Francine Vincent
Jean XXIV, Jean-Paul III, Benoît XVII ou Étienne X?
6/03/13
En cinquante ans, ma vie a été traversée par cinq papes : Pie XII, que j’ai très peu connu, Jean XXIII, Jean-Paul I, Jean-Paul II et Benoît XVI. J’ai été touchée par l’audace, la liberté et le prophétisme de Jean XXIII, par l’être de relation qu’était Jean-Paul II, par la bonne théologie et l’accueil de Benoit XVI. Suite à la renonciation de Benoît XVI, nous vivrons prochainement l’élection d’un nouveau pape. Qui aimerions-nous à la tête de l’Église? un Jean XXIV? un Jean-Paul III? un Benoit XVII?
À la dernière catéchèse auprès des catéchumènes et des confirmands adultes, je les ai invités à réfléchir sur l’avenir de l’Église, et particulièrement sur le profil espéré du futur pape. À quoi cela pourrait-il ressembler? À ma grande surprise, aucun d’entre eux n’a exigé des connaissances théologiques, ecclésiologiques ou bibliques du futur pape. Mais ils s’entendaient tous à espérer un pape plus jeune, entre cinquante et soixante ans, un être relationnel, proche des personnes, qui parle simplement de Dieu, de Jésus Christ, de l’Esprit, quelqu’un de son temps, qui comprend les défis rencontrés par le monde au quotidien, un être humble, sincère, qui susciterait la paix entre les nations et dans le cœur des gens, quelqu’un qui nous amènerait au-delà de nous mêmes, qui vivrait vraiment les valeurs évangéliques promues par le Christ. Idéalement, une femme pourrait être élue… ils ont quand même le droit de rêver!
Puis, il y a eu ce jeune homme de vingt ans qui a affirmé avec beaucoup de convictions : « Moi, c’est Étienne que je veux! » « Étienne? », lui ai-je répondu. « Oui Étienne, celui qui m’a reçu quand je me suis présenté à l’église pour faire ma demande afin d’être confirmé. Il m’a accueilli comme j’étais. Il a été bon avec moi. Il m’a reçu comme un ami et depuis ce temps, il m’accompagne dans ma démarche de foi. C’est le seul qui a fait ça de toute ma vie. » Je lui répondis : « Si je comprends bien, tu veux un pape bon, qui soit capable de recevoir les gens tels qu’ils sont, un être de relation… » « Non, moi c’est Étienne que je veux! » La conviction de ce jeune homme m’a rappelé combien l’accueil et l’accompagnement d’un catéchumène est important.
Personnellement, j’aimerais que le prochain pape soit un être prophétique, c’est-à-dire quelqu’un qui rappelle aux chrétiens leur foi en Dieu, à toute l’humanité qu’elle est aimée de Dieu, quelqu’un qui nous invite à préférer l’attention aux pauvres au strict respect de la Loi et fasse de sa vie une parole pour le peuple. Il devra être un homme du présent qui, fort des expériences passées, nous aide à traverser les épreuves du temps et à vivre dans l’espérance d’un monde meilleur et plus humain.
Francine Vincent
Appel décisif : « Veux-tu le suivre? »
21/02/13
« Veux-tu le suivre? » Cette question nous est posée à tous en ce temps de Carême. Comme me disait Charles, un adolescent qui est en cheminement vers la confirmation de sa foi, « suivre Jésus, porter une croix à son cou, c’est signifier que je suis prêt à porter le fardeau de l’humanité avec Lui. C’est prendre conscience que le Royaume de Dieu c’est maintenant, si avec le Christ, je lutte contre les injustices, les souffrances, les inégalités, les servitudes de ce monde ».
Cette question est également posée aux catéchumènes qui font une démarche vers leur baptême. En effet, samedi le 23 février prochain, à la célébration eucharistique de 16h30 à la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue, 12 personnes vivront le rite de l’appel décisif et de l’inscription du nom. Ils sont douze, comme le nombre d’apôtres qui suivaient Jésus : Neuf adultes et trois adolescents, provenant de différentes paroisses de notre diocèse.
