Rémi Bourdon
Quand la question surgit
30/01/12
Je faisais ma tournée du nouvel an. «Pourquoi il laisse faire ces atrocités, s’il (Dieu) existe?» me demande mon frère. Il y a de ces questions qu’on porte toute sa vie, qu’on ait soixante-quinze ans, ou à peine douze comme le petit-fils de l’autre frère chez qui je me trouve une heure plus tard. On cherche à comprendre ce Dieu qui nous fait parfois douter.
Confirmé il y a un an, Simon lui aussi commence à se questionner. Il retrousse le nez de derrière son portable et lance : «Moi, je crois pas que Dieu existe». Des regards inquiets se portent sur lui «l’agnostique», et aussi sur moi, le grand oncle qui, plus, est prêtre.
La grand’ mère n’en revient pas : «Il faut pas avoir des idées comme ça, quand on a la foi.» Elle s’attendait à ce que j’appuie sa mise en garde. J’ai plutôt demandé à Simon d’expliquer ce qu’il voulait dire. «Comment prouver que Dieu existe? Lance-t-il. Comme personne ne peut le prouver, je crois qu’il n’existe pas.» Je lui demande s’il …sait, ou s’il … croit que Dieu n’existe pas. J’essaie tant bien que mal de lui faire comprendre la distinction entre savoir et croire. Il écoute attentivement. Peut-être ai-je ébranlé sa conclusion sur la non-existence de Dieu, fruit d’un esprit critique qui commence à s’exercer. On poursuit un peu l’échange et je finis par lui dire que c’est une bonne chose de se poser des questions. Puis j’ai dû continuer ma tournée en laissant en plan l’amorce de conversation.
Je suis parti insatisfait. Insatisfait d’abord de la manière dont j’avais éclairé la première question du frère sur la souffrance et le mal. Comment en quelques minutes faire comprendre ce que François Varonne déploie longuement dans son livre Ce Dieu sensé aimer la souffrance? Insatisfait de mon dialogue inachevé avec le petit-neveu. Insatisfait d’avoir un peu déstabilisé ma belle-sœur.
J’aurais aimé dire à chacun : « Je connais un groupe où tes questions sur Dieu et la foi peuvent être débattues.» Que faire de ces interrogations qui surgissent en faisant du bruit dans la tête et le cœur de tant de chrétiens, puis redeviennent silencieuses sans avoir été éclairées? Je rêve de communautés chrétiennes où des baptisés de tous âges sauront qu’il existe des groupes de partage prêts à les accueillir pour cheminer dans la foi. Après tout, les AA et autres anonymes savent bien s’organiser en réseaux de proximité pour ensemble se soigner l’âme.
Rémi Bourdon
Minuit chrétiens!
24/12/11
Les plus grandes voix d’opéra l’ont chanté, à « se petter » les cordes vocales. « Peuple à genoux …Peuple debout… Noëeeeel !» Pour une émotion un peu moins martiale, vous pouvez aussi l’écouter sur You Tube, interprété par Ginette Reno ou Marie-Élaine Thibert.
J’aime bien l’ampleur musicale de cette hymne, j’avoue. Mais certains mots grincent toujours dans mon oreille, notamment : « Et de son Père arrêter le courroux. ». Dieu ne peut s’apaiser qu’en faisant rembourser la dette. « Œil pour œil, dent pour dent ». Dieu Justicier ne fait qu’appliquer la loi du Talion.
Je n’ai pas envie d’accuser le Minuit chrétiens de me rappeler l’image d’un Dieu en colère. Car chaque jour, le premier psaume qui m’est proposé dans la Liturgie des heures, se termine avec ces paroles de Dieu à l’adresse de son peuple à la tête dure: « Dans ma colère, j’en ai fait le serment : jamais ils n’entreront dans mon repos » (Ps 94, 11).
