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Les deux temples de la rédemption

Durant l’Avent et le temps de Noël, on entend le mot Rédempteur dans les textes liturgiques. Par exemple le prophète Isaïe : « Tu es, Seigneur, notre Père, notre Rédempteur : tel est ton nom depuis toujours. »

Le rédempteur, c’est celui qui rachète les dettes de ceux qui sont pris à la gorge. Ils sont encore nombreux les racheteurs, aujourd’hui.

Ils ont pignon sur rue, et site sur la toile. Vous n’avez qu’à taper « rachat de dettes », et on vous parlera de votre étouffement.  Puis on vous proposera de vous sauver en rapaillant toutes vos créances, pour en faire la consolidation et vous proposer un emprunt unique. Puis le dernier mot tombe, mensualités, avec le papier à signer.  Parmi de nombreuses définitions que j’ai trouvées dans l’Internet, en voici une : « Le rachat de dettes se résume à regrouper ou consolider toutes vos dettes en un seul et même prêt et d’en payer les mensualités.»

Imaginons un moment que celui  qui a racheté et consolidé vos dettes vous fasse venir et vous dise : « Ta dette, qui m’appartient maintenant, je ne veux pas en tirer profit,  je te charge aucun intérêt sur ton emprunt. » Le croiriez-vous? Imaginons même qu’il vous dise: « Ta dette, je l’efface, je te la remets. Voici! J’ai signé une quittance en ta faveur. » Impossible! Excessif! Utopique!

Pourtant, dans l’ordre de la foi, par rapport à toutes les injustices, les saloperies des humains les uns envers les autres, une Parole nous appelle à espérer que toutes ces dettes réciproques seront effacées, remises. Ce qu’aucun créancier ne peut raisonnablement faire, Dieu promet qu’il le fera par l’avènement de son règne.  Dieu, Rédempteur de toutes les dettes de l’humanité, par une quittance finale signée du sang du Fils. « Prenez et buvez, ceci est mon sang pour la rémission des péchés. »  Tout ça nous dépasse tellement.

Car mes pensées ne sont pas vos pensées,
et vos voies ne sont pas mes voies.

(Isaïe 55,8)

Un jour, il n’y aura plus le temple de la mensualité, mais que celui de la mansuétude.

Rémi Bourdon

« Vous refusez de voir la réalité des besoins religieux. »

Richard Martineau n’a pas répliqué là-dessus, alors que Julius Grey l’amenait sur le terrain de l’énoncé de principe : l’existence des besoins religieux. Le franc tireur a préféré ferrailler avec l’avocat sur l’incongruité du port du kirpan. Et je n’ai pas su ce qu’il pensait sur le fond de la question : pour lui, existe-t-il des besoins religieux?

greyEn témoignant de son apostasie, répondait-il à la question? Je ne peux le déduire puisque Julius Grey affirmait de son côté n’appartenir à aucun groupe ethnico-religieux. Et pourtant, lui, reconnaît le religieux personnel et social. J’apprécie que des personnalités de l’espace public, qui se dissocient personnellement du religieux, débattent devant nous d’enjeux de société qui ne laissent personne indifférent. Apparemment, ils se réfèrent à deux visions anthropologiques différentes de la personne : inclusive, ou non, de la dimension religieuse.

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Sur la question de mourir dans la dignité

Il me semble important de s’attarder à cette question importante que notre société soulève actuellement. Elle oblige chacun et chacune à se faire une idée sur la réalité de la mort et de sa mort personnelle.

La foi chrétienne considère la mort comme un passage vers une Vie en plénitude, et ne conçoit pas ce moment de passage comme étant dans l’ordre de nos choix personnels. Pourquoi est-ce que nous n’aurions pas le droit de choisir de mettre fin à notre vie ? Pourquoi ce geste serait-il quelque chose qui ne nous appartient pas ?

