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Au delà de la peur… suivre sa voie
7/07/10
Dans le cadre d’une émission biographique dédiée à l’actrice québécoise Marina Orsini, je l’ai entendue parler de son parcours de vie, en disant : « Mes désirs ont toujours été plus forts que mes peurs ». J’ai été charmée par cette expression qui sonnait si juste dans sa bouche.
Cette femme si inspirante pour bon nombre de québécois et de québécoises, donne le goût de croire que le mystère de la vie est bienveillant et que l’on peut faire confiance à ce feu qui brûle au fond de nous. Les personnes qui côtoient Marina Orsini témoignent d’elle comme étant une personne dont le cheminement de vie semble se dérouler comme si tout prenait sa place au bon moment. Il me semble que cela n’est pas étranger à ce regard de confiance qu’elle porte sur ses désirs et l’obéissance à ce qui appelle en elle.
Mais peut-on arriver à faire confiance aux aspirations profondes qui nous habitent sans avoir d’abord appris à entrer en soi-même? Le cheminement de Marina laisse croire que cette femme a su écouter ce qu’elle portait et faire fi des multiples voix qui auraient pu la dissuader de suivre son chemin. Nous ne pouvons que constater comment cette attitude a porté fruit dans sa vie. Cette femme rayonne de vitalité.

Et si ce désir en nous était la voix de Dieu qui nous appelle à la Vie? N’est-ce pas mystérieux ce sentiment d’être aspiré vers « plus de Vie »? Par ailleurs, ce désir, lorsqu’il n’est pas suffisamment approfondi, peut nous amener à confondre « l’appel à être », avec « l’envie d’avoir ». C’est là que la peur a de la prise. La peur n’est-elle pas liée à l’angoisse de perdre? Ce n’est que lorsque l’on goûte intensément ce sentiment de vivre pleinement en faisant des choix cohérents avec nos appels intérieurs que la peur peut être dépassée. Les « oui » aux appels que l’on ressent au plus profond de soi, nous entraînent, en quelque sorte, vers une naissance à soi-même qui n’est jamais achevée.
Pour moi, cette manière de s’engager dans la vie est une expérience spirituelle qui émane d’un sens qui nous transcende. Dans un regard de foi, j’y reconnais l’appel que Dieu nous lance, à la source même de notre désir d’être. Quand on choisit de répondre à cet appel, la vie circule et se déploie.
Quand toute une société de consommation et de performance tend à imposer ses repères de choix de carrière à lorgnette de la simple productivité, il est urgent que d’autres repères se fassent jour. Nous ne pouvons faire fi des appels qui jaillissent de la dimension spirituelle de l’être humain, sous peine de dislocation sociale et de maladie mentale. Lorsque l’on tente de faire taire les appels vocationnels qui nous habitent, c’est une société toute entière qui devient malade. Le nombre croissant de personnes souffrant d’épuisement professionnel n’est-il pas symptomatique de cette perte de repères individuels et sociaux?
Je crois que nous sommes en manque de témoins qui éveillent le goût de croire à ce qui appelle, de l’intérieur, le meilleur de soi-même.
Je vous invite à prendre le temps d’écouter l’entrevue réalisée avec Christoph Théobald, jésuite, qui nous invite à revisiter notre concept de vocation à la lumière de cet appel intérieur qui nous concerne tous et chacun.
Il a publié un volume intitulé « Vous avez dit vocation? » aux éditions Bayard, février 2010.
« Si Dieu existait, il ne laisserait pas souffrir des innocents! »
30/06/10
Dans son temps, Jésus n’a pas éradiqué la souffrance et le mal liés à des causes naturelles ou à la méchanceté humaine. Cependant, le Fils de Dieu est venu annoncer un monde renouvelé, sans mal ni péché. Il a proclamé que ce nouvel ordre des choses, le « Règne de Dieu », était déjà commencé pour celles et ceux qui le suivaient. Pour appuyer l’autorité de sa Parole, il a manifesté la puissance qui l’habitait en opérant des guérisons. Son intention n’était pas de guérir tous les malades d’Israël et des environs, mais, par ces signes toujours à interpréter, d’ouvrir à une nouvelle vision des choses et à une espérance étonnante.
