Article tagué foi
Science et foi : pour aller au-delà des oppositions simplistes (3e partie)
28/09/10
Dans cet article, Alex La Salle poursuit sa réflexion sur le juste rapport à établir entre science et foi. La première ainsi que la deuxième partie du texte sont disponibles. Vous êtes invités à les lire, si cela n’est pas déjà fait. Nous espérons que vous trouverez le sujet aussi passionnant qu’il l’est pour nous.
Dans l’article précédent, nous avons vu comment l’idéalisation de la science moderne pouvait conduire au scientisme, cette idéologie qui prétend que la méthode expérimentale des sciences pures est la seule démarche de l’esprit pouvant conduire à la connaissance et au bonheur. Nous avons vu comment la démarche méthodique de l’esprit scientifique pouvait être irrationnellement investie d’une mission et d’un rôle à caractère religieux, qui déborde de beaucoup ses prétentions légitimes, concurrence la religion sur son propre terrain et promeut la confiance en la science comme forme nouvelle de religiosité à la disposition des sceptiques et des athées.
Le scientisme connut son âge d’or durant les années 1850-1914. Cette époque de triomphalisme est depuis longtemps révolue. Le recul de l’idéologie scientiste après 1914 s’explique en grande partie par le cataclysme de la Première Guerre mondiale et le spectacle immonde des carnages causés par l’industrialisation de l’armement. Ces événements ébranlèrent gravement les fondements de la culture européenne moderne issue de la révolution scientifique (17e siècle) et de la philosophie des Lumières (18e siècle). Face à l’ampleur du désastre et suite à l’hécatombe atroce qui coûta la vie à plus de 10 millions d’hommes – chose inédite dans l’histoire européenne de l’époque – les Européens comprirent les limites de la raison technoscientifique et sentirent le besoin de revoir leur conception du savoir et de la raison.
À titre d’exemple, dans les années 1920, le mouvement artistique et littéraire surréaliste, dont André Breton (1896-1966) fut la figure de proue, contribua à cette remise en question du règne sans partage de la rationalité scientifique, en s’appuyant entre autres sur les découvertes du freudisme. Puis, à partir des années 1930, 1940 et 1950, les recherches de nombreux scientifiques, dont celles de Mircea Eliade (1907-1986) en histoire des religions, de Claude Lévi-Strauss (1908-2009) en anthropologie ou de Georges Gusdorf (1912-2000) en philosophie, modifièrent profondément la compréhension qu’avaient les savants de la pensée mythique et symbolique, à laquelle on reconnut enfin une valeur et une cohérence certaine.
Jacques Maritain (1882-1973)
Chez les catholiques, le renouveau de la philosophie thomiste mené par des penseurs comme le père Antonin Sertillanges (1863-1948), Jacques Maritain (1882-1973) ou Charles de Konink (1906-1965) permit à la culture occidentale de trouver dans l’exercice de la rationalité philosophique un espace où les facultés naturelles de l’esprit humain pouvaient se déployer librement et retrouver toute leur amplitude. Ce renouveau du thomisme, initié par le pape Léon XIII, dès 1879, avec la publication de l’encyclique Æterni Patris, continue d’inspirer la pensée catholique contemporaine, comme en témoigne la publication récente par la commission théologie internationale d’un ouvrage de philosophie morale intitulé À la recherche d’une étique universelle. Nouveau regard sur la loi naturelle. Pour consulter cet ouvrage en ligne, il suffit de cliquer ici.
Ainsi, grâce au rayonnement de divers courants de pensée spiritualistes en littérature, en sciences humaines ou en philosophie, l’influence du rationalisme sur le milieu universitaire fut contenue jusqu’à la cassure culturelle des années 1960. L’idée que la raison puisse à tout le moins dialoguer, sinon collaborer avec d’autres modes d’appréhension du réel, telles l’imagination ou la foi, était acceptée par les esprits de l’époque et on reconnaissait que ce dialogue ou cette collaboration pouvaient servir la quête de savoir et de sens des hommes. Il en découlait que le climat intellectuel était généralement plus réceptif aux sollicitations du mystère et que les hommes regardaient plus volontiers au-delà des rivages de la raison, vers l’absolu. Le christianisme, et particulièrement le catholicisme, tirait avantage de ce climat d’ouverture.
À suivre….
Sur la question de mourir dans la dignité
16/09/10
Il me semble important de s’attarder à cette question importante que notre société soulève actuellement. Elle oblige chacun et chacune à se faire une idée sur la réalité de la mort et de sa mort personnelle.
