Article tagué pauvreté
Pour que le 17 octobre 2012 fasse histoire
17/10/12
Notre vie collective est faite d’une quantité d’histoires, politiques ou sociales, banales ou extraordinaires. Des histoires dont nous avons honte, d’autres dont nous sommes fiers. Aujourd’hui pourrait être la première journée d’une nouvelle histoire. Une histoire où la solidarité serait source de fierté.
Mais, il reste beaucoup de travail à faire : Parce qu’en ce moment même, les peuples autochtones, et en particulier les femmes autochtones, sont au tout dernier échelon de la société. La main-d’œuvre étrangère est traitée comme un produit jetable, les immigrants comme des profiteurs et les réfugiés comme des parasites. … Les personnes travaillant au salaire minimum ont faim, sont mal logées et ont très peu de protections sociales. …Et c’est comme si les personnes assistées sociales n’étaient plus membres de notre société, comme si les droits humains ne s’appliquaient plus à elles. Il semble maintenant acceptable de les dépeindre comme des gens incapables, ou comme un fardeau écrasant pour les contribuables. Voleuses, fraudeuses, paresseuses : tout peut être dit à leur sujet; il n’y a aucune limite.
Pourtant, en 2002, les parlementaires ont voté une loi pour lutter contre la pauvreté. Ça semblait être un pas dans la bonne direction. Nous devions faire partie, d’ici 2013, des nations industrialisées comptant le moins de personnes en situation de pauvreté. Depuis, …nous avons grandement amélioré la couverture des besoins de base de la majorité des enfants et de leurs parents, mais à une condition : qu’ils vivent dans une famille avec deux parents. C’était en 2004. Les gouvernements successifs se sont servi de cet exemple …pour justifier leur inaction, au lieu de s’en inspirer pour faire encore mieux.Pendant que certains se gargarisent de leurs bons coups, des bons coups qui commencent à dater, des gens meurent de pauvreté.
Aujourd’hui n’est pas supposé être un jour ordinaire. Pour les États membres de l’Organisation des Nations Unies, c’est la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Au Québec, des dizaines de milliers de personnes se battent tous les jours pour les espoirs et les aspirations des plus pauvres : Ceux et celles qui offrent des services et défendent les droits des exclus dans les groupes communautaires. Les travailleurs et travailleuses du système de santé qui compensent pour les conséquences terribles de la pauvreté sur la santé physique et mentale des personnes qui la vivent. Les étudiants et les professeurs qui se battent farouchement pour préserver l’accessibilité aux études universitaires. Et ce ne sont là que quelques exemples.
La solidarité au Québec est manifeste, surtout dans le quotidien. Notre engagement dans la lutte contre les effets de la pauvreté nous a quelques fois fait oublier que la pauvreté est une décision politique et qu’il pourrait en être tout autrement. Faisons donc du 17 octobre 2012 la première journée d’une nouvelle histoire. Une histoire écrite par nous tous. Parce que nous y croyons. Une histoire de justice et d’égalité. Une histoire de fierté, de solidarité et d’engagement.
Collectif pour un Québec sans pauvreté www.pauvrete.qc.ca
Daniel Pellerin
En veux-tu? En vlà!
28/11/11
J’ai reçu une pelletée de demandes de dons de charité. J’en ai compté 53 depuis janvier dernier. Il m’est arrivé de payer ma dîme deux fois. Maintenant, j’empile les enveloppes pour tout traiter d’un coup; cela me permet d’avoir vue d’ensemble et de pondérer les demandes. Ce déferlement se produit depuis deux ans. Je soupçonne qu’il y a eu coulage de listes de donateurs sur lesquels mon nom apparaît. J’ai reçu des petits cadeaux dont 6 fois des autocollants avec mon adresse.
Que faire : augmenter mes dons? Saupoudrer sur toutes les demandes? Pendant deux heures, j’ai classé la paperasse répandue sur la table, et noté mes priorités jusqu’à hauteur de 25 dons, chéquier et carte de crédit en main. Pas facile d’éliminer des causes humanitaires, après avoir mis de côté la cause animalière.