La célébration de l’appel décisif et de l’inscription du nom est « l’articulation de tout le catéchuménat ». Ce rite inaugure le temps de la purification et de l’illumination des catéchumènes. Nous savons que le catéchuménat est essentiellement un parcours dont l’objectif est de vivre en disciple de Jésus. Or, l’appel décisif est la célébration qui affirme en quelque sorte cette réussite : Ils sont maintenant prêts à vivre en disciples de Jésus. L’Église procède à l’appel décisif c’est-à-dire à l’admission des catéchumènes « jugés aptes », à participer à l’initiation sacramentelle au cours des prochaines fêtes pascales. Cette admission est fondée sur une élection ou un choix opéré par Dieu, au nom duquel agit l’Église. Les candidats, en signe de fidélité à l’appel, inscriront leur nom au registre des futurs baptisés.
Cette célébration exige naturellement une préparation intérieure, un discernement réel et profond afin de poser un regard rétrospectif sur le parcours réalisé. À partir de cette célébration, il n’y a plus aucune référence, dans le rituel, à une quelconque formation à venir. C’est donc dire que, à partir de ce moment, « ceux qui ont été jugés aptes », ont terminé leur catéchèse initiatique. Ils ne seront dorénavant plus des catéchumènes mais des appelés.
Les appelés recevront les sacrements du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie à la prochaine Veillée pascale, ou à la Pentecôte dans le cas des adolescents. En ce temps de Carême, monseigneur Gendron procèdera à l’élection de ces personnes qui depuis plusieurs mois cheminent avec d’autres dans la foi. Leur bonheur de croire et leur désir de vivre en Église les ont conduits progressivement et librement à donner place à Jésus Christ dans leur vie.
L’invitation est lancée à tous les chrétiens et chrétiennes de prendre part à cette grande fête pascale qui de joie remplit le cœur des nouveaux comme des anciens. Ainsi nous pourrons dire : « Heureux celui qui entend l’appel de Dieu ».
Francine Vincent
La première crèche de Noël
18/12/12
Plus j’avance dans la vie et plus je me découvre un cœur de franciscaine. Il y a des valeurs qui prennent de l’importance comme le pardon, la simplicité, l’accueil de l’autre, la fraternité, la tendresse. Je me nourris de l’Évangile de Jésus Christ, et à cause de Lui, j’essaie de susciter la vie et la joie autour de moi.
En 1223, François d’Assise a eu le désir profond de célébrer Noël au milieu des gens de la montagne et en reconstituant d’une manière sensible la crèche vivante. Le poète en lui voulait voir, avec des yeux d’enfant, Dieu dans son avènement de douceur. Il n’y avait rien de plus important pour lui pour l’avenir du monde. Parce que l’avenir de son monde était corrompu : la société était divisée par l’argent, les clercs étaient assoiffés d’honneurs et de grandeurs, des guerres saintes se livraient pour contrer la différence. François voulait redécouvrir la pauvreté de Dieu, revenir à l’humilité de Dieu, retrouver la tendresse de Dieu à travers l’Enfant-Dieu. Et c’est avec les pauvres gens de la montagne qu’il réalisa son désir.
On raconte que dans la nuit de Noël, des gens de la localité de Greccio et des environs se sont dirigés, à la lueur des torches, vers une grotte qui s’ouvrait dans le flan de la montagne. Sous le rocher, on avait préparé une mangeoire avec de la paille fraîche et amené un bœuf et un âne. C’était touchant et inspirant, dit-on, de voir des centaines de lumières s’approcher de la grotte, et voir de pauvres gens se recueillir devant la scène de la Nativité du Seigneur Jésus. On dit même que François passa la veillée debout, brisé de compassion mais rempli d’une joie inexprimable.
« Cette nuit-là », dit Thomas de Celano, « la Chrétienté avait retrouvé des yeux d’enfant ». C’est ce que je vous souhaite de tout cœur : Que dans la nuit de Noël, avec vos familles, vos amis, vos voisins, votre communauté de foi, vous retrouviez des yeux d’enfants capables de reconnaître la pauvreté, l’humilité et la tendresse de Dieu, dans la joie, la paix, le pardon et la simplicité du cœur! À tous, un très Joyeux Noël!