Pendant un certain temps, j’ai décidé d’escamoter ces lignes bibliques qui me présentaient un Dieu courroucé. J’ai même collé par-dessus une version évangélisée : « Dans ma tendresse et miséricorde, j’enverrai mon Fils qui parlera à leur cœur et les conduira à la plénitude de la vie. » Puis finalement j’ai opté pour dire les deux, à la suite.
Pourquoi dénier que mon (notre?) inconscient est toujours hanté par un Dieu punitif et vengeur que je dois toujours évangéliser? Après tout, si notre culpabilité peut nous le faire craindre, on peut, par contre, compter sur lui pour qu’il tourne sa colère contre tous ceux qu’il devrait punir pour se (nous) venger.
J’ai besoin de refaire régulièrement le chemin de révélation du vrai visage de Dieu dans le Premier et le Nouveau Testament, car mon âme tient des deux. Il nous faut constamment passer de « Et de son Père arrêter le courroux. » à « Et de son Père incarner l’amour fou.
« Quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois dois-je lui pardonner? Jusqu’à sept fois ? » Jésus répondit à Pierre: « Pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 21-22). Ça finit par épuiser toute colère, la nôtre, puisqu’il n’y en a pas en Dieu.
Joie et paix de Noël!
Rémi Bourdon
Les deux temples de la rédemption
19/12/11
Durant l’Avent et le temps de Noël, on entend le mot Rédempteur dans les textes liturgiques. Par exemple le prophète Isaïe : « Tu es, Seigneur, notre Père, notre Rédempteur : tel est ton nom depuis toujours. »
Le rédempteur, c’est celui qui rachète les dettes de ceux qui sont pris à la gorge. Ils sont encore nombreux les racheteurs, aujourd’hui.
Ils ont pignon sur rue, et site sur la toile. Vous n’avez qu’à taper « rachat de dettes », et on vous parlera de votre étouffement. Puis on vous proposera de vous sauver en rapaillant toutes vos créances, pour en faire la consolidation et vous proposer un emprunt unique. Puis le dernier mot tombe, mensualités, avec le papier à signer. Parmi de nombreuses définitions que j’ai trouvées dans l’Internet, en voici une : « Le rachat de dettes se résume à regrouper ou consolider toutes vos dettes en un seul et même prêt et d’en payer les mensualités.»
Imaginons un moment que celui qui a racheté et consolidé vos dettes vous fasse venir et vous dise : « Ta dette, qui m’appartient maintenant, je ne veux pas en tirer profit, je te charge aucun intérêt sur ton emprunt. » Le croiriez-vous? Imaginons même qu’il vous dise: « Ta dette, je l’efface, je te la remets. Voici! J’ai signé une quittance en ta faveur. » Impossible! Excessif! Utopique!
Pourtant, dans l’ordre de la foi, par rapport à toutes les injustices, les saloperies des humains les uns envers les autres, une Parole nous appelle à espérer que toutes ces dettes réciproques seront effacées, remises. Ce qu’aucun créancier ne peut raisonnablement faire, Dieu promet qu’il le fera par l’avènement de son règne. Dieu, Rédempteur de toutes les dettes de l’humanité, par une quittance finale signée du sang du Fils. « Prenez et buvez, ceci est mon sang pour la rémission des péchés. » Tout ça nous dépasse tellement.
Car mes pensées ne sont pas vos pensées,
et vos voies ne sont pas mes voies.
(Isaïe 55,8)
Un jour, il n’y aura plus le temple de la mensualité, mais que celui de la mansuétude.
Rémi Bourdon
En veux-tu? En vlà!
28/11/11
J’ai reçu une pelletée de demandes de dons de charité. J’en ai compté 53 depuis janvier dernier. Il m’est arrivé de payer ma dîme deux fois. Maintenant, j’empile les enveloppes pour tout traiter d’un coup; cela me permet d’avoir vue d’ensemble et de pondérer les demandes. Ce déferlement se produit depuis deux ans. Je soupçonne qu’il y a eu coulage de listes de donateurs sur lesquels mon nom apparaît. J’ai reçu des petits cadeaux dont 6 fois des autocollants avec mon adresse.
