Francine Vincent

La fin du monde en 2012 : Les Mayas se bidonnent…

2012. La fin du monde ou l’apocalypse serait prévue pour le 21 décembre 2012 ! Il paraît, en effet, que dans l’un des plus anciens calendriers de l’histoire, le 21 décembre de l’an 2012 indique un changement radical et global à l’échelle mondiale. D’après les traditions du peuple Maya, il y aurait, au solstice de l’hiver 2012, une « fin du monde » tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Ce sujet apocalyptique fait bien parler dans le monde entier. Faut-il paniquer devant une telle éventualité ? Faut-il arrêter d’avoir des projets ou, au contraire, tâcher de les réaliser le plus vite possible, puisque nos jours sont comptés ?

D’une part, il sera facile de croire à la possibilité d’une fin du monde avant la fin de l’année 2012 : les pays s’entretuent, le fossé entre les riches et les pauvres augmente, la corruption sous toutes ses formes bat son plein, des aînés sont abandonnés, des parents tuent leurs enfants, des milliers de personnes crèvent de faim tandis que d’autres s’empiffrent sans fin, on investit des milliards dans l’armée et on est frileux à investir un million dans l’éducation, les indignés font des sit-in sur les places publiques à travers le monde, des grandes compagnies ferment leur porte sans avertissement laissant 2,000 travailleurs en chômage, etc. Les valeurs qui étaient jusque là essentielles, sont rejetées du revers de la main dans bien des cas. On met l’accent sur le profit, la rentabilité, l’efficacité, le pouvoir.

En février dernier, je suis allée au Mexique.  Je me suis dit : « Quelle belle occasion pour s’informer auprès du peuple Maya de la véracité des faits à venir. La fin du monde arrivera-t-elle en 2012 ou non ? » À Ek-Balam, un site archéologique situé à 250 km de Riviera Maya, j’ai rencontré des Mayas à qui j’ai posé directement la question. Tous ont affirmé croire qu’à cette date fatidique se passerait quelque chose de phénoménal… mais tous s’entendent pour dire que ce sera le temps d’un Renouveau, quelque chose de neuf, de radicalement neuf, se produira.  De toute façon, la terre tremble…

Louise Paradis, professeure au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal et spécialiste des civilisations méso-américaines, explique très clairement la situation dans un article signé de Daniel Baril. « C’est la fin d’un cycle long du calendrier maya qui nous conduit à la date fatidique du 21 décembre 2012 (selon d’autres calculs, ce serait le 28 octobre 2011 ou encore quelque part en l’an 2220). Quoi qu’il en soit, «aucun codex maya ne dit que la fin du cycle long signifiait pour eux la fin du monde. La fin de ce cycle devait en annoncer un autre.» http://www.nouvelles.umontreal.ca/recherche/sciences-humaines-lettres/fin-du-monde-en-2012-les-mayas-lavaient-predit.html

Cela étant dit, si le 21 décembre 2012 devait être le début d’un cycle nouveau, d’un temps neuf, j’aurais quelques améliorations à apporter au monde actuel.  Nous avons le droit de rêver…

Francine Vincent

Chassez le religieux… il revient en vélo!

J’ai mis la main aujourd’hui sur une publicité du Tour de l’Ile de Montréal qui aura lieu le premier week-end de juin. Fascinant! Un jeune homme est photographié sur un fond de ciel bleu, avec une auréole représentant une roue de vélo; sur le pneu est écrit les noms de plusieurs rues de Montréal qui portent le nom d’un saint ou d’une sainte. Le texte publicitaire dit :

« Un week-end au paradis. Pour des milliers de cyclistes, le premier week-end de juin à Montréal, c’est un peu rêver au paradis : une ville sans autos, où il fait bon pédaler librement, sans souci.  Cela prend des allures d’une grand-messe du vélo : un moment de rassemblement, quasi sacré, où le temps peut s’arrêter… »