La foi chrétienne considère la mort comme un passage vers une Vie en plénitude, et ne conçoit pas ce moment de passage comme étant dans l’ordre de nos choix personnels. Pourquoi est-ce que nous n’aurions pas le droit de choisir de mettre fin à notre vie ? Pourquoi ce geste serait-il quelque chose qui ne nous appartient pas ?

L’un des commandements nous renvoie à cet interdit « Tu ne tueras pas ». Mais est-ce simplement dans l’ordre de l’autorité de Dieu que nous devons ou pouvons comprendre ce refus de notre autonomie face à la fin d’une vie ou de notre vie? Il me semble qu’il s’agit d’un interdit qui nous révèle d’abord et avant tout le danger de nous tenir en juge devant ce moment ultime. Qui sommes-nous pour juger du temps de la fin de la vie d’une personne, même avec le consentement de celle-ci? Pour ma part, il m’apparaît dangereux de se réclamer de ce droit. Une société qui en vient à relativiser l’importance de ce geste, se voit entraîner dans une pente glissante. C’est notre conception de l’humain et de l’humanisation qui est en cause.
Bien qu’il s’agisse d’une question qui touche à notre nature humaine et à la vérité de notre être, le relativisme ambiant tend à relayer les arguments des croyants au niveau du respect des croyances.
Je crois que nous avons besoin, comme croyants, de ne pas nous cantonner dans des arguments qui ont tendance à ne pas être pris au sérieux par les non-croyants. Nous devons nous solidariser avec tous ceux et celles qui reconnaissent la dignité de la personne humaine, jusqu’au dernier moment de sa vie. C’est pourquoi je vous invite à vous joindre au manifeste mis en ligne par l’organisme « Vivre dans la dignité ».
La mission de Vivre dans la Dignité est de promouvoir la protection de la vie et de la dignité, inhérente et inaliénable, des personnes rendues vulnérables par la maladie ou la vieillesse en leur assurant un accompagnement empreint de compassion.
Au delà de la peur… suivre sa voie
7/07/10
Dans le cadre d’une émission biographique dédiée à l’actrice québécoise Marina Orsini, je l’ai entendue parler de son parcours de vie, en disant : « Mes désirs ont toujours été plus forts que mes peurs ». J’ai été charmée par cette expression qui sonnait si juste dans sa bouche.
Cette femme si inspirante pour bon nombre de québécois et de québécoises, donne le goût de croire que le mystère de la vie est bienveillant et que l’on peut faire confiance à ce feu qui brûle au fond de nous. Les personnes qui côtoient Marina Orsini témoignent d’elle comme étant une personne dont le cheminement de vie semble se dérouler comme si tout prenait sa place au bon moment. Il me semble que cela n’est pas étranger à ce regard de confiance qu’elle porte sur ses désirs et l’obéissance à ce qui appelle en elle.
Mais peut-on arriver à faire confiance aux aspirations profondes qui nous habitent sans avoir d’abord appris à entrer en soi-même? Le cheminement de Marina laisse croire que cette femme a su écouter ce qu’elle portait et faire fi des multiples voix qui auraient pu la dissuader de suivre son chemin. Nous ne pouvons que constater comment cette attitude a porté fruit dans sa vie. Cette femme rayonne de vitalité.

Et si ce désir en nous était la voix de Dieu qui nous appelle à la Vie? N’est-ce pas mystérieux ce sentiment d’être aspiré vers « plus de Vie »? Par ailleurs, ce désir, lorsqu’il n’est pas suffisamment approfondi, peut nous amener à confondre « l’appel à être », avec « l’envie d’avoir ». C’est là que la peur a de la prise. La peur n’est-elle pas liée à l’angoisse de perdre? Ce n’est que lorsque l’on goûte intensément ce sentiment de vivre pleinement en faisant des choix cohérents avec nos appels intérieurs que la peur peut être dépassée. Les « oui » aux appels que l’on ressent au plus profond de soi, nous entraînent, en quelque sorte, vers une naissance à soi-même qui n’est jamais achevée.
Pour moi, cette manière de s’engager dans la vie est une expérience spirituelle qui émane d’un sens qui nous transcende. Dans un regard de foi, j’y reconnais l’appel que Dieu nous lance, à la source même de notre désir d’être. Quand on choisit de répondre à cet appel, la vie circule et se déploie.