Que faire : augmenter mes dons? Saupoudrer sur toutes les demandes? Pendant deux heures, j’ai classé la paperasse répandue sur la table, et noté mes priorités jusqu’à hauteur de 25 dons, chéquier et carte de crédit en main. Pas facile d’éliminer des causes humanitaires, après avoir mis de côté la cause animalière.
Le matin, j’avais lu Matthieu 25, en ce dimanche du Christ Roi de l’Univers. Rien dans ce texte pour se retenir la générosité. « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous…; j’étais un étranger, et vous… ; j’étais nu, et vous …; j’étais malade, et vous …; j’étais en prison et vous …» Après tout, je veux devenir un « juste » pour m’entendre dire à moi aussi: « Venez les bénis de mon Père. » Puis je regardai la pile de mes refus. Et résonna l’autre versant du texte : « Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne… et vous ne… et vous ne… »
Ombre et lumière sont bien le lot de notre cœur, ivraie et bon grain, parure de notre champ. Et limitées nos ressources personnelles. « Dieu saura bien m’accueillir » me dis-je en ramenant mon regard sur la première pile de lettres. « M’accueillir », mais selon ce texte, non en raison de ma foi.
« La réponse de Mt 25 à l’enjeu du devenir humain est que tout se joue dans le rapport aux laissés pour compte de la société. Le statut social ne sert à rien. La richesse accumulée ne sert à rien. La science apprise ne sert à rien. La performance religieuse, politique, sportive ne sert à rien. La grandeur d’un être humain se mesure au soin qu’il ou elle a pris des plus petits. »[1]
Déroutant ce Dieu qui n’absolutise pas la foi en Lui, mais qui ne tolère pas qu’on ne reconnaisse pas concrètement la dignité de tout Humain!
Jésus à votre porte à l’Halloween
17/10/11
Fantôme, momie, Batman ou Cendrillon, des milliers de personnages à incarner pour plein de sensations. Vous les verrez bientôt, dans la soirée du 31, toutes ces beautés éphémères et créatures étranges.
Depuis la mi-septembre, la publicité s’acharne dans notre boîte aux lettres[1], à offrir sa garde-robe de costumes. Et parmi eux, il y a Jésus, les mains et le regard tournés vers le ciel. Il y a aussi le pape, un évêque, un curé et un moine. Après tout, nous sommes encore un peu en terre catholique. Alors on peut comprendre qu’il n’y ait pas de déguisements d’iman, d’ayatollah, de juif hassidique, ou de moine bouddhiste. Voilà, d’après les sociologues, nous sommes entrés dans une époque de postchrétienté.
Quand j’étais enfant, il aurait été inimaginable, sacrilège de me déguiser en Jésus. Puis il ya eu la révolution tranquille : « la religion a pris le bord ». C’était le début de ce qu’on a appelé la sécularisation. Dans les années 70, le mot sécularisation voulait dire que la religion avait perdu sa place prédominante. Elle avait une place mais pas toute la place. Depuis les années 90, le phénomène de sécularisation serait entré dans une nouvelle phase, c’est-à-dire que la religion est devenue presqu’invisible dans l’espace public culturel: « la religion n’est plus dans le décor ». Pour beaucoup, ce n’est pas plus qu’un reliquat du passé, du folklore. Si bien qu’on en vient à banaliser la figure centrale de la tradition religieuse québécoise.
Quand vous avez regardé le contenu du sac-à-pubs, vous êtes-vous étonné de voir Jésus dans l’alignement des personnages halloweenesques? Jésus est un costume parmi d’autres. Faut-il s’en offusquer? Pas trop! Mais ça nous questionne comme croyants : si Jésus Christ est au cœur de notre existence comme Parole de Vie qui donne sens au devenir de l’Humanité, que faisons-nous pour faire connaître cette Bonne Nouvelle à notre monde qui en a tant besoin?
