque dans l’agir. Sinon, les affirmations de foi ne seront que cymbales retentissantes (1 Co 13,1), comme nous le rappelle saint Paul. Et pourtant, Paul qui était rempli d’une foi si ardente n’a-t-il pas aussi essuyé un refus de la part des gens d’Athène, alors qu’il était venu leur parler du Dieu inconnu (Ac 17,23), à ceux-ci qui ne manquaient pas de divinités au marché des croyances?

Quand les chrétiens confessent le Christ ressuscité, cette vérité ne peut pas effacer la dure réalité de la mort et ce Dieu-là, qui ne nous épargne pas la mort, ne sera peut-être jamais le plus populaire. On préfère souvent se réfugier dans des paradis artificiels pour éviter d’affronter la réalité de notre finitude et de notre mort. Et pourtant, la vraie vie n’est-elle pas là où se profile la mort, c’est-à-dire, là où notre fragilité appelle le meilleur de nous-mêmes et nous rappelle que l’amour est la seule vérité qui vaille la peine d’y consacrer toute sa vie?

Si c’était vrai, est-ce qu’on y croirait? Qu’est-ce qu’on en ferait?

La croix n’est-elle pas, encore aujourd’hui, scandale pour les uns et folie pour les autres? Qui est donc ce Dieu qui n’a jamais voulu prouver sa vérité autrement qu’en se donnant par amour?

Colette Beauchemin


[1] Paroles : France D’Amour, Roger Tabra. Musique: France D’Amour 1998 « Le silence des roses » © Tacca Musique

Travailler, c’est trop dur …

Ces paroles de la chanson de Zacharie Richard sont bien imprégnées dans notre mémoire collective.  Elles nous rappellent combien le travail peut être vécu comme un cruel fardeau que l’on voudrait éviter.  Comme si le travail n’était qu’un mal nécessaire pour se procurer ce que l’on veut « avoir ».

Quel sens prend aujourd’hui le travail? J’ai la chance d’adorer ce que je fais et cela me donne le sentiment d’être privilégiée. Quand je pense à tous ceux qui ploient sous le fardeau d’un travail qui ne donne pas de sens à leur vie et où ils n’ont pas l’impression de se réaliser, je me demande comment le travail peut devenir plus qu’une obligation nécessaire à la survie.  Je rencontre beaucoup de gens qui ne semblent trouver d’utilité à leur travail que pour amasser de l’argent pour pouvoir s’acheter le dernier gadget électronique ou le voyage qui les fera s’évader du métro-boulot-télé-dodo. Les médias nous créent des besoins qui n’en sont pas toujours et réussissent souvent à nous convaincre que la finalité du travail est la consommation.

Peut-il en être autrement? Peut-on trouver un sens plus noble au travail? Je viens de lire un texte qui m’a beaucoup touchée et qui m’a fait réaliser à quel point la foi peut donner du sens au travail, quel qu’il soit.

« Travailler de ses mains, de façon à pouvoir faire le bien »

http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20111104

Je crois fermement qu’il est nécessaire de dénoncer et de combattre l’exploitation des personnes là où on abuse d’eux dans les milieux de travail et que cela doit aller de paire avec une conscience de la finalité humanisante du travail.

« Travailler de façon à pouvoir faire le bien ». Cela m’inspire et dépasse, à mon avis, la question de la réalisation de soi dans un optique de choix de carrière que tous n’ont pas la chance d’avoir accès. La mentalité individualiste a poussé très loin la conception du travail comme lieu de réalisation de soi jusqu’à enfermer le sens du travail dans la sphère du privé. Quelles sont les compagnies qui envisagent leur mission en termes de service du monde et de contribution au bien commun? Quels sont les leaders d’entreprise qui réussissent à fonder le travail de leurs employés sur autre chose que la compétition et le profit? La réalité des ressources limitées de la planète nous oblige à nous poser des questions de fond en regard de la finalité de notre raison d’être sur cette belle planète bleue et sur le sens de nos œuvres humaines.

Si chacun retrouvait ce sens noble du travail, qui consiste à vouloir faire concourir ses moindres gestes vers le bien, afin d’embellir le monde, il me semble que le travail, aussi humble soit-il, revêtirait un sens lumineux.

