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La cathédrale des indignés

Le 19 novembre dernier, une semaine avant que la Ville de Montréal demande à son service de police de vider le Square Victoria, j’ai participé à une célébration interreligieuse en appui au mouvement des indignées d’ « Occupons Montréal »[1].  L’ensemble des priantes et des priants, debout, côte à côte autour du campement, regardaient vers l’intérieur comme pour attirer l’attention du monde sur le cœur du quartier des affaires, transfusé d’un sang neuf. La chaîne humaine ainsi formée, à la manière des « Green Peace », semblait se porter à la défense de la conscience sociale comme d’une espèce en péril.

Après la cérémonie, la vigile a laissé place à des échanges plus informels entre militantes et  militants venus de divers horizons. Puis avec d’autres, je suis allé me recueillir dans la basilique Saint-Patrick en passant à travers les ruines du St Bridget’s Refuge créé par les Sœurs Grises pour venir en aide aux démunies. [2]  En entrant dans la nef de la basilique, j’ai été frappé par le nombre imposant de représentations de saintes et de saints qui nous plongent dans le patrimoine spirituel des catholiques irlandais. J’ai été encore plus frappé par le fait qu’elles étaient toutes alignées autour de la nef et du chœur, le regard tourné vers l’assemblée croyante.

Je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement entre les deux scènes : d’un côté, cette « chaîne humaine » spirituelle veillant sur la basilique et de l’autre celle qui, quelques minutes plus tôt, entourait les indignées d’ « Occupons Montréal ». Quel lien pouvons-nous faire entre elles? Au delà des deux communautés de saintes et de croyantes formant le cercle, symbole d’unité et de communion, autour de quoi celles-ci sont-elles rassemblées?  Et quels liens pouvons-nous faire entre les indignées occupant la rue et les croyantes réunis dans la basilique? Y a-t-il une parenté spirituelle entre celles et ceux de l’intérieur de nos églises et celles et ceux qui ont choisi de se tenir debout dehors, que se soit dans le St Bridget’s Refuge des Sœurs Grises ou au cœur du quartier des affaires.

Si la basilique est un lieu reconnu de pèlerinage et de retour aux sources de notre foi,  le rassemblement des indignées,  est pour moi une véritable cathédrale[3] dans la rue du fait qu’il est le siège d’un mouvement prophétique au nom de la dignité, de la solidarité, de l’égalité et de la communion entre les humains. Et que dire de toute cette communauté croyante veillant sur  les protestataires comme sur un lieu sacré où la Vie a choisi de s’incarner à nouveau?

J’espère que les ruines du St Bridget’s Refuge créé par les sœurs Grises au XIXième siècle resteront là encore longtemps. Elles nous rappellent que les indignées d’aujourd’hui, reprennent le cri des indignées d’hier et que nos pèlerinages aux sources de notre foi n’ont de sens que s’ils nous retournent sur des chemins de compassion, de justice et de solidarité.

Daniel Pellerin



[2] file:///Users/danielpellerin/Documents/COMMUNICATION/Site%20internet%20du%20diocèse/Blogue/2011-2012/11-12-24/Série%20dans%20le%20Devoir:%20Montréal%20avant-après,%20témoignage%20photographique%20de%20l’évolution.webarchive

Êtes-vous indignés?

C’est ce que titrait la chronique de Patrick Lagacé dans la Presse du mercredi 19 octobre 2011 : http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201110/18/01-4458581-je-mindigne-tu-tindignes-etes-vous-indigne.php Difficile de répondre non à cela. En effet, il y a pleins d’événements, de discours, de gestes qui développent chez moi un sentiment de colère ou qui heurtent ma conscience morale et « titillent » ma compréhension de la justice. Pour n’en nommer que quelques uns, je dirais que :

