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La Pentecôte : une fête méconnue

La Pentecôte : une fête pas assez célébrée

 

« Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai mon Esprit sur toute créature : vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions, et vos anciens auront des songes. » (Actes des Apôtres 2, 17)

Ce qui se passe en Église depuis quelques années devrait faire en sorte que la Pentecôte soit une fête célébrée avec plus de solennité. Depuis déjà un bon nombre d’années, les communautés chrétiennes paroissiales ou autres sont appelées à devenir plus missionnaires qu’elles ne l’ont jamais été.

La Pentecôte est liée à la naissance de l’Église. En effet, les communautés chrétiennes naissantes ont commencé à s’organiser après la réception de l’Esprit Saint. Rien de surprenant là-dedans. L’Esprit pousse les membres de la communauté rassemblée au nom de Jésus à communiquer ce qui les habite; ils ne peuvent plus se cacher et vivre cela en secret.

 

"Vous donc, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut" (Lc 24, 49). C'est ce qui s'est produit sous une forme sensible, au Cénacle, alors qu'ils étaient tous réunis en prière avec Marie, Vierge Mère. » (Regina Caeli, Benoît XI, 31 mai 2009)

 

C’est lorsque nous prenons conscience que Dieu fait sa maison en nous que nous sommes poussés par son Esprit même à partager ce feu qui brûle en nous. C’est d’ailleurs par le symbole de langues de feu, dont parlent les Actes des Apôtres, que l’on décrit la réception de l’Esprit.

Alors, quel est le lien entre la Pentecôte et la mission? Mais surtout, ce lien, en quoi est-il une raison de mettre davantage l’accent sur la fête de la Pentecôte?

 

1. Quelques éléments à considérer

 

Il fut un temps où l’on ne distinguait guère la mission de ceux que l’on appelait les missionnaires. La mission était davantage perçue et comprise comme l’apanage d’un groupe de chrétiens en particulier. Cela devenait évident lorsque les communautés chrétiennes accueillaient des missionnaires de passage, afin que ceux-ci (puisque ce sont davantage des prêtres à qui incombait cette tâche) fassent connaître dans leur prêche ce qui se passait dans les pays dits « de mission ». C’est ainsi que les missionnaires récoltaient les quêtes pour leur mission respective. On disait souvent que c’était par leur apport financier que les communautés chrétiennes paroissiales vivaient leur dimension missionnaire. On répétait que ce n’était pas tout le monde qui était appelé à être missionnaire.

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Bien entendu, ici, on entendait davantage la dimension ad-extra de la mission. Chaque communauté ou groupe religieux fondés pour la mission ad extra avait dans sa tâche d’aller prêcher sur la mission dans les milieux paroissiaux. C’est ce que l’on appelle toujours, dans les communautés religieuses dont certains membres vont dans d’autres pays, la prédication missionnaire.

 

1.1 Mission ad intra et ad extra

 

L’Église, à ce que je sache, a toujours été consciente que la mission était une de ses raisons d’être. Dans la mission, il y a ce que l’on appelle la première annonce, c’est-à-dire l’annonce de la Bonne Nouvelle aux peuples et aux personnes qui ne l’ont jamais entendue.

Ainsi, on comprend la mission dans ses deux dimensions : ad intra et ad extra. La dimension ad extra au niveau des Églises locales, par exemple, était de faire en sorte qu’il y ait dans la pastorale d’ensemble de la place pour l’évangélisation des peuples. Ce qui est toujours le cas bien entendu. Cela devenait réalisable par le truchement des divers charismes des communautés religieuses dites essentiellement missionnaires dont le travail était d’aller dans les pays « étrangers ».  L’apport financier des communautés paroissiales devenait alors très important pour la mission ad extra.

La mission ad intra, pour sa part, était le travail d’évangélisation à l’intérieur des territoires des Églises locales. Au Québec, on pourrait dire qu’il s’agissait, jusqu’à une certaine époque, de l’éducation, de la santé, du sport et des loisirs. Il y avait aussi tout un pan de la mission ad intra qui concernait la charité aux pauvres. Ce travail incombait aux religieux et aux prêtres présents dans les Églises diocésaines.

Il y a ce que l’on appelle bien maladroitement la pastorale d’entretiens qui fait partie de la mission ad intra. Je ne suis pas certain que cette notion soit exacte, car elle semble signifier que l’évangélisation peut atteindre comme un genre de sommet et qu’il s’agit simplement de l’entretenir par la suite.

Cela s’adresse aux familles dont les membres étaient en grande majorité baptisés. La tâche des paroisses était donc de veiller à leur bien-être spirituel. Quoi qu’il en soit, il y a toujours une évangélisation à faire, car on progresse toujours dans la foi.

Ici, je fais de nombreux raccourcis. Il y aurait bien d’autres aspects à apporter et des nuances à faire. Mais, je crois que cela suffit.

