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	<title>La foi en questions &#187; conférence</title>
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		<title>La spiritualité avec ou sans Dieu?</title>
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		<pubDate>Tue, 02 Feb 2010 13:35:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dsjl</dc:creator>
				<category><![CDATA[Colette Beauchemin]]></category>
		<category><![CDATA[conférence]]></category>
		<category><![CDATA[témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[J’ai assisté dernièrement à une conférence qui avait lieu au Centre Culturel Chrétien de Montréal www.centreculturelchretiendemontreal.org. Le sujet de la spiritualité avec ou sans Dieu, était abordé par trois témoins : Mme Rose Dufour, anthropologue, M. Bernard Émond, cinéaste et Mgr Gilles Lussier, évêque du diocèse de Joliette. Les trois témoignages étaient forts intéressants et différents. Ils laissaient bien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’ai assisté dernièrement à une conférence qui avait lieu au Centre Culturel Chrétien de Montréal <a href="www.centreculturelchretiendemontreal.org">www.centreculturelchretiendemontreal.org</a>. Le sujet de la <em>spiritualité avec ou sans Dieu</em>, était abordé par trois témoins : Mme Rose Dufour, anthropologue, M. Bernard Émond, cinéaste et Mgr Gilles Lussier, évêque du diocèse de Joliette.</p>
<p>Les trois témoignages étaient forts intéressants et différents.  Ils laissaient bien voir les contrastes et positions variées qui habitent dorénavant notre paysage québécois.  Cela peut avoir l’avantage de provoquer chacun à se positionner et à inventer son propre chemin de sens et de vie.  Mais je constate, également, que ce nouvel éclatement des croyances laisse bien des jeunes et des adultes dans une sorte de confusion qui les porte à remettre toujours à plus tard, la question du sens de la vie et de la spiritualité.  On se laisse mener par l’urgence et on en oublie le sens du voyage.</p>
<p>De mon point de vue <strong>Mme Rose Dufour </strong>a livré un témoignage éloquent.  Sa sensibilité et son authenticité traversaient ses paroles.  Une femme intense qui travaille avec les femmes de la rue, les prostituées.  Voici un extrait de son témoignage qui laisse transparaître l’essentiel de son propos.</p>
<blockquote><p><img class="alignright size-medium wp-image-75" title="Rose Dufour" src="http://www.dsjl.org/blogue/wp-content/uploads/2010/02/rose-dufour-263x300.jpg" alt="Rose Dufour" width="263" height="300" />Comme anthropologue, ma profession m’amenait à l’étude de l’autre et je me suis sentie appelée à travailler avec les plus pauvres, au centre-ville de Québec.  Je me suis mise à accompagner des femmes prostituées.  Pour pouvoir les rejoindre, j’ai dû aller chercher ma pauvreté au fond de moi.  C’est là que la parole du Christ m’a rejointe profondément : « Les prostituées vous précéderont dans le Royaume des cieux ».</p>
<p>En accompagnant ces femmes dans la recherche de ce qui les avaient menées là, j’ai eu accès à leur âme.  En essayant de les aider à faire le point dans leur vie, j’assistais à leur métamorphose.  C’était elles qui me reflétaient le plus précieux en moi.  J’avais besoin d’elles avant qu’elles aient besoin de moi.  Je comprenais que ce n’était pas le repentir qui leur donnait accès au Royaume, mais ce qu’elles étaient intérieurement.  Ces femmes ont été façonnées pour devenir ce qu’elles sont.  J’ai été éblouie devant la grandeur de l’être humain, enfouie sous la misère.  J’avais la mission de les aider à se voir comme elles étaient vraiment.  « Si tu voyais ce que je vois.  Je voyais la vraie Lucie, Nancy, …  Tu as le devoir de devenir qui tu es ».</p></blockquote>
<p>Aujourd’hui Mme Dufour ressent deux grandes obligations dans sa vie : amener ces femmes à elles-mêmes et témoigner de ce qu’elle découvre à leur contact.  C’est de cela dont elle témoigne dans son livre intitulé <em>Je vous salue Marie</em>&#8230; Éd. MultiMondes, 2005.</p>
<p>Lors de son intervention, M. Bernard Émond a d’abord senti le besoin de signifier son inconfort à parler de spiritualité.  Il se présente comme un agnostique.</p>
<blockquote><p><img class="alignleft size-medium wp-image-74" title="Bernard Émond" src="http://www.dsjl.org/blogue/wp-content/uploads/2010/02/bernard-emond-216x300.jpg" alt="Bernard Émond" width="216" height="300" />Je crois, dit-il, que la vie est Mystère que l’on ne peut épuiser dans nos concepts et nos représentations.</p>