C’est fascinant de voir qu’au moment où de toutes parts on essaie de retirer du tableau urbain tout ce qui touche de près ou de loin à la religion, ici nous avons une pub qui s’en inspire considérablement.  Chassez le religieux et il revient au galop… en vélo! En lisant cette publicité, j’ai pris connaissance que les références religieuses sont encore très présentes dans notre univers. Le discours religieux, les images religieuses, font encore partie des cordes sensibles des québécois. Dans cette pub, on utilise un vocabulaire qui fait appel à de belles valeurs chrétiennes : la liberté; le rassemblement, cette grand-messe qui se veut un moment de communion; un temps d’arrêt pour se déposer et se refaire; le paradis, ce grand jardin d’Eden vers lequel on essaie de tendre.  La publicité fait des parallèles avec des thèmes religieux, à la blague sans doute, et ce, sans aucune méchanceté ou sarcasme.

Il y a comme un rapprochement qui se fait entre le monde dit religieux, et le monde tout court. On n’arrive plus à se parler en face à face, alors on prend d’autres chemins pour donner notre opinion. Ça se fait d’une manière très « smooth »; on en rit dans un premier temps, on fait circuler l’information, et on réagit de façon aussi « smooth » et amicale, tout en faisant valoir son point de vue. Par exemple, il y a quelques semaines, un enseignant de Sorel enlevait la dernière ligne de la belle chanson l’Hymne popularisée par Edith Piaf : « … Dieu réunit ceux qui s’aiment! ». L’Église de Montréal a réagi rapidement en faisant paraître, pendant un court moment, une publicité qui reprenait que ce petit bout de phrase mais en y donnant toute son importance.

Dans la publicité sur le tour de l’île en vélo, c’est comme si j’y lisais qu’il y a bien des façons de se rassembler le dimanche et de faire communion. Nous avons un besoin viscéral de nous ressourcer, de nous nourrir spirituellement, de prendre le temps de nous arrêter, de nous retirer du monde de la vitesse et de la concurrence pour vivre de belles expériences avec la famille et les amis tout en créant des liens avec la collectivité. C’est peut-être une façon de faire Église autrement?

Francine Vincent

L’éveil à la spiritualité par les bébés

J’ai lu un article fascinant dans la Presse d’un samedi d’octobre intitulé : « Accouchement et spiritualité »[1]. Marie-Noëlle Bélanger-Lévesque, étudiante à la maîtrise de l’université de Sherbrooke a émis une hypothèse pour son mémoire de recherche : Entre les multiples contractions, l’innommable douleur et ce col qui prend une éternité à se dilater, se pourrait-il que les nouveaux parents perçoivent tout de même un je-ne-sais-quoi de spirituel dans la naissance de leur enfant?  « La spiritualité lors de l’accouchement », dit-elle, « n’est pas nommée de nos jours, elle n’est jamais abordée à voix haute. Or la majorité des gens vivent des expériences importantes. » Et elle continue en disant : « Il y a quelque chose de plus que l’expérience purement physique qui se vit pendant l’accouchement. »

Pour avoir accouché moi-même de deux belles filles, je peux vous dire que, particulièrement à la naissance de Marie-Hélène, l’aînée, il s’est passé en moi quelque chose de très profond. Je tenais dans mes bras une petite boule de vie délicieusement belle, et je recevais en même temps les larmes de mon mari sur mon front, comme le baptême d’une nouvelle vie tous les trois ensemble. La naissance d’un enfant me réconcilie avec la vie. Elle me permet de m’émerveiller encore et encore devant la puissance de vie qui est cachée en chacun de nous. J’ai expérimenté l’amour inconditionnel, le don de soi, la gratuité, à l’arrivée de chacun de mes enfants, et petits enfants. La naissance d’un enfant, c’est un souffle de vie qui apporte sur son passage un élan d’amour et de générosité. C’est peut-être cela, la spiritualité, parce qu’il y a un peu beaucoup de Dieu là-dedans.