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2. Une compréhension renouvelée de la mission

Au Québec, l’expérience nous a montré que l’administration des sacrements ne veut pas nécessairement dire être évangélisé. Par le passé, un peuple évangélisé semblait être égal au nombre de baptêmes que l’on avait administrés. On confondait peut-être trop souvent sacramentalisation et évangélisation. Cela semble contradictoire en apparence, puisque pour recevoir les sacrements il faut nécessairement avoir été évangélisé (catéchisé).

On peut dire que la situation est différente maintenant. Le Québec est devenu, ce que l’on appelait, une « terre de mission » pour l’Église elle-même.  Je dirais aussi que la mission n’est plus perçue comme un travail qui s’accomplit une fois pour toutes. Peut-être même qu’elle n’a jamais été comprise ainsi, bien sûr.  Nous avons appris que la mission est partout. Tous les territoires du monde sont des « terres de mission ».

 

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Fort heureusement, la catéchèse devient de moins en moins centrée sur la préparation aux sacrements pour devenir un chemin de croissance spirituelle avant tout. Nous avons toutes et tous du chemin à faire, quoi qu’il en soit. Toutefois, nous portons encore des traces de ce passé récent. Pour un bon nombre de personnes qui se présentent aux programmes de catéchèse, par exemple, il s’agit simplement de faire ce qui est demandé pour recevoir les sacrements. L’engagement qui doit suivre n’est pas toujours au rendez-vous.  

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3. La mission

Je ne suis pas un spécialiste de la mission. La mission étant plus large que l’évangélisation, même si, dans un sens, elle s’y confond parfois, ma conviction personnelle est que lorsque l’on parle d’évangélisation, cela signifie qu’il y a un continuel mouvement entre l’annonce de la Bonne Nouvelle et la conversion qu’elle suscite et ainsi de suite. On a aussi parlé de ré-évangélisation pour ce qui est de certaines parties du globe comme au Québec, par exemple.

Bien entendu, il n’est nul besoin d’attendre d’être parfait pour être porteur de la Bonne Nouvelle. On a cependant toujours besoin de se mettre à l’école de la Parole, à la pratique des sacrements et à la vie en communauté chrétienne pour grandir comme disciple. C’est dans ce sens que l’on n’atteint jamais un plateau dans la foi.

Enfin, l’objectif de mon propos était de faire quelques remarques sur la conversion profonde que nous avons vécue comme Église au regard de la mission. De plus, il faut dire que les membres d’une communauté paroissiale ne se perçoivent pas, pour la plupart, comme étant des missionnaires. Cela paraît même étrange pour un grand nombre de « pratiquants » lorsqu’on leur communique cet aspect de leur être-chrétien.

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3.1 Des changements

S’il y a toujours des chrétiennes et des chrétiens qui sont appelés à aller au-delà des frontières pour annoncer la Bonne Nouvelle, de plus en plus, nous prenons conscience que chacun et chacune de nous sommes missionnaires. Par le baptême, nous avons tous été faits prêtres, prophètes et rois (ou reines). Ce sont des dimensions qui nous rendent aptes à être des missionnaires, c’est-à-dire de faire l’annonce de la Bonne Nouvelle, là où nous sommes et avec ce que nous sommes. Le baptême, bien sûr, se vit avec d’autres. La mission n’est pas une affaire personnelle, même si elle implique que nous y sommes personnellement impliqués. Mais, c’est l’Église qui est appelée à la mission.

3.2 Un retour aux sources

Le retour au sens et au don de notre baptême revisité par Vatican II nous a permis d’approfondir ce que signifiait être baptisé dans l’Église.  L’évêque belge, Mgr Émile J. De Smedt, qui a été un des principaux acteurs de la Déclaration sur La dignité humaine (Dignitatis humanae) a dit ceci :

« C’est dans chaque fidèle, dans chaque membre du Peuple de Dieu que le Christ veut poursuivre sa mission. Quiconque accède à l’Église par le sacrement du baptême reçoit par le fait même cette consécration sacerdotale. (De Smedt, 1966, p. 412) » L’Église, peuple de Dieu, peuple de baptisé-e-s, publié le 30 novembre 2009 par Élisabeth J. Lacelle @ https://femmes-ministeres.org/?p=480.

Où que nous vivions dans le monde et qui que nous soyons, la mission c’est d’annoncer aux hommes et femmes de son temps que Dieu les aime! Dieu veut prendre soin d’eux. Dieu a quelque chose à dire sur le sens de nos vies et ce à quoi nous sommes appelés. Dieu rêve que nous soyons toutes et tous rassemblés. Il y a bien des dimensions de la mission que je n’explicite pas ici comme la justice sociale, la charité, etc. En général et simplement, disons que ce qui précède suffit à nous donner une idée des différents aspects de la mission.

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4. La réception de l’Esprit

Si le Christ n’avait pas quitté la terre, il n’y aurait pas eu l’envoi de l’Esprit dans le monde. À l’ascension, c’est ce que Jésus dira à ses disciples.

