L’Évangile est-il crédible aujourd’hui?
24/10/11
Lors du passage au Québec, de Mgr Albert Rouet, dans le cadre d’un colloque organisé par Centre Culturel Chrétien de Montréal http://centreculturelchretiendemontreal.org/index.html, sous le thème « L’Avenir de l’Évangile au Québec », j’ai pu l’entendre dans une excellente conférence qu’il a livrée sur la question de la crédibilité de l’Évangile aujourd’hui et que nous avons la joie de pouvoir réentendre sur You Tube http://www.youtube.com/watch?v=ccyf0ZmNTkc.
Son propos nous aide à comprendre l’état actuel des lieux et pourquoi, ce qu’on appelle couramment la « transmission de la foi » est devenue une opération qui ne va plus de soi. Mon intervention comme panéliste, dans le cadre de ce colloque, m’a donné la chance de témoigner de ce que je constate sur le terrain et ce que cela m’amène à percevoir comme voies d’avenir. Étant donné que je suis impliquée à plusieurs niveaux en catéchèse, j’ai l’occasion d’intervenir dans une paroisse du diocèse où des parents, comme bien d’autres parents, se retrouvent confrontés à un langage empreint de quiproquo.
En réalité, je ne crois plus que l’on puisse parler de la foi en termes de « transmission », puisque nous nageons en plein « malentendu ». La foi ne se transmet pas. Seul le langage peut être transmis. Et c’est justement ce langage qui fait problème aujourd’hui. La non-crédibilité du langage biblique, entre autres, est liée au fait qu’il n’est pas recevable lorsqu’il n’est pas entendu au bon niveau. Bon nombre de parents qui demandent la catéchèse pour leur enfant le font sur un restant de culture chrétienne qu’il leur semble important de transmettre mais avec laquelle ils entretiennent un rapport ambiguë. Ce langage avec lequel ils ne sont pas au clair, les garde à distance tant qu’ils n’ont pas l’occasion d’en parler en vérité. À mon avis, c’est là que tout se joue. Si l’on approche ce langage, dans le même registre concret que celui de la vie courante, on se rend vite compte qu’il nous cause problème, dû à notre précompréhension du monde qui considère comme vrai, ce que notre culture actuelle induit et accepte comme « crédibles disponibles ».
Tant et aussi longtemps qu’on aborde les récits bibliques comme des observateurs extérieurs, ces histoires nous apparaissent non crédibles puisque nous les entendons dans le registre des faits divers comme s’ils étaient des reportages journalistiques d’un passé ennuyeux ou comme des récits fabuleux qui réclameraient notre crédulité. Dans un cas comme dans l’autre, comment ces récits peuvent-ils apparaître crédibles? En fait, pour que la parole biblique soit entendue et comprise sur la même longueur d’onde qu’elle nous a été communiquée, c’est nous qui devons changer de registre. Ces récits nousinvitent à un plongeon vers l’intérieur, puisque les auteurs s’adressent à nous, d’un point de vue intérieur, qui nécessite un langage symbolique pour exprimer les réalités les plus importantes et les plus universelles. C’est ainsi que le langage symbolique concilie le monde matériel et spirituel, en une alliance qui donne sens et profondeur à la vie.
Mais ce plongeon ne va pas de soi non plus. Notre rythme de vie actuel nous garde constamment à la surface de nous-mêmes alors que le langage de la Bible nous convoque à porter un regard intérieur sur notre vie afin d’entendre une Parole qui se murmure à l’intime de nous-mêmes. Sans ce niveau d’intériorité, la Bible demeure de l’ordre de l’information, sans rejoindre son but qui est celui de la rencontre avec soi-même et avec Dieu, dans une relecture de sa vie, en vérité.