« Les hommes ont besoin du pain de la terre pour se nourrir, mais aussi du pain du ciel pour illuminer et réchauffer leur cœur. » Saint José Maria Escriva de Balaguer (1902-1975) extrait du texte en référence plus haut.

Il me semble que cela donne un sens nouveau à la prière du Notre Père, que l’on enferme peut-être trop souvent dans le premier degré des mots : Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.  Donne-nous le pain qui illumine et réchauffe le cœur, mais aussi et surtout, rends-nous assez généreux pour le donner aux autres, comme on offre un sourire. Amen.

Pour aller plus loin, voir le compendium sur la doctrine sociale de l’Église, sur le sens du travail (chapitre 6)  http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/documents/rc_pc_justpeace_doc_20060526_compendio-dott-soc_fr.html

Colette Beauchemin

 

L’Évangile est-il crédible aujourd’hui?

Lors du passage au Québec, de Mgr Albert Rouet, dans le cadre d’un colloque organisé par  Centre Culturel Chrétien de Montréal http://centreculturelchretiendemontreal.org/index.html, sous le thème « L’Avenir de l’Évangile au Québec », j’ai pu l’entendre dans une excellente conférence qu’il a livrée sur la question de la crédibilité de l’Évangile aujourd’hui et que nous avons la joie de pouvoir réentendre sur You Tube http://www.youtube.com/watch?v=ccyf0ZmNTkc.

Son propos nous aide à comprendre l’état actuel des lieux et pourquoi, ce qu’on appelle couramment la « transmission de la foi » est devenue une opération qui ne va plus de soi. Mon intervention comme panéliste, dans le cadre de ce colloque, m’a donné la chance de témoigner de ce que je constate sur le terrain et ce que cela m’amène à percevoir comme voies d’avenir.  Étant donné que je suis impliquée à plusieurs niveaux en catéchèse, j’ai l’occasion d’intervenir dans une paroisse du diocèse où des parents, comme bien d’autres parents, se retrouvent confrontés à un langage empreint de quiproquo.

En réalité, je ne crois plus que l’on puisse parler de la foi en termes de « transmission », puisque nous nageons en plein « malentendu ». La foi ne se transmet pas. Seul le langage peut être transmis. Et c’est justement ce langage qui fait problème aujourd’hui. La non-crédibilité du langage biblique, entre autres, est liée au fait qu’il n’est pas recevable lorsqu’il n’est pas entendu au bon niveau. Bon nombre de parents qui demandent la catéchèse pour leur enfant le font sur un restant de culture chrétienne qu’il leur semble important de transmettre mais avec laquelle ils entretiennent un rapport ambiguë. Ce langage avec lequel ils ne sont pas au clair, les garde à distance tant qu’ils n’ont pas l’occasion d’en parler en vérité. À mon avis, c’est là que tout se joue. Si l’on approche ce langage, dans le même registre concret que celui de la vie courante, on se rend vite compte qu’il nous cause problème, dû à notre précompréhension du monde qui considère comme vrai, ce que notre culture actuelle induit et accepte comme « crédibles disponibles ».

Tant et aussi longtemps qu’on aborde les récits bibliques comme des observateurs extérieurs, ces histoires nous apparaissent non crédibles puisque nous les entendons dans le registre des faits divers comme s’ils étaient des reportages journalistiques d’un passé ennuyeux ou comme des récits fabuleux qui réclameraient notre crédulité. Dans un cas comme dans l’autre, comment ces récits peuvent-ils apparaître crédibles? En fait, pour que la parole biblique soit entendue et comprise sur la même longueur d’onde qu’elle nous a été communiquée, c’est nous qui devons changer de registre. Ces récits nousinvitent à un plongeon vers l’intérieur, puisque les auteurs s’adressent à nous, d’un point de vue intérieur, qui nécessite un langage symbolique pour exprimer les réalités les plus importantes et les plus universelles. C’est ainsi que le langage symbolique concilie le monde matériel et spirituel, en une alliance qui donne sens et profondeur à la vie.