Francine Vincent
Avent 2012 – Comment ai-je ce bonheur?
3/12/12
Avez-vous déjà fait l’expérience d’une rencontre vraie, étonnante, bouleversante? Vous savez, le genre de rencontre où chacun rejoint l’autre dans ce qu’il a de plus beau en lui, tout en étant soi-même rejoint dans ce qui est le plus beau en soi? C’est le type de rencontre qui ne peut se programmer, mais quand ça arrive, on en est marqué profondément. Ça devient presque une date ou une année, un jour ou une saison que l’on retient. Ce sont de beaux moments de vie, parce qu’ils ouvrent sur une transformation intérieur, une confirmation, une conversion.
Samedi dernier, lors d’une rencontre diocésaine, j’ai rencontré Michelle, que je connaissais par l’entremise d’un ami commun. Nous étions vraiment heureuses de nous retrouver. On ne se voit qu’occasionnellement, mais l’écriture nous relie. Elle me partageait sa joie de me connaître par mes écrits. J’ai eu comme une confirmation que ce que j’écrivais n’était pas inutile, car des personnes en étaient nourries. J’ai éprouvé de la joie à revoir cette amie fidèle, cette personne habitée de l’intérieur et qui, d’une parole, fait écho de ce qui brûle en toi, saisit cette grande espérance qui te brûle le cœur. Une belle rencontre signifiante.
Ça ressemble à ce qui est arrivé à Marie quand elle a été à la rencontre de sa cousine Élisabeth. En voyant Marie, Élisabeth s’est écriée: «Comment ai-je ce bonheur?» Une rencontre qui procure à ces deux femmes une joie profonde. Marie et Élisabeth portent toutes deux une vie nouvelle, une vie suscitée par la Parole de Dieu, car c’est ainsi qu’elles l’ont accueillie.
La Visitation se produit encore aujourd’hui, vous savez. Il suffit d’une rencontre, d’une joie, d’un accueil de l’autre, d’une ouverture, d’un regard posé sur l’autre avec amour, pour que s’annonce une vie nouvelle. C’est le même Christ que nous pouvons porter nous-mêmes vers l’autre, cette Bonne Nouvelle vivante. Ceux et celles à qui nous venons porter cette Bonne Nouvelle, sont aussi porteurs d’un message qui leur vient de Dieu.
Le temps de l’Avent nous invite à prendre la route vers le bonheur, un bonheur différent peut-être de celui de nos contemporains, mais un bonheur qui prend naissance au cœur de la vie, la vie simple, sans artifices, avec ce qu’elle comporte de plus vrai et de beau. C’est dans cet accueil de la vie que le Seigneur pourra naître en chacun de nous.
Francine Vincent
Un petit homme devant la mort
30/10/12
L’été dernier, un oiseau a perdu la vie en volant à pleine vitesse en direction de la fenêtre de la maison. L’impact a été mortel. Étienne, mon petit-fils de 3 ans, l’a trouvé par terre. Il entre dans la maison à la course et me dit dans un souffle : « Mamie, dehors il y a un oiseau mort ». Je ramasse l’oiseau, et le dépose dans un sac en plastique. « Mais Mamie », me dit-il, « tu ne vas pas le mettre dans la poubelle! C’était notre ami – parce que nous donnons régulièrement du pain aux oiseaux – on ne peut le mettre dans une poubelle… il faut l’enterrer.» La sagesse est innée chez les enfants…
Toute une mise en scène a été préparée pour la mise en terre de l’oiseau. C’était sérieux! Étienne a creusé un trou, Ariane, sa sœur aînée, a mis l’oiseau dans le trou, et papi a préparé un petit écriteau pour signifier où était enterré l’oiseau. Ariane dit : « Il faut lui donner un nom! » « Pourquoi lui donner un nom maintenant, il est mort et on ne l’a pas beaucoup connu», lui dis-je. « Parce que, quand nous parlerons de lui, on dira pas L’OISEAU, on va dire ÉTOILE », dit-elle. Et l’oiseau mort reçu le nom d’ÉTOILE. C’est comme si cette mort faisait maintenant partie de notre vie.