Au catéchuménat, cette année, 75% des personnes qui demandent de cheminer vers un sacrement et de boucler ainsi leur initiation spirituelle, entreprennent cette démarche à cause d’un enfant.  Ils ont donné naissance à un enfant et la grandeur de cet événement les a reconnectés avec leur Créateur, un Dieu d’amour et de tendresse. Ou encore, ils ont été demandés pour être parrain d’un nouveau-né et cette nouvelle responsabilité, ils veulent la vivre à plein, sérieusement.  Ou encore, leur frère, leur sœur, leur conjoint, leur cousin, entreprend une démarche parce qu’ils sont parents ou futurs parrains, et ils décident d’y aller eux aussi, par solidarité, pour donner un sens chrétien à leur vie.  Il n’est pas rare de voir à la même rencontre la maman de bébé Julie, la marraine de bébé Julie, le parrain de bébé Julie, la tante de bébé Julie.

Un enfant a rejoint un adulte sur le chemin de sa vie, et tout a soudain basculé. Son cœur, son âme, son emploi du temps a été bouleversé, et rien ne sera plus jamais pareil.  « Laissez venir à moi les petits enfants » disait Jésus, « et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. »[2]

Êtes-vous indignés?

C’est ce que titrait la chronique de Patrick Lagacé dans la Presse du mercredi 19 octobre 2011 : http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201110/18/01-4458581-je-mindigne-tu-tindignes-etes-vous-indigne.php Difficile de répondre non à cela. En effet, il y a pleins d’événements, de discours, de gestes qui développent chez moi un sentiment de colère ou qui heurtent ma conscience morale et « titillent » ma compréhension de la justice. Pour n’en nommer que quelques uns, je dirais que :

  • La maltraitance des personnes âgées m’horripile au plus au point. Je ne peux comprendre qu’on veuille du mal à des personnes qui ont souvent donné de leur temps avec une énorme générosité pour nourrir leur famille, « rejoindre les deux bouts », apporter la sécurité à leurs enfants, apporter bonheur et amour autour d’eux. En fin de vie, ils sont souvent très seuls. Si on les maltraite en plus, c’est inacceptable!
  • L’indifférence, passez tout droit sans s’arrêter pour ne pas voir, parce que nous n’avons pas le temps de voir, parce que la vie de l’autre a aucune importance.
  • La barbarie qui se passe dans certains pays, le massacre du Rwanda, les crimes pour l’honneur, les personnes incarcérées pour avoir dit les vraies affaires, les dictateurs qui sont drogués au pouvoir et à l’argent, les milliards d’êtres humains qui souffrent de la faim parce que les dirigeants ne pensent qu’à leur bien-être et  à leur richesse, etc.
  • Les enfants qui n’ont pas la possibilité de vivre leur vie d’enfant, et qui sont chargés de responsabilités qui les dépassent.
  • Les financiers véreux qui ruinent l’avenir des petits épargnants en abusant de leur confiance.
  • Les enveloppes brunes, les sommes exorbitantes qui sont dépensées en double et en triple du prix réel pour financer une quelconque Mafia, les irrégularités dans le domaine de la construction pour ne citer que celui-ci.

 À New York, Boston, Chicago, et Washington, des « indignés » ont manifesté contre les excès de la finance. Ils étaient des centaines à être venus crier leur ras-le-bol. Ils ont plantés des tentes sur l’esplanade du centre névralgique de la finance et scandaient des slogans électriques pour sensibiliser les dirigeants à leur réalité au quotidien, afin que ceux-ci assument leur part de responsabilités du merdier dans lequel ils les ont plongés.

De Madrid à l’Angleterre, en passant par la France, plusieurs personnes se sont également levées, pacifiquement pour la plupart, pour crier également leur indignation contre le système. Ils envoient des appels à changer ce monde usé jusqu’à la corde par tant de mensonges, d’injustices et de violences accumulées depuis la nuit des temps. « Nous ne voulons plus du mensonge des guerres justes ou des printemps révolutionnaires orchestrés par la CIA et ses valets. Nous ne voulons plus du mensonge des politiques qui protègent les lobbies empoisonneurs de la terre, de l’eau et de l’air. Nous ne voulons plus du mensonge de ces dettes illégitimes au travers desquelles les élites financières rendent les foules citoyennes comme les nations esclaves des gangs banques. »

Depuis la mi-octobre, 300 « indignés » campent au square Victoria pour protester contre le système, une cause qui est gérée dans la dignité, dans le respect des lieux et des personnes, sans violence. «  Nous sommes ulcérés du système bancaire actuel. Je gagne bien ma vie, mais je veux plus d’espoir pour vous, pour mes enfants qui ont à peu près votre âge », explique un Montréalais de 68 ans.