Pour illustrer cela, j’aimerais vous partager une expérience vécue avec les parents que j’accompagnais l’hiver dernier, lors d’une catéchèse sur le récit de l’Exode, où ceux-ci s’étonnaient de cette image forte de la mer qui s’ouvre et encore plus de ces Égyptiens noyés dans la mer. Comment Dieu pouvait-il sauver les uns et faire périr les autres? Puis revenant sur leurs expériences précédentes vécues en catéchèse, les parents se rappelaient qu’à chaque fois que les expressions bibliques leur paraissaient impossibles de l’extérieur, une autre vérité jaillissait, lorsque leur regard se tournait vers l’intérieur. Reprenant alors la recherche dans cette direction, un parent témoigna soudain avec émotion, de sa révélation intime en disant : « J’y reconnais mon histoire! C’est ce passage que j’ai vécu l’an dernier et je peux reconnaître aujourd’hui ce que représentent ces corps gisants sur le rivage. Finalement, j’ai vécu la libération d’une forme d’esclavage, à travers ce passage. »
Chez les enfants, le passage vers ce type de parole en intériorité, se déploie sur plusieurs années, mais peut se produire plus rapidement chez l’adulte. Reconnaître et accepter cette réalité, ce délai, oblige à ajuster notre accompagnement catéchétique. Cela nous invite à retrouver la sagesse catéchétique qui accompagne ce passage, cette transformation.
Voilà pourquoi il nous faut envisager la catéchèse comme une expérience de transformation plutôt qu’une simple opération de transmission de contenus. La personne qui reçoit le langage doit se transformer pour l’entendre au bon niveau. La crédibilité de l’Évangile est à ce prix. Et si l’on parle en termes de transformation, il nous faut également envisager le rapport au temps puisque cette transformation ne peut s’opérer que dans la durée. À notre époque du « prêt à porter » et de l’immédiateté, la crédibilité de l’Évangile ne peut se conjuguer avec rapidité. Comment concilier les attentes des parents qui réclament une « transmission religieuse » expéditive, alors que l’enjeu est dans l’ordre de la transformation qui doit nécessairement se conjuguer avec le temps et l’implication intérieure? Voilà un dilemme qui est loin d’être résolu. Qu’en pensez-vous?
Colette Beauchemin
1Photo de Mgr Albert Rouet
Jésus à votre porte à l’Halloween
17/10/11
Fantôme, momie, Batman ou Cendrillon, des milliers de personnages à incarner pour plein de sensations. Vous les verrez bientôt, dans la soirée du 31, toutes ces beautés éphémères et créatures étranges.
Depuis la mi-septembre, la publicité s’acharne dans notre boîte aux lettres[1], à offrir sa garde-robe de costumes. Et parmi eux, il y a Jésus, les mains et le regard tournés vers le ciel. Il y a aussi le pape, un évêque, un curé et un moine. Après tout, nous sommes encore un peu en terre catholique. Alors on peut comprendre qu’il n’y ait pas de déguisements d’iman, d’ayatollah, de juif hassidique, ou de moine bouddhiste. Voilà, d’après les sociologues, nous sommes entrés dans une époque de postchrétienté.
Quand j’étais enfant, il aurait été inimaginable, sacrilège de me déguiser en Jésus. Puis il ya eu la révolution tranquille : « la religion a pris le bord ». C’était le début de ce qu’on a appelé la sécularisation. Dans les années 70, le mot sécularisation voulait dire que la religion avait perdu sa place prédominante. Elle avait une place mais pas toute la place. Depuis les années 90, le phénomène de sécularisation serait entré dans une nouvelle phase, c’est-à-dire que la religion est devenue presqu’invisible dans l’espace public culturel: « la religion n’est plus dans le décor ». Pour beaucoup, ce n’est pas plus qu’un reliquat du passé, du folklore. Si bien qu’on en vient à banaliser la figure centrale de la tradition religieuse québécoise.
Quand vous avez regardé le contenu du sac-à-pubs, vous êtes-vous étonné de voir Jésus dans l’alignement des personnages halloweenesques? Jésus est un costume parmi d’autres. Faut-il s’en offusquer? Pas trop! Mais ça nous questionne comme croyants : si Jésus Christ est au cœur de notre existence comme Parole de Vie qui donne sens au devenir de l’Humanité, que faisons-nous pour faire connaître cette Bonne Nouvelle à notre monde qui en a tant besoin?