La semaine dernière, mon père était en fin de vie. Il était couché dans un lit bien grand, à l’hôpital. Il respirait avec beaucoup de difficulté. Tout son corps s’étirait à la recherche d’un petit souffle. Il avait les yeux fermés; il semblait dormir ou bien concentrer à survivre. Étienne était est venu le voir avec sa mère. Étienne était impressionné, il est resté à la porte de la chambre, mais regardait son arrière-grand-père en silence, avec un immense respect.
Dans la chambre, tout à côté, un patient ne cessait de se plaindre et de crier très fort : « Infirmière, infirmière, j’ai besoin d’aide, infirmière, infirmière, j’ai faim, infirmière, j’ai soif… » Étienne, après une bonne demie-heure de cris et de plaintes, entre dans la chambre du monsieur et lui dit : « Chut! Mon grand-papi à moi, il fait dodo! » L’homme l’a regardé et a dit : « Excuse-moi, je ne le savais pas ». Et on ne l’a plus entendu.
J’ai été très touchée par ce moment de vie. Un petit garçon garde silence devant la mort, avec un infini respect des passages difficiles à vivre.
« On ne le verra plus grand-papa Georges? », m’a-t-il demandé.
« Non », lui ai-je répondu.
« Mais c’est comme ÉTOILE », dit-il, « on continuera à parler de lui et à
l’aimer »
« C’est ça mon petit homme… et ainsi, il continuera de vivre parmi nous. »
Saint François – L’évangile et rien d’autre
1/10/12
4 octobre – Fête de saint François d’Assise
Psaume de la création, aquarelle réalisée par Gérald Quirion
Crédit: ddata.over-blog.com/
Quand j’étais petite, il arrivait souvent que ma mère me raconte la vie d’un saint ou d’une sainte. C’était pas tabou chez nous. Elle le faisait tout simplement, en s’inspirant d’un événement du quotidien. Parmi toutes les histoires que j’ai entendues d’elle, celle de François d’Assise m’a toujours fascinée. Ma mère nous parlait de son amour des oiseaux et de la nature, de sa grandeur d’âme, de la pauvreté qu’il avait choisie. Je crois que dès ce moment, mon cœur de franciscaine s’est mis à se développer.
En deuxième secondaire, l’école avait organisé une sortie pour tous les élèves : Nous allions au cinéma voir le film « François et le chemin du soleil ». Innocemment, je me suis rendue avec mes compagnes, heureuses d’avoir presque un après-midi de congé. C’était de François d’Assise que le film parlait. Je ne savais pas que cela deviendrait, à ma connaissance, ma première expérience spirituelle. J’ai été saisie par la vie de François, la radicalité de ses choix, son amour pour les plus pauvres, son émerveillement vis-à-vis de la création. Je me trouvais des affinités avec lui. Plus tard, François est toujours venue me rejoindre dans l’un ou l’autre des tournants de ma vie.
En septembre 2010, j’ai eu la chance de vivre l’Expérience d’Assise. Je suis partie sur les traces de saint François, en Italie, allant visiter tous les endroits principaux qui lui étaient précieux : Assise sa ville natale, la vallée de Rieti avec ses grands sanctuaires, l’Alverne la montagne avec ses nombreuses grottes, et Rome.