Ce n’est pas vrai que les choses vont bien. Il y a de la corruption, de l’indifférence, de la malhonnêteté, du je-m’en-foutisme, partout! Que pouvons-nous faire pour ouvrir à la solidarité, la compassion, la vraie justice, la coopération, l’équité? C’est beau et noble de s’indigner, mais quel est l’avenir que je réserve moi aussi à mes enfants, et nous collectivement?

Francine Vincent

 

Ne m’oubliez pas!

Hélène a 98 ans.  La belle Hélène, comme l’appelait autrefois son époux Rolland. Depuis le 1er septembre, sa maison c’est l’hôpital Charles-Lemoyne. Elle a eu un accident vasculo-cérébral, elle qui n’avait jamais été vraiment malade de toute sa vie. Elle qui a dansé jusqu’à l’âge de 90 ans avec une souplesse extraordinaire, elle est aujourd’hui alitée, passablement lucide malgré tout, et angoissée…

Hélène, c’est ma belle-mère.  Une femme extraordinaire, dévouée, généreuse, patiente…  Quand je me présente à la porte de sa chambre avec son fils, mon mari, c’est un cri de joie qui s’échappe de son corps tout entier.  Enfin! Elle prend ma main, la tient dans la sienne de toutes les forces de sa main droite, parce que son côté gauche est paralysé. Elle me regarde au fond de mon être, de son regard perçant et me redit encore une fois: « Enfin te voilà! Je croyais que tu m’avais oubliée! » Ça me déchire le cœur chaque fois.  Et chaque foi, je me découvre une immense patience pour lui réexpliquer l’état de sa situation et répondre encore à ses mille questions : Où suis-je? Qui m’a amenée ici? Que m’est-il arrivé? Pourquoi est-ce que je ne peux pas habiter avec vous? Je veux vivre avec vous! Qui va s’occuper de moi? Pourquoi est-ce que c’est arrivé à moi?

Ma belle-mère est une femme remarquable.  Sa vie, elle l’a mise au service de sa famille prioritairement, de ses voisines, de ses amies, de son Église. Elle a partagé ses talents de cuisinière, de couturière, avec beaucoup de tendresse. C’était une grande organisatrice d’événements.  A quelques minutes d’avis, elle pouvait préparer du chocolat chaud pour une troupe de scouts que son fils amenait à la maison, et ce, sans émettre une seule parole de mécontentement. Elle accueillait ces garçons avec un grand sourire.  Elle était heureuse de rendre service et d’être entourée de monde. J’ai toujours admiré chez elle sa grande générosité, son don de soi, son esprit de service, sa fidélité.

Aujourd’hui, presque en fin de vie, c’est un petit ange que je retrouve chaque fois dans un grand lit blanc, presque trop grand pour elle. Depuis hier, elle est au septième étage de l’hôpital, au septième ciel. Elle est entourée de personnes extraordinaires, les préposés aux bénéficiaires, qui font un travail exigeant, harassant parfois, mais avec tellement d’amour.  « Elle me fait penser à ma mère », me dira l’une.  « Je me suis attachée à elle », me confiera une autre. Malgré les appels incessants de chacun, « j’ai peur toute seule », « je veux la bassine », « j’ai faim », avec une immense patience, ils sont là, toujours là, à toute heure du jour et de la nuit, pour apaiser, consoler, aider.  Je leur lève mon chapeau!  Ce sont les anges du septième ciel.

Nous visitons la belle Hélène tous les jours. C’est ma belle-mère, c’est une mère, qui nous a consacré sa vie, par amour.

Avez-vous visité votre mère récemment?

Je vous en prie, ne l’oubliez pas!

Francine Vincent

3.41$

Il y a des jours où je n’ai vraiment pas l’impression d’avoir fait ce qu’il fallait faire. Avec simplicité, je vous raconte la raison de mon ambigüité et vous me direz sûrement que vous avez déjà vécu une expérience semblable.