Je ne sais pas combien de « Jésus » vont frapper aux portes de votre quartier pour demander des bonbons. Mais je crois que le vrai Jésus, le Vivant, frappe toujours à notre porte, celle de notre demeure intérieure. « Voici : je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi. » (Apocalypse 3, 20)
Tendez l’oreille, le soir, à l’heure du souper!
Rémi Bourdon
Ps. : Jésus a déjà été pris pour un fantôme : « Quand ses disciple, dans la barque, le virent marcher sur la mer, ils pensèrent que c’était un fantôme, et ils poussèrent des cris. » (Marc 6, 49)
Ne m’oubliez pas!
12/10/11
Hélène a 98 ans. La belle Hélène, comme l’appelait autrefois son époux Rolland. Depuis le 1er septembre, sa maison c’est l’hôpital Charles-Lemoyne. Elle a eu un accident vasculo-cérébral, elle qui n’avait jamais été vraiment malade de toute sa vie. Elle qui a dansé jusqu’à l’âge de 90 ans avec une souplesse extraordinaire, elle est aujourd’hui alitée, passablement lucide malgré tout, et angoissée…
Hélène, c’est ma belle-mère. Une femme extraordinaire, dévouée, généreuse, patiente… Quand je me présente à la porte de sa chambre avec son fils, mon mari, c’est un cri de joie qui s’échappe de son corps tout entier. Enfin! Elle prend ma main, la tient dans la sienne de toutes les forces de sa main droite, parce que son côté gauche est paralysé. Elle me regarde au fond de mon être, de son regard perçant et me redit encore une fois: « Enfin te voilà! Je croyais que tu m’avais oubliée! » Ça me déchire le cœur chaque fois. Et chaque foi, je me découvre une immense patience pour lui réexpliquer l’état de sa situation et répondre encore à ses mille questions : Où suis-je? Qui m’a amenée ici? Que m’est-il arrivé? Pourquoi est-ce que je ne peux pas habiter avec vous? Je veux vivre avec vous! Qui va s’occuper de moi? Pourquoi est-ce que c’est arrivé à moi?
Ma belle-mère est une femme remarquable. Sa vie, elle l’a mise au service de sa famille prioritairement, de ses voisines, de ses amies, de son Église. Elle a partagé ses talents de cuisinière, de couturière, avec beaucoup de tendresse. C’était une grande organisatrice d’événements. A quelques minutes d’avis, elle pouvait préparer du chocolat chaud pour une troupe de scouts que son fils amenait à la maison, et ce, sans émettre une seule parole de mécontentement. Elle accueillait ces garçons avec un grand sourire. Elle était heureuse de rendre service et d’être entourée de monde. J’ai toujours admiré chez elle sa grande générosité, son don de soi, son esprit de service, sa fidélité.
Aujourd’hui, presque en fin de vie, c’est un petit ange que je retrouve chaque fois dans un grand lit blanc, presque trop grand pour elle. Depuis hier, elle est au septième étage de l’hôpital, au septième ciel. Elle est entourée de personnes extraordinaires, les préposés aux bénéficiaires, qui font un travail exigeant, harassant parfois, mais avec tellement d’amour. « Elle me fait penser à ma mère », me dira l’une. « Je me suis attachée à elle », me confiera une autre. Malgré les appels incessants de chacun, « j’ai peur toute seule », « je veux la bassine », « j’ai faim », avec une immense patience, ils sont là, toujours là, à toute heure du jour et de la nuit, pour apaiser, consoler, aider. Je leur lève mon chapeau! Ce sont les anges du septième ciel.
Nous visitons la belle Hélène tous les jours. C’est ma belle-mère, c’est une mère, qui nous a consacré sa vie, par amour.
Avez-vous visité votre mère récemment?
Je vous en prie, ne l’oubliez pas!