<p>Je me réclame plutôt d’une approche théologique qu’on appelle « apophatique » qui reconnaît l’indéfinissabilité de Dieu et qui insiste davantage sur ce que Dieu n’est pas, plutôt que sur ce que Dieu est.  Si Dieu existe, comment expliquer la souffrance?  Je sais que pour les croyants le silence de Dieu est la place de notre liberté mais pour moi son silence me crée problème.</p>
<p>Croire ce serait peut-être écouter le silence.  Sous un tableau de Giorgio Morandi, je suis en présence du Mystère.  L’austérité de l’œuvre, tout en dégageant une beauté poignante, nous met devant la question : Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien?  La beauté du monde et la musique de Bach, donnent le sentiment d’une présence ou du moins le sentiment du précieux; sentiment qui nous invite à sortir de nous-mêmes et à aller vers l’autre.  Sortir de soi, c’est aussi s’extasier.  Je me limite à cela, car je ne saurais en dire plus.  J’écoute et j’essaie d’être attentif.  Au nom de la religion, il y a eu des horreurs.  Pour moi la question éthique est centrale, peu importe les croyances.  Pour moi les croyances ne sont, à la limite, que des décorations.  C’est le résultat qui compte.  C’est le message central que j’ai voulu livrer dans mon dernier film : « Je crois qu’il faut servir » (La Donation).</p>
<p>Mes trois films sur les vertus théologales laissent voir que je suis tout de même attaché aux décorations que la religion m’a laissées.  Je me sens chez-moi dans une église.  J’y suis attaché à cause de sa beauté, de ses métaphores qui peuvent orienter la vie.  J’ai la certitude de la nécessité des traditions car je vois les ravages de la déculturation.  Tradition et transmission sont des éléments d’une vie riche.  Anton Tchekhov a écrit : « Ce qui a eu lieu il y a 2000 ans a quelque chose à voir avec le présent.  Le passé est lié au présent par une chaîne ininterrompue remplie d’une haute signification ».</p>
<p>Je ne peux conclure sur le sujet de la spiritualité « avec » ou « sans » Dieu.  Si la vie est vécue sans le sentiment du plus grand que nous, la vie est vide.  Ce qui compte pour moi, c’est de s’engager dans quelque chose qui nous dépasse et qui donne de la valeur à la vie.</p></blockquote>
<p>De son côté, Mgr Gilles Lussier a témoigné principalement de l’importance de la parole de Dieu dans son cheminement et en quoi elle donne sens à tous ses engagements.</p>
<blockquote><p><img class="alignright size-full wp-image-73" title="Gilles Lussier" src="http://www.dsjl.org/blogue/wp-content/uploads/2010/02/gilles-lussier.jpg" alt="Gilles Lussier" width="250" height="300" />Au début de ma quête spirituel, comme Samuel le prophète, j’étais à l’écoute de mon appel : « Parle Seigneur,  ton serviteur écoute. »  Je demandais au Seigneur : « que veux-tu que je fasse de ma vie? »</p>
<p>Dans mon enfance, les films que je voyais sur les colonies éveillaient mon désir missionnaire.  Comme l’appel de Moïse au buisson ardent, je me sentais appelé à m’engager auprès de ceux qui souffrent.</p>
<p>En écho à cet appel de Dieu au buisson ardent, une parole de Teilhard de Chardin a donné sens à tous mes  engagements : « Je crois en l’homme comme Dieu y croit ».  Cette parole a marqué ma manière d’être avec les autres et ma manière de prier.</p>
<p>La parole de Dieu me permet de relire ma vie, la vie de l’Église, du monde, et m’aide à m’ouvrir avec confiance et sérénité à plus de Vie.</p>
<p>Je suis persuadé que la quête spirituelle peut emprunter plusieurs voies.  Au?delà des structures confessionnelles, nous pouvons nous sentir solidaires d’une spiritualité commune où l’on se rejoint dans le renoncement à l’égoïsme et dans le don de soi.</p>
<p>Dans l’amour, c’est le mystère de l’être humain qui est en jeu.  Pour moi, c’est Dieu lui-même que l’on expérimente dans l’amour.</p></blockquote>
<p>Ces témoignages ont été suivis de questions de la part des participants.  Cela a permis de pousser plus loin certains points abordés par les témoins.</p>
<p><span id="more-76"></span></p>
<p><strong>Question pour M. Émond</strong><br />
<strong>Vous avez parlé de la nécessité de transmettre la tradition aux jeunes.  Si la tradition ne se nourrit plus à la foi qui lui a donné naissance, comment cette tradition peut-elle survivre à long terme?</strong></p>
<p><em>Il est possible que le monde tel que nous le connaissons disparaisse et ce ne serait pas la première fois dans l’histoire.  Nous avons tous une responsabilité dans la transmission.</em></p>
<p><em>Actuellement, à l’école, nous allons trop vers les enfants au lieu de les attirer vers le haut, vers le savoir qui fait autorité.  Le passé fait autorité.  Les connaissances d’un enseignant doivent faire autorité.  Nous devons assumer cela pour transmettre.</em></p>