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L’un des commandements nous renvoie à cet interdit « Tu ne tueras pas ». Mais est-ce simplement dans l’ordre de l’autorité de Dieu que nous devons ou pouvons comprendre ce refus de notre autonomie face à la fin d’une vie ou de notre vie? Il me semble qu’il s’agit d’un interdit qui nous révèle d’abord et avant tout le danger de nous tenir en juge devant ce moment ultime. Qui sommes-nous pour juger du temps de la fin de la vie d’une personne, même avec le consentement de celle-ci? Pour ma part, il m’apparaît dangereux de se réclamer de ce droit. Une société qui en vient à relativiser l’importance de ce geste, se voit entraîner dans une pente glissante. C’est notre conception de l’humain et de l’humanisation qui est en cause.

Bien qu’il s’agisse d’une question qui touche à notre nature humaine et à la vérité de notre être, le relativisme ambiant tend à relayer les arguments des croyants au niveau du respect des croyances.

Je crois que nous avons besoin, comme croyants, de ne pas nous cantonner dans des arguments qui ont tendance à ne pas être pris au sérieux par les non-croyants. Nous devons nous solidariser avec tous ceux et celles qui reconnaissent la dignité de la personne humaine, jusqu’au dernier moment de sa vie. C’est pourquoi je vous invite à vous joindre au manifeste mis en ligne par l’organisme « Vivre dans la dignité ».

La mission de Vivre dans la Dignité est de promouvoir la protection de la vie et de la dignité, inhérente et inaliénable, des personnes rendues vulnérables par la maladie ou la vieillesse en leur assurant un accompagnement empreint de compassion.

Un Dieu inutile?

Où est-il ton Dieu? Que fait-il, quand le mal et la souffrance abondent? Le silence de Dieu n’est-il pas l’épreuve suprême de la foi?

Lorsque Dieu s’avère inutile, pourquoi mettrait-on sa foi en lui? Pourquoi ne pas investir plutôt ses énergies dans des réalités tangibles, sur lesquelles nous estimons avoir le contrôle? L’autonomie semble nous engager sur ce chemin de lucidité froide où la raison invite à quitter la foi, comme on quitte le monde merveilleux des contes de fées.

Aujourd’hui, la foi ne semble pas pouvoir rimer avec intelligence et lucidité. Comme si le dernier mot sur le silence de Dieu appelait nécessairement la réponse de sa non-existence.

Lorsque la question demeure ouverte, il arrive parfois que la foi s’épure et s’approfondisse.

Des prières inutiles
Les inévitables prières non exaucées sont bien souvent les déclencheurs de ce combat de la foi. À quoi ça sert? Dieu ne répond pas. Je suis mieux de me débrouiller seul. La confiance abîmée, voir même rebutée, provoque la distance qui peut mener jusqu’au rejet complet. Le plus souvent, nous conservons une petite sortie de secours, au cas où. Mais nous vivons comme si nous étions seuls. La question de Dieu est reléguée au niveau métaphysique. Si Dieu a créé le monde, il semble l’avoir quitté ensuite. L’idée que Dieu puisse être le maître d’oeuvre du big bang peut paraître acceptable, mais cela semble n’avoir aucun impact sur la vie réelle et les choix au quotidien.

Par contre, si le malheur frappe, il ne sera pas rare de voir réapparaître le marchandage religieux. Les neuvaines ou les sacrifices, pourraient-ils influencer ce Dieu que j’avais oublié? Ou bien devrais-je plutôt utiliser de nouvelles pratiques qui semblent avoir plus de pouvoir sur les forces cosmiques (anges, cristaux, incantations, etc.)? Alors, on fait des promesses, des rites et des gestes, avec l’espoir de réveiller Dieu de son sommeil et récupérer ses faveurs. La fièvre du hockey nous en a montré de multiples manifestations pendant les séries éliminatoires, où l’on voit des pratiques superstitieuses resurgir, en vue de récupérer les faveurs des dieux. Bien que l’on change d’allégeance en matière de croyances, cela ne modifie pas en profondeur le rapport utilitaire que l’on entretient avec l’Ultime(1), qu’on l’appelle Jésus, Allah, l’Énergie universelle ou les forces cosmiques…

L’abandon de la foi magique
La foi, qui s’expérimente dans ce rapport utilitaire et magique, a de plus en plus de mal à tenir le coup dans la mentalité scientifique actuelle. La remise en question devient inévitable. Paradoxalement, il faut perdre la foi (la foi primaire) pour pouvoir découvrir une autre forme de relation à Dieu qui soit digne de l’autonomie de l’être humain. Actuellement, la grande majorité des québécois se retrouvent dans un « no mans land » de la foi, parce qu’ils ont quitté une représentation infantile de la foi sans pouvoir faire le passage vers une autre forme du croire.