Francine Vincent
3D
3/10/11
La semaine passée, je voulais bloguer à propos du film Pour l’amour de Dieu. Malheur ! Il ne jouait plus dans aucun cinéma de la rive sud… qu’à cela ne tienne, j’ai trouvé un aussi bon film, et j’en suis certaine : Jean XXIII, le pape du peuple.
http://fr.gloria.tv/?media=103440
http://gloria.tv/?media=103447
Romancé, mais fidèle à vie de Guiseppe Roncalli, ce film propose les gestes les plus marquant de sa vie : déroutement d’un train juif pour éviter le camp de concentration, soutien de travailleurs en grève recherchant la justice, fraternité avec les chrétiens non catholiques et surtout, mise en place du Concile Vatican II.
Le 22 septembre dernier, la CECC a diffusé une lettre aux jeunes catholiques portant sur la justice sociale. Elle se veut encourageante envers une jeunesse qui met en pratique l’Évangile et qui rend l’amour de Dieu visible et concrète.
Le mot clef de Jean XXIII : Dialogue, Dialogue, Dialogue… En parlant, en communiquant, il est possible de paver le chemin à la justice, la vérité, la liberté et la charité; quatre piliers qui mènent à la paix et qui seront les fondements de l’encyclique sociale de Jean XXIII, Pacem in terris.
Jean XXIII a voulu laisser en héritage un message de paix et de justice au monde. Le 11 octobre prochain, non seulement nous serons à la veille du 50e anniversaire (11 octobre 2012) d’ouverture du Concile, mais ce fera déjà 48 ans et demi (11 avril 1963) que Pacem in terris aura été donnée au monde.
Jeunes et moins jeunes, prenez le temps de lire cette lettre, courte, simple et accessible, et à regarder ce film. Ils sont porteurs d’espérance, pour le monde dans lequel nous vivons.
Céline Wakil
Crise alimentaire dans la Corne d’Afrique
26/09/11
Vous êtes probablement au fait de la famine qui sévit actuellement dans l’Est de L’afrique, plus précisément en Somalie, même si cette crise a des incidences dans les pays voisins comme le Kenya et l’Éthiopie. Selon un document que nous pouvons trouver sur le site de l’Organisation catholique canadienne Développement et Paix, cette nouvelle crise, qui représente la pire au 21ième siècle, met en péril la vie de 12 millions de personnes.
Selon cette source, « Les causes apparentes de cette nouvelle crise, définie comme une famine par les Nations Unies, sont la grave sécheresse qui a détruit les cultures et la montée en flèche du prix des denrées alimentaires qui met les aliments hors de portée de la population, aggravées par le conflit qui perdure dans l’État dysfonctionnel de la Somalie et l’état de siège contre la population somalienne par des milices. Pourtant, si la crise alimentaire qui frappe la Corne de l’Afrique peut être attribuée directement aux catastrophes naturelles alliées à la domination des milices somaliennes sur le pays, certaines des causes premières à la base de cette crise sont des facteurs structuraux qui auraient pu être évités si on s’en était donné la peine, prévenant ainsi une catastrophe d’une telle ampleur ». Pour en savoir plus, suivez ce lien: http://www.devp.org/devpme/fr/international/corne_d_afrique-fact-fr.html
Même si le plus fort de la campagne de souscription s’est terminé en fin de semaine dernière, il est encore temps, pour les personnes qui le désirent, de contribuer. Bien entendu, nous pouvons être assurés que les dons qui transiteront par Développement et Paix seront remis directement à ses partenaires sur le terrain, dont les Caritas http://www.caritas.org/frabout/waht_is_caritas.html (Développement et Paix fait partie de se réseau de solidarité de l’Église catholique universelle). Ce sont les Caritas les plus proches du lieu de la crise qui verront à acheminer l’aide nécessaire aux populations en péril.
Daniel Pellerin
3.41$
19/09/11
Il y a des jours où je n’ai vraiment pas l’impression d’avoir fait ce qu’il fallait faire. Avec simplicité, je vous raconte la raison de mon ambigüité et vous me direz sûrement que vous avez déjà vécu une expérience semblable.