Mais ce plongeon ne va pas de soi non plus. Notre rythme de vie actuel nous garde constamment à la surface de nous-mêmes alors que le langage de la Bible nous convoque à porter un regard intérieur sur notre vie afin d’entendre une Parole qui se murmure à l’intime de nous-mêmes. Sans ce niveau d’intériorité, la Bible demeure de l’ordre de l’information, sans rejoindre son but qui est celui de la rencontre avec soi-même et avec Dieu, dans une relecture de sa vie, en vérité.

Pour illustrer cela, j’aimerais vous partager une expérience vécue avec les parents que j’accompagnais l’hiver dernier, lors d’une catéchèse sur le récit de l’Exode, où ceux-ci s’étonnaient de cette image forte de la mer qui s’ouvre et encore plus de ces Égyptiens noyés dans la mer. Comment Dieu pouvait-il sauver les uns et faire périr les autres? Puis revenant sur leurs expériences précédentes vécues en catéchèse, les parents se rappelaient qu’à chaque fois que les expressions bibliques leur paraissaient impossibles de l’extérieur, une autre vérité jaillissait, lorsque leur regard se tournait vers l’intérieur. Reprenant alors la recherche dans cette direction, un parent témoigna soudain avec émotion, de sa révélation intime en disant : « J’y reconnais mon histoire! C’est ce passage que j’ai vécu l’an dernier et je peux reconnaître aujourd’hui ce que représentent ces corps gisants sur le rivage. Finalement, j’ai vécu la libération d’une forme d’esclavage, à travers ce passage. »

Chez les enfants, le passage vers ce type de parole en intériorité, se déploie sur plusieurs années, mais peut se produire plus rapidement chez l’adulte. Reconnaître et accepter cette réalité, ce délai, oblige à ajuster notre accompagnement catéchétique. Cela nous invite à retrouver la sagesse catéchétique qui accompagne ce passage, cette transformation.

Voilà pourquoi il nous faut envisager la catéchèse comme une expérience de transformation plutôt qu’une simple opération de transmission de contenus. La personne qui reçoit le langage doit se transformer pour l’entendre au bon niveau. La crédibilité de l’Évangile est à ce prix. Et si l’on parle en termes de transformation, il nous faut également envisager le rapport au temps puisque cette transformation ne peut s’opérer que dans la durée. À notre époque du « prêt à porter » et de l’immédiateté, la crédibilité de l’Évangile ne peut se conjuguer avec rapidité. Comment concilier les attentes des parents qui réclament une « transmission religieuse » expéditive, alors que l’enjeu est dans l’ordre de la transformation qui doit nécessairement se conjuguer avec le temps et l’implication intérieure? Voilà un dilemme qui est loin d’être résolu. Qu’en pensez-vous?

Colette Beauchemin

1Photo de Mgr Albert Rouet

Espace de gratuité!

Que nous reste-t-il d’espace de gratuité dans notre vie moderne au rythme accéléré? Tout le monde se plaint de manquer de temps pour faire tout ce qu’il y a à faire. Tout va si vite que l’on ne sait plus comment arrêter le temps.

Je me souviens d’un film de Star Trek où l’équipage avait trouvé une planète où il était possible d’arrêter le temps. Lorsqu’un moment se révélait précieux entre deux personnes, tout semblait s’arrêter. Le réalisateur du film avait produit des effets spéciaux qui laissaient voir cet arrêt du temps, où l’on pouvait distinguer le battement d’aile d’un oiseau mouche. Cela illustrait magnifiquement l’expression que l’on voudrait vraie « arrêter le temps ».

Je m’interroge souvent sur l’utilisation que je fais du temps qui m’est donné. Pourquoi cette obsession de manquer de temps et de devoir faire davantage? Notre société de consommation et de performance a énormément changer notre perception du temps. Tout le temps dont on dispose doit être utile et productif, comme si la vie tenait sa valeur dans le faire et l’avoir.

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Je sais pourtant qu’il n’en ait rien, car on n’apporte rien de tout cela dans notre tombe. Mais l’illusion est puissante et elle est entretenue par la mentalité ambiante. D’où l’importance de choisir consciemment de s’arrêter pour goûter le simple fait d’exister.