<p><em>Le contexte actuel rend cela peut-être impossible.  Mais je crois que sans un rapport solide avec le passé, il est impossible de savoir qui nous sommes et où nous allons.</em></p>
<p><strong>Question pour Mgr Lussier.</strong><br />
<strong> Face au désert spirituel actuel, quelles sont vos espérances de réveiller la spiritualité des québécois?</strong></p>
<p><em>Nos combats actuels pour l’écologie, l’égalité, la justice, montrent notre nouvel horizon anthropologique et j’ose croire en l’être humain.</em></p>
<p><em>Nous vivons notre marche au désert.  Nos institutions s’écroulent comme des idoles qui nous éloignaient peut-être de l’essentiel.  Ce sont des morts à assumer pour renaître.  L’Esprit est à l’œuvre à travers les valeurs profondément humaines qui nous habitent et que nous voyons actuellement à travers l’élan d’aide pour soutenir Haïti.  Le mystère du silence de Dieu a une contrepartie : la voix humaine que nous entendons.</em></p>
<p><strong>Au sujet du désert spirituel des québécois, Mme Dufour a ajouté :</strong></p>
<p><em>Je suis témoin d’engagements qui m’étonne.  Je vois grandir actuellement un réseau de prière qui a vu le jour sans que je l’aie cherché.  Six cent personnes font partie de ce réseau de prière de la Maison de Marthe (lieu d’accueil des femmes) <a href="http://www.maisondemarthe.com/" target="_blank">http://www.maisondemarthe.com/</a>.</em></p>
<p><em>Les femmes qui me confient leur besoin, sont tellement touchées par ce réseau de tant de personnes qui prient pour elles.</em></p>
<p><em>Il y a de graves problèmes de santé mentale actuellement et cela va augmenter parce qu’on manque de sens à la vie.  On a appris à chercher Dieu à l’extérieur, mais actuellement il y a un changement qui tend vers l’intérieur et j’en suis heureuse.</em></p>
<p><strong>Mgr Lussier</strong></p>
<p><em>Dans le désert, il y a toujours des points d’eau.  Il faut ouvrir des points d’eau où venir s’abreuver.</em></p>
<p><strong>Réaction d’un participant</strong></p>
<p><em>Il semble que le langage traditionnel de l’Église ne réussisse plus à nous toucher.  Le langage de la vie réelle nous rejoint davantage.  Mais, en même temps, la transcendance nécessite un langage qui ouvre à celle?ci.  Est?ce que finalement le lieu où nous pouvons nous rejoindre tous, serait au niveau éthique?</em></p>
<p><strong>M. Émond réagit :</strong></p>
<p><em>J’ai  assisté dernièrement à quelques services funèbres où les pasteurs utilisaient un langage de télévision.  J’étais outré.  J’ai souvent l’impression que les croyants ont honte de leurs croyances et ne savent plus comment utiliser le langage religieux.  Une œuvre d’art n’a pas à s’abaisser vers le public mais à élever les personnes vers le haut.</em></p>
<p>Cette dernière intervention de Bernard Émond m’a tout particulièrement touchée et interpellée.  Je constate à quel point bien des chrétiens sont frileux quand vient le moment de témoigner de leur foi.  Ils ne savent plus comment en parler.  Les mots sont usés et en quelque sorte inhabités.  Les croyances, qui ont été transmises dans l’enfance, sont demeurées en mémoire mais n’ont pas été revisitées pour en arriver à leur reconnaître un éclairage pour l’existence adulte.  Comme si le phare avait été laissé à l’abandon, ou bien conservé à titre de monument historique, ne sachant plus qu’il servait à orienter la traversée des marins en mer.</p>
<p>Bien des chrétiens demeurent attachés secrètement à leurs croyances, comme à un vieux toutou, mais, en se sentant un peu honteux de l’avoir conservé.  Devant les interpellations parfois arrogantes de ceux et celles qui se sont débarrassé de leur vieux toutou, les chrétiens sont dépourvus : <em>Tu crois encore à ça, toi?</em></p>
<p>Je crois que la quête spirituelle actuelle nous met dans une situation favorable pour revisiter notre héritage et y retrouver sa hauteur et sa profondeur.  Dans l’accompagnement que je vis avec des jeunes parents dont les enfants sont inscrits en catéchèse et qui veulent léguer un héritage, je constate cette soif de trouver des repères, un phare à offrir à leurs enfants, pour éclairer leur traversée dans l’existence.  Le langage de la foi chrétienne qui prend sa source dans les récits bibliques, est une œuvre d’art, comme l’a évoqué Bernard Émond.  Lorsque nous prenons la peine d’élever notre regard plus haut, c’est-à-dire au niveau des enjeux de l’existence, nous pouvons y découvrir une lumière pour éclairer la route.  Pour moi, la foi chrétienne offre un trésor méconnu, qu’il vaut la peine de redécouvrir, car elle oriente et élève la vie vers le Don et la Joie, sous l’inspiration de Celui qui en est la Source.</p>
<p>Colette Beauchemin</p>
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