Je suis dans le stationnement du Centre diocésain, rue Ste-Foy à Longueuil. Un homme arrive à bicyclette et se dirige vers moi. Il me raconte son histoire tout d’un trait : Il habitait Rimouski. Il est déménagé depuis peu dans le quartier. Il n’a pas encore de travail. Son fils commence l’école dans une semaine. Sa femme est malade. Il doit lui acheter des médicaments. Il lui manque 3.41$. « Pouvez-vous me les avancer et je vous rembourserai promis, dès que je le pourrai. » Je le regarde dans les yeux et j’ai le goût de lui dire : « N’en beurre pas si épais. Je ne crois pas ton histoire de toute façon ». Il me dit à plusieurs reprises qu’il est très gêné de faire cette demande, que cela lui a pris tout son courage pour faire cette simple démarche. « Venez à mon aide, svp? »
Qu’est-ce que je dois faire? C’est facile pour moi de lui remettre 3.41$. Qui n’a pas 3.41$ dans son portefeuille? Et voilà que je me mets à hésiter. Si je lui donne ce qu’il demande, il y aura toujours quelqu’un qui suivra pour me redemander de l’argent, le mot se passe vite semble-t-il. Si j’ouvre mon sac, en profitera-t-il pour prendre tout ce que j’ai? Pourtant, 3.41$ c’est rien! Je dépense régulièrement plus que cela pour des choses futiles. Pourquoi ne demande-t-il pas 100$?, 50$, 20$? Si son histoire est vraie, quand il aura payé les médicaments, il n’aura plus rien devant lui. Aujourd’hui qu’est-ce qu’on peut faire avec 3.41? Pour m’en sortir et me déculpabiliser du même coup, je l’ai dirigé vers la réception du Centre diocésain, qui, je l’ai su plus tard, ne donne pas d’argent à quelqu’un de passage mais l’oriente vers différents organismes selon le cas.
Je demeure toujours fragile devant la pauvreté, moi qui dit avoir un cœur de franciscaine et est inspirée par la vie de François d’Assise, lui qui a su à une autre époque être pauvre avec les plus pauvres, partager sans regarder en arrière, donner tout ses biens en se disant que Dieu pourvoira à ses propres besoins.
Pourtant l’an dernier, quand j’ai vécu l’Itinéraire Spirituel[1], j’avais été très touchée par ma rencontre avec des itinérants du Vieux-Montréal. Au-delà du café, des sandwiches, des chapelets, des bas et des mitaines qu’on leur apportait, ils étaient très sensibles au temps passé avec d’eux à les écouter, à échanger sur le quotidien de leur vie, même à prier. Et si l’homme à bicyclette n’avait eu besoin que d’un temps pour se dire. Le 3.41$ n’était-il pas qu’un prétexte?
Francine Vincent
[1] L’itinéraire spirituel est un court pèlerinage de 3 jours auprès de 7 communautés de vie religieuse ou laïque, afin de découvrir la spiritualité qui les anime et vivre une expérience spirituelle avec eux au quotidien.
Quand la rapacité impose sa loi.
15/09/11
[1]
Le rapport Duchesnaux le confirme : la corruption est érigée en système dans les attributions de contrats dans les travaux publics au Québec. «On a le pouvoir, on voit passer l’argent… pourquoi pas une petite ponction?» Voilà le pouvoir de l’Argent qui bafoue la Justice. Nous payons tous pour ça, en manque à gagner, en perte de confiance de tous ordres dans nos liens sociaux.
Que ton règne vienne sur la terre comme au ciel!
Une partie de l’ile Charron est protégée par les verts et convoitée par les billets verts. Ce terrain a beaucoup de valeur de part et d’autre. Chaque partie est prête à mener le combat jusqu’au bout. En s’adossant à la loi, c’est l’enchère des millions. Deux visions s’affrontent, bien enracinées dans notre culture : la marchandisation de la nature ou sa conservation pour un développement durable. Le mercantilisme est ici légal : le possesseur est dans son droit de réclamer 40 ou 50 millions, au lieu de 15 offerts, dans son droit de détruire un milieu naturel. La rapacité jamais inassouvie exerce son empire, instrumentalise le droit et tient sa proie. Finie sa liberté. Quand elle possède un cœur, elle le bétonne.