Le passage le plus difficile de la foi
Comme société, nous serions, en quelque sorte, dans une crise d’adolescence en regard de la foi. Cela expliquerait le peu d’intérêt pour le religieux, perçu comme infantilisant. Pour bien des gens, la pratique religieuse se résume à des observances qui riment avec obéissance. Dès lors, il est normal pour eux de vouloir se libérer de ces exigences extérieures, brimant leur liberté. Par ailleurs, l’intérêt pour le spirituel gagne du terrain. Personnellement, je mets beaucoup d’espoir dans la quête de sens actuel. Lorsqu’elle se fonde sur une recherche d’authenticité, la quête spirituelle peut ouvrir le passage vers une foi plus adulte.

De l’extérieur à l’intérieur
La recherche de sens qui s’enracine dans le désir d’authenticité prend la mesure de la fragilité humaine. C’est sur ce terrain de notre vulnérabilité qu’une nouvelle rencontre de Dieu peut se réaliser, à nouveaux frais. Ne cherchant plus à l’extérieur de lui-même un Dieu Tout-puissant capable de lui épargner la souffrance ou la prise en charge de sa vie, le chercheur sincère se retrouve face à sa vérité intérieure où il peut vivre une rencontre inattendue. Et si Dieu était là, à l’intérieur, comme Celui qui est la Vie de ma vie?

Saint Augustin nous témoigne si admirablement de cette merveilleuse découverte. « Tard je t’ai aimée, Beauté si antique et si nouvelle, tard je T’ai aimée et pourtant Tu étais dedans, c’est moi qui étais dehors, où je Te cherchais en me ruant vers ces beautés que Tu as faites … Tu étais avec moi, c’est moi qui n’étais pas avec Toi. » (Confessions, livre 10ème, ch. 27)

Cette redécouverte de Dieu peut transformer radicalement la vision de la vie en lui donnant une saveur inespérée.

Parmi les auteurs spirituels contemporains qui nous parlent de ce passage dans la foi, Maurice Zundel est sans contredit un des plus inspirants. Vous pouvez aller lire sa magnifique homélie intitulée « Tu étais dedans, moi dehors ».

Un surplus indispensable
À ce niveau d’intériorité, Dieu n’est plus éprouvé comme étant de l’ordre de l’utile mais plutôt du « surplus indispensable ». Avant cela, on pouvait vivre sans avoir conscience de sa présence mais voilà que cette nouvelle conscience d’une Présence au coeur de soi, illumine l’existence.

Le Dieu de la grâce et du surplus n’a rien de contraignant, bien qu’Il nous appelle inlassablement à offrir le meilleur de nous-même. Sa source intarissable est appelée à irriguer notre cœur et notre intelligence jusqu’à transformer notre vie en une œuvre d’art.

Colette Beauchemin

(1) Selon la théorie du développement du jugement religieux, le stade du donnant-donnant est le plus répandu et le plus difficile à franchir. L’homme, son développement religieux, étude de structuralisme génétique, par Fritz Oser, Paul Gmünder, Louis Ridez; traduit de l’allemand par Louis Ridez, Éditions du Cerf, 1991, 348 p.

Adam et Eve ! Tu crois encore à ça ? 2ème Partie.

Voici la deuxième partie de l’article mis en ligne lundi.

Si Dieu est bon, pourquoi le manque, le mal et la mort existent-ils?  Ce pourrait-il que Dieu soit malveillant?

“Vraiment ! Dieu a dit : Vous ne mangerez d’aucun des arbres du jardin ?” (Gn 3,1) Cette réplique du serpent, mais en scène cette voix trompeuse qui s’immisce en nous jusqu’à nous faire douter de la bienveillance de Dieu.  Le manque sur lequel le serpent appui, jusqu’à l’amplifier, est le rappel douloureux de notre condition de manque.   Nous avons beau nous raisonner, mais voilà le doute introduit dans le jardin, comme un point noir sur la feuille blanche, jusqu’à nous obséder complètement. Pourquoi, souffrir le manque de quelque chose?  Nous aimerions être tout, avoir tout, connaître tout, pour éviter de ressentir ce manque.

