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Trop de Québécois croulent sous les dettes
4/07/11
Achetez maintenant, payez plus tard: 
Mon slogan pour faire mes emplettes.
Je n’ai pas une cenne qui m’adore
Pour des spéciaux pleins les tablettes.
Mais j’ai neuf cartes de crédit « Or ».
Le vendeur et le banquier aiment mes dettes
Et moi, je consomme et je m’endors…
Non! je ne m’endors plus sous la couverte.
« Une dixième carte, Monsieur? » C’est fort!
Là, j’en ai vraiment plein la brouette!
Encore fuir en avant ou se virer de bord?
Et v’là que le ministre me tire la couette.
«Imaginons un solde de 10 000 $. Avec un seuil minimal à 2 pour cent, il faudra 80 ans pour rembourser la totalité du solde» (Ministre Jean-Marc Fournier)
Et moi qui suis-je, à clamer de tous bords
Que je suis libre, pas une marionnette?
Vendeurs, banquiers, ministres, dehors!
Mais comment reprendre les manettes?
À l’aide! J’veux plus de vos boni-dollars.
Une dépendance, pas facile à admettre.
Je peux m’en sortir, haute est la barre
Avec d’autres, je veux m’y mettre.
Comment faire lever un nouvel aurore
Finies la vie à crédit et les pirouettes
Découvrir au fond de moi ce trésor
L’empowerment, avant de tomber en miettes.
Rémi Bourdon
L’art emprisonné
21/06/11
La semaine dernière deux statues de bronze représentant deux enfants ont été volées à la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue à Longueuil. Ces deux enfants avec la statue de Mère Marie-Rose représentaient une page de notre patrimoine religieux. C’était comme un rappel, chaque fois que l’on circulait sur la rue Saint-Charles coin Chemin Chambly, un rappel de notre histoire, un rappel qu’il y a eu des femmes qui ont vu à l’instruction de ceux qui nous ont précédés. Ces belles sculptures n’étaient pas enfermées dans des musées, mais étaient exposées à la vue et au su de tous.
À cause de ces actes méprisables, la statue de mère Marie-Rose a été retirée de son socle, avec raison. Il n’est pas question de se faire voler celle-là aussi! Il faudra donc cacher cette œuvre d’art, ou l’exposer à l’intérieur sous une cloche de verre, avec un bon système d’alarme ou de caméra. Et l’audace des cambrioleurs ne s’arrête pas là. Les cimetières sont aussi pillés. On vole particulièrement les statues de bronze, pour les revendre pour la matière première, et pour les sous qui viennent avec. Les angelots, les Christ ressuscité, les personnages de toutes sortes sont « piqués ». C’est une honte!
D’une part, il n’y a plus aucun respect pour le sacré, pour l’histoire, pour le patrimoine, pour la mémoire religieuse. D’autre part, l’art devient quelque chose que l’on continue d’enfermer parce qu’on n’est pas capable de regarder sans toucher, sans prendre, sans briser, sans égratigner, sans massacrer. En septembre dernier, je suis allée à Rome. À Saint-Pierre-Rome, la belle statue de la Pieta de Michel Ange, un chef d’œuvre artistique d’une beauté et d’une sensibilité incroyables, a dû être mise sous protection elle aussi. Quelqu’un s’était rué dessus avec un marteau, et a réussi à « gosser » le marbre à plusieurs endroits. Épouvantable!
Est-ce qu’on peut encore croire que la beauté, l’art, la créativité, le talent, soient accessible à tous? Quand aurons-nous la possibilité de ranger nos caméras de surveillance, nos systèmes d’alarme et nos vitrines protégées? L’art c’est pour tout le monde. L’histoire et la mémoire doivent être accessibles à tous également.
Francine Vincent
Gaz de schiste – Pourquoi ça presse tant?
22/02/11
Est-ce qu’on doit, ou non, imposer un moratoire aux projets d’exploration et d’exploitation des gaz de schiste au Québec? Plusieurs arguments militent en faveur du développement de nouvelles sources d’énergie au Québec : la première est certainement celle de l’autonomie énergétique dont Hydro-Québec est le symbole par excellence. Effectivement, cet outil collectif nous a permis jusqu’à maintenant de bénéficier de certains avantages au niveau de la tarification. L’augmentation de la demande en énergie, due à la croissance de la population et le développement économique, nous pousse à poursuivre la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement en énergie. Il se trouve que le Québec recèle d’importantes réserves de gaz naturel dont le gaz de schiste et, à en croire le gouvernement et les représentants de l’industrie, on serait fou de s’en priver.