« Je ne crois pas en Dieu, car s’il existait, il ne laisserait pas souffrir des innocents! », entendons-nous parfois. Le mystère du mal peut être l’obstacle majeur qui barre la route à la foi quand on exige de Dieu d’être conforme au portrait qu’on s’en fait.

Dieu n’était pas au rendez-vous quand, au jardin des Oliviers, Jésus a visualisé la souffrance abjecte qu’il allait traverser, et qu’il a prié ainsi : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse! »
Dieu n’a pas « épargné» le Fils. Qui est-il ce Dieu-Fils qui manifeste un amour tel en prenant sur lui, le mal et le péché dont souffre l’humanité ? Notre mal est « recyclé » par Dieu depuis que Jésus en a fait sa route pascale, recyclé en surabondance de vie.
Je crois en Dieu-avec-nous
pour ce temps de violence,
sur nos chemins de souffrances.
Son Souffle murmure en nous :
« Je viens ! J’étonnerai vos patiences. »
Rémi Bourdon
Un Dieu inutile?
25/05/10
Où est-il ton Dieu? Que fait-il, quand le mal et la souffrance abondent? Le silence de Dieu n’est-il pas l’épreuve suprême de la foi?
Lorsque Dieu s’avère inutile, pourquoi mettrait-on sa foi en lui? Pourquoi ne pas investir plutôt ses énergies dans des réalités tangibles, sur lesquelles nous estimons avoir le contrôle? L’autonomie semble nous engager sur ce chemin de lucidité froide où la raison invite à quitter la foi, comme on quitte le monde merveilleux des contes de fées.
Aujourd’hui, la foi ne semble pas pouvoir rimer avec intelligence et lucidité. Comme si le dernier mot sur le silence de Dieu appelait nécessairement la réponse de sa non-existence.
Lorsque la question demeure ouverte, il arrive parfois que la foi s’épure et s’approfondisse.
Des prières inutiles
Les inévitables prières non exaucées sont bien souvent les déclencheurs de ce combat de la foi. À quoi ça sert? Dieu ne répond pas. Je suis mieux de me débrouiller seul. La confiance abîmée, voir même rebutée, provoque la distance qui peut mener jusqu’au rejet complet. Le plus souvent, nous conservons une petite sortie de secours, au cas où. Mais nous vivons comme si nous étions seuls. La question de Dieu est reléguée au niveau métaphysique. Si Dieu a créé le monde, il semble l’avoir quitté ensuite. L’idée que Dieu puisse être le maître d’oeuvre du big bang peut paraître acceptable, mais cela semble n’avoir aucun impact sur la vie réelle et les choix au quotidien.
Par contre, si le malheur frappe, il ne sera pas rare de voir réapparaître le marchandage religieux. Les neuvaines ou les sacrifices, pourraient-ils influencer ce Dieu que j’avais oublié? Ou bien devrais-je plutôt utiliser de nouvelles pratiques qui semblent avoir plus de pouvoir sur les forces cosmiques (anges, cristaux, incantations, etc.)? Alors, on fait des promesses, des rites et des gestes, avec l’espoir de réveiller Dieu de son sommeil et récupérer ses faveurs. La fièvre du hockey nous en a montré de multiples manifestations pendant les séries éliminatoires, où l’on voit des pratiques superstitieuses resurgir, en vue de récupérer les faveurs des dieux. Bien que l’on change d’allégeance en matière de croyances, cela ne modifie pas en profondeur le rapport utilitaire que l’on entretient avec l’Ultime(1), qu’on l’appelle Jésus, Allah, l’Énergie universelle ou les forces cosmiques…

L’abandon de la foi magique
La foi, qui s’expérimente dans ce rapport utilitaire et magique, a de plus en plus de mal à tenir le coup dans la mentalité scientifique actuelle. La remise en question devient inévitable. Paradoxalement, il faut perdre la foi (la foi primaire) pour pouvoir découvrir une autre forme de relation à Dieu qui soit digne de l’autonomie de l’être humain. Actuellement, la grande majorité des québécois se retrouvent dans un « no mans land » de la foi, parce qu’ils ont quitté une représentation infantile de la foi sans pouvoir faire le passage vers une autre forme du croire.