  • La maltraitance des personnes âgées m’horripile au plus au point. Je ne peux comprendre qu’on veuille du mal à des personnes qui ont souvent donné de leur temps avec une énorme générosité pour nourrir leur famille, « rejoindre les deux bouts », apporter la sécurité à leurs enfants, apporter bonheur et amour autour d’eux. En fin de vie, ils sont souvent très seuls. Si on les maltraite en plus, c’est inacceptable!
  • L’indifférence, passez tout droit sans s’arrêter pour ne pas voir, parce que nous n’avons pas le temps de voir, parce que la vie de l’autre a aucune importance.
  • La barbarie qui se passe dans certains pays, le massacre du Rwanda, les crimes pour l’honneur, les personnes incarcérées pour avoir dit les vraies affaires, les dictateurs qui sont drogués au pouvoir et à l’argent, les milliards d’êtres humains qui souffrent de la faim parce que les dirigeants ne pensent qu’à leur bien-être et  à leur richesse, etc.
  • Les enfants qui n’ont pas la possibilité de vivre leur vie d’enfant, et qui sont chargés de responsabilités qui les dépassent.
  • Les financiers véreux qui ruinent l’avenir des petits épargnants en abusant de leur confiance.
  • Les enveloppes brunes, les sommes exorbitantes qui sont dépensées en double et en triple du prix réel pour financer une quelconque Mafia, les irrégularités dans le domaine de la construction pour ne citer que celui-ci.

 À New York, Boston, Chicago, et Washington, des « indignés » ont manifesté contre les excès de la finance. Ils étaient des centaines à être venus crier leur ras-le-bol. Ils ont plantés des tentes sur l’esplanade du centre névralgique de la finance et scandaient des slogans électriques pour sensibiliser les dirigeants à leur réalité au quotidien, afin que ceux-ci assument leur part de responsabilités du merdier dans lequel ils les ont plongés.

De Madrid à l’Angleterre, en passant par la France, plusieurs personnes se sont également levées, pacifiquement pour la plupart, pour crier également leur indignation contre le système. Ils envoient des appels à changer ce monde usé jusqu’à la corde par tant de mensonges, d’injustices et de violences accumulées depuis la nuit des temps. « Nous ne voulons plus du mensonge des guerres justes ou des printemps révolutionnaires orchestrés par la CIA et ses valets. Nous ne voulons plus du mensonge des politiques qui protègent les lobbies empoisonneurs de la terre, de l’eau et de l’air. Nous ne voulons plus du mensonge de ces dettes illégitimes au travers desquelles les élites financières rendent les foules citoyennes comme les nations esclaves des gangs banques. »

Depuis la mi-octobre, 300 « indignés » campent au square Victoria pour protester contre le système, une cause qui est gérée dans la dignité, dans le respect des lieux et des personnes, sans violence. «  Nous sommes ulcérés du système bancaire actuel. Je gagne bien ma vie, mais je veux plus d’espoir pour vous, pour mes enfants qui ont à peu près votre âge », explique un Montréalais de 68 ans.

Ce n’est pas vrai que les choses vont bien. Il y a de la corruption, de l’indifférence, de la malhonnêteté, du je-m’en-foutisme, partout! Que pouvons-nous faire pour ouvrir à la solidarité, la compassion, la vraie justice, la coopération, l’équité? C’est beau et noble de s’indigner, mais quel est l’avenir que je réserve moi aussi à mes enfants, et nous collectivement?

Francine Vincent

 

Portons le coquelicot… blanc.

Le 11 novembre, Jour du souvenir, de quoi nous souviendrons-nous au juste ? Le Collectif Échec à la guerre www.echecalaguerre.org  vient de lancer une campagne particulière en nous proposant de porter le coquelicot blanc. Mais qu’est-ce encore que cette nouvelle patente et d’où ça sort ?