Mais exister ne veut rien dire si je ne suis pas quelqu’un pour quelqu’un d’autre. Quand je me retrouve en prière en présence de Dieu qui me révèle ma valeur; quand je prends le temps de partager des moments de pure gratuité avec des personnes qui me sont chères, tout le reste retrouve sa place et son sens.  Il me semble que l’enjeu est là.  C’est le sentiment profond d’avoir de la valeur pour quelqu’un et pas simplement pour ce que je fais qui me donne le sentiment d’exister. Être ancrée dans cette certitude est de l’ordre du spirituel et entretenir cette conscience est un réel défi dans notre contexte actuel.

Mais, Dieu merci, ces moments de gratuité sont accessibles à qui décide de s’arrêter pour les goûter. C’est alors que la vie prend toute sa densité et que l’essentiel se révèle Présence? Quel avantage l’homme a–t–il à gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui–même ? (Lc 9,25)

« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses.  Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. » (Lc 10, 41-42)

Colette Beauchemin

De la magie au mystère de Noël

Dans un excellent article paru sur Cyberpresse, Stéphane Laporte commente le comportement nostalgique des québécois face à Noël.   Comme il sait si bien le faire, il met le doigt sur le vide spirituel qu’a créé la sécularisation.   Son article intitulé « Noël corrompu », montre combien notre course effrénée, aux préparatifs de Noël, est à cours de sens.  Tous se précipitent dans la cohue sans trop savoir pourquoi.

« C’est pour ça qu’on est si nostalgiques des Noëls de notre enfance. Des Noëls blancs, des Noëls purs. Tout avait un sens. On fêtait le petit Jésus né dans une étable, à minuit, la nuit de Noël. On avait tous une crèche dans la tête. Et on voyait la scène comme si les caméras de CNN avaient été là. Le petit bébé dans la paille, sa maman vierge qui le contemple, le père bienveillant qui les surveille, l’haleine du boeuf, de l’âne et de l’agneau qui les réchauffe et l’étoile qui brille tout en haut servant de GPS aux rois mages qui accourent porter des cadeaux.

Et il était né pourquoi, le petit Jésus? Pour sauver le monde. Ça, c’était du sens! Fêter Noël, c’était fêter notre Sauveur. Méchante bonne raison de décorer et de faire cuire la dinde. Un sauveur, ça ne naît pas tous les jours. Bon d’accord, il ne nous avait pas sauvés au complet encore mais il était censé revenir finir la job. » Stéphane Laporte

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/stephane-laporte/201011/27/01-4346983-noel-corrompu.php

Pour la majorité des québécois, la magie de Noël, telle que présentée par Stéphane Laporte joue le rôle d’un  rempart contre le désenchantement du monde.  C’est ainsi que  certains  se retrouvent à la messe de minuit pour séjourner quelques minutes dans le monde fabuleux leur enfance.  Le vide laissé par la désertion de la religion ne semble laisser d’autre alternative que la nostalgie.

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Récemment, j’ai eu l’occasion de revisiter le sens de la fête de Noël avec des adultes parents d’enfants inscrits en catéchèse.  Je les abordais en les préparant à vivre une sorte de désinstallation de leur vision enfantine de Noël.  Je leur proposais de dire à voix haute tout ce qu’ils ne pouvaient plus croire de cette histoire, s’ils acceptaient de l’aborder avec leur intelligence d’adulte.  En réalité, ce que je les invitais à faire, c’était de quitter la magie pour entrer dans le mystère de Noël.  Pour moi, la voie du ré-enchantement de Noël doit passer par une découverte à nouveaux frais de ce mystère de l’incarnation qu’il représente.

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Sur la question de mourir dans la dignité

Il me semble important de s’attarder à cette question importante que notre société soulève actuellement. Elle oblige chacun et chacune à se faire une idée sur la réalité de la mort et de sa mort personnelle.

La foi chrétienne considère la mort comme un passage vers une Vie en plénitude, et ne conçoit pas ce moment de passage comme étant dans l’ordre de nos choix personnels. Pourquoi est-ce que nous n’aurions pas le droit de choisir de mettre fin à notre vie ? Pourquoi ce geste serait-il quelque chose qui ne nous appartient pas ?