Je suis dans le stationnement du Centre diocésain, rue Ste-Foy à Longueuil.  Un homme arrive à bicyclette et se dirige vers moi. Il me raconte son histoire tout d’un trait : Il habitait Rimouski. Il est déménagé depuis peu dans le quartier.  Il n’a pas encore de travail. Son fils commence l’école dans une semaine.  Sa femme est malade. Il doit lui acheter des médicaments. Il lui manque 3.41$.  « Pouvez-vous me les avancer et je vous rembourserai promis, dès que je le pourrai. » Je le regarde dans les yeux et j’ai le goût de lui dire : « N’en beurre pas si épais. Je ne crois pas ton histoire de toute façon ». Il me dit à plusieurs reprises qu’il est très gêné de faire cette demande, que cela lui a pris tout son courage pour faire cette simple démarche. « Venez à mon aide, svp? »

Qu’est-ce que je dois faire?  C’est facile pour moi de lui remettre 3.41$.  Qui n’a pas 3.41$ dans son portefeuille? Et voilà que je me mets à hésiter. Si je lui donne ce qu’il demande, il y aura toujours quelqu’un qui suivra pour me redemander de l’argent, le mot se passe vite semble-t-il.  Si j’ouvre mon sac, en profitera-t-il pour prendre tout ce que j’ai?  Pourtant, 3.41$ c’est rien! Je dépense régulièrement plus que cela pour des choses futiles.  Pourquoi ne demande-t-il pas 100$?, 50$, 20$? Si son histoire est vraie, quand il aura payé les médicaments, il n’aura plus rien devant lui. Aujourd’hui qu’est-ce qu’on peut faire avec 3.41? Pour m’en sortir et me déculpabiliser  du même coup, je l’ai dirigé vers la réception du Centre diocésain, qui, je l’ai su plus tard, ne donne pas d’argent à quelqu’un de passage mais l’oriente vers différents organismes selon le cas.

Je demeure toujours fragile devant la pauvreté, moi qui dit avoir un cœur de franciscaine et est inspirée par la vie de François d’Assise, lui qui a su à une autre époque être pauvre avec les plus pauvres, partager sans regarder en arrière, donner tout ses biens en se disant que Dieu pourvoira à ses propres besoins.

Pourtant l’an dernier, quand j’ai vécu l’Itinéraire Spirituel[1], j’avais été très touchée par ma rencontre avec des itinérants du Vieux-Montréal. Au-delà du café, des sandwiches, des chapelets, des bas et des mitaines qu’on leur apportait, ils étaient très sensibles au temps passé avec d’eux à les écouter, à échanger sur le quotidien de leur vie, même à prier. Et si l’homme à bicyclette n’avait eu besoin que d’un temps pour se dire. Le 3.41$ n’était-il pas qu’un prétexte?

Francine Vincent



[1] L’itinéraire spirituel est un court pèlerinage de 3 jours auprès de 7 communautés de vie religieuse ou laïque, afin de découvrir la spiritualité qui les anime et vivre une expérience spirituelle avec eux au quotidien.

Prendre le temps de prendre son temps

En février dernier, de passage à Paris, j’en ai profité pour aller à une activité liturgique proposé par les Jésuites, La Messe qui prend son temps.  Des amis y avaient participé et en étaient revenus presque transformés. Cette messe s’adresse prioritairement aux jeunes universitaires et jeunes professionnels. J’avais hâte, d’une part, de vivre une célébration avec des jeunes adultes, ayant moi-même traversé de peu la cinquantaine.  D’autre part, je voulais expérimenter le « qui prend son temps ». Qu’est-ce que cela voulait signifier?  Une messe qui s’étire en longueur? Une messe avec un débit lent? Des chansons lentes? Des déplacements lents?