C’est dans la vallée de Rieti, à Fontecolombo, et par la suite, par l’entretien avec le Père Laurent Gallant ofm, que j’ai fait un pas de plus vers la spiritualité franciscaine. Alors que j’étais triste de ne pas pouvoir mettre mes pas exactement dans ceux de François, son parcours étant beaucoup trop intense pour moi, le Père Gallant m’a dit : « Dieu ne te demande pas d’être François, il t’invite à t’inspirer de qui il était ». Ces simples mots ont été comme une révélation. Le Père Gallant m’a beaucoup aidée à redécouvrir la spiritualité de François, à poser un regard neuf sur l’essentiel de ce qui habitait François, en 7 points, et à me dire intérieurement : « Oui, ça me va. Oui, j’ai un cœur de franciscaine ». Les voici :
1. Faire pénitence
Pour François, faire pénitence était très différent de faire des pénitences. Pénitence, repentance, sont devenus des mots suspects en Occident. Ils sont marqués par une spiritualité qui rend hommage à la douleur. Mais pour François, faire pénitence, c’était aller au-delà de soi, changer sa pensée, changer sa route, changer sa trajectoire, pour se réaligner vers la Source de toute vie, vers Dieu qu’il aimait tant.
2. Vivre selon l’Évangile
François comprenait l’Évangile, comme étant une Bonne Nouvelle dans la vie du monde. François était à l’affût des clins d’œil de Dieu au quotidien de la vie, et il les trouvait parce qu’il les cherchait.
3. Vivre en fraternité selon l’Évangile
François vivait en ermite, tout seul, il reconstruisait une église. Et le Seigneur a choisi de lui donner des frères. À partir de ce moment, le grand souci de François était de ne pas rompre cette belle fraternité. Vivre la fraternité était pour lui la meilleure façon de réaliser le Royaume de Dieu, une sorte de lentille qui lui permettait de regarder le monde à la manière de Dieu.
4. Rendre témoignage à l’Évangile comme Bonne Nouvelle pour le monde
C’était la mission de sa vie.
5. Vivre en « très haute » pauvreté
La richesse de François c’était la fraternité. La pauvreté du monde, c’était l’isolement. Il reconnaissait que tout ce qu’il avait, ou ce qu’il était, était un don de Dieu. C’est pour cela qu’il recevait tout avec reconnaissance, et partageait tout avec beaucoup de joie.
6. Être en service
Quand François a relu l’épisode du lavement des pieds dans l’Évangile de Jean (Jean 13), il a compris que la manière de servir, c’est d’annoncer la Bonne Nouvelle à tous, en paroles mais surtout en actes.
7. Développer l’esprit de prière et de contemplation
François aimait prier dans la nature, au creux d’une crevasse, dans une petite grotte. À Fontecolombo, dans le silence et dans la contemplation de la beauté de la création, j’ai comme entendu à nouveau la voix de François qui m’invitait à retourner à l’Évangile de Jésus le Christ…et à rien d’autre!
Le 4 octobre, c’est la fête de saint François d’Assise. Peut-être découvrirez-vous, à votre tour, que l’essentiel de la spiritualité de saint François c’est aussi un peu la vôtre?
À Dieu… Cardinal Carlo Maria Martini!
10/09/12
Le 31 août dernier, le cardinal Carlo Maria Martini a rendu son dernier souffle. Plusieurs personnes ont témoigné de la grandeur de cet homme : un homme progressiste, intelligent, cultivé, profondément animé par la Parole de Dieu, un homme de son temps toujours en recherche.
Dans les années 1980, ce jésuite bibliste, alors archevêque de Milan, a cherché à faire redécouvrir la Parole de Dieu aux jeunes de son diocèse. Il a donc l’idée originale de mettre en place des liturgies de la Parole, le dimanche soir, dans la dynamique de la lectio divina. Ces liturgies sont axées principalement sur la Parole de Dieu, l’enseignement, la méditation silencieuse et le partage des fruits de la méditation. Il appela cela La Messe qui prend son temps, on ne précipite rien, on prend le temps de bien intégrer la Parole de Dieu et d’y trouver un écho dans nos propres vies. Son intuition a été bonne, puisque 30 ans plus tard, à Paris, Lyon, Toulouse, Liège/Outremeuse, Angers, Ile Maurice, … et Longueuil, des jeunes adultes se réunissent encore le dimanche soir pour lire, réfléchir et prier ensemble à partir des textes bibliques du jour. Mgr Martini est un homme qui a toujours considéré, pour lui et pour tous, la Parole de Dieu comme une lampe qui éclaire le chemin de la vie.