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L’un des commandements nous renvoie à cet interdit « Tu ne tueras pas ». Mais est-ce simplement dans l’ordre de l’autorité de Dieu que nous devons ou pouvons comprendre ce refus de notre autonomie face à la fin d’une vie ou de notre vie? Il me semble qu’il s’agit d’un interdit qui nous révèle d’abord et avant tout le danger de nous tenir en juge devant ce moment ultime. Qui sommes-nous pour juger du temps de la fin de la vie d’une personne, même avec le consentement de celle-ci? Pour ma part, il m’apparaît dangereux de se réclamer de ce droit. Une société qui en vient à relativiser l’importance de ce geste, se voit entraîner dans une pente glissante. C’est notre conception de l’humain et de l’humanisation qui est en cause.

Bien qu’il s’agisse d’une question qui touche à notre nature humaine et à la vérité de notre être, le relativisme ambiant tend à relayer les arguments des croyants au niveau du respect des croyances.

Je crois que nous avons besoin, comme croyants, de ne pas nous cantonner dans des arguments qui ont tendance à ne pas être pris au sérieux par les non-croyants. Nous devons nous solidariser avec tous ceux et celles qui reconnaissent la dignité de la personne humaine, jusqu’au dernier moment de sa vie. C’est pourquoi je vous invite à vous joindre au manifeste mis en ligne par l’organisme « Vivre dans la dignité ».

La mission de Vivre dans la Dignité est de promouvoir la protection de la vie et de la dignité, inhérente et inaliénable, des personnes rendues vulnérables par la maladie ou la vieillesse en leur assurant un accompagnement empreint de compassion.

Au delà de la peur… suivre sa voie

Dans le cadre d’une émission biographique dédiée à l’actrice québécoise Marina Orsini, je l’ai entendue parler de son parcours de vie, en disant : « Mes désirs ont toujours été plus forts que mes peurs ». J’ai été charmée par cette expression qui sonnait si juste dans sa bouche.

Cette femme si inspirante pour bon nombre de québécois et de québécoises, donne le goût de croire que le mystère de la vie est bienveillant et que l’on peut faire confiance à ce feu qui brûle au fond de nous. Les personnes qui côtoient Marina Orsini témoignent d’elle comme étant une personne dont le cheminement de vie semble se dérouler comme si tout prenait sa place au bon moment. Il me semble que cela n’est pas étranger à ce regard de confiance qu’elle porte sur ses désirs et l’obéissance à ce qui appelle en elle.

Mais peut-on arriver à faire confiance aux aspirations profondes qui nous habitent sans avoir d’abord appris à entrer en soi-même? Le cheminement de Marina laisse croire que cette femme a su écouter ce qu’elle portait et faire fi des multiples voix qui auraient pu la dissuader de suivre son chemin. Nous ne pouvons que constater comment cette attitude a porté fruit dans sa vie. Cette femme rayonne de vitalité.

Et si ce désir en nous était la voix de Dieu qui nous appelle à la Vie? N’est-ce pas mystérieux ce sentiment d’être aspiré vers « plus de Vie »? Par ailleurs, ce désir, lorsqu’il n’est pas suffisamment approfondi, peut nous amener à confondre « l’appel à être », avec « l’envie d’avoir ». C’est là que la peur a de la prise. La peur n’est-elle pas liée à l’angoisse de perdre? Ce n’est que lorsque l’on goûte intensément ce sentiment de vivre pleinement en faisant des choix cohérents avec nos appels intérieurs que la peur peut être dépassée. Les « oui » aux appels que l’on ressent au plus profond de soi, nous entraînent, en quelque sorte, vers une naissance à soi-même qui n’est jamais achevée.

Pour moi, cette manière de s’engager dans la vie est une expérience spirituelle qui émane d’un sens qui nous transcende. Dans un regard de foi, j’y reconnais l’appel que Dieu nous lance, à la source même de notre désir d’être. Quand on choisit de répondre à cet appel, la vie circule et se déploie.