Par contre, un ensemble de situation est venu refroidir les ardeurs de la population en général face à la perspective de l’exploitation des gaz de schiste au Québec. En premier lieu les graves « dommages collatéraux » occasionnés par une technologie déficiente : rappelons les nombreux cas de pollution d’eaux souterraines observés chez nos voisins du sud, là où l’exploitation est déjà commencée. Deuxièmement une loi sur les mines qui n’est pas à jour et qui accorde à l’industrie des pouvoirs indus; c’est ce qui fait que des compagnies peuvent aller s’installer, sans être inquiétées, dans la cour des gens; s’ensuivent une série de conséquences désastreuses (envahissement de la vie privée, pollution par le bruit, dévaluation des propriétés) contre lesquelles même les municipalités restent impuissantes. Finalement, tel que dévoilé dans les médias encore récemment, le passage de fonctionnaires gouvernementaux vers l’industrie pétrolière et gazière (principalement trois chefs de cabinet du premier ministre et du Ministère du Développement économique) n’est pas sans suggérer une apparence de copinage entre des membres du gouvernement et cette industrie.
La bonne nouvelle du crucifix selon Stéphane Laporte
22/02/11
Dans La Presse de samedi, 19 février dernier, Stéphane Laporte jette un regard décapant sur la controverse autour du crucifix de la salle du conseil de la Ville de Saguenay.
Décapant! Qu’on soit de tous poils, ou à rebrousse-poil, laïcs ou catholiques, il nous accroche. « C’est beau, un crucifix, parce que c’est tellement à contre-courant. Le monde est rempli de symboles de puissance: l’aigle, l’ours, le lion, l’étoile… Arrive un homme à moitié nu en train de mourir sur une croix. Tellement looser, et pourtant tellement puissant. C’est bouleversant, un crucifix. Et rien n’est plus puissant qu’un bouleversement. »
Sa réflexion fait table rase de tout le reste, d’idéologique ou de religieux : un homme a donné sa vie, constate-t-il laconiquement. Cet homme cloué accule tout le monde au mur de sa fragilité, de sa finitude, sous le clou du crucifix en sursis.
Dans une des catéchèses que j’ai rédigée (Routes de Paroles) sur la passion selon Marc, je faisais ressortir la parole de détresse de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» (Marc 15,34) Cette parole de Jésus en croix est insoutenable, parce qu’elle est la dernière en Marc et Matthieu. Elle choque, parce que trop humaine, trop désespérée. On m’a suggéré d’ajouter la finale de Luc qui manifeste l’ultime confiance de Jésus: « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » (Luc 23,46)
Un jour, j’ai eu besoin de cette fin de vie de Jésus selon Marc. Mon frère aîné est entré dans la mort à reculons. Jusqu’au dernier souffle, la détresse. Pourtant j’avais prié Dieu qu’il le pacifie avant de trépasser. J’avais tellement désiré qu’il prononce la dernière parole du Jésus de Luc!
Ma prière n’a pas été exaucée. Je Lui ai crié mon indignation. Plus d’une fois. Quelle bonne nouvelle que Marc nous rappelle! Le Fils a pris jusqu’au bout la condition humaine, jusqu’à ressentir le désespoir. J’ai compris que c’est le Christ de Marc qui a accompagné mon frère au dernier moment de sa vie.
Stéphane Laporte nous branche sur la spiritualité de Marc qui nous présente d’abord un homme, un humain croyant, mais parce que Fils de Dieu, va jusqu’au bout du meilleur de son humanité. « C’est juste un gars. Un gars tout seul, au bout du chemin. Un gars qui a fait tout ce qu’il a pu. Et qui finit là, tout seul. Comme on finira tous: tout seuls. »
« Enlevez les crucifix si vous voulez, mais il ne peut rester sur les murs que le trou du clou retiré. L’État, ça ne peut pas juste être un drapeau. Il faut quelque chose de plus grand. Ouvert sur les autres. Est-ce qu’on peut s’entendre sur l’amour? Sans déplaire à qui que ce soit, la société québécoise peut-elle proclamer qu’elle croit en l’amour? »
Avec le trou du crucifix disparu, peut-être restera aussi une marque sur le mur: une ombre plus claire en forme de crucifix. On va s’empresser de repeindre le mur. Mais continuera le murmure ténu de la mémoire qui s’interroge, du cœur fait pour aimer, condition essentielle du vivre-ensemble.
Rémi Bourdon
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« La corruption, c’est les autres! »
30/11/10
C’est au tour des politiciens québécois de se faire brasser la cage. Nous nous sentons en droit de nous indigner face aux profiteurs politiques et abuseurs économiques dénoncés sur la place publique. Mais combien plus difficile est-il de se regarder soi-même avant de se joindre à la chorale des redresseur de torts?