Quand toute une société de consommation et de performance tend à imposer ses repères de choix de carrière à lorgnette de la simple productivité, il est urgent que d’autres repères se fassent jour. Nous ne pouvons faire fi des appels qui jaillissent de la dimension spirituelle de l’être humain, sous peine de dislocation sociale et de maladie mentale. Lorsque l’on tente de faire taire les appels vocationnels qui nous habitent, c’est une société toute entière qui devient malade. Le nombre croissant de personnes souffrant d’épuisement professionnel n’est-il pas symptomatique de cette perte de repères individuels et sociaux?
Je crois que nous sommes en manque de témoins qui éveillent le goût de croire à ce qui appelle, de l’intérieur, le meilleur de soi-même.
Je vous invite à prendre le temps d’écouter l’entrevue réalisée avec Christoph Théobald, jésuite, qui nous invite à revisiter notre concept de vocation à la lumière de cet appel intérieur qui nous concerne tous et chacun.
Il a publié un volume intitulé « Vous avez dit vocation? » aux éditions Bayard, février 2010.
« Si Dieu existait, il ne laisserait pas souffrir des innocents! »
30/06/10
Dans son temps, Jésus n’a pas éradiqué la souffrance et le mal liés à des causes naturelles ou à la méchanceté humaine. Cependant, le Fils de Dieu est venu annoncer un monde renouvelé, sans mal ni péché. Il a proclamé que ce nouvel ordre des choses, le « Règne de Dieu », était déjà commencé pour celles et ceux qui le suivaient. Pour appuyer l’autorité de sa Parole, il a manifesté la puissance qui l’habitait en opérant des guérisons. Son intention n’était pas de guérir tous les malades d’Israël et des environs, mais, par ces signes toujours à interpréter, d’ouvrir à une nouvelle vision des choses et à une espérance étonnante.
« Je ne crois pas en Dieu, car s’il existait, il ne laisserait pas souffrir des innocents! », entendons-nous parfois. Le mystère du mal peut être l’obstacle majeur qui barre la route à la foi quand on exige de Dieu d’être conforme au portrait qu’on s’en fait.

Dieu n’était pas au rendez-vous quand, au jardin des Oliviers, Jésus a visualisé la souffrance abjecte qu’il allait traverser, et qu’il a prié ainsi : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse! »
Dieu n’a pas « épargné» le Fils. Qui est-il ce Dieu-Fils qui manifeste un amour tel en prenant sur lui, le mal et le péché dont souffre l’humanité ? Notre mal est « recyclé » par Dieu depuis que Jésus en a fait sa route pascale, recyclé en surabondance de vie.
Je crois en Dieu-avec-nous
pour ce temps de violence,
sur nos chemins de souffrances.
Son Souffle murmure en nous :
« Je viens ! J’étonnerai vos patiences. »
Rémi Bourdon
Un Dieu inutile?
25/05/10
Où est-il ton Dieu? Que fait-il, quand le mal et la souffrance abondent? Le silence de Dieu n’est-il pas l’épreuve suprême de la foi?
Lorsque Dieu s’avère inutile, pourquoi mettrait-on sa foi en lui? Pourquoi ne pas investir plutôt ses énergies dans des réalités tangibles, sur lesquelles nous estimons avoir le contrôle? L’autonomie semble nous engager sur ce chemin de lucidité froide où la raison invite à quitter la foi, comme on quitte le monde merveilleux des contes de fées.
Aujourd’hui, la foi ne semble pas pouvoir rimer avec intelligence et lucidité. Comme si le dernier mot sur le silence de Dieu appelait nécessairement la réponse de sa non-existence.
Lorsque la question demeure ouverte, il arrive parfois que la foi s’épure et s’approfondisse.
Des prières inutiles
Les inévitables prières non exaucées sont bien souvent les déclencheurs de ce combat de la foi. À quoi ça sert? Dieu ne répond pas. Je suis mieux de me débrouiller seul. La confiance abîmée, voir même rebutée, provoque la distance qui peut mener jusqu’au rejet complet. Le plus souvent, nous conservons une petite sortie de secours, au cas où. Mais nous vivons comme si nous étions seuls. La question de Dieu est reléguée au niveau métaphysique. Si Dieu a créé le monde, il semble l’avoir quitté ensuite. L’idée que Dieu puisse être le maître d’oeuvre du big bang peut paraître acceptable, mais cela semble n’avoir aucun impact sur la vie réelle et les choix au quotidien.