Quand toute une société de consommation et de performance tend à imposer ses repères de choix de carrière à lorgnette de la simple productivité, il est urgent que d’autres repères se fassent jour. Nous ne pouvons faire fi des appels qui jaillissent de la dimension spirituelle de l’être humain, sous peine de dislocation sociale et de maladie mentale. Lorsque l’on tente de faire taire les appels vocationnels qui nous habitent, c’est une société toute entière qui devient malade. Le nombre croissant de personnes souffrant d’épuisement professionnel n’est-il pas symptomatique de cette perte de repères individuels et sociaux?

Je crois que nous sommes en manque de témoins qui éveillent le goût de croire à ce qui appelle, de l’intérieur, le meilleur de soi-même.

Je vous invite à prendre le temps d’écouter l’entrevue réalisée avec Christoph Théobald, jésuite, qui nous invite à revisiter notre concept de vocation à la lumière de cet appel intérieur qui nous concerne tous et chacun.

Il a publié un volume intitulé « Vous avez dit vocation? » aux éditions Bayard, février 2010.

Un Dieu inutile?

Où est-il ton Dieu? Que fait-il, quand le mal et la souffrance abondent? Le silence de Dieu n’est-il pas l’épreuve suprême de la foi?

Lorsque Dieu s’avère inutile, pourquoi mettrait-on sa foi en lui? Pourquoi ne pas investir plutôt ses énergies dans des réalités tangibles, sur lesquelles nous estimons avoir le contrôle? L’autonomie semble nous engager sur ce chemin de lucidité froide où la raison invite à quitter la foi, comme on quitte le monde merveilleux des contes de fées.

Aujourd’hui, la foi ne semble pas pouvoir rimer avec intelligence et lucidité. Comme si le dernier mot sur le silence de Dieu appelait nécessairement la réponse de sa non-existence.

Lorsque la question demeure ouverte, il arrive parfois que la foi s’épure et s’approfondisse.

Des prières inutiles
Les inévitables prières non exaucées sont bien souvent les déclencheurs de ce combat de la foi. À quoi ça sert? Dieu ne répond pas. Je suis mieux de me débrouiller seul. La confiance abîmée, voir même rebutée, provoque la distance qui peut mener jusqu’au rejet complet. Le plus souvent, nous conservons une petite sortie de secours, au cas où. Mais nous vivons comme si nous étions seuls. La question de Dieu est reléguée au niveau métaphysique. Si Dieu a créé le monde, il semble l’avoir quitté ensuite. L’idée que Dieu puisse être le maître d’oeuvre du big bang peut paraître acceptable, mais cela semble n’avoir aucun impact sur la vie réelle et les choix au quotidien.

Par contre, si le malheur frappe, il ne sera pas rare de voir réapparaître le marchandage religieux. Les neuvaines ou les sacrifices, pourraient-ils influencer ce Dieu que j’avais oublié? Ou bien devrais-je plutôt utiliser de nouvelles pratiques qui semblent avoir plus de pouvoir sur les forces cosmiques (anges, cristaux, incantations, etc.)? Alors, on fait des promesses, des rites et des gestes, avec l’espoir de réveiller Dieu de son sommeil et récupérer ses faveurs. La fièvre du hockey nous en a montré de multiples manifestations pendant les séries éliminatoires, où l’on voit des pratiques superstitieuses resurgir, en vue de récupérer les faveurs des dieux. Bien que l’on change d’allégeance en matière de croyances, cela ne modifie pas en profondeur le rapport utilitaire que l’on entretient avec l’Ultime(1), qu’on l’appelle Jésus, Allah, l’Énergie universelle ou les forces cosmiques…

L’abandon de la foi magique
La foi, qui s’expérimente dans ce rapport utilitaire et magique, a de plus en plus de mal à tenir le coup dans la mentalité scientifique actuelle. La remise en question devient inévitable. Paradoxalement, il faut perdre la foi (la foi primaire) pour pouvoir découvrir une autre forme de relation à Dieu qui soit digne de l’autonomie de l’être humain. Actuellement, la grande majorité des québécois se retrouvent dans un « no mans land » de la foi, parce qu’ils ont quitté une représentation infantile de la foi sans pouvoir faire le passage vers une autre forme du croire.