En me posant la question, je me suis souvenu d’Etty Hillesum, titre d’un livre[1], mais surtout nom d’une femme lié à l’histoire de l’extermination du peuple juif. Son itinéraire personnel l’a menée à un niveau de conscience spirituelle qui peut nous inspirer. En parcourant les pages, je suis tombé sur ce passage que j’avais souligné :
« Etty Hillesum a pris tôt conscience de la nécessité de commencer par se regarder soi-même sans la moindre complaisance, de ne pas se poster face aux « salauds » comme devant autant d’individus avec lesquels nous n’aurions absolument rien en commun, mais bien plu¬tôt comme devant des miroirs grossissants de nos pro¬pres vices cachés, et latents.
« Vous refusez de voir la réalité des besoins religieux. »
26/10/10
Richard Martineau n’a pas répliqué là-dessus, alors que Julius Grey l’amenait sur le terrain de l’énoncé de principe : l’existence des besoins religieux. Le franc tireur a préféré ferrailler avec l’avocat sur l’incongruité du port du kirpan. Et je n’ai pas su ce qu’il pensait sur le fond de la question : pour lui, existe-t-il des besoins religieux?
En témoignant de son apostasie, répondait-il à la question? Je ne peux le déduire puisque Julius Grey affirmait de son côté n’appartenir à aucun groupe ethnico-religieux. Et pourtant, lui, reconnaît le religieux personnel et social. J’apprécie que des personnalités de l’espace public, qui se dissocient personnellement du religieux, débattent devant nous d’enjeux de société qui ne laissent personne indifférent. Apparemment, ils se réfèrent à deux visions anthropologiques différentes de la personne : inclusive, ou non, de la dimension religieuse.
Le scandale de l’assurance emploi
30/03/10
C’était le titre d’une conférence qui devait se tenir le mois dernier. Je dis «devait» parce que l’événement n’a finalement pas eu lieu faute de participants. Bon, ce sont des choses qui arrivent, mais quand il s’agit de personnes qui ont déjà été rayées de la « carte de punch »… Il n’est pas question ici de culpabiliser qui que ce soit, mais je ne peux m’empêcher de me demander ce que ça prendrait pour intéresser les gens à cette question.
Bien sûr, vous devez être au courant que la Caisse de l’assurance emploi du Canada, à laquelle contribuent les travailleurs et les employeurs, a été vidée de 50 milliards et plus. Par qui? Par leurs gouvernements libéral et conservateur qui se sont succédés à Ottawa dans les vingt dernières années. A-t-on bien fait de laisser la gérance de cette caisse entre les mains de nos élus? Donc, en plus d’avoir été jetés à la rue par l’entreprise qui les employait, des milliers de sans-emplois se font voler par leur gouvernement à chaque année. Et pour se justifier, ces mêmes gouvernements ont tellement resserrer les critères d’admissibilité à l’assurance emploi que plus de la moitié des travailleurs y ayant souscrit ne peuvent se qualifier pour avoir droit aux prestations. Il y a de quoi s’insurger!
Vous allez me dire : «Mais il n’y a donc personne pour y voir, il serait peut-être temps que les chômeurs s’organisent!!» Il y a bien la Coalition des Sans-chemises composée des grandes centrales syndicales du Québec et du Conseil national des chômeurs. Cette coalition mène actuellement une campagne visant à revendiquer une amélioration de l’accessibilité au régime d’assurance emploi, l’augmentation du taux des prestations et l’abolition des deux semaines de «pénalité» que doivent assumer les travailleurs avant d’avoir droit aux prestations. Il y a aussi la Fédération canadienne des municipalités qui appuie ces revendications. Et comme on le mentionne sur le site du Conseil national des chômeurs www.lecnc.com : « Ici, au Québec, ces revendications sont fortement enracinées. Il y a même un consensus de société qui s’exprime sur cette question. (Les appuis proviennent) des conseils municipaux, des conférences régionales d’élus, des MRC, des instances économiques telles des chambres de commerce ou des CLD, des organismes sociaux, syndicaux, des instances religieuses (vous remarquerez dans la liste des signataires, le nom de Mgr Jacques Berthelet, évêque du Diocèse de Saint-Jean-Longueuil). Tous réclament des changements maintenant. » (Sortir de la crise ensemble : améliorer l’assurance-emploi, Montréal 18 juin 2009).
Il me semble que ça commence à faire beaucoup de monde. Mais, je ne vous surprendrai pas en vous disant que le gouvernement actuel demeure sourd à ces appels. Quels recours nous restent-ils ? Est-ce qu’une mobilisation de l’opinion publique vous apparaît comme une voie souhaitable ? S.V.P. prenez deux minutes pour aller faire un tour sur le site du Conseil national des chômeurs et, comme moi, faites courir le mot. Et si c’est le cas, laissez moi un commentaire pour me tenir au courant.
Daniel Pellerin