« La Première Guerre mondiale avait entraîné la mort de 10 millions de soldats et d’un million et demi de civils. Quinze années plus tard, devant une nouvelle montée des tensions au niveau international, la première campagne du coquelicot blanc fut lancée en Angleterre, en novembre 1933, par la Co-operative Women’s Guild (CWG). Cette organisation – composée de mères, de sœurs, de veuves et d’amoureuses d’hommes tués lors de la Première Guerre mondiale – menait un travail d’éducation sur les conditions sociales, économiques et politiques favorisant la montée de la guerre et s’opposait activement au commerce des armes… Par sa campagne, la CWG voulait non seulement commémorer toutes les victimes de la guerre, mais également proclamer son rejet de la guerre et se dissocier des commémorations faisant subtilement l’apologie de la force militaire ». http://www.cjf.qc.ca/userfiles/file/AP_Nouvelles/Portons-un-coquelicot-blanc.pdf

Le Collectif Échec à la guerre qui comprend environ deux cents membres (groupes, mouvements, regroupements et associations diverses), dont plusieurs sont d’inspiration chrétienne, http://www.echecalaguerre.org/index.php?id=14  a décidé de s’impliquer activement dans cette campagne ici au Québec en devenant le pôle de diffusion de l’information et du matériel et de campagne.

Pourquoi devrions-nous nous associer à cette campagne qui risque de déclencher des discussions, des débats et peut-être provoquer des frictions entre personnes et groupes? Simplement par amour et par respect pour la vie? En tout cas, c’est toujours plus facile de savoir pourquoi on tient à la vie que pourquoi on irait en guerre.

Pour vous approvisionner :

http://www.echecalaguerre.org/index.php?id=234

 

Dépôts :

  • Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)

1001, rue Sherbrooke Est, bureau 540, 5e étage

(entre St-André et Amherst : métro Sherbrooke)

De 9 h à 17 h

Personne-contact : Amélie Nguyen

Téléphone : 514-871-1086 poste 210

 

  • L’Entraide missionnaire (EMI)

433, boul. St-Joseph Est

(métro Laurier, sortie boul.St-Joseph)

De 9 h à 17 h

Personne-contact: Micheline Malboeuf

Téléphone : 514-270-6089

 

Daniel Pellerin

 

 

Jésus à votre porte à l’Halloween

Fantôme, momie, Batman ou Cendrillon, des milliers de personnages à incarner pour plein de sensations. Vous les verrez bientôt,  dans la soirée du 31, toutes ces beautés éphémères et  créatures étranges.

Depuis la mi-septembre, la publicité s’acharne dans notre boîte aux lettres[1], à offrir sa garde-robe de costumes.  Et parmi eux, il y a Jésus, les mains et le regard tournés vers le ciel. Il y a aussi le pape, un  évêque, un curé  et un moine. Après tout, nous sommes encore un peu en terre catholique. Alors on peut comprendre qu’il n’y ait pas de déguisements d’iman, d’ayatollah, de juif hassidique, ou de moine bouddhiste.  Voilà,  d’après les sociologues, nous sommes entrés dans une époque de postchrétienté.

Quand j’étais enfant, il aurait été inimaginable, sacrilège de me déguiser en Jésus. Puis il ya eu la révolution tranquille : « la religion a pris le  bord ». C’était le début de ce qu’on a appelé la sécularisation. Dans les années 70, le mot sécularisation voulait dire que la religion avait perdu sa place prédominante. Elle avait une place mais pas toute la place. Depuis les années 90, le phénomène de sécularisation serait entré dans une nouvelle phase, c’est-à-dire que la religion est devenue presqu’invisible dans l’espace public culturel: « la religion n’est plus dans le décor ».  Pour beaucoup, ce n’est pas plus qu’un reliquat du passé, du folklore.  Si bien qu’on en vient à  banaliser la figure centrale de la tradition religieuse québécoise.

Quand vous avez regardé le contenu du sac-à-pubs, vous êtes-vous  étonné de voir Jésus dans l’alignement des personnages halloweenesques? Jésus est un costume parmi d’autres. Faut-il s’en offusquer? Pas trop! Mais ça nous questionne comme croyants : si Jésus Christ est au cœur de notre existence comme Parole de Vie qui donne sens au devenir de l’Humanité, que faisons-nous pour faire connaître cette Bonne Nouvelle à notre monde qui en a tant besoin?

