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La cathédrale des indignés
29/12/11
Le 19 novembre dernier, une semaine avant que la Ville de Montréal demande à son service de police de vider le Square Victoria, j’ai participé à une célébration interreligieuse en appui au mouvement des indignées d’ « Occupons Montréal »[1]. L’ensemble des priantes et des priants, debout, côte à côte autour du campement, regardaient vers l’intérieur comme pour attirer l’attention du monde sur le cœur du quartier des affaires, transfusé d’un sang neuf. La chaîne humaine ainsi formée, à la manière des « Green Peace », semblait se porter à la défense de la conscience sociale comme d’une espèce en péril.
Après la cérémonie, la vigile a laissé place à des échanges plus informels entre militantes et militants venus de divers horizons. Puis avec d’autres, je suis allé me recueillir dans la basilique Saint-Patrick en passant à travers les ruines du St Bridget’s Refuge créé par les Sœurs Grises pour venir en aide aux démunies. [2] En entrant dans la nef de la basilique, j’ai été frappé par le nombre imposant de représentations de saintes et de saints qui nous plongent dans le patrimoine spirituel des catholiques irlandais. J’ai été encore plus frappé par le fait qu’elles étaient toutes alignées autour de la nef et du chœur, le regard tourné vers l’assemblée croyante.
Je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement entre les deux scènes : d’un côté, cette « chaîne humaine » spirituelle veillant sur la basilique et de l’autre celle qui, quelques minutes plus tôt, entourait les indignées d’ « Occupons Montréal ». Quel lien pouvons-nous faire entre elles? Au delà des deux communautés de saintes et de croyantes formant le cercle, symbole d’unité et de communion, autour de quoi celles-ci sont-elles rassemblées? Et quels liens pouvons-nous faire entre les indignées occupant la rue et les croyantes réunis dans la basilique? Y a-t-il une parenté spirituelle entre celles et ceux de l’intérieur de nos églises et celles et ceux qui ont choisi de se tenir debout dehors, que se soit dans le St Bridget’s Refuge des Sœurs Grises ou au cœur du quartier des affaires.
Si la basilique est un lieu reconnu de pèlerinage et de retour aux sources de notre foi, le rassemblement des indignées, est pour moi une véritable cathédrale[3] dans la rue du fait qu’il est le siège d’un mouvement prophétique au nom de la dignité, de la solidarité, de l’égalité et de la communion entre les humains. Et que dire de toute cette communauté croyante veillant sur les protestataires comme sur un lieu sacré où la Vie a choisi de s’incarner à nouveau?
J’espère que les ruines du St Bridget’s Refuge créé par les sœurs Grises au XIXième siècle resteront là encore longtemps. Elles nous rappellent que les indignées d’aujourd’hui, reprennent le cri des indignées d’hier et que nos pèlerinages aux sources de notre foi n’ont de sens que s’ils nous retournent sur des chemins de compassion, de justice et de solidarité.
Daniel Pellerin
[1] http://www.occuponsmontreal.org/2011/11/proposition-16-3-qui-a-ete-adoptee-le-5-novembre-corrigee-le-8-novembre/
[2] file:///Users/danielpellerin/Documents/COMMUNICATION/Site%20internet%20du%20diocèse/Blogue/2011-2012/11-12-24/Série%20dans%20le%20Devoir:%20Montréal%20avant-après,%20témoignage%20photographique%20de%20l’évolution.webarchive