Par contre, si le malheur frappe, il ne sera pas rare de voir réapparaître le marchandage religieux. Les neuvaines ou les sacrifices, pourraient-ils influencer ce Dieu que j’avais oublié? Ou bien devrais-je plutôt utiliser de nouvelles pratiques qui semblent avoir plus de pouvoir sur les forces cosmiques (anges, cristaux, incantations, etc.)? Alors, on fait des promesses, des rites et des gestes, avec l’espoir de réveiller Dieu de son sommeil et récupérer ses faveurs. La fièvre du hockey nous en a montré de multiples manifestations pendant les séries éliminatoires, où l’on voit des pratiques superstitieuses resurgir, en vue de récupérer les faveurs des dieux. Bien que l’on change d’allégeance en matière de croyances, cela ne modifie pas en profondeur le rapport utilitaire que l’on entretient avec l’Ultime(1), qu’on l’appelle Jésus, Allah, l’Énergie universelle ou les forces cosmiques…
L’abandon de la foi magique
La foi, qui s’expérimente dans ce rapport utilitaire et magique, a de plus en plus de mal à tenir le coup dans la mentalité scientifique actuelle. La remise en question devient inévitable. Paradoxalement, il faut perdre la foi (la foi primaire) pour pouvoir découvrir une autre forme de relation à Dieu qui soit digne de l’autonomie de l’être humain. Actuellement, la grande majorité des québécois se retrouvent dans un « no mans land » de la foi, parce qu’ils ont quitté une représentation infantile de la foi sans pouvoir faire le passage vers une autre forme du croire.
Le passage le plus difficile de la foi
Comme société, nous serions, en quelque sorte, dans une crise d’adolescence en regard de la foi. Cela expliquerait le peu d’intérêt pour le religieux, perçu comme infantilisant. Pour bien des gens, la pratique religieuse se résume à des observances qui riment avec obéissance. Dès lors, il est normal pour eux de vouloir se libérer de ces exigences extérieures, brimant leur liberté. Par ailleurs, l’intérêt pour le spirituel gagne du terrain. Personnellement, je mets beaucoup d’espoir dans la quête de sens actuel. Lorsqu’elle se fonde sur une recherche d’authenticité, la quête spirituelle peut ouvrir le passage vers une foi plus adulte.
De l’extérieur à l’intérieur
La recherche de sens qui s’enracine dans le désir d’authenticité prend la mesure de la fragilité humaine. C’est sur ce terrain de notre vulnérabilité qu’une nouvelle rencontre de Dieu peut se réaliser, à nouveaux frais. Ne cherchant plus à l’extérieur de lui-même un Dieu Tout-puissant capable de lui épargner la souffrance ou la prise en charge de sa vie, le chercheur sincère se retrouve face à sa vérité intérieure où il peut vivre une rencontre inattendue. Et si Dieu était là, à l’intérieur, comme Celui qui est la Vie de ma vie?
Saint Augustin nous témoigne si admirablement de cette merveilleuse découverte. « Tard je t’ai aimée, Beauté si antique et si nouvelle, tard je T’ai aimée et pourtant Tu étais dedans, c’est moi qui étais dehors, où je Te cherchais en me ruant vers ces beautés que Tu as faites … Tu étais avec moi, c’est moi qui n’étais pas avec Toi. » (Confessions, livre 10ème, ch. 27)
Cette redécouverte de Dieu peut transformer radicalement la vision de la vie en lui donnant une saveur inespérée.
Parmi les auteurs spirituels contemporains qui nous parlent de ce passage dans la foi, Maurice Zundel est sans contredit un des plus inspirants. Vous pouvez aller lire sa magnifique homélie intitulée « Tu étais dedans, moi dehors ».
Un surplus indispensable
À ce niveau d’intériorité, Dieu n’est plus éprouvé comme étant de l’ordre de l’utile mais plutôt du « surplus indispensable ». Avant cela, on pouvait vivre sans avoir conscience de sa présence mais voilà que cette nouvelle conscience d’une Présence au coeur de soi, illumine l’existence.
Le Dieu de la grâce et du surplus n’a rien de contraignant, bien qu’Il nous appelle inlassablement à offrir le meilleur de nous-même. Sa source intarissable est appelée à irriguer notre cœur et notre intelligence jusqu’à transformer notre vie en une œuvre d’art.
Colette Beauchemin
(1) Selon la théorie du développement du jugement religieux, le stade du donnant-donnant est le plus répandu et le plus difficile à franchir. L’homme, son développement religieux, étude de structuralisme génétique, par Fritz Oser, Paul Gmünder, Louis Ridez; traduit de l’allemand par Louis Ridez, Éditions du Cerf, 1991, 348 p.
Faut-il ou non porter un signe, ou bien le devenir?