Mgr Martini est né près de Turin, en Italie. Il y a 68 ans, il entrait dans la Compagnie de Jésus. Comme tout bon Jésuite, et à cause de sa grande intelligence et de sa passion pour la Bible, il fit d’abord une carrière intellectuelle : professeur, recteur de l’Institut Biblique Pontificale de Rome, directeur de la prestigieuse université Grégorienne. En 1980, il devient archevêque du plus grand diocèse d’Europe, le diocèse de Milan, où il s’imposera comme l’une des voix les plus médiatiques de l’Église catholique. Il passera une grande partie de sa vie à chercher à développer le dialogue avec la société civile et les non-croyants.
Quand on devient évêque, on doit se choisir une devise. La sienne lui convenait très bien : Pro veritate adversa diligere qui peut se traduire ainsi, « Pour la vérité, préférer les choses difficiles. » Il ne se laissait jamais arrêté par la difficulté, quand il s’agissait de découvrir la volonté de Dieu sur le monde.
Son rêve le plus cher était de ranimer l’esprit de réforme qui avait caractérisé le Concile Vatican II. Dans une récente entrevue réalisée par un confrère jésuite, Mgr Martini estimait que l’Église avait deux cents ans de retard[1].
« L’Église a 200 ans de retard. Pourquoi ne se réveille-t-elle pas ? Avons-nous peur? L’Eglise doit reconnaître ses erreurs et prendre la voie radicale du changement, à commencer par le pape et les évêques. L’Église est fatiguée. Notre culture a vieilli, nos églises sont grandes, nos maisons religieuses sont vides… et nos rites, nos costumes sont pompeux »
Ses positions progressistes sur des sujets hautement hyper sensibles, hérissaient le poil de certains membres de l’Eglise même si Mgr Martini avait développé une approche diplomatique et mesurée. Il appelait, entre autre chose, l’Église catholique à revoir son approche du divorce et à s’ouvrir aux familles recomposées. Malgré des prises de position bien tranchées et ses appels à la modernisation et à la libéralisation de l’Eglise, ce grand intellectuel jésuite, qui parlait, dit-on, onze langues, est resté jusqu’à la fin fidèle à Rome.
Le cardinal Camillo Ruini témoigne que le cardinal Martini avait l’habitude d’utiliser pour parler de lui, l’expression « Le non-croyant qui est en moi ». Le cardinal Ruini fait le rapprochement entre le Cardinal Martini et sainte Thérèse de Lisieux qui, tout près de la mort, fut elle-même tentée par un matérialisme radical. Tout comme la petite Thérèse, nous ne sommes jamais définitivement renforcés dans notre foi. Cette expression de Mgr Martini traduit bien, selon le cardinal Ruini, cet état de tension dans lequel se trouvent aujourd’hui tant de chrétiens qui sont partagés entre une foi dont ils ont hérité et une culture dominante tendant à la rejeter.
Mgr Martini a été un prélat très respecté, un homme qui osait aborder les grandes questions de notre société avec une grande ouverture d’esprit, des sujets épineux comme l’homosexualité, le divorce, l’euthanasie, la procréation assistée, etc. C’était un homme qui évoluait à la lisière de la doctrine, parfois en dehors d’elle, mais toujours sensible à l’humain, quel qu’il soit.
Que ton âme repose en paix !
Que ta voix demeure toujours vivante !
Francine Vincent
[1] http://www.atlantico.fr/decryptage/entre-conservatisme-pur-adaptation-monde-moderne-eglise-catholique-face-manicheisme-moral-bernard-lecomte-470728.html
Saint François – L’évangile et rien d’autre
1/09/12
4 octobre – Fête de saint François d’Assise
Psaume de la création,
Crédit: Aquarelle réalisée par Gérald Quirion
Quand j’étais petite, il arrivait souvent que ma mère me raconte la vie d’un saint ou d’une sainte. C’était pas tabou chez nous. Elle le faisait tout simplement, en s’inspirant d’un événement du quotidien. Parmi toutes les histoires que j’ai entendues d’elle, celle de François d’Assise m’a toujours fascinée. Ma mère nous parlait de son amour des oiseaux et de la nature, de sa grandeur d’âme, de la pauvreté qu’il avait choisie. Je crois que dès ce moment, mon cœur de franciscaine s’est mis à se développer.