Je ne sais pas combien de « Jésus » vont frapper aux portes de votre quartier pour demander des bonbons. Mais je crois que le vrai Jésus, le Vivant, frappe toujours à notre porte, celle de notre demeure intérieure. « Voici : je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi. » (Apocalypse 3, 20)

Tendez l’oreille, le soir, à l’heure du souper!

Rémi Bourdon

Ps. : Jésus a déjà été pris pour un fantôme : « Quand ses disciple, dans la barque, le virent marcher sur la mer, ils pensèrent que c’était un fantôme, et ils poussèrent des cris. » (Marc 6, 49)



[1] Le montage photographique a été fait à partir des photos du site :  trouilleetcitrouille.ca

 

3.41$

Il y a des jours où je n’ai vraiment pas l’impression d’avoir fait ce qu’il fallait faire. Avec simplicité, je vous raconte la raison de mon ambigüité et vous me direz sûrement que vous avez déjà vécu une expérience semblable.

Je suis dans le stationnement du Centre diocésain, rue Ste-Foy à Longueuil.  Un homme arrive à bicyclette et se dirige vers moi. Il me raconte son histoire tout d’un trait : Il habitait Rimouski. Il est déménagé depuis peu dans le quartier.  Il n’a pas encore de travail. Son fils commence l’école dans une semaine.  Sa femme est malade. Il doit lui acheter des médicaments. Il lui manque 3.41$.  « Pouvez-vous me les avancer et je vous rembourserai promis, dès que je le pourrai. » Je le regarde dans les yeux et j’ai le goût de lui dire : « N’en beurre pas si épais. Je ne crois pas ton histoire de toute façon ». Il me dit à plusieurs reprises qu’il est très gêné de faire cette demande, que cela lui a pris tout son courage pour faire cette simple démarche. « Venez à mon aide, svp? »

Qu’est-ce que je dois faire?  C’est facile pour moi de lui remettre 3.41$.  Qui n’a pas 3.41$ dans son portefeuille? Et voilà que je me mets à hésiter. Si je lui donne ce qu’il demande, il y aura toujours quelqu’un qui suivra pour me redemander de l’argent, le mot se passe vite semble-t-il.  Si j’ouvre mon sac, en profitera-t-il pour prendre tout ce que j’ai?  Pourtant, 3.41$ c’est rien! Je dépense régulièrement plus que cela pour des choses futiles.  Pourquoi ne demande-t-il pas 100$?, 50$, 20$? Si son histoire est vraie, quand il aura payé les médicaments, il n’aura plus rien devant lui. Aujourd’hui qu’est-ce qu’on peut faire avec 3.41? Pour m’en sortir et me déculpabiliser  du même coup, je l’ai dirigé vers la réception du Centre diocésain, qui, je l’ai su plus tard, ne donne pas d’argent à quelqu’un de passage mais l’oriente vers différents organismes selon le cas.

Je demeure toujours fragile devant la pauvreté, moi qui dit avoir un cœur de franciscaine et est inspirée par la vie de François d’Assise, lui qui a su à une autre époque être pauvre avec les plus pauvres, partager sans regarder en arrière, donner tout ses biens en se disant que Dieu pourvoira à ses propres besoins.

Pourtant l’an dernier, quand j’ai vécu l’Itinéraire Spirituel[1], j’avais été très touchée par ma rencontre avec des itinérants du Vieux-Montréal. Au-delà du café, des sandwiches, des chapelets, des bas et des mitaines qu’on leur apportait, ils étaient très sensibles au temps passé avec d’eux à les écouter, à échanger sur le quotidien de leur vie, même à prier. Et si l’homme à bicyclette n’avait eu besoin que d’un temps pour se dire. Le 3.41$ n’était-il pas qu’un prétexte?

Francine Vincent



[1] L’itinéraire spirituel est un court pèlerinage de 3 jours auprès de 7 communautés de vie religieuse ou laïque, afin de découvrir la spiritualité qui les anime et vivre une expérience spirituelle avec eux au quotidien.