Le matin, j’avais lu Matthieu 25, en ce dimanche du Christ Roi de l’Univers. Rien dans ce texte pour se retenir la générosité. « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous…; j’étais un étranger, et vous… ; j’étais nu, et vous …; j’étais malade, et vous …; j’étais en prison et vous …» Après tout, je veux devenir un « juste » pour m’entendre dire à moi aussi: « Venez les bénis de mon Père. » Puis je regardai la pile de mes refus. Et résonna l’autre versant du texte : « Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne… et vous ne… et vous ne… »
Ombre et lumière sont bien le lot de notre cœur, ivraie et bon grain, parure de notre champ. Et limitées nos ressources personnelles. « Dieu saura bien m’accueillir » me dis-je en ramenant mon regard sur la première pile de lettres. « M’accueillir », mais selon ce texte, non en raison de ma foi.
« La réponse de Mt 25 à l’enjeu du devenir humain est que tout se joue dans le rapport aux laissés pour compte de la société. Le statut social ne sert à rien. La richesse accumulée ne sert à rien. La science apprise ne sert à rien. La performance religieuse, politique, sportive ne sert à rien. La grandeur d’un être humain se mesure au soin qu’il ou elle a pris des plus petits. »[1]
Déroutant ce Dieu qui n’absolutise pas la foi en Lui, mais qui ne tolère pas qu’on ne reconnaisse pas concrètement la dignité de tout Humain!
3.41$
19/09/11
Il y a des jours où je n’ai vraiment pas l’impression d’avoir fait ce qu’il fallait faire. Avec simplicité, je vous raconte la raison de mon ambigüité et vous me direz sûrement que vous avez déjà vécu une expérience semblable.
Je suis dans le stationnement du Centre diocésain, rue Ste-Foy à Longueuil. Un homme arrive à bicyclette et se dirige vers moi. Il me raconte son histoire tout d’un trait : Il habitait Rimouski. Il est déménagé depuis peu dans le quartier. Il n’a pas encore de travail. Son fils commence l’école dans une semaine. Sa femme est malade. Il doit lui acheter des médicaments. Il lui manque 3.41$. « Pouvez-vous me les avancer et je vous rembourserai promis, dès que je le pourrai. » Je le regarde dans les yeux et j’ai le goût de lui dire : « N’en beurre pas si épais. Je ne crois pas ton histoire de toute façon ». Il me dit à plusieurs reprises qu’il est très gêné de faire cette demande, que cela lui a pris tout son courage pour faire cette simple démarche. « Venez à mon aide, svp? »
Qu’est-ce que je dois faire? C’est facile pour moi de lui remettre 3.41$. Qui n’a pas 3.41$ dans son portefeuille? Et voilà que je me mets à hésiter. Si je lui donne ce qu’il demande, il y aura toujours quelqu’un qui suivra pour me redemander de l’argent, le mot se passe vite semble-t-il. Si j’ouvre mon sac, en profitera-t-il pour prendre tout ce que j’ai? Pourtant, 3.41$ c’est rien! Je dépense régulièrement plus que cela pour des choses futiles. Pourquoi ne demande-t-il pas 100$?, 50$, 20$? Si son histoire est vraie, quand il aura payé les médicaments, il n’aura plus rien devant lui. Aujourd’hui qu’est-ce qu’on peut faire avec 3.41? Pour m’en sortir et me déculpabiliser du même coup, je l’ai dirigé vers la réception du Centre diocésain, qui, je l’ai su plus tard, ne donne pas d’argent à quelqu’un de passage mais l’oriente vers différents organismes selon le cas.
Je demeure toujours fragile devant la pauvreté, moi qui dit avoir un cœur de franciscaine et est inspirée par la vie de François d’Assise, lui qui a su à une autre époque être pauvre avec les plus pauvres, partager sans regarder en arrière, donner tout ses biens en se disant que Dieu pourvoira à ses propres besoins.