Ce désir de toute-puissance semble bien être originel, puisque dès son entrée dans le monde le nouveau-né part de ce sentiment du « tout », pour réaliser graduellement qu’il n’est pas tout et que malgré ses cris, il n’obtient pas tout. Dans le mouvement même de vouloir s’accaparer ce qu’il croit pouvoir faire sa sécurité et combler son manque il prend conscience de ses limites et de sa fragilité (sa nudité).  On n’a beau vouloir se cacher et couvrir sa nudité (Gn 3,7), le désir de perfection demeure toujours présent.

adam&eveL’origine du mal et de notre propre malheur semble bien venir de ce désir de complétude mal géré. En voulant colmater la faille de sa finitude en cherchant à se suffire à lui-même, l’Adam se  «  dé-crée ».  En niant son besoin de l’autre, autrement qu’en l’utilisant comme objet pour combler son manque, l’Adam se réduit à « posséder » plutôt qu’à « être ».  « Prendre » au lieu d’accueillir et se recevoir de l’Autre, voilà notre penchant (péché) originel qui nous entraîne vers notre propre malheur et notre destruction.

Pourquoi cette tentation de toute-puissance est-elle présente au cœur de notre vie? Cette dangereuse possibilité semble bien être la garantie de notre liberté.  La liberté dans laquelle Dieu nous a créés nous met dans la situation de choisir la voie de notre accomplissement.   Nous pouvons écouter la voix de notre Jardinier intérieur ou celle du serpent, c’est à dire celle de l’Esprit ou bien celle de la chair (nos pulsions primaires). Vous serez comme des dieux, dit le serpent (Gn 3,5).  Vous serez tout, sans limites et sans failles.  Nos pires réalisations humaines ne sont-elles pas liées à ce désir de s’élever au-dessus de tout, en se croyant rois et maîtres de tout ?  En se coupant de sa Source, l’Adam connaît les conséquences de ses choix.  A la fin du récit de la Genèse, les malédictions qui suivent la désobéissance (Gn 3, 14-24) (trop souvent interprétées comme la punition d’un Dieu vengeur) ne sont-elles pas plutôt les conséquences désastreuses de nos abus de pouvoirs, sur notre corps, sur l’autre, sur la nature ?  En voulant jouer aux dieux nous devenons pires que des bêtes.

Pourtant ce statut divin auquel nous aspirons, nous est offert gratuitement. Notre rédemption procède de l’accueil de la Vie de Dieu qui nous est donnée, sans s’imposer à nous.  C’est seulement en accueillant cette Vie divine et en acceptant d’y collaborer par le don de soi-même, que l’Adam est recréé à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’Alliance intérieure entre Dieu-notre-Source et l’Adam que nous sommes, peut nous recréer chaque fois que nous y consentons. Le Christ (nouvel Adam), en nous montrant le chemin du Don, est venu nous rétablir dans cette Alliance de l’humain et du divin.

L’arbre de Vie est toujours accessible, au milieu de notre jardin intérieur.  La Vie de Dieu est offerte à quiconque accepte d’ouvrir la porte, vers l’intérieur, pour retourner au jardin, là où l’Amour vivifiant de Dieu nous attend toujours.  Cependant, le passage à travers le feu (les anges de feu postés à la porte du jardin (Gn 3,24)) s’avère être la voie obligée. Mourir à notre suffisance pour vivre de la Vie de Dieu, voilà un chemin de croix devenu chemin de Vie, en Jésus Christ.

Ce récit d’Adam et Eve possède la faculté de révéler bien plus encore, lorsqu’on accepte d’y entrer de l’intérieur, dans une rencontre en face à face avec soi-même, en vérité.  A chacun d’y puiser comme à une source.

A celui ou celle qui m’interpelle en disant :  Adam et Eve, tu crois encore à ça ? Je peux répondre, en vérité :  oui, j’y crois, mais de l’intérieur.