En deuxième secondaire, l’école avait organisé une sortie pour tous les élèves : Nous allions au cinéma voir le film « François et le chemin du soleil ». Innocemment, je me suis rendue avec mes compagnes, heureuses d’avoir presque un après-midi de congé. C’était de François d’Assise que le film parlait. Je ne savais pas que cela deviendrait, à ma connaissance, ma première expérience spirituelle. J’ai été saisie par la vie de François, la radicalité de ses choix, son amour pour les plus pauvres, son émerveillement vis-à-vis de la création. Je me trouvais des affinités avec lui. Plus tard, François est toujours venue me rejoindre dans l’un ou l’autre des tournants de ma vie.
En septembre 2010, j’ai eu la chance de vivre l’Expérience d’Assise. Je suis partie sur les traces de saint François, en Italie, allant visiter tous les endroits principaux qui lui étaient précieux : Assise sa ville natale, la vallée de Rieti avec ses grands sanctuaires, l’Alverne la montagne avec ses nombreuses grottes, et Rome.
C’est dans la vallée de Rieti, à Fontecolombo, et par la suite, par l’entretien avec le Père Laurent Gallant ofm, que j’ai fait un pas de plus vers la spiritualité franciscaine. Alors que j’étais triste de ne pas pouvoir mettre mes pas exactement dans ceux de François, son parcours étant beaucoup trop intense pour moi, le Père Gallant m’a dit : « Dieu ne te demande pas d’être François, il t’invite à t’inspirer de qui il était ». Ces simples mots ont été comme une révélation. Le Père Gallant m’a beaucoup aidée à redécouvrir la spiritualité de François, à poser un regard neuf sur l’essentiel de ce qui habitait François, en 7 points, et à me dire intérieurement : « Oui, ça me va. Oui, j’ai un cœur de franciscaine ». Les voici :
1. Faire pénitence
Pour François, faire pénitence était très différent de faire des pénitences. Pénitence, repentance, sont devenus des mots suspects en Occident. Ils sont marqués par une spiritualité qui rend hommage à la douleur. Mais pour François, faire pénitence, c’était aller au-delà de soi, changer sa pensée, changer sa route, changer sa trajectoire, pour se réaligner vers la Source de toute vie, vers Dieu qu’il aimait tant.
2. Vivre selon l’Évangile
François comprenait l’Évangile, comme étant une Bonne Nouvelle dans la vie du monde. François était à l’affût des clins d’œil de Dieu au quotidien de la vie, et il les trouvait parce qu’il les cherchait.
3. Vivre en fraternité selon l’Évangile
François vivait en ermite, tout seul, il reconstruisait une église. Et le Seigneur a choisi de lui donner des frères. À partir de ce moment, le grand souci de François était de ne pas rompre cette belle fraternité. Vivre la fraternité était pour lui la meilleure façon de réaliser le Royaume de Dieu, une sorte de lentille qui lui permettait de regarder le monde à la manière de Dieu.
4. Rendre témoignage à l’Évangile comme Bonne Nouvelle pour le monde
C’était la mission de sa vie.
5. Vivre en « très haute » pauvreté
La richesse de François c’était la fraternité. La pauvreté du monde, c’était l’isolement. Il reconnaissait que tout ce qu’il avait, ou ce qu’il était, était un don de Dieu. C’est pour cela qu’il recevait tout avec reconnaissance, et partageait tout avec beaucoup de joie.
6. Être en service
Quand François a relu l’épisode du lavement des pieds dans l’Évangile de Jean (Jean 13), il a compris que la manière de servir, c’est d’annoncer la Bonne Nouvelle à tous, en paroles mais surtout en actes.