Quand la rapacité impose sa loi.

[1] Le rapport Duchesnaux le confirme : la corruption est érigée en système dans les attributions de contrats dans les travaux publics au Québec. «On a le pouvoir, on voit passer l’argent… pourquoi pas une petite ponction?» Voilà le pouvoir de l’Argent qui bafoue la Justice. Nous payons tous pour ça, en manque à gagner, en perte de confiance de tous ordres dans nos liens sociaux.
Que ton règne vienne sur la terre comme au ciel!

Une partie de l’ile Charron est protégée par les verts et convoitée par les billets verts. Ce terrain a beaucoup de valeur de part et d’autre. Chaque partie est prête à mener le combat jusqu’au bout. En s’adossant à la loi, c’est l’enchère des millions. Deux visions s’affrontent, bien enracinées dans notre culture : la marchandisation de la nature ou sa conservation pour un développement durable. Le mercantilisme est ici légal : le possesseur  est  dans son droit de réclamer 40 ou 50 millions, au lieu de 15 offerts, dans son droit de détruire un milieu naturel. La rapacité jamais inassouvie exerce son empire, instrumentalise le droit et tient sa proie. Finie sa liberté. Quand elle possède un cœur, elle le bétonne.
Que ton règne  vienne sur la terre comme au ciel!

Plus d’un milliard d’affamés sur un continent et des poubelles obèses sur un autre. Et une industrie du caritatif qui parfois est mis à mal par des profiteurs, tels des loups dans la bergerie.
Que ton règne  vienne sur la terre comme au ciel!

Ce matin, je ne sais pas pourquoi, le bulletin de nouvelles, m’est apparu particulièrement riche en échecs de justice,  de générosité de conscience citoyenne, de sens du partage.

Spontanément, me sont venus ces mots du Notre Père : Que ton Règne … une chance qu’il vient!

Ps. «Charité bien ordonnée commence par soi-même» n’est pas dans l’Évangile et non plus évangélique. Rien à voir avec cet amour proposé qui peut aller jusqu’à donner sa vie pour ceux qu’on aime. (Jean 15, 13)

Rémi Bourdon

 


[1] http://www.google.ca/imgres?q=rapaces+proie&hl=fr&client=firefox-a&rls=org.mozilla:fr:official&gbv=2&biw=1680&bih=860&tbm=isch&tbnid=cCM62SPiuATQHM:&imgrefurl=http://rapace-dumonde.skyrock.com/37.html&docid=bnOmxkmvwWVBfM&w=358&h=237&ei=3z1yTuH6MKT50gHNwdmYCg&zoom=1&iact=hc&vpx=177&vpy=328&dur=5396&hovh=183&hovw=276&tx=122&ty=108&page=3&tbnh=144&tbnw=189&start=62&ndsp=32&ved=1t:429,r:8,s:62

La crise de Développement et Paix

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Vous êtes probablement au courant que notre Organisation catholique pour le Développement et la Paix est dans la tourmente depuis plus de deux ans maintenant. Après avoir été blanchie d’accusations voulant qu’elle soutienne dans les pays du Sud, des groupes prônant l’avortement, voilà qu’elle a été à nouveau il y a quelques mois la cible d’allégations visant à la discréditer.

Le plus grand tort que pourrait causer de telles attaques est sûrement de menacer l’interruption de l’aide humanitaire acheminée chaque année auprès de milliers de personnes et de populations rendues vulnérables par la pauvreté. Heureusement, la Conférence des évêques catholiques du Canada n’a pas plier devant les accusations non fondées et a réaffirmé son attachement et son soutien à D&P.  http://www.cccb.ca/site/frc/salle-de-presse/3106-commentaire-sur-lannulation-dun-conferencier-de-careme-de-partage Nombreux parmi celles et ceux qui appuient Développement et Paix, comprennent par cette réplique que de s’attaquer aux institutions mises en place par les évêques du Canada, c’est ni plus ni moins que s’attaquer à l’Église catholique elle même.