Pourtant l’an dernier, quand j’ai vécu l’Itinéraire Spirituel[1], j’avais été très touchée par ma rencontre avec des itinérants du Vieux-Montréal. Au-delà du café, des sandwiches, des chapelets, des bas et des mitaines qu’on leur apportait, ils étaient très sensibles au temps passé avec d’eux à les écouter, à échanger sur le quotidien de leur vie, même à prier. Et si l’homme à bicyclette n’avait eu besoin que d’un temps pour se dire. Le 3.41$ n’était-il pas qu’un prétexte?
Francine Vincent
[1] L’itinéraire spirituel est un court pèlerinage de 3 jours auprès de 7 communautés de vie religieuse ou laïque, afin de découvrir la spiritualité qui les anime et vivre une expérience spirituelle avec eux au quotidien.
Êtes-vous essoufflés?
3/06/10
Avez-vous l’impression de courir plus qu’avant sans pour autant améliorer votre sort, de ne pas avoir le temps de bien faire votre travail ou de négliger votre vie personnelle ou votre vie familiale au profit de votre temps passé au travail, de finir vos journées sur les genoux et de vous coucher le soir heureux d’enfin pouvoir « débrancher »? Ouf!
Si vous avez répondu oui à toutes ces questions, vous correspondez au profil des travailleurs décrits dans l’étude produite par l’IRIS (Institut de recherche et d’information socio-économique) qui révèle que « en 30 ans, la moitié des familles québécoises ont travaillé 13 semaines de plus par année et ont vu leur salaire reculer de 10 % » (« Travailler plus pour gagner moins », Le Devoir 10-05-20).
Mais la situation n’est pas la même pour tout le monde. En effet, je ne vous apprends rien en vous annonçant que certains d’entre nous s’en tire mieux que d’autres. Bien que l’économie ait connu une croissance de 71% en 30 ans, « les familles québécoises appartenant à la moitié la plus pauvre au Québec ont travaillé en moyenne 12,8 semaines de plus par année entre 2003 et 2006 qu’elles le faisaient entre 1976 et 1979. Leurs salaires et autres revenus de marché ont néanmoins reculé de 10,1 % durant la même période. Par contre, l’étude peut établir que les 10 % les plus riches ont, quant à elles, eu le loisir de réduire un peu leur temps de travail (-5,7 %) tout en augmentant leurs revenus de 24 %. Donc, cette étude, en plus de confirmer l’accroissement de l’écart entre les plus bas et les plus hauts revenus, nous indique aussi un écart dans le temps qui reste aux individus pour des activités personnelles et familiales.
Évidemment, 12,8 semaines de plus par année cela semble invraisemblable à première vue. On peut comprendre que cette moyenne est due, entre autres, à l’augmentation de la participation des femmes au marché du travail. Il y a de plus, « la baisse du chômage, mais aussi l’allongement de la semaine de travail au prix, parfois, de l’ajout d’un emploi à temps partiel pour arrondir les fins de mois ».
L’étude attribue cette situation à la stagnation, sinon au recul des revenus engendrés par l’affaiblissement des syndicats (c’est drôle, j’entends dire souvent que « les syndicats sont trop forts » ; je me demande qui a bien pu nous mettre cette idée dans la tête), à la concurrence des pays étrangers et à des entreprises dont les gains de rendement ne sont pas venus de la main-d’oeuvre locale, mais de la technologie, de leurs investissements et des délocalisations. Ah ??!! Et dire que bien des gens craignent que nos gouvernements exigent trop de taxes et d’impôts des grandes corporations de peur qu’elles n’aillent s’établir à l’étranger ; on dirait bien qu’une bonne partie d’entre elles n’ont pas attendu ça pour aller faire des affaires ailleurs.