Je ne sais pas combien de « Jésus » vont frapper aux portes de votre quartier pour demander des bonbons. Mais je crois que le vrai Jésus, le Vivant, frappe toujours à notre porte, celle de notre demeure intérieure. « Voici : je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi. » (Apocalypse 3, 20)
Tendez l’oreille, le soir, à l’heure du souper!
Rémi Bourdon
Ps. : Jésus a déjà été pris pour un fantôme : « Quand ses disciple, dans la barque, le virent marcher sur la mer, ils pensèrent que c’était un fantôme, et ils poussèrent des cris. » (Marc 6, 49)
Quand la rapacité impose sa loi.
15/09/11
[1]
Le rapport Duchesnaux le confirme : la corruption est érigée en système dans les attributions de contrats dans les travaux publics au Québec. «On a le pouvoir, on voit passer l’argent… pourquoi pas une petite ponction?» Voilà le pouvoir de l’Argent qui bafoue la Justice. Nous payons tous pour ça, en manque à gagner, en perte de confiance de tous ordres dans nos liens sociaux.
Que ton règne vienne sur la terre comme au ciel!
Une partie de l’ile Charron est protégée par les verts et convoitée par les billets verts. Ce terrain a beaucoup de valeur de part et d’autre. Chaque partie est prête à mener le combat jusqu’au bout. En s’adossant à la loi, c’est l’enchère des millions. Deux visions s’affrontent, bien enracinées dans notre culture : la marchandisation de la nature ou sa conservation pour un développement durable. Le mercantilisme est ici légal : le possesseur est dans son droit de réclamer 40 ou 50 millions, au lieu de 15 offerts, dans son droit de détruire un milieu naturel. La rapacité jamais inassouvie exerce son empire, instrumentalise le droit et tient sa proie. Finie sa liberté. Quand elle possède un cœur, elle le bétonne.
Que ton règne vienne sur la terre comme au ciel!
Plus d’un milliard d’affamés sur un continent et des poubelles obèses sur un autre. Et une industrie du caritatif qui parfois est mis à mal par des profiteurs, tels des loups dans la bergerie.
Que ton règne vienne sur la terre comme au ciel!
Ce matin, je ne sais pas pourquoi, le bulletin de nouvelles, m’est apparu particulièrement riche en échecs de justice, de générosité de conscience citoyenne, de sens du partage.
Spontanément, me sont venus ces mots du Notre Père : Que ton Règne … une chance qu’il vient!
Ps. «Charité bien ordonnée commence par soi-même» n’est pas dans l’Évangile et non plus évangélique. Rien à voir avec cet amour proposé qui peut aller jusqu’à donner sa vie pour ceux qu’on aime. (Jean 15, 13)
Rémi Bourdon
[1] http://www.google.ca/imgres?q=rapaces+proie&hl=fr&client=firefox-a&rls=org.mozilla:fr:official&gbv=2&biw=1680&bih=860&tbm=isch&tbnid=cCM62SPiuATQHM:&imgrefurl=http://rapace-dumonde.skyrock.com/37.html&docid=bnOmxkmvwWVBfM&w=358&h=237&ei=3z1yTuH6MKT50gHNwdmYCg&zoom=1&iact=hc&vpx=177&vpy=328&dur=5396&hovh=183&hovw=276&tx=122&ty=108&page=3&tbnh=144&tbnw=189&start=62&ndsp=32&ved=1t:429,r:8,s:62
Pas d’avenir
2/09/11
Voilà que le temps des vacances se termine. Nous avons cassé la routine de l’année, en changeant notre horaire, nos activités, et probablement de décor.
Plusieurs d’entre nous sont devenus plus intensivement des marcheurs de trottoirs urbains, de sentiers pédestres, ou de randonneurs de forêt, ou des pèlerins.
Qu’ont été vos pas? Où vous ont-ils menés?
Beaucoup ont emprunté les chemins de Compostelle pour « ouvrir des chemins dans leur cœur » comme dit le psaume 83, v.6.