Que ton règne vienne sur la terre comme au ciel!
Plus d’un milliard d’affamés sur un continent et des poubelles obèses sur un autre. Et une industrie du caritatif qui parfois est mis à mal par des profiteurs, tels des loups dans la bergerie.
Que ton règne vienne sur la terre comme au ciel!
Ce matin, je ne sais pas pourquoi, le bulletin de nouvelles, m’est apparu particulièrement riche en échecs de justice, de générosité de conscience citoyenne, de sens du partage.
Spontanément, me sont venus ces mots du Notre Père : Que ton Règne … une chance qu’il vient!
Ps. «Charité bien ordonnée commence par soi-même» n’est pas dans l’Évangile et non plus évangélique. Rien à voir avec cet amour proposé qui peut aller jusqu’à donner sa vie pour ceux qu’on aime. (Jean 15, 13)
Rémi Bourdon
[1] http://www.google.ca/imgres?q=rapaces+proie&hl=fr&client=firefox-a&rls=org.mozilla:fr:official&gbv=2&biw=1680&bih=860&tbm=isch&tbnid=cCM62SPiuATQHM:&imgrefurl=http://rapace-dumonde.skyrock.com/37.html&docid=bnOmxkmvwWVBfM&w=358&h=237&ei=3z1yTuH6MKT50gHNwdmYCg&zoom=1&iact=hc&vpx=177&vpy=328&dur=5396&hovh=183&hovw=276&tx=122&ty=108&page=3&tbnh=144&tbnw=189&start=62&ndsp=32&ved=1t:429,r:8,s:62
Pas d’avenir
2/09/11
Voilà que le temps des vacances se termine. Nous avons cassé la routine de l’année, en changeant notre horaire, nos activités, et probablement de décor.
Plusieurs d’entre nous sont devenus plus intensivement des marcheurs de trottoirs urbains, de sentiers pédestres, ou de randonneurs de forêt, ou des pèlerins.
Qu’ont été vos pas? Où vous ont-ils menés?
Beaucoup ont emprunté les chemins de Compostelle pour « ouvrir des chemins dans leur cœur » comme dit le psaume 83, v.6.
Il y a des pas inutiles
Et ceux qui sont vils
Il y a les pas de la gratuité
Guidés par l’altérité
Il y a les pas perdus
Qui sont pas de salut
Pas vers l’inconnu
Sans être pas d’intrus
Pas vers l’intérieur de moi
Pour mieux aller vers toi
Pieds nus aux souliers usés
Âme nue en quête d’éternité
Du théâtre de la vie, brûler les planches
Cri d’espérance au monde qui flanche
Porter sa voix, porter ses pas
Jusqu’à demain, jusque Là-bas.
Maranatha
Rémi Bourdon
Justice sociale: La pauvreté caché
24/08/11
Dans le quartier Saint-Jean-Vianney à Longueuil, nous sommes 4 petites sœurs de Jésus (de Charles de Foucauld). Nous demeurons dans un bloc d’appartements ce qui nous permet de vivre le cœur de notre charisme « l’être avec » dans une vie de prière et d’amitié au milieu des plus défavorisés de nos sociétés. Ce quartier simple et populaire ne présente pas à première vue des signes évidents de pauvreté. Pourtant quand on y vit depuis plusieurs années (18 ans pour notre part), on découvre que de nombreuses familles défavorisées nous entourent. La pauvreté est discrète et même cachée. Les files d’attente devant les centres de dépannage alimentaire m’impressionnent beaucoup à cause du nombre, de la lassitude, de la tristesse, de l’attitude et des vêtements de ceux qui attendent.
Bon nombre de nos voisins vivent de l’Aide sociale, situation qui n’a jamais été facile mais qui depuis quelque temps est très difficile.
Je suis frappée par les réflexions souvent angoissées de nos voisines « on n’y arrive plus », « je crains les fins de mois, quand je n’ai plus un sou pour acheter du pain ou du lait pour les enfants ». Alors qu’est-ce qui arrive ? Quand le chèque est là le 1er du mois, il est déjà tout dépensé en dettes chez le dépanneur ou des amis!