« Je m’en vais maintenant auprès de Celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : “Où vas-tu ?” Mais, parce que je vous dis cela, la tristesse remplit votre cœur. Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. » (Jean 16, 5-7)

Quand il part, il ne reste que ceux que Jésus avait appelés à le suivre. Dans les Évangiles, Jésus annonce que ses disciples recevront un défenseur. Mais ce n’est pas dans les Évangiles que l’on trouve la Pentecôte. Mais, bel et bien dans des écrits qui racontent la naissance de l’Église : les Actes des Apôtres.

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On peut y lire ce qui s’est passé dans la première communauté, que l’on peut dire chrétienne, lorsqu’elle a fait l’expérience de l’Esprit à la Pentecôte.

« Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière.

Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. »
(Actes des apôtres 2, 1-3)

Les Évangiles, pour leur part, nous disent que Jésus envoie ses apôtres en Galilée, c’est-à-dire le monde dans lequel le Christ se fait présent par son Esprit.

« Les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Matthieu 48-16-20)

Tout baptisé est aussi envoyé. Qui dit envoyé, dit missionnaire. À mon avis, nous sommes passés de la mission comprise d’abord comme un lieu à la mission comprise comme un état lié à notre statut de baptisé. Il y aura toujours des gens qui seront envoyés hors de leur territoire de naissance, cela va sans dire. Mais, ils s’inscrivent, comme l’ensemble des baptisés, dans la mission de l’Église universelle. C’est la communauté tout entière qui est envoyée. Nous sommes tous et toutes missionnaires.

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5. La Pentecôte : la fête de la naissance de l’Église

Dans le titre de cet article, je dis que la fête de la Pentecôte n’est pas assez célébrée. J’ai voulu démontrer les liens entre l’Église et sa raison d’être qui est aussi la mission. C’est pour cela que j’ai parlé de mission, de baptême et d’Église. J’ai aussi voulu faire un lien entre ces trois dimensions et la réception de l’Esprit Saint. Car une Église est toujours missionnaire parce qu’elle est toujours envoyée et que c’est l’Esprit qui envoie. Les Actes des Apôtres concernant la réception de l’Esprit disent ceci :

 « Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. » Ils étaient tous dans la stupéfaction et la perplexité, se disant l’un à l’autre : « Qu’est-ce que cela signifie ? » (Actes des apôtres, 2, 4-12)

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C’est l’Esprit qui donne un langage nouveau. C’est l’Esprit qui délie les langues et chasse les peurs. En d’autres mots, c’est l’Esprit qui outille les disciples pour annoncer la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. C’est l’Esprit qui conséquemment envoie. C’est le même Esprit du Christ qui, à l’ascension, envoie ses disciples en Galilée; la Galilée de toutes les nations. Il faut évidemment voir dans le passage des Actes des apôtres cité la dimension universelle de la mission donnée à l’Église tout entière. On ne doit donc pas se surprendre de comprendre, dans le récit de la Pentecôte, la dimension ad extra de la mission, puisqu’elle concerne tous les peuples. Dans l’extrait des Actes des Apôtres, on fait la nomenclature de peuples qui nous ouvrent à l’universalité de la mission. Ce sont tous les baptisés qui ont reçu les dons de l’Esprit à mettre au service de la mission.

5.1 La fête de la Pentecôte

Il me semble qu’il est tout à fait approprié, dans les temps qui sont les nôtres, de prendre le temps de bien célébrer la Pentecôte; de le faire avec toute la solennité possible. Nous célébrons la naissance de l’Église; celle qui a rendu possible notre existence comme croyant(e)s et comme communauté de foi.

Célébrer nos êtres missionnaires dans l’ensemble de ses dimensions : envoyés, sanctifiés dans le Christ et porteurs d’espérance. Avec le pape François qui nous interpelle à temps et à contretemps comme disciples-missionnaires, il m’apparaît plus que nécessaire de mettre l’accent sur la fête de la Pentecôte. Cela peut être, pour nous, l’occasion de prendre davantage conscience que nous avons été appelés pour être envoyés.

La liturgie en communauté nous permet de célébrer la Pentecôte de façon signifiante, que ce soit à l’intérieur d’une eucharistie ou à un autre moment. On pourrait, par exemple, célébrer notre envoi en mission au moment du rite de conclusion, lors d’une messe.

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Conclusion

Offrons en action de grâce toutes les croyantes et les croyants au Seigneur; pour le don des autres qui sont missionnaires pour nous. Toutes ces personnes que le Seigneur a appelées à son service nous aident à vivre notre foi et à nous confirmer les uns les autres dans cet appel.

Le don de l’Esprit, temps de l’Église dans lequel nous sommes, est important. C’est l’Esprit qui est garant de notre présent et de notre futur comme témoins d’espérance dans un monde qui a grandement besoin de connaître la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.

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Michel Boutot

Responsable des communications

et de la Liturgie

Diocèse Saint-Jean-Longueuil

Pentecôte 2021

Avec Francine Vincent

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