Pour en savoir plus sur une approche symbolique de la Bible on peut consulter entre autre le site de catéchèse biblique symbolique qui nous apprend à renouer avec l’antique pédagogie des Pères de l’Église.  http://catechese.free.fr/

Colette Beauchemin

Adam et Eve ! Tu crois encore à ça ?

Comme je l’évoquais dans mon blogue précédent, bien des chrétiens se sentent dépourvus devant certains de leurs contemporains qui se considèrent débarrassés d’une religion aliénante et qui les relancent parfois en disant : Tu crois encore à ça, toi? ».

Le récit du jardin d’Eden représente, pour plusieurs québécois, l’emblème d’une religion infantilisante à laquelle on se sent mal à l’aise de s’associer.

Dernièrement, en faisant de l’animation catéchétique auprès de jeunes parents,  je me suis rendue compte à quel point, la mémoire collective est porteuse de vieilles images déformées sur ce récit fondateur.  Les plus courantes sont sans contredit celles de la pomme mangée par Eve, et du méchant Dieu qui chasse Adam et Eve du jardin merveilleux.  Cette histoire de désobéissance, où la faute de tous nos malheurs se retrouve sur le dos de la femme, continue de hanter notre inconscient collectif et alimenter l’humour macho.

Je proposais à ces parents de faire le ménage dans leurs vieilles représentations, d’abord pour faire honneur à leur intelligence et ensuite pour éviter de léguer leurs bibittes à leurs enfants.  Comment relier l’intelligence et la foi pour retrouver dans ce récit, une source de sens et de sagesse pour notre vie actuelle et pour notre avenir ?

Adam et Eve

Je suggère tout d’abord que le lecteur ou lectrice  de ce blogue aillent relire le texte dans une bible (Genèse chapitres 2 et 3) ou bien sur un site internet où le texte est accessible. http://www.bibledespeuples.org/ .  Je propose cette bonne traduction biblique, pour ceux et celles qui veulent s’apprivoiser à la lecture qui met en lien les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, en harmonique.  Cela évite une lecture fondamentaliste qui ne tiendrait pas compte de l’esprit dans lequel les textes ont été écrits.

Lorsque l’on parle du récit d’Adam et Eve, on peut concevoir facilement que ce récit ne soit pas à prendre au pied de la lettre.  Entre les blagues de premier degré et les savantes études exégétiques, peut-on retrouver une approche du texte qui puisse nourrir la vie spirituelle des croyants d’aujourd’hui?  Puisque la Bible a d’abord été transmise pour léguer un héritage spirituel, il convient de les approcher en tant que paraboles sur notre vie, en nous demandant constamment, pourquoi on nous dit ceci ou cela, en utilisant telle ou telle image? En approchant le récit du jardin d’Eden en se demandant, qu’a-t-il à nous révéler sur notre condition humaine, puisque c’est de cela dont il est question, le dialogue avec le texte peut commencer.  En réalité, quand on accepte d’entrer dans ce dialogue, Dieu lui-même se retrouve notre interlocuteur.  Il nous cherche en même tant que nous nous cherchons et cherchons à nous comprendre à travers le texte.  « Où es-tu Adam » ?  Dans ce jardin, qui est bel et bien à l’intérieur de nous, Dieu nous cherche pour nous apporter sa Vie.

L’Adam (du mot hébreu « adama » qui veut dire terreux) représente « l’être humain » en tant qu’homme ou femme.  Par cette image d’un être fait de poussière, c’est la fragilité de notre condition humaine qui nous est présentée.  Cette expérience de vulnérabilité est inhérente à notre condition d’être créé et mortel.  De cette conscience naît le questionnement sur notre origine et notre relation à cet Origine qu’on appelle Dieu.   Le récit du jardin d’Eden est porteur de cette question lancinante de l’être humain en quête de plénitude, du fait qu’il ressente si douloureusement sa finitude. Le sentiment de fragilité (ou de « nudité » en langage biblique) sera plus ou moins bien vécu selon le type de rapport que l’on entretient avec soi-même, avec l’autre et avec le Tout Autre.

