Rémi Bourdon

Tantôt Blackberry, tantôt WikiLeaks

Le noir absorbe totalement la lumière sans rien en refléter. Le noir est secret, muet comme une tombe, fermé comme une huître. La grande vertu du Blackberry est de ne laisser couler aucune information en dehors de la communication autorisée. Le président américain a donc pu garder la petite plaque noire en toute sécurité.

Mais voilà qu’on crie gare dans certains pays : « La sécurité nationale et la morale sont menacées. » On s’apprête à en restreindre l’usage aux citoyens pour se prémunir contre d’éventuels terroristes et pornographes.

45647879Le Blackberry serait trop étanche pour l’émir. Ne faudrait pas le munir d’un dispositif de fuite contrôlée pour mettre la main au collet des cyber-malfrats, ou du moins, laisser planer le doute qu’ils seront épinglés? C’est un BerryLeaks qu’on exige, en quelque sorte! (voir le Courrier international)

Par ailleurs, pour le Pentagone, c’en est trop avec WikiLeaks qui coule trop de dossiers confidentiels. Là aussi, on craint pour la sécurité. On réclame le colmatage de la fuite, tout en menaçant  de représailles le fondateur du site WikiLeaks. Vivement un BlackWiki! (voir Le point)

Tantôt, nous sommes pour le secret bien gardé, tantôt pour l’information coulée, le secret gardé à plusieurs. Alors, quand nous faut-il être Blackberry … ou WikiLeaks?

La vérité sans l’amour déshumanise toujours.

« L’amour dans la vérité  est un grand défi pour l’Église dans un monde sur la voie d’une mondialisation progressive et généralisée. Le risque de notre époque réside dans le fait qu’à l’interdépendance déjà réelle entre les hommes et les peuples, ne corresponde pas l’interaction éthique des consciences et des intelligences dont le fruit devrait être l’émergence d’un développement vraiment humain. » (Lettre encyclique Caritas in veritate, de Benoît XVI, no 9)

« Si Dieu existait, il ne laisserait pas souffrir des innocents! »

Dans son temps, Jésus n’a pas éradiqué la souffrance et le mal liés à des causes naturelles ou à la méchanceté humaine.  Cependant, le Fils de Dieu est venu annoncer un monde renouvelé, sans mal ni péché. Il a proclamé que ce nouvel ordre des choses, le « Règne de Dieu », était déjà commencé pour celles et ceux qui le suivaient. Pour appuyer l’autorité  de sa Parole, il a manifesté la puissance qui l’habitait en opérant des guérisons. Son intention n’était pas de guérir tous les malades d’Israël et des environs, mais, par ces signes toujours à interpréter, d’ouvrir à une nouvelle vision des choses et à une espérance étonnante.

« Je ne crois pas en Dieu, car s’il existait, il ne laisserait pas souffrir des innocents! », entendons-nous parfois. Le mystère du mal peut être l’obstacle majeur qui barre la route à la foi quand on exige de Dieu d’être conforme au portrait qu’on s’en fait.

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Dieu n’était pas au rendez-vous quand, au jardin des Oliviers, Jésus a visualisé la souffrance abjecte qu’il allait traverser, et qu’il a prié ainsi : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse! »

Dieu n’a pas « épargné» le Fils. Qui est-il ce Dieu-Fils qui manifeste un amour tel en prenant sur lui, le mal et le péché dont souffre l’humanité ? Notre mal est « recyclé » par Dieu depuis que Jésus en a fait sa route pascale, recyclé en surabondance de vie.

Je crois en Dieu-avec-nous

pour ce temps de violence,

sur nos chemins de souffrances.

Son Souffle murmure en nous :

« Je viens ! J’étonnerai vos patiences. »

Rémi Bourdon

Sources photos 1 et 2

Faut-il ou non porter un signe, ou bien le devenir?

Si vous portez une croix ou un voile, il s’agit probablement pour vous d’un signe ostensible (apparent). Mais pour les tenants de la laïcité stricte, ce serait plutôt un signe ostentatoire (qui vise à attirer l’attention). Un chroniqueur de C’est bien meilleur le matin semble ostensiblement privilégier ostentatoire quand il parle de signe religieux dans la fonction publique.

SigneOn va probablement clore le débat par une loi. Mais comme croyant chrétien, qui lit certaines pages d’Évangile, je suis incité à me demander : où est le plus important: avoir un signe chrétien sur soi ou être soi-même signe de Jésus Christ?

La croix portée au cou est un code, un langage largement compréhensible en Occident, associée d’abord au christianisme. Se faire identifier par ce signe aujourd’hui n’attire pas les mêmes réactions qu’au temps de la chrétienté. Certains ressentiront du harcèlement dans des attitudes ou des paroles de désapprobation.

Rappelons-nous que les premières communautés chrétiennes avaient entre eux un signe non ostensible, qui permettait à chaque membre de reconnaître en un chrétien étranger un frère en Jésus ressuscité. Le poisson dessiné furtivement sur la terre battue devenait signe de reconnaissance discret, dans une Rome cosmopolite, terre de passage devenue hostile aux disciples du Galiléen crucifié.