Le passage le plus difficile de la foi
Comme société, nous serions, en quelque sorte, dans une crise d’adolescence en regard de la foi. Cela expliquerait le peu d’intérêt pour le religieux, perçu comme infantilisant. Pour bien des gens, la pratique religieuse se résume à des observances qui riment avec obéissance. Dès lors, il est normal pour eux de vouloir se libérer de ces exigences extérieures, brimant leur liberté. Par ailleurs, l’intérêt pour le spirituel gagne du terrain. Personnellement, je mets beaucoup d’espoir dans la quête de sens actuel. Lorsqu’elle se fonde sur une recherche d’authenticité, la quête spirituelle peut ouvrir le passage vers une foi plus adulte.

De l’extérieur à l’intérieur
La recherche de sens qui s’enracine dans le désir d’authenticité prend la mesure de la fragilité humaine. C’est sur ce terrain de notre vulnérabilité qu’une nouvelle rencontre de Dieu peut se réaliser, à nouveaux frais. Ne cherchant plus à l’extérieur de lui-même un Dieu Tout-puissant capable de lui épargner la souffrance ou la prise en charge de sa vie, le chercheur sincère se retrouve face à sa vérité intérieure où il peut vivre une rencontre inattendue. Et si Dieu était là, à l’intérieur, comme Celui qui est la Vie de ma vie?

Saint Augustin nous témoigne si admirablement de cette merveilleuse découverte. « Tard je t’ai aimée, Beauté si antique et si nouvelle, tard je T’ai aimée et pourtant Tu étais dedans, c’est moi qui étais dehors, où je Te cherchais en me ruant vers ces beautés que Tu as faites … Tu étais avec moi, c’est moi qui n’étais pas avec Toi. » (Confessions, livre 10ème, ch. 27)

Cette redécouverte de Dieu peut transformer radicalement la vision de la vie en lui donnant une saveur inespérée.

Parmi les auteurs spirituels contemporains qui nous parlent de ce passage dans la foi, Maurice Zundel est sans contredit un des plus inspirants. Vous pouvez aller lire sa magnifique homélie intitulée « Tu étais dedans, moi dehors ».

Un surplus indispensable
À ce niveau d’intériorité, Dieu n’est plus éprouvé comme étant de l’ordre de l’utile mais plutôt du « surplus indispensable ». Avant cela, on pouvait vivre sans avoir conscience de sa présence mais voilà que cette nouvelle conscience d’une Présence au coeur de soi, illumine l’existence.

Le Dieu de la grâce et du surplus n’a rien de contraignant, bien qu’Il nous appelle inlassablement à offrir le meilleur de nous-même. Sa source intarissable est appelée à irriguer notre cœur et notre intelligence jusqu’à transformer notre vie en une œuvre d’art.

Colette Beauchemin

(1) Selon la théorie du développement du jugement religieux, le stade du donnant-donnant est le plus répandu et le plus difficile à franchir. L’homme, son développement religieux, étude de structuralisme génétique, par Fritz Oser, Paul Gmünder, Louis Ridez; traduit de l’allemand par Louis Ridez, Éditions du Cerf, 1991, 348 p.

Adam et Eve ! Tu crois encore à ça ? 2ème Partie.

Voici la deuxième partie de l’article mis en ligne lundi.

Si Dieu est bon, pourquoi le manque, le mal et la mort existent-ils?  Ce pourrait-il que Dieu soit malveillant?

“Vraiment ! Dieu a dit : Vous ne mangerez d’aucun des arbres du jardin ?” (Gn 3,1) Cette réplique du serpent, mais en scène cette voix trompeuse qui s’immisce en nous jusqu’à nous faire douter de la bienveillance de Dieu.  Le manque sur lequel le serpent appui, jusqu’à l’amplifier, est le rappel douloureux de notre condition de manque.   Nous avons beau nous raisonner, mais voilà le doute introduit dans le jardin, comme un point noir sur la feuille blanche, jusqu’à nous obséder complètement. Pourquoi, souffrir le manque de quelque chose?  Nous aimerions être tout, avoir tout, connaître tout, pour éviter de ressentir ce manque.