Dans le récit on dit que Dieu lui façonne une aide qui lui vient du dedans (os de son ossature) (Gn 2,23).  Dès lors, l’Adam se mettra en chemin vers l’unification de son être.   L’Adam sera mis en relation avec son intériorité (femme) en vue de s’unir à elle pour trouver son harmonie.  Tous deux ne feront plus qu’un (Gn 2,24).  Chacun, chacune a besoin de se reconnaître dans cette quête de l’unification de son être (extérieur-intérieur) pour bien saisir l’enjeu présent dans la relation mise ne scène entre l’Adam et sa femme.

On dit dans le récit que l’Adam et sa femme étaient nus et n’éprouvaient aucune honte (Gn 2,25) mais voilà qu’ayant manger de l’arbre de la connaissance ils s’aperçoivent qu’ils sont nus et en éprouvent de la honte et de la peur. Ils se cachent. (Gn 3,10)  Attribuer une connotation sexuelle à cette scène est très éloignée de l’expérience que le récit cherche à mettre en lumière.  Cette image de nudité cherche plutôt à nous mettre en contact avec l’expérience de fragilité que nous éprouvons tous face à la souffrance et la mort qui caractérisent notre condition humaine.  N’est-ce pas cette expérience viscérale de se sentir vulnérable dans l’existence, qui nous fait douter de Dieu, allant même jusqu’à le percevoir comme malveillant ou bien rival ?  La voix du serpent reflète bien celle de notre insécurité qui déforme notre perception de la réalité, de nous-mêmes et de Dieu.

La suite de cet article sera publiée jeudi.

Colette Beauchemin

Es-tu judéo-chrétien?

J’aime bien cette émission radio des «aurores» où il est question de tout et de rien, de sérieux et de futile, dans l’odeur du café et des toasts. Ce matin-là, au départ de l’émission, l’animateur jasait avec les chroniqueurs, des photos radar et des revenus substantiels qu’ils génèrent pour l’État. Quelqu’un rappelait que la visée de l’exercice était la sécurité routière, un objectif éducatif et éthique plutôt que financier. L’un d’eux évoqua le souvenir des contrôles de vitesse sur la longue route 175 qui traverse le parc des Laurentides. Les arrêts obligatoires aux barrières permettaient de chronométrer le temps entre l’entrée et la sortie. Tout véhicule qui arrivait avant son temps était immobilisé pour un temps, pour ramener la durée de la traversée au temps minimum permis. «Quelle attitude judéo-chrétienne!» clama alors un chroniqueur. Les oreilles me dressèrent. «Judéo-chrétien veut dire : tatillon! faiseur de petite morale!» Qui peut oser se dire judéo-chrétien après cela. L’émission passa à autre chose, mais pas moi, pas tout de suite. Dans ma bulle, comme un écho «Suis judéooooo-chrééééétien? »

onairLa gang se mit à parler d’Haïti, de la force d’âme de ces gens qui chantaient et qui priaient, et de la générosité étonnante des québécois. Aucun chroniqueur n’a dit qu’il y avait peut-être là une attitude judéo-chrétienne de part et d’autre. Puis, est venue sur le tapis l’affaire du coup de coude au hockey, avec ses conséquences graves pour la victime : convulsions et traumatisme crânien. «Trop violent le hockey, il faut que ça change!» clama-t-on. L’imposition de sanctions plus sévères est réclamée. Tiens! tiens! l’éthique et la morale se montrent le bout du nez. Serait-ce un réflexe …judéo-chrétien, que d’exiger réparation pour le tort commis, et changer la culture de la violence dans ce sport? Puis on est revenu sur les victimes des bandits à cravate… encore la morale qui affleure inévitablement, peut-être inspirée de la tradition jud…je présume.

Puis vint le tour de la critique de théâtre de faire sa chronique. Elle résume l’histoire de la pièce ou du film: un imposteur fait souffrir plein de monde, mais finit par se transformer en un être de bonté à travers la déchéance dans laquelle il est plongé. Elle termine en disant : «C’est une histoire de rédemption!». Oh! Qu’est-ce que je viens d’entendre? Mais personne des chroniqueurs n’a relevé cette expression on ne peut plus «culture judéo-chrétienne». Difficile de ne pas avoir des petits airs de famille, même quand on veut s’en dissocier.