Il y a des pas inutiles
Et ceux qui sont vils
Il y a les pas de la gratuité
Guidés par l’altérité
Il y a les pas perdus
Qui sont pas de salut
Pas vers l’inconnu
Sans être pas d’intrus
Pas vers l’intérieur de moi
Pour mieux aller vers toi
Pieds nus aux souliers usés
Âme nue en quête d’éternité
Du théâtre de la vie, brûler les planches
Cri d’espérance au monde qui flanche
Porter sa voix, porter ses pas
Jusqu’à demain, jusque Là-bas.
Maranatha
Rémi Bourdon
Renaître de ta Parole
11/08/11
Depuis un an, des chrétiens se rencontrent régulièrement en petits groupes pour échanger sur des textes bibliques. Trois paroisses ont proposé cette démarche qui devrait progressivement s’étendre à d’autres. Ce projet diocésain vise à donner la parole à tous les baptisés pour qu’ils découvrent que dans leurs échanges, leurs paroles redonnent vie à ces textes, vieux de 2000 ans et plus. En les parlant, ils nous parlent. Ils nous rejoignent dans nos histoires personnelles.
Le projet Renaître de ta Parole vise aussi à donner la parole sur l’avenir des communautés chrétiennes. Dans le Carnet du participant, ils sont invités à donner leur avis sur diverses affirmations. En voici une à titre d’exemple :
Les parents souhaitent le meilleur avenir pour leurs enfants. Ils consacrent beaucoup d’énergie pour qu’ils développent leurs capacités au plan physique, intellectuel, culturel. Ils ont le souci de leur transmettre eux-mêmes le meilleur de ce qu’ils ont reçu. Mais quand il s’agit de leur héritage spirituel, la plupart se sentent démunis, tandis que d’autres laissent le terrain vacant en se disant : « Mon enfant décidera lui-même plus tard. » Dans nombre de familles de baptisés, les convictions et les habitudes chrétiennes ne sont alors plus ou peu transmises d’une génération à une autre.
Chaque participant exprime son accord ou son désaccord avec l’énoncé, y apporte des nuances ou ajoute d’autres considérations. Voici des résumés d’échanges :
- Les parents font baptiser leurs enfants mais ne continuent pas à transmettre les convictions religieuses. Il est facile de dire : « mes enfants choisiront par eux-mêmes plus tard», mais comment choisir, si à la base ils n’ont aucun point de départ, puisqu’il n’ont reçu aucune éducation religieuse.
- Dans les familles, la religion est taboue par crainte d’affrontements, et par le fait même de couper les liens souvent fragiles entre les membres d’une même famille (oncles, grands-parents, cousins et autre)
- Les jeunes parents trouvent que la catéchèse pour l’initiation sacramentelle prend trop de temps. Pour beaucoup de jeunes familles, le temps manque pour la pratique religieuse.
L’avenir de nos communautés chrétiennes repose sur leur capacité à se régénérer par la Parole de Dieu et par les paroles de ceux qui veulent la prendre: pratiquants réguliers, occasionnels, proches ou éloignés de toutes générations.
Vous sentez-vous concernés?
Rémi Bourdon
Responsable du projet Renaître de ta Parole
Trop de Québécois croulent sous les dettes
4/07/11
Achetez maintenant, payez plus tard: 
Mon slogan pour faire mes emplettes.
Je n’ai pas une cenne qui m’adore
Pour des spéciaux pleins les tablettes.
Mais j’ai neuf cartes de crédit « Or ».
Le vendeur et le banquier aiment mes dettes
Et moi, je consomme et je m’endors…
Non! je ne m’endors plus sous la couverte.
« Une dixième carte, Monsieur? » C’est fort!
Là, j’en ai vraiment plein la brouette!
Encore fuir en avant ou se virer de bord?
Et v’là que le ministre me tire la couette.
«Imaginons un solde de 10 000 $. Avec un seuil minimal à 2 pour cent, il faudra 80 ans pour rembourser la totalité du solde» (Ministre Jean-Marc Fournier)
Et moi qui suis-je, à clamer de tous bords
Que je suis libre, pas une marionnette?