Ce désir de toute-puissance semble bien être originel, puisque dès son entrée dans le monde le nouveau-né part de ce sentiment du « tout », pour réaliser graduellement qu’il n’est pas tout et que malgré ses cris, il n’obtient pas tout. Dans le mouvement même de vouloir s’accaparer ce qu’il croit pouvoir faire sa sécurité et combler son manque il prend conscience de ses limites et de sa fragilité (sa nudité).  On n’a beau vouloir se cacher et couvrir sa nudité (Gn 3,7), le désir de perfection demeure toujours présent.

adam&eveL’origine du mal et de notre propre malheur semble bien venir de ce désir de complétude mal géré. En voulant colmater la faille de sa finitude en cherchant à se suffire à lui-même, l’Adam se  «  dé-crée ».  En niant son besoin de l’autre, autrement qu’en l’utilisant comme objet pour combler son manque, l’Adam se réduit à « posséder » plutôt qu’à « être ».  « Prendre » au lieu d’accueillir et se recevoir de l’Autre, voilà notre penchant (péché) originel qui nous entraîne vers notre propre malheur et notre destruction.

Pourquoi cette tentation de toute-puissance est-elle présente au cœur de notre vie? Cette dangereuse possibilité semble bien être la garantie de notre liberté.  La liberté dans laquelle Dieu nous a créés nous met dans la situation de choisir la voie de notre accomplissement.   Nous pouvons écouter la voix de notre Jardinier intérieur ou celle du serpent, c’est à dire celle de l’Esprit ou bien celle de la chair (nos pulsions primaires). Vous serez comme des dieux, dit le serpent (Gn 3,5).  Vous serez tout, sans limites et sans failles.  Nos pires réalisations humaines ne sont-elles pas liées à ce désir de s’élever au-dessus de tout, en se croyant rois et maîtres de tout ?  En se coupant de sa Source, l’Adam connaît les conséquences de ses choix.  A la fin du récit de la Genèse, les malédictions qui suivent la désobéissance (Gn 3, 14-24) (trop souvent interprétées comme la punition d’un Dieu vengeur) ne sont-elles pas plutôt les conséquences désastreuses de nos abus de pouvoirs, sur notre corps, sur l’autre, sur la nature ?  En voulant jouer aux dieux nous devenons pires que des bêtes.

Pourtant ce statut divin auquel nous aspirons, nous est offert gratuitement. Notre rédemption procède de l’accueil de la Vie de Dieu qui nous est donnée, sans s’imposer à nous.  C’est seulement en accueillant cette Vie divine et en acceptant d’y collaborer par le don de soi-même, que l’Adam est recréé à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’Alliance intérieure entre Dieu-notre-Source et l’Adam que nous sommes, peut nous recréer chaque fois que nous y consentons. Le Christ (nouvel Adam), en nous montrant le chemin du Don, est venu nous rétablir dans cette Alliance de l’humain et du divin.

L’arbre de Vie est toujours accessible, au milieu de notre jardin intérieur.  La Vie de Dieu est offerte à quiconque accepte d’ouvrir la porte, vers l’intérieur, pour retourner au jardin, là où l’Amour vivifiant de Dieu nous attend toujours.  Cependant, le passage à travers le feu (les anges de feu postés à la porte du jardin (Gn 3,24)) s’avère être la voie obligée. Mourir à notre suffisance pour vivre de la Vie de Dieu, voilà un chemin de croix devenu chemin de Vie, en Jésus Christ.

Ce récit d’Adam et Eve possède la faculté de révéler bien plus encore, lorsqu’on accepte d’y entrer de l’intérieur, dans une rencontre en face à face avec soi-même, en vérité.  A chacun d’y puiser comme à une source.

A celui ou celle qui m’interpelle en disant :  Adam et Eve, tu crois encore à ça ? Je peux répondre, en vérité :  oui, j’y crois, mais de l’intérieur.

Pour en savoir plus sur une approche symbolique de la Bible on peut consulter entre autre le site de catéchèse biblique symbolique qui nous apprend à renouer avec l’antique pédagogie des Pères de l’Église.  http://catechese.free.fr/

Colette Beauchemin