7. Développer l’esprit de prière et de contemplation
François aimait prier dans la nature, au creux d’une crevasse, dans une petite grotte. À Fontecolombo, dans le silence et dans la contemplation de la beauté de la création, j’ai comme entendu à nouveau la voix de François qui m’invitait à retourner à l’Évangile de Jésus le Christ…et à rien d’autre!
Le 4 octobre, c’est la fête de saint François d’Assise. Peut-être découvrirez-vous, à votre tour, que l’essentiel de la spiritualité de saint François c’est aussi un peu la vôtre?
J’T’AIME
14/08/12
Depuis le 7 août dernier, a débuté le Festival de l’Assomption 20121 , au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, au Cap-de-la-Madeleine.
Ce qu’on appelait la neuvaine de l’Assomption, est devenue au fil des années le Festival de l’Assomption. Même si le titre de l’évènement a changé, il s’agit toujours de neuf jours de prières, de prédications, de célébrations, d’activités de toutes sortes, qui nous préparent le cœur et l’âme à célébrer le 15 août, la fête de l’Assomption de la Vierge Marie .
Le thème de 2012 : « J’T’AIME ». Ainsi, durant neuf jours, les pèlerins sont invités à approfondir le sens de l’amour de Dieu, à découvrir que notre Dieu Créateur est aussi un Dieu amoureux qui nous aime malgré nos limites, un Dieu qui se veut proche de nous.
Une neuvaine, qu’est-ce que ça veut dire aujourd’hui ?
Eh bien, j’ai eu le privilège de vivre quelques jours du Festival, de l’intérieur. Comme j’avais été demandée pour donner deux prédications, une sur la famille et l’autre sur l’amitié, je me suis retrouvée au cœur même du Festival, entourée de Cap-Jeunesse, de bénévoles exceptionnels, de la belle famille des pères Oblats, de nombreux pèlerins.
Durant ces quelques jours, j’ai reçu une grosse brassée d’amour. Ça m’a fait tellement de bien. Sur la place, on entendait des J’t’aime à profusion. Jour après jour, on dirait qu’il s’est créé comme un grand cercle de l’amour qui est si nécessaire à la vie, à l’humain. Les gens prennent le temps de m’accoster pour me dire qu’une parole les a rejoints dans l’aujourd’hui de leur vie. Une autre personne me demande de prier pour sa fille qui vit une étape difficile dans le traitement de son cancer : « Tu es une mère, toi aussi, tu peux comprendre ce que je vis. » Une jeune fille lourdement handicapée vient me rejoindre à la vitesse de sa chaise électrique pour me dire avec beaucoup de difficulté, qu’elle m’aime et que mes paroles lui ont fait du bien. J’ai reçu tellement d’amour, que je me suis sentie transportée, supportée, accueillie dans tout ce que je suis, aimée.
J’ai été touchée par un homme de 88 ans qui poussait la chaise roulante de son épouse, par le sourire d’un petit enfant, par les larmes d’un ami, par la chaleur humaine, par l’accueil inconditionnel des Pères et des frères Oblats, par le dynamisme et la joie de vivre de l’équipe de Cap Jeunesse, par la générosité de tous et chacun.
J’avais besoin de vivre ces moments de vie, comme pour raviver mon espérance et me redire encore qu’il est possible de vivre dans l’harmonie, la paix, la joie et l’amour. La beauté du site, le Jardin, le climat de recueillement et de paix, le chant et la musique, le contact avec des jeunes exceptionnels, les activités spirituelles et culturelles, font de ce lieu, un lieu de pèlerinage marial qui favorise la rencontre avec Dieu.
Merci Marie !
Francine Vincent
__________________
1 http://sanctuaire-ndc.ca
2 L’Assomption de Marie est un dogme mariologique de l’Église catholique romaine selon lequel, au terme de sa vie terrestre, la mère de Jésus a été « élevée au ciel ». Le terme « assomption » provient du verbe latin assumere, qui signifie « prendre », « enlever ». La fête catholique célébrant l’assomption de Marie, a lieu le 15 août. L’Assomption de Marie est pour l’Église catholique un dogme, c’est-à-dire un moyen de cheminer vers Dieu.