Puis je me suis dit qu’il y a de ces expressions qui ont peut-être besoin de rédemption au regard des personnes qui ont un contentieux avec leur passé religieux. Cela m’engage à contribuer humblement à changer une certaine perception négative de notre héritage spirituel québécois.

Judéo-chrétien : Se dit des croyances et des valeurs morales communes au judaïsme et au christianisme Larousse Pratique. © 2005 Editions Larousse.

Rémi Bourdon

Un capteur de rêve pareil et différent

À quelles conditions peut-on prendre un objet symbolique d’une culture autre que chrétienne et en faire un objet symbolique chrétien? La question m’a été posée parce que, dans le parcours catéchétique Mène-nous vers Jérusalem, j’ai transformé le capteur de rêve amérindien en capteur de rêve chrétien. Je ne crois pas avoir perverti le sens de cet objet si je me fie à ce qu’un artiste amérindien, Nick Huard, dit des capteurs de rêve qu’il fabrique. Pour lui, ils rappellent, entre autres,  «à chacun de nous de poursuivre le rêve que le Créateur a mis dans notre cœur.» (voir ici)

Il n’est pas étonnant que les diverses cultures utilisent souvent des objets semblables pour exprimer leur vision du monde et la destinée humaine, les désirs et les «rêves» communs à tous les peuples à travers les temps. Ce qui montre bien l’unité profonde de l’humanité, son âme religieuse. Et le rêve est une activité psychique universelle qui souvent nous branche sur des questions vitales, à travers des images, des «vidéos-clips» surgissant de notre inconscient pour nous secouer. Je trouve fascinant que la culture amérindienne ait été la seule à produire un tel objet symbolique, pour signifier qu’il faut prendre ses rêves au sérieux.

Dans la culture judéo-chrétienne aussi, les rêves, ou songes, ont de l’importance : la Bible les considère comme une façon pour Dieu de se révéler. Les livres bibliques racontent  de nombreuses histoires de rêves célèbres, ou de visions nocturnes, qui manifestent la présence active de Dieu. J’en ai répertorié une quinzaine. Jacob a un songe qui va le marquer pour la vie : une échelle qui relie le ciel et la terre. Quand il se réveille, il dit : «Vraiment le Seigneur est ici, mais je ne le savais pas.» (Genèse 28, 10-16). L’évangile de Matthieu raconte les rêves de Joseph et des mages et mentionne celui de la femme de Pilate.

Oui Dieu a des rêves sur nous! Mais comment nous les fait-Il connaître et comment fait-on pour les capter? Un des symboles porteur du message divin est la colombe qui représente l’Esprit saint. Comme l’échelle de Jacob, elle établit la liaison entre le ciel et la terre. Saint Paul affirme : «L’Esprit parle à notre esprit.» Oui nous pouvons capter des rêves quand nous nous réveillons subitement : notre esprit peut les mémoriser et les interpréter. Mais pour capter le rêve de Dieu, il faut l’aide de l’Esprit en nous. Voilà ce que j’ai voulu représenter symboliquement, en remaniant le capteur de rêve amérindien, et en plaçant au centre le symbole de la colombe, déjà largement utilisé comme symbole chrétien.

Je n’ai rien fait de nouveau en prenant un objet symbolique non chrétien pour le transformer. Rappelons-nous que Noël est une fête païenne transformée en fête chrétienne au 4ième siècle. (voir ici). Et que dire de la croix? Marc Girard, un bibliste, écrit dans son livre (Les symboles dans la bible p.613): «Étonnamment riche, le mystère de la croix! Et – phénomène trop peu connu- les chrétiens sont loin d’en avoir le monopole : le symbole fait partie du patrimoine culturel et religieux de toute l’humanité.»

Tout objet, ou geste symbolique, révèle son sens particulier par la parole qui l’accompagne, parole dite, ou implicite dans la mémoire individuelle ou collective. Le fait de verser de l’eau sur la tête d’une personne ne signifie pas qu’on est en train de la baptiser. Il faut les paroles qui en donnent la signification : «Je te baptise au nom du Père….»

Merci à nos sœurs et frères amérindiens qui se tournent vers le Grand Esprit !

Rémi Bourdon, prêtre