12/05/10
Si vous portez une croix ou un voile, il s’agit probablement pour vous d’un signe ostensible (apparent). Mais pour les tenants de la laïcité stricte, ce serait plutôt un signe ostentatoire (qui vise à attirer l’attention). Un chroniqueur de C’est bien meilleur le matin semble ostensiblement privilégier ostentatoire quand il parle de signe religieux dans la fonction publique.
On va probablement clore le débat par une loi. Mais comme croyant chrétien, qui lit certaines pages d’Évangile, je suis incité à me demander : où est le plus important: avoir un signe chrétien sur soi ou être soi-même signe de Jésus Christ?
La croix portée au cou est un code, un langage largement compréhensible en Occident, associée d’abord au christianisme. Se faire identifier par ce signe aujourd’hui n’attire pas les mêmes réactions qu’au temps de la chrétienté. Certains ressentiront du harcèlement dans des attitudes ou des paroles de désapprobation.
Rappelons-nous que les premières communautés chrétiennes avaient entre eux un signe non ostensible, qui permettait à chaque membre de reconnaître en un chrétien étranger un frère en Jésus ressuscité. Le poisson dessiné furtivement sur la terre battue devenait signe de reconnaissance discret, dans une Rome cosmopolite, terre de passage devenue hostile aux disciples du Galiléen crucifié.
Les lettres du mot grec ICTUS (poisson), ont fonction d’acrostiche : Jésus Christ, de Dieu fils, Sauveur
Cette page fondatrice de l’histoire chrétienne me rend libre quant au port de tout signe ostensible de ma foi. Mais cette histoire et de nombreuses pages d’Évangile m’interpellent tout autrement quant à être moi-même signe, témoignage vivant d’une Parole d’amour, d’un Royaume de justice et de paix. Je retiens trois phrases du Nouveau Testament, que je pourrais glisser dans ma poche pour orienter toute parole et tout geste au quotidien :
Au fond d’une poche comme au fond du cœur
Rémi Bourdon
À la découverte de la prière…
3/05/10
En ce moment dans ma vie, je ressens le besoin de prier et l’envie que d’autres prient pour moi, pour ma famille. Mais que fait la prière dans notre vie ? Prier devrait être une habitude. Mais pour moi, cela ne l’est pas. C’est sûr que je remercie Dieu pour les bonnes choses de la vie, que je me tourne vers lui quand je suis inquiète pour mes proches, que je l’invoque devant les injustices de l’univers. Mais je dois vous avouer que je ne prie pas chaque jour et surtout pas à des moments précis. Mais quand je passe par des périodes difficiles, je me tourne vers la prière, quand ça va mal, je cherche à prier, j’ai besoin de prier. Je ne sais pas si c’est comme ça pour tout le monde.
J’ai donc cherché dans la collection de volumes de la bibliothèque du diocèse les livres récents sur ce sujet. Je vous avoue que je ne croyais pas en posséder autant. Je vois que prier est une préoccupation pour plusieurs. Les auteurs nous renseignent sur la façon de prier, nous suggère des méditations ou des prières toutes faites, nous parlent des grands priants et toujours, nous invitent à prier, à toujours prier. Je dois dire que j’aimerais bien toujours prier, offrir à Dieu mes actions, mon travail, mes journées, mes peines, mes joies et par-dessus tout, ma personne mais comme de raison, je ne sais pas vraiment comment.

Je suis allée sur Internet et sur le site des Cursillos on me renseigne sur ce qu’est la prière. Guylain Prince pense que « la prière, c’est apprendre à faire entrer le vouloir de Dieu dans la petite parcelle de l’univers » qu’il habite. Il ajoute qu’ « on apprend pas à prier en dissertant sur le pourquoi et le comment de la prière ». Il prétend aussi qu’ « on apprend à vivre avec Dieu en lui présentant nos petitesses, nos misères, nos grandeurs et nos projet ». Je veux bien le croire mais comment fait-on ?
Dans le même site, un autre auteur, Yvon-Michel Allard nous explique que « la prière n’est pas une formule magique qui nous permette de nous croiser les bras en attendant que Dieu fasse un miracle. Au contraire, elle nous aide à comprendre les problèmes et nous donne la force de trouver des réponses »
J’aime bien cette façon de voir les choses. Prier, ce n’est pas demander et attendre mais réfléchir et chercher en soi, avec l’aide de Dieu, des réponses à nos souffrances, à nos bonheurs, à nos espoirs. Ça semble bien facile. J’apprécierais beaucoup que vous me donniez vos trucs de prière. Comment faites-vous ? Quand priez-vous ? Quel bonheur cela vous apporte-t-il ? Est-ce vraiment aidant ? Et s’il-vous-plait, priez pour moi et mes proches, nous en avons vraiment besoin.