La bonne nouvelle, selon les chercheurs qui on produit cette étude, est que l’intervention de l’État aide à amoindrir les inégalités. On constate, en fait, que l’ensemble des familles québécoises a légèrement amélioré ses revenus depuis 30 ans, si l’on tient compte de l’effet redistributif des impôts et des transferts gouvernementaux. C’est pourquoi « ces derniers se montrent particulièrement inquiets devant plusieurs des mesures annoncées dans le dernier budget du ministre des Finances, Raymond Bachand. Une hausse des tarifs et des taxes, des réductions de services, un désengagement de l’État sont autant de gestes qui vont frapper d’abord et avant tout ceux dont le niveau de vie est déjà sérieusement mis à mal par les tendances du marché ». Selon eux, le gouvernement du Québec pourrait atteindre l’équilibre budgétaire par l’ajout de plusieurs paliers à l’impôt sur le revenu des particuliers pour le rendre plus progressif, ainsi qu’une hausse de l’impôt sur les entreprises et le rétablissement de la taxe sur le capital. Ça nous permettrait peut-être de souffler un peu.
Daniel Pellerin
Le scandale de l’assurance emploi
30/03/10
C’était le titre d’une conférence qui devait se tenir le mois dernier. Je dis «devait» parce que l’événement n’a finalement pas eu lieu faute de participants. Bon, ce sont des choses qui arrivent, mais quand il s’agit de personnes qui ont déjà été rayées de la « carte de punch »… Il n’est pas question ici de culpabiliser qui que ce soit, mais je ne peux m’empêcher de me demander ce que ça prendrait pour intéresser les gens à cette question.
Bien sûr, vous devez être au courant que la Caisse de l’assurance emploi du Canada, à laquelle contribuent les travailleurs et les employeurs, a été vidée de 50 milliards et plus. Par qui? Par leurs gouvernements libéral et conservateur qui se sont succédés à Ottawa dans les vingt dernières années. A-t-on bien fait de laisser la gérance de cette caisse entre les mains de nos élus? Donc, en plus d’avoir été jetés à la rue par l’entreprise qui les employait, des milliers de sans-emplois se font voler par leur gouvernement à chaque année. Et pour se justifier, ces mêmes gouvernements ont tellement resserrer les critères d’admissibilité à l’assurance emploi que plus de la moitié des travailleurs y ayant souscrit ne peuvent se qualifier pour avoir droit aux prestations. Il y a de quoi s’insurger!
Vous allez me dire : «Mais il n’y a donc personne pour y voir, il serait peut-être temps que les chômeurs s’organisent!!» Il y a bien la Coalition des Sans-chemises composée des grandes centrales syndicales du Québec et du Conseil national des chômeurs. Cette coalition mène actuellement une campagne visant à revendiquer une amélioration de l’accessibilité au régime d’assurance emploi, l’augmentation du taux des prestations et l’abolition des deux semaines de «pénalité» que doivent assumer les travailleurs avant d’avoir droit aux prestations. Il y a aussi la Fédération canadienne des municipalités qui appuie ces revendications. Et comme on le mentionne sur le site du Conseil national des chômeurs www.lecnc.com : « Ici, au Québec, ces revendications sont fortement enracinées. Il y a même un consensus de société qui s’exprime sur cette question. (Les appuis proviennent) des conseils municipaux, des conférences régionales d’élus, des MRC, des instances économiques telles des chambres de commerce ou des CLD, des organismes sociaux, syndicaux, des instances religieuses (vous remarquerez dans la liste des signataires, le nom de Mgr Jacques Berthelet, évêque du Diocèse de Saint-Jean-Longueuil). Tous réclament des changements maintenant. » (Sortir de la crise ensemble : améliorer l’assurance-emploi, Montréal 18 juin 2009).
Il me semble que ça commence à faire beaucoup de monde. Mais, je ne vous surprendrai pas en vous disant que le gouvernement actuel demeure sourd à ces appels. Quels recours nous restent-ils ? Est-ce qu’une mobilisation de l’opinion publique vous apparaît comme une voie souhaitable ? S.V.P. prenez deux minutes pour aller faire un tour sur le site du Conseil national des chômeurs et, comme moi, faites courir le mot. Et si c’est le cas, laissez moi un commentaire pour me tenir au courant.
Daniel Pellerin