Le passage le plus difficile de la foi
Comme société, nous serions, en quelque sorte, dans une crise d’adolescence en regard de la foi. Cela expliquerait le peu d’intérêt pour le religieux, perçu comme infantilisant. Pour bien des gens, la pratique religieuse se résume à des observances qui riment avec obéissance. Dès lors, il est normal pour eux de vouloir se libérer de ces exigences extérieures, brimant leur liberté. Par ailleurs, l’intérêt pour le spirituel gagne du terrain. Personnellement, je mets beaucoup d’espoir dans la quête de sens actuel. Lorsqu’elle se fonde sur une recherche d’authenticité, la quête spirituelle peut ouvrir le passage vers une foi plus adulte.
De l’extérieur à l’intérieur
La recherche de sens qui s’enracine dans le désir d’authenticité prend la mesure de la fragilité humaine. C’est sur ce terrain de notre vulnérabilité qu’une nouvelle rencontre de Dieu peut se réaliser, à nouveaux frais. Ne cherchant plus à l’extérieur de lui-même un Dieu Tout-puissant capable de lui épargner la souffrance ou la prise en charge de sa vie, le chercheur sincère se retrouve face à sa vérité intérieure où il peut vivre une rencontre inattendue. Et si Dieu était là, à l’intérieur, comme Celui qui est la Vie de ma vie?
Saint Augustin nous témoigne si admirablement de cette merveilleuse découverte. « Tard je t’ai aimée, Beauté si antique et si nouvelle, tard je T’ai aimée et pourtant Tu étais dedans, c’est moi qui étais dehors, où je Te cherchais en me ruant vers ces beautés que Tu as faites … Tu étais avec moi, c’est moi qui n’étais pas avec Toi. » (Confessions, livre 10ème, ch. 27)
Cette redécouverte de Dieu peut transformer radicalement la vision de la vie en lui donnant une saveur inespérée.
Parmi les auteurs spirituels contemporains qui nous parlent de ce passage dans la foi, Maurice Zundel est sans contredit un des plus inspirants. Vous pouvez aller lire sa magnifique homélie intitulée « Tu étais dedans, moi dehors ».
Un surplus indispensable
À ce niveau d’intériorité, Dieu n’est plus éprouvé comme étant de l’ordre de l’utile mais plutôt du « surplus indispensable ». Avant cela, on pouvait vivre sans avoir conscience de sa présence mais voilà que cette nouvelle conscience d’une Présence au coeur de soi, illumine l’existence.
Le Dieu de la grâce et du surplus n’a rien de contraignant, bien qu’Il nous appelle inlassablement à offrir le meilleur de nous-même. Sa source intarissable est appelée à irriguer notre cœur et notre intelligence jusqu’à transformer notre vie en une œuvre d’art.
Colette Beauchemin
(1) Selon la théorie du développement du jugement religieux, le stade du donnant-donnant est le plus répandu et le plus difficile à franchir. L’homme, son développement religieux, étude de structuralisme génétique, par Fritz Oser, Paul Gmünder, Louis Ridez; traduit de l’allemand par Louis Ridez, Éditions du Cerf, 1991, 348 p.
Faut-il ou non porter un signe, ou bien le devenir?
12/05/10
Si vous portez une croix ou un voile, il s’agit probablement pour vous d’un signe ostensible (apparent). Mais pour les tenants de la laïcité stricte, ce serait plutôt un signe ostentatoire (qui vise à attirer l’attention). Un chroniqueur de C’est bien meilleur le matin semble ostensiblement privilégier ostentatoire quand il parle de signe religieux dans la fonction publique.
On va probablement clore le débat par une loi. Mais comme croyant chrétien, qui lit certaines pages d’Évangile, je suis incité à me demander : où est le plus important: avoir un signe chrétien sur soi ou être soi-même signe de Jésus Christ?
La croix portée au cou est un code, un langage largement compréhensible en Occident, associée d’abord au christianisme. Se faire identifier par ce signe aujourd’hui n’attire pas les mêmes réactions qu’au temps de la chrétienté. Certains ressentiront du harcèlement dans des attitudes ou des paroles de désapprobation.
Rappelons-nous que les premières communautés chrétiennes avaient entre eux un signe non ostensible, qui permettait à chaque membre de reconnaître en un chrétien étranger un frère en Jésus ressuscité. Le poisson dessiné furtivement sur la terre battue devenait signe de reconnaissance discret, dans une Rome cosmopolite, terre de passage devenue hostile aux disciples du Galiléen crucifié.