Je vous indique le site retenu et les titres de volumes récents que nous possédons au diocèse.
Sur Internet :
http://cursillos.ca/priere/priere-commentaires.php
À la bibliothèque du diocèse :
Un moment donné. – Denis Rivest. – Novalis, 2009, 114p.
40 jours avec Maurice Zundel et les Pères du désert. – Patrice Gourrier et Jérôme Desbouchages. – Presses de la Renaissance, 2009, 279p.
Quel est ton nom ? – Claude Duchesneau. – Arsis, 2009, 256p.
Guide pratique de la prière chrétienne. – Jacques Gauthier. – Presses de la Renaissance, 2010, 323p.
Maîtres spirituels pour aujourd’hui. – Pierre Charland, Yvon Poitras, Francine Vincent. – Médiaspaul, 2009, 219p.
Le Shack : quand la tragédie a rendez-vous avec l’éternité
15/04/10
Le mois dernier, je vous ai parlé des romans chrétiens. Il en est un que nous ne devons pas passer sous silence : Le Shack : quand la tragédie a rendez-vous avec l’éternité de W. Paul Young aux éditions Le Jour en 2009.
Ce livre a été écrit en anglais en 2007 par un père qui souhaitait pour ses enfants, une histoire qui les aide à mieux le comprendre et mieux comprendre le Dieu qu’il aime tant.
Une enfant est enlevée lors de vacances avec sa famille. Certains éléments laissent à penser qu’elle a sans doute été victime d’un meurtre abject dans un shack abandonné au fin fond d’une région sauvage. Quatre ans plus tard, en proie à son Grand Chagrin, le père reçoit une invitation à se rendre dans ce shack, apparemment de la part de Dieu. Ce qu’il y trouvera changera à jamais sa vie.
Cet écrit connait un succès phénoménal. 55 impressions, plus de 10 millions de copies, traduit en 35 langues. Sans doute un indice que ce roman religieux rejoint les lecteurs dans leurs interrogations, leurs aspirations profondes, leurs croyances, leurs espoirs. Par contre, selon certains spécialistes, les erreurs théologiques abondent mais il a le mérite d’être un hymne à l’Amour sans limite de Dieu pour toute l’humanité sans exception.
Qui n’a pas besoin de ce rappel ?
On m’avait, lors de la présentation de ce livre, dit qu’il changerait ma perception de Dieu et de la relation que je partage avec Lui. J’ai été déçue. Peut-être m’attendais-je à trop. Ce roman se lit bien mais le début est tellement noir que j’y suis restée accrochée. Je vous avoue que je n’aime pas les histoires tristes ou qui finissent mal. J’ai été servie. Déjà au premier chapitre, la petite fille disparait. Quel drame ! Mais j’ai persévéré. Je l’ai lu jusqu’au bout.
Plusieurs éléments m’ont plu. Le Dieu féminin, les dialogues, les interrogations qui m’ont permis de repenser ma vision de l’Amour de Dieu pour tous. Mais comme je suis peu spirituelle, je cherchais toujours à expliquer les phénomènes. A ce titre, la fin avec l’accident me conforte dans mon idée : il a tout rêvé !!! Mais je n’en sais vraiment rien.
J’ai donc apprécié ce roman mais il n’a pas changé ma vie comme annoncé. J’y ai quand même glané plusieurs questions qui m’ont fait réfléchir.
Je vous présente, plus bas, quelques réactions de lecteurs.
Ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est un livre qui tombe à point dans notre époque qui a un peu perdu de vue ses valeurs, ses repères.
Le christianisme bien compris n’a rien à voir avec une religion, des dogmes et des rituels mais il a tout à voir avec notre relation au Christ en soi. Mais il n’en demeure pas moins que ce roman en est un d’espoir apte à redonner courage aux souffrants (donc à tous les hommes) et étant capable de réparer notre relation à Dieu.
Ce livre est d’une fraîcheur! Enfin un reflet de Dieu qui n’inclue pas une vision moralisatrice, culpabilisante et paternaliste de la foi. Pour tous ceux qui se posent des questions quant à leur foi, sans pour autant parler de religion. Un « one on one » avec Dieu. Tout simplement.
Ce Dieu ne juge pas, ne condamne pas et n’intervient pas dans la vie des gens. Il ne fait qu’aimer et il invite simplement à entrer dans son Amour.
La qualité d’un ouvrage ne doit rien au nombre de ces ventes et celui-ci
bien qu’il fut agréable à lire ne transformera pas ma vie comme vous l’annoncez un peu rapidement dans le résumé.