Je dois dire que je ne suis pas surprise, car lorsque je fais notre épicerie et que je vois la hausse régulière du prix des aliments, je me dis : comment font nos voisins ? La réponse : ils n’y arrivent pas ! En effet les chèques d’Aide sociale n’ont pratiquement pas (ou si peu) augmenté depuis plusieurs années. Aussi quand le loyer et une première commande sont payés, il n’y a plus rien…
L’objection bien connue est que les gens ne savent pas faire un budget, que plusieurs dépensent pour des choses inutiles, cette objection ne tient pas dans la plupart des cas. Ces personnes qui ont recourt à l’Aide sociale ne sont pas des « paresseux » qui ne veulent rien faire… (il y a malheureusement des exceptions, ceux qui trichent). La majorité ce sont des personnes qui pour des raisons variées, dues à un passé et à un présent chaotiques, ne peuvent pas travailler.
Alors je me pose la question : que faire ? Pouvons-nous dans notre pays riche et prospère, laisser perdurer une telle situation sans réagir auprès des autorités responsables ? Mais comment ? Je me sens démunie.
Petite Sœur Stéphanie
Prendre le temps de prendre son temps
21/08/11
En février dernier, de passage à Paris, j’en ai profité pour aller à une activité liturgique proposé par les Jésuites, La Messe qui prend son temps. Des amis y avaient participé et en étaient revenus presque transformés. Cette messe s’adresse prioritairement aux jeunes universitaires et jeunes professionnels. J’avais hâte, d’une part, de vivre une célébration avec des jeunes adultes, ayant moi-même traversé de peu la cinquantaine. D’autre part, je voulais expérimenter le « qui prend son temps ». Qu’est-ce que cela voulait signifier? Une messe qui s’étire en longueur? Une messe avec un débit lent? Des chansons lentes? Des déplacements lents?
Je suis arrivée sur les lieux un peu à l’avance. Une dizaine de jeunes se familiarisaient avec les chants. On nous a invités à joindre nos voix aux leurs. Il y avait déjà une belle énergie, et une trentaine de jeunes adultes commençaient à prendre place autour de l’autel, central dans la pièce. À 19h00 – parce que la Messe qui prend son temps est célébrée le dimanche en soirée – nous étions au moins 200, dont une vingtaine de ma catégorie. J’ai vécu, ce soir-là, une vraie rencontre communautaire, un cœur à cœur avec Dieu. On a « pris le temps » de faire les choses, de poser les gestes, de s’instruire, d’échanger, de fraterniser… et surtout de méditer. Parce que les trois temps forts de cette eucharistie sont : un enseignement, une méditation personnelle en silence et un temps de partage, qui permettent d’entrer en relation avec Dieu, soi-même et les autres. Au terme de la messe, un temps d’amitié autour d’un « pot » convivial.
J’étais à Paris pour 10 jours. J’ai donc pu vivre une Messe qui prend son temps à deux reprises, histoire de vérifier si je ne rêvais pas. Ce fut une dégustation pour les sens et pour le sens à chaque fois.
À mon retour, je n’avais que le goût de partager mon expérience, une expérience toute simple dans le fond, une liturgie comme on en voit à travers toute l’Église, mais une expérience que l’on prend le temps de goûter, et de faire du sens au plus profond de soi. À ma grande surprise, chaque fois que j’en parlais à un jeune adulte, de tout acabit, je recevais cette réponse : « Si tu en organises une, je suis prêt à tenter l’expérience! » Chacun avait ses raisons diverses de vouloir vivre une Messe qui prend son temps : par curiosité, par solidarité, pour se retrouver entre jeunes, mais aussi pour se déposer dans un monde où on prend rarement le temps de le faire, pour entendre le silence, pour prendre du temps pour soi tout simplement et pour Dieu en écho.
En passant, Il y aura une Messe qui prend son temps en septembre prochain, le 18, à 19h00, à Chemins de vie…
Francine Vincent