Les lettres du mot grec ICTUS (poisson), ont fonction d’acrostiche : Jésus Christ, de Dieu fils, Sauveur
Cette page fondatrice de l’histoire chrétienne me rend libre quant au port de tout signe ostensible de ma foi. Mais cette histoire et de nombreuses pages d’Évangile m’interpellent tout autrement quant à être moi-même signe, témoignage vivant d’une Parole d’amour, d’un Royaume de justice et de paix. Je retiens trois phrases du Nouveau Testament, que je pourrais glisser dans ma poche pour orienter toute parole et tout geste au quotidien :
Au fond d’une poche comme au fond du cœur
Rémi Bourdon
À la découverte de la prière…
3/05/10
En ce moment dans ma vie, je ressens le besoin de prier et l’envie que d’autres prient pour moi, pour ma famille. Mais que fait la prière dans notre vie ? Prier devrait être une habitude. Mais pour moi, cela ne l’est pas. C’est sûr que je remercie Dieu pour les bonnes choses de la vie, que je me tourne vers lui quand je suis inquiète pour mes proches, que je l’invoque devant les injustices de l’univers. Mais je dois vous avouer que je ne prie pas chaque jour et surtout pas à des moments précis. Mais quand je passe par des périodes difficiles, je me tourne vers la prière, quand ça va mal, je cherche à prier, j’ai besoin de prier. Je ne sais pas si c’est comme ça pour tout le monde.
J’ai donc cherché dans la collection de volumes de la bibliothèque du diocèse les livres récents sur ce sujet. Je vous avoue que je ne croyais pas en posséder autant. Je vois que prier est une préoccupation pour plusieurs. Les auteurs nous renseignent sur la façon de prier, nous suggère des méditations ou des prières toutes faites, nous parlent des grands priants et toujours, nous invitent à prier, à toujours prier. Je dois dire que j’aimerais bien toujours prier, offrir à Dieu mes actions, mon travail, mes journées, mes peines, mes joies et par-dessus tout, ma personne mais comme de raison, je ne sais pas vraiment comment.

Je suis allée sur Internet et sur le site des Cursillos on me renseigne sur ce qu’est la prière. Guylain Prince pense que « la prière, c’est apprendre à faire entrer le vouloir de Dieu dans la petite parcelle de l’univers » qu’il habite. Il ajoute qu’ « on apprend pas à prier en dissertant sur le pourquoi et le comment de la prière ». Il prétend aussi qu’ « on apprend à vivre avec Dieu en lui présentant nos petitesses, nos misères, nos grandeurs et nos projet ». Je veux bien le croire mais comment fait-on ?
Dans le même site, un autre auteur, Yvon-Michel Allard nous explique que « la prière n’est pas une formule magique qui nous permette de nous croiser les bras en attendant que Dieu fasse un miracle. Au contraire, elle nous aide à comprendre les problèmes et nous donne la force de trouver des réponses »
J’aime bien cette façon de voir les choses. Prier, ce n’est pas demander et attendre mais réfléchir et chercher en soi, avec l’aide de Dieu, des réponses à nos souffrances, à nos bonheurs, à nos espoirs. Ça semble bien facile. J’apprécierais beaucoup que vous me donniez vos trucs de prière. Comment faites-vous ? Quand priez-vous ? Quel bonheur cela vous apporte-t-il ? Est-ce vraiment aidant ? Et s’il-vous-plait, priez pour moi et mes proches, nous en avons vraiment besoin.
Je vous indique le site retenu et les titres de volumes récents que nous possédons au diocèse.
Sur Internet :
http://cursillos.ca/priere/priere-commentaires.php
À la bibliothèque du diocèse :
Un moment donné. – Denis Rivest. – Novalis, 2009, 114p.
40 jours avec Maurice Zundel et les Pères du désert. – Patrice Gourrier et Jérôme Desbouchages. – Presses de la Renaissance, 2009, 279p.
Quel est ton nom ? – Claude Duchesneau. – Arsis, 2009, 256p.
Guide pratique de la prière chrétienne. – Jacques Gauthier. – Presses de la Renaissance, 2010, 323p.
Maîtres spirituels pour aujourd’hui. – Pierre Charland, Yvon Poitras, Francine Vincent. – Médiaspaul, 2009, 219p.