Plutôt que d’affaiblir l’ardeur de celles et ceux qui supportent Développement et Paix, les attaques visant à discréditer l’organisme auront eu un effet contraire. Depuis quelques mois un vent de solidarité souffle chez les membres et sympathisants de D&P partout au Canada. Des lettres d’appui provenant d’organismes tels que L’Entraide missionnaire, les Jésuites du Canada, le Regroupement œcuménique Justice et Paix, Le Centre de participation, de formation et de ressourcement de Montréal, etc. ont circulées dans tout le pays.  Ceux-ci ne semblent pas disposés à laisser remettre en question les valeurs de justice et de solidarité qui animent l’organisme, ni à voir paralyser les programmes d’aide dont trop de vies d’enfants, de femmes et d’hommes dépendent dans les pays du sud.

Daniel Pellerin

Trop de Québécois croulent sous les dettes

Achetez maintenant, payez plus tard:   argent2
Mon slogan pour faire mes emplettes.
Je n’ai pas une cenne qui m’adore
Pour des spéciaux pleins les tablettes.

Mais j’ai neuf cartes de crédit « Or ».
Le vendeur et le banquier aiment mes dettes
Et moi, je consomme et je m’endors…
Non! je ne m’endors plus sous la couverte.

« Une dixième carte, Monsieur? » C’est fort!
Là, j’en ai vraiment plein la brouette!
Encore fuir en avant ou se virer de bord?
Et v’là que le ministre me tire la couette.

«Imaginons un solde de 10 000 $. Avec un seuil minimal à 2 pour cent, il faudra 80 ans pour rembourser la totalité du solde» (Ministre Jean-Marc Fournier)

Et moi qui suis-je, à clamer de tous bords
Que je suis libre, pas une marionnette?
Vendeurs, banquiers, ministres, dehors!
Mais comment reprendre les manettes?

À l’aide! J’veux plus de vos boni-dollars.
Une dépendance, pas facile à admettre.
Je peux m’en sortir, haute est la barre
Avec d’autres, je veux m’y mettre.

Comment faire lever un nouvel aurore
Finies la vie à crédit  et les pirouettes
Découvrir au fond de moi ce trésor
L’empowerment, avant de tomber en miettes.

Rémi Bourdon

L’art emprisonné

statues_of_romeLa semaine dernière deux statues de bronze représentant deux enfants ont été volées à la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue à Longueuil.  Ces deux enfants avec la statue de Mère Marie-Rose représentaient une page de notre patrimoine religieux.  C’était comme un rappel, chaque fois que l’on circulait sur la rue Saint-Charles coin Chemin Chambly, un rappel de notre histoire, un rappel qu’il y a eu des femmes qui ont vu à l’instruction de ceux qui nous ont précédés. Ces belles sculptures n’étaient pas enfermées dans des musées, mais étaient exposées à la vue et au su de tous.

À cause de ces actes méprisables, la statue de mère Marie-Rose a été retirée de son socle, avec raison. Il n’est pas question de se faire voler celle-là aussi! Il faudra donc cacher cette œuvre d’art, ou l’exposer à l’intérieur sous une cloche de verre, avec un bon système d’alarme ou de caméra. Et l’audace des cambrioleurs ne s’arrête pas là. Les cimetières sont aussi pillés.  On vole particulièrement les statues de bronze, pour les revendre pour la matière première, et pour les sous qui viennent avec. Les angelots, les Christ ressuscité, les personnages de toutes sortes sont « piqués ». C’est une honte!

D’une part, il n’y a plus aucun respect pour le sacré, pour l’histoire, pour le patrimoine, pour la mémoire religieuse. D’autre part, l’art devient quelque chose que l’on continue d’enfermer parce qu’on n’est pas capable de regarder sans toucher, sans prendre, sans briser, sans égratigner, sans massacrer. En septembre dernier, je suis allée à Rome. À Saint-Pierre-Rome, la belle statue de la Pieta de Michel Ange, un chef d’œuvre artistique d’une beauté et d’une sensibilité incroyables, a dû être mise sous protection elle aussi.  Quelqu’un s’était rué dessus avec un marteau, et a réussi à « gosser » le marbre à plusieurs endroits.  Épouvantable!