Les lettres du mot grec ICTUS (poisson), ont fonction d’acrostiche : Jésus Christ, de Dieu fils, Sauveur

Cette page fondatrice de l’histoire chrétienne me rend libre quant au port de tout signe ostensible de ma foi. Mais cette histoire et de nombreuses pages d’Évangile m’interpellent tout autrement quant à être moi-même signe, témoignage vivant d’une Parole d’amour, d’un Royaume de justice et de paix. Je retiens trois phrases du Nouveau Testament, que je pourrais glisser dans ma poche pour orienter toute parole et tout geste au quotidien :

  • «Toutes les fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.» (Matthieu 25,40)
  • «Quand ta main droite donne quelque chose à un pauvre, ta main gauche elle–même ne doit pas le savoir.» (Matthieu 6, 3)
  • «A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jean 13,35)
  • Au fond d’une poche comme au fond du cœur

    Rémi Bourdon

    Emporté par ce grand tourbillon des (maux) mots

    Note : après avoir lu l’article du Devoir et les commentaires, l’idée m’est venue  de copier/coller des expressions chocs, puis de les réagencer à ma manière. Merci à ceux et celles de qui j’ai emprunté ces morceaux de casse-tête existentiel, tel un disque dur à défragmenter.

    poeme

    Télécharger le premier CD
    et se laisser emporter :
    perte d’espoir dans la vie
    dont ces jeunes font partie.

    Assister aux spectacles
    qui traduisent nos états d’esprits :
    société québécoise éclatée, atomisée.
    Finie la culture du sacré,
    vive celle du marché!
    Le dieu-fric a ses fils bien-aimés,
    financiers et banquiers.
    Et les vendeurs de tout acabit,
    les «nouveaux curés».

    Avant, était le joug du religieux.
    Puis débarrassés de l’autorité religieuse,
    les églises se sont vidées;
    les temples de la consommation ont débordé.

    Comment trouver son chemin
    devant un avenir incertain?
    Danser et chanter son mal de vivre
    Crier les signes de décadence.

    Télécharger l’autre CD
    et se laisser importer
    pour chercher le sens de sa vie en soi-même.
    Percevoir enfin un rayon de lumière.
    De nuit, chemin de Compostelle,
    changement de paradigme,
    se sentir moins seul,
    défendre ce qui est vrai, vital
    devant la logique inhumaine du marché total.

    Épilogue

    L’épilogue vous appartient
    même si j’ai le mien.
    Je préfère écouter votre CD.

    Rémi Bourdon

    Après «Les sept jours du Talion» ?

    Je n’ai pas vu ce film, et je n’irai pas le voir. Mais les commentaires entendus et lus m’ont interrogé sur la manière dont une œuvre d’art doit ou ne doit pas atteindre le spectateur.

    D’après une critique de cinéma, ce film  « ne prend pas partie et ne moralise en rien l’attitude de ce père à la dérive  (…) Certains pourront trouver cette absence de partie pris gênante, le film a le mérite de ne jamais tenter de nous influencer, et j’aime ça. »  (voir filmquebec sur overblog)

    Que vaut une œuvre du septième art qui n’influence pas? Et si, malgré ce curieux déni, elle influençait, qu’apporte-elle à celui ou celle qu’elle rejoint? Qu’est-ce qu’elle nourrit dans ses émotions, ses affects, dans ses pulsions de vie ou de mort?  J’ose prétendre que « Les sept jours du talion » laisse des traces. Du moins, ce que j’en ai entendu et vu sur Youtube a eu de l’effet sur ma sensibilité, mon humanité.

    Pour regarder ce  film sans qu’il m’influence, on me recommande en quelque sorte d’épouser l’état mental du chirurgien vengeur, Les_7_Jours_du_Talionêtre son alter ego, devenir étranger à moi-même, un spectateur glacial. Je suis capable d’entrer dans des bulles, mais pas dans celle-là.

    Quelle est cette norme selon laquelle l’« œuvre d’art » doit faire abstraction de la dimension morale et s’aseptiser de toute intention d’influencer? Que fait-on des deux réactions que voici, montrant bien que ce film joue dans des couches profondes de l’être?
    - « Ce film nous fait poser des questions personnelles et il y a même une sorte de morale. » – « Par moment, je ne regardais pas l’écran tout en approuvant complètement le courage du père de la petite fille décédée…D’où le choix de faire sa propre justice et d’aller en prison ou bien de laisser le système le faire et de savoir que le condamné ressortira sous peu.  Disons que ça fait réfléchir. ». Réactions lues sur cinoche.com.

    Imaginons que Podz (Daniel Grou)  nous présente la suite de l’histoire dans un prochain film : « Les 77 nuits de Lamek » Dans ce deuxième film,  celui qui a été torturé serait alors vengé par la mort programmé du chirurgien tortionnaire et de ses intimes. Lamek est un personnage biblique qui décide de se venger soixante-dix-sept fois : « Lamek dit (…) : Si on me frappe, je tue un homme, si on me blesse, je tue un enfant. S’il faut tuer sept hommes pour venger Caïn, on en tuera soixante–dix–sept pour que je sois vengé ». (Genèse 4, 23-24)

    Faux! Ce film a de l’influence. Il s’insinue dans nos pulsions et fait remonter des réactions primitives pré-morales.  La vengeance nourrit la violence de façon boulimique. Elle est  une spirale infernale. Elle détruit l’humain en nous, le sens de l’altérité, notre capacité de pardonner pour sauvegarder la vie.  L’Évangile fait appel au courage d’inverser ce mouvement, il propose un amour surdimensionné. « Père, pardonne-leur. » disait celui qui, innocent, pendant sept heures, avait été giflé, fouetté, puis crucifié. J’ose espérer que dans la pire atrocité que j’aurais à subir, poindrait toujours en moi la pulsation vacillante de la vie, du pardon.

    TALION : vengeance qui consiste à faire subir à l’offenseur un dommage identique à celui qu’il a causé. La loi du Talion est souvent symbolisée par “oeil pour oeil, dent pour dent” (Encyclopédie Hachette 2001)

    Rémi Bourdon

    PS : J’irai certainement voir « La donation »