Vendeurs, banquiers, ministres, dehors!
Mais comment reprendre les manettes?
À l’aide! J’veux plus de vos boni-dollars.
Une dépendance, pas facile à admettre.
Je peux m’en sortir, haute est la barre
Avec d’autres, je veux m’y mettre.
Comment faire lever un nouvel aurore
Finies la vie à crédit et les pirouettes
Découvrir au fond de moi ce trésor
L’empowerment, avant de tomber en miettes.
Rémi Bourdon
La bonne nouvelle du crucifix selon Stéphane Laporte
22/02/11
Dans La Presse de samedi, 19 février dernier, Stéphane Laporte jette un regard décapant sur la controverse autour du crucifix de la salle du conseil de la Ville de Saguenay.
Décapant! Qu’on soit de tous poils, ou à rebrousse-poil, laïcs ou catholiques, il nous accroche. « C’est beau, un crucifix, parce que c’est tellement à contre-courant. Le monde est rempli de symboles de puissance: l’aigle, l’ours, le lion, l’étoile… Arrive un homme à moitié nu en train de mourir sur une croix. Tellement looser, et pourtant tellement puissant. C’est bouleversant, un crucifix. Et rien n’est plus puissant qu’un bouleversement. »
Sa réflexion fait table rase de tout le reste, d’idéologique ou de religieux : un homme a donné sa vie, constate-t-il laconiquement. Cet homme cloué accule tout le monde au mur de sa fragilité, de sa finitude, sous le clou du crucifix en sursis.
Dans une des catéchèses que j’ai rédigée (Routes de Paroles) sur la passion selon Marc, je faisais ressortir la parole de détresse de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» (Marc 15,34) Cette parole de Jésus en croix est insoutenable, parce qu’elle est la dernière en Marc et Matthieu. Elle choque, parce que trop humaine, trop désespérée. On m’a suggéré d’ajouter la finale de Luc qui manifeste l’ultime confiance de Jésus: « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » (Luc 23,46)
Un jour, j’ai eu besoin de cette fin de vie de Jésus selon Marc. Mon frère aîné est entré dans la mort à reculons. Jusqu’au dernier souffle, la détresse. Pourtant j’avais prié Dieu qu’il le pacifie avant de trépasser. J’avais tellement désiré qu’il prononce la dernière parole du Jésus de Luc!
Ma prière n’a pas été exaucée. Je Lui ai crié mon indignation. Plus d’une fois. Quelle bonne nouvelle que Marc nous rappelle! Le Fils a pris jusqu’au bout la condition humaine, jusqu’à ressentir le désespoir. J’ai compris que c’est le Christ de Marc qui a accompagné mon frère au dernier moment de sa vie.
Stéphane Laporte nous branche sur la spiritualité de Marc qui nous présente d’abord un homme, un humain croyant, mais parce que Fils de Dieu, va jusqu’au bout du meilleur de son humanité. « C’est juste un gars. Un gars tout seul, au bout du chemin. Un gars qui a fait tout ce qu’il a pu. Et qui finit là, tout seul. Comme on finira tous: tout seuls. »
« Enlevez les crucifix si vous voulez, mais il ne peut rester sur les murs que le trou du clou retiré. L’État, ça ne peut pas juste être un drapeau. Il faut quelque chose de plus grand. Ouvert sur les autres. Est-ce qu’on peut s’entendre sur l’amour? Sans déplaire à qui que ce soit, la société québécoise peut-elle proclamer qu’elle croit en l’amour? »
Avec le trou du crucifix disparu, peut-être restera aussi une marque sur le mur: une ombre plus claire en forme de crucifix. On va s’empresser de repeindre le mur. Mais continuera le murmure ténu de la mémoire qui s’interroge, du cœur fait pour aimer, condition essentielle du vivre-ensemble.
Rémi Bourdon
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