Est-ce qu’on peut encore croire que la beauté, l’art, la créativité, le talent, soient accessible à tous? Quand aurons-nous la possibilité de ranger nos caméras de surveillance, nos systèmes d’alarme et nos vitrines protégées? L’art c’est pour tout le monde.  L’histoire et la mémoire doivent être accessibles à tous également.

Francine Vincent

La bonne nouvelle du crucifix selon Stéphane Laporte

45721Dans La Presse de samedi, 19 février dernier, Stéphane Laporte jette un regard décapant sur la controverse autour du crucifix de la salle du conseil de la Ville de Saguenay.

Décapant! Qu’on soit de tous poils, ou à rebrousse-poil, laïcs ou catholiques, il nous accroche. « C’est beau, un crucifix, parce que c’est tellement à contre-courant. Le monde est rempli de symboles de puissance: l’aigle, l’ours, le lion, l’étoile… Arrive un homme à moitié nu en train de mourir sur une croix. Tellement looser, et pourtant tellement puissant. C’est bouleversant, un crucifix. Et rien n’est plus puissant qu’un bouleversement. »

Sa réflexion fait table rase de tout le reste, d’idéologique ou de religieux : un homme a donné sa vie, constate-t-il laconiquement.  Cet homme cloué accule tout le monde au mur de sa fragilité, de sa finitude, sous le clou du crucifix en sursis.

Dans une des catéchèses que j’ai rédigée (Routes de Paroles) sur la passion selon Marc, je faisais ressortir la parole de détresse de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» (Marc 15,34) Cette parole de Jésus en croix est insoutenable, parce qu’elle est la dernière en Marc et Matthieu. Elle choque, parce que trop humaine, trop désespérée. On m’a suggéré d’ajouter la finale de Luc qui manifeste l’ultime confiance de Jésus: « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » (Luc 23,46)

Un jour, j’ai eu besoin de cette fin de vie de Jésus selon Marc.  Mon frère aîné est entré dans la mort à reculons. Jusqu’au dernier souffle, la détresse. Pourtant j’avais prié Dieu qu’il le pacifie avant de trépasser. J’avais tellement désiré qu’il prononce la dernière parole du Jésus de Luc!

Ma prière n’a pas été exaucée. Je Lui ai crié mon indignation. Plus d’une fois. Quelle bonne nouvelle que Marc nous rappelle! Le Fils a pris jusqu’au bout la condition humaine, jusqu’à ressentir le désespoir. J’ai compris que c’est le Christ de Marc qui a accompagné mon frère au dernier moment de sa vie.

Stéphane Laporte nous branche sur la spiritualité de Marc qui nous présente d’abord  un homme, un humain croyant, mais parce que Fils de Dieu, va jusqu’au bout du meilleur de son humanité.  « C’est juste un gars. Un gars tout seul, au bout du chemin. Un gars qui a fait tout ce qu’il a pu. Et qui finit là, tout seul. Comme on finira tous: tout seuls. »

« Enlevez les crucifix si vous voulez, mais il ne peut rester sur les murs que le trou du clou retiré. L’État, ça ne peut pas juste être un drapeau. Il faut quelque chose de plus grand. Ouvert sur les autres. Est-ce qu’on peut s’entendre sur l’amour? Sans déplaire à qui que ce soit, la société québécoise peut-elle proclamer qu’elle croit en l’amour? »

Avec le trou du crucifix disparu, peut-être restera aussi une marque sur le mur: une ombre plus claire en forme de crucifix. On va s’empresser de repeindre le mur.  Mais continuera le murmure ténu de la mémoire qui s’interroge, du cœur fait pour aimer, condition essentielle du vivre-ensemble.

Rémi Bourdon


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