L’auteur nous entraîne dans un voyage duquel on ne revient pas indemne. On a forcément une autre vision du Divin, des hommes, des traditions, du monde, etc. Un merveilleux récit très facile à lire qui ne peut que nous faire réfléchir, croyant ou non. Beaucoup de réponses à méditer. On regrette qu’il ait une fin.
J’attends donc vos réactions. Je sais que vous êtes nombreux à avoir lu ce volume. Qu’en avez-vous pensé ? Qu’avez-vous retiré de votre lecture ? A-t-il changé votre vie ? Votre vision de Dieu ? Partagez-nous vos réflexions. À bientôt.
Science et foi : pour aller au-delà des oppositions simplistes (2e partie)
12/03/10
On ne compte plus les livres, les documentaires, les magazines de vulgarisation qui nous informent des dernières découvertes scientifiques ou attirent notre attention sur les plus prometteuses avancées des chercheurs en astrophysique, en biologie, en paléontologie. L’abondance de cette documentation nous permet de mieux apprécier les progrès de la recherche et la fécondité de la démarche scientifique. La diffusion continue des connaissances en médecine, en chimie, en neuropsychologie, actualise notre savoir et renforce notre conviction que la science moderne mérite l’éloge qu’on lui adresse depuis qu’elle a commencé à donner des preuves de son efficacité et à transformer durablement notre compréhension du monde, il y a quatre siècles. Un bref rappel historique suffit d’ailleurs à nous convaincre que la contribution des sciences au développement de l’humanité est tout simplement inestimable.
Combien nos connaissances ont évoluées, combien notre vision du monde a changée depuis que la raison scientifique nous a permis de repousser, jusqu’en des limites insoupçonnées, les frontières mouvantes de l’espace et du temps! Après avoir sillonné toutes les mers, quadrillé toutes les terres, conquis jusqu’aux pôles, l’homme est parvenu à marcher sur la lune. Il lorgne maintenant du côté de Mars, tout en balayant l’univers de ses ondes, pour recenser, à des milliards d’années-lumière d’ici, tout un bric-à-brac de quasars, de pulsars et autres avatars stellaires éparpillés dans ce gigantesque bazar. Parallèlement, d’humbles et patientes recherches en géologie, en biologie, en préhistoire nous ont permis de donner un âge à la Terre, à la vie, ainsi qu’à l’homme, cette créature ravagée par ses rêves d’éternité. C’est d’ailleurs grâce aux fascinants travaux des préhistoriens que nous pouvons aujourd’hui dater, de façon assez certaine, l’apparition du sentiment religieux chez l’être humain :
« Pour la première fois, il y a 100 000 ans ou 80 000 ans, avec les plus anciens Néandertaliens d’Europe occidentale, les Hommes enterrent leurs morts. […] Ces sépultures marquent l’apparition des rites funéraires, en particulier d’offrandes déposées parfois dans la fosse qui témoignent sans doute d’une croyance en une vie future après la mort, c’est-à-dire d’un sentiment religieux. » 1
Cette expansion de la connaissance aux dimensions de l’espace et du temps cosmiques donne le vertige. Elle nous fait prendre conscience de notre petitesse et de notre fugacité, par contraste avec les dimensions et l’âge de l’univers. 2 « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie », confessait déjà Pascal, au XVIIe siècle. « Qu’est-ce que le spasme de vivre? » demandait quant à lui Nelligan, traduisant ainsi l’angoisse de l’être humain devant la mort. Mais l’accumulation des connaissances nouvelles n’est pas non plus sans produire, à l’inverse, une certaine ivresse, une griserie, une exaltation. Après tout, ce nouveau savoir grandit l’homme, il prouve sa supériorité sur toutes les autres créatures et accroît formidablement son emprise sur la matière.

Sépulture néanderthalienne de La-Chapelle-aux-Saints (France)
Malheureusement, cette exaltation, cette surchauffe de l’esprit fait parfois perdre le sens de la mesure, brouille l’intelligence et engendre de regrettables dérives de la pensée et du cœur. Alors la science change de visage : elle n’est plus cette humble et méthodique démarche de la raison, en progression vers une compréhension toujours plus juste et plus adéquate des phénomènes de la nature ; par une sorte de mutation, de saut qualitatif injustifiable, que seul l’arbitraire de la passion peut expliquer, elle revêt un caractère sacré, elle acquiert une valeur absolue, elle devient le référent incontestable, la source de la vérité et du bien, au détriment d’autres modes de connaissance.