messeJe suis arrivée sur les lieux un peu à l’avance. Une dizaine de jeunes se familiarisaient avec les chants. On nous a invités à joindre nos voix aux leurs. Il y avait déjà une belle énergie, et une trentaine de jeunes adultes commençaient à prendre place autour de l’autel, central dans la pièce. À 19h00 – parce que la Messe qui prend son temps est célébrée le dimanche en soirée – nous étions au moins 200, dont une vingtaine de ma catégorie.  J’ai vécu, ce soir-là, une vraie rencontre communautaire, un cœur à cœur avec Dieu. On a « pris le temps » de faire les choses, de poser les gestes, de s’instruire, d’échanger, de fraterniser… et surtout de méditer. Parce que les trois temps forts de cette eucharistie sont : un enseignement, une méditation personnelle en silence et un temps de partage, qui permettent d’entrer en relation avec Dieu, soi-même et les autres. Au terme de la messe, un temps d’amitié autour d’un « pot » convivial.

J’étais à Paris pour 10 jours. J’ai donc pu vivre une Messe qui prend son temps à deux reprises, histoire de vérifier si je ne rêvais pas.  Ce fut une dégustation pour les sens et pour le sens à chaque fois.

À mon retour, je n’avais que le goût de partager mon expérience, une expérience toute simple dans le fond, une liturgie comme on en voit à travers toute l’Église, mais une expérience que l’on prend le temps de goûter, et de faire du sens au plus profond de soi.  À ma grande surprise, chaque fois que j’en parlais à un jeune adulte, de tout acabit, je recevais cette réponse : « Si tu en organises une, je suis prêt à tenter l’expérience! » Chacun avait ses raisons diverses de vouloir vivre une Messe qui prend son temps : par curiosité, par solidarité, pour se retrouver entre jeunes, mais aussi pour se déposer dans un monde où on prend rarement le temps de le faire, pour entendre le silence, pour prendre du temps pour soi tout simplement et pour Dieu en écho.

En passant, Il y aura une Messe qui prend son temps en septembre prochain, le 18, à 19h00, à Chemins de vie…

Francine Vincent

L’art emprisonné

statues_of_romeLa semaine dernière deux statues de bronze représentant deux enfants ont été volées à la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue à Longueuil.  Ces deux enfants avec la statue de Mère Marie-Rose représentaient une page de notre patrimoine religieux.  C’était comme un rappel, chaque fois que l’on circulait sur la rue Saint-Charles coin Chemin Chambly, un rappel de notre histoire, un rappel qu’il y a eu des femmes qui ont vu à l’instruction de ceux qui nous ont précédés. Ces belles sculptures n’étaient pas enfermées dans des musées, mais étaient exposées à la vue et au su de tous.

À cause de ces actes méprisables, la statue de mère Marie-Rose a été retirée de son socle, avec raison. Il n’est pas question de se faire voler celle-là aussi! Il faudra donc cacher cette œuvre d’art, ou l’exposer à l’intérieur sous une cloche de verre, avec un bon système d’alarme ou de caméra. Et l’audace des cambrioleurs ne s’arrête pas là. Les cimetières sont aussi pillés.  On vole particulièrement les statues de bronze, pour les revendre pour la matière première, et pour les sous qui viennent avec. Les angelots, les Christ ressuscité, les personnages de toutes sortes sont « piqués ». C’est une honte!

D’une part, il n’y a plus aucun respect pour le sacré, pour l’histoire, pour le patrimoine, pour la mémoire religieuse. D’autre part, l’art devient quelque chose que l’on continue d’enfermer parce qu’on n’est pas capable de regarder sans toucher, sans prendre, sans briser, sans égratigner, sans massacrer. En septembre dernier, je suis allée à Rome. À Saint-Pierre-Rome, la belle statue de la Pieta de Michel Ange, un chef d’œuvre artistique d’une beauté et d’une sensibilité incroyables, a dû être mise sous protection elle aussi.  Quelqu’un s’était rué dessus avec un marteau, et a réussi à « gosser » le marbre à plusieurs endroits.  Épouvantable!

Est-ce qu’on peut encore croire que la beauté, l’art, la créativité, le talent, soient accessible à tous? Quand aurons-nous la possibilité de ranger nos caméras de surveillance, nos systèmes d’alarme et nos vitrines protégées? L’art c’est pour tout le monde.  L’histoire et la mémoire doivent être accessibles à tous également.

Francine Vincent