Si cette « absolutisation » n’est pas toujours explicitement revendiquée dans le discours, elle est souvent implicitement assumée dans la pratique et révélée par les comportements. Dans un monde où la rationalité technique domine et où la science joue le rôle de référent ultime, d’ultime autorité, la raison expérimentale tend à devenir une idole, la recherche scientifique, un rituel ésotérique, les savants, des prêtres qui nous montrent la voie du bonheur, les laboratoires, des églises où l’humanité se régénère et espère trouver le secret de la vie éternelle. On bascule alors dans le scientisme, cette doctrine qui fait de la science une religion et qui prétend résoudre (ou du moins désactiver) les problèmes philosophiques et métaphysiques grâce à la science.
Nous verrons où cela peut nous conduire dans un prochain article.
Alex La Salle
1 de Lumley, Henry, L’Homme premier, Odile Jacob, Paris, 2000, 221 p.
2 Dans Poussières d’étoiles (édition mise à jour en 2008), Hubert Reeves nous apprend que, selon les estimations actuelles des astrophysiciens, l’univers a environ 14 milliards d’années et qu’il s’étend sur cent mille milliards de milliards de kilomètres.
Science et foi : pour aller au-delà des oppositions simplistes (1ère partie)
9/02/10
Dans la culture médiatique de masse, qui domine et oriente aujourd’hui l’opinion, circulent nombre d’idées reçues sur la religion chrétienne. Une des plus vivaces, qui refait périodiquement surface au gré des nouveautés du cinéma et de la littérature, présente la foi comme contraire à la raison, et plus spécifiquement, à la démarche scientifique.
La raison et la science ont dans la culture d’aujourd’hui un statut ambivalent. Pendant longtemps, elles ont été perçues de façon très positive par les penseurs, les politiques et les savants. On fait généralement remonter cette réputation positive de la raison et de la science, et plus spécifiquement de la raison scientifique, au 17e siècle, à l’époque où la méthode expérimentale s’est imposée dans les esprits (grâce à Bacon et son Novum Organum, Descartes et son Discours de la méthode) comme dans les faits (Galilée confirmant l’héliocentrisme, Torricelli découvrant la pression atmosphérique). À cette époque, on a fait table rase des a priori philosophiques et théologiques de la tradition et on a fait de la méthode par observation et par expérimentation le critère du vrai en sciences naturelles. Devant la splendeur des découvertes nouvellement acquises, il n’y avait plus à douter : le genre humain était engagé sur la voie de la connaissance vraie et du progrès, grâce à la science.
Depuis le milieu du 20e siècle cependant, science et raison ont connu une baisse de prestige. Avec l’industrialisation du meurtre (Auschwitz) et la multiplication presque infinie de la puissance de destruction des armes (Hiroshima), les hommes ont compris, contrairement à ce qu’ils pensaient auparavant, que la route du véritable progrès ne s’ouvrait pas devant eux comme un large boulevard rectiligne, sur lequel il n’y aurait qu’à avancer librement, sans rencontrer d’autres obstacles que les propres limites de la raison humaine. Aujourd’hui, 65 ans plus tard, nous sommes encore plus conscients que l’accroissement des capacités scientifiques et techniques de l’homme a son revers, et qu’il se conjugue avec l’accroissement de notre capacité de détruire l’environnement et d’aliéner économiquement l’homme, quand tout est soumis, y compris l’homme lui-même, à la logique marchande et au rythme inhumain du machinisme.
Ainsi, lorsqu’ils regardent le chemin parcouru depuis l’essor de la science moderne au 17e siècle, les habitants des sociétés techniquement avancées éprouvent un sentiment mitigé, qui explique le statut ambivalent qu’ont la raison et la science dans l’opinion. Le récent développement du génie génétique, qui permet à l’homme de manipuler le vivant de façon absolument inouïe et qui permettra peut-être un jour de redéfinir les frontières de l’humain, ne fait que poser avec plus d’acuité le problème du développement scientifique. Les horizons nouveaux qui se déploient sous nos yeux s’ouvrent parfois sur des perspectives extraordinairement prometteuses, mais des pans entiers de l’avenir restent couverts d’un épais brouillard, et ce brouillard masque peut-être l’écueil sur lequel l’humanité ira s’échouer, si, dans sa quête de la connaissance et du bonheur, elle n’agit pas avec assez de prudence.
Cela étant, tous ne s’encombrent pas de ces nuances lorsqu’il s’agit de traiter de l’épineuse question des relations entre science et foi. Nous examinerons cela de plus près dans un prochain article.
À suivre…
